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Anton von Euw

Joachim M. Plotzek

Die Handschriften der Sammlung Ludwig

Bd. I

Köln : Schnütgen-Museum der Stadt Köln, 1979. - 335 p.-[63] p. de pl. : 238 ill. ; 33 cm.

par François Avril

La constitution d'une collection de manuscrits à peintures à une époque où, dans ce domaine, les belles pièces sont de plus en plus difficiles à trouver et connaissent une montée vertigineuse des prix, relève du tour de force ; alors que la plupart des grandes collections constituées au cours du siècle dernier ou dans la première moitié de ce siècle, principalement en Angleterre, ont été dispersées (on songe en France à la collection André Hachette et, en Angleterre à la prestigieuse collection Phillipps et à celles, spécialement axées sur les manuscrits enluminés, réunies par Dyson Perrins, le Major Abbey et A. Chester Beatty), bien peu de collections nouvelles équivalentes sont venues assurer la relève. C'est en Allemagne, jusqu'alors peu touchée par le « collectionnisme » dans ce domaine particulier de la bibliophilie, qu'a été rassemblée, ces dernières années, la plus remarquable collection de manuscrits à peintures : il s'agit de celle qu'a patiemment formée, depuis une vingtaine d'années, un important industriel allemand, le Dr Peter Ludwig, d'Aix-la-Chapelle. Mécène généreux tout autant que collectionneur avisé, le Dr Ludwig a décidé de rendre accessible sa précieuse collection en la déposant au Musée Schnütgen, à charge pour celui-ci d'en publier le catalogue. Deux conservateurs de ce Musée, tous deux spécialistes d'art médiéval, le Dr Anton von Euw et le Dr Joachim Plotzek, se sont immédiatement attelés à la tâche : c'est une première tranche de cette collection qui se trouve décrite dans l'imposant volume que j'ai à présenter ici, le premier d'une série de quatre. Quoique un peu inattendu de la part d'historiens de l'art, le plan adopté par les deux auteurs ne saurait choquer un bibliothécaire : ce sont les critères textuels qui ont en effet présidé au classement des manuscrits dans le catalogue, ce premier volume contenant la description des manuscrits bibliques et d'une partie des manuscrits liturgiques de la collection. Ceux-ci sont répartis en huit sections : Bible, Évangiles, Apocalypse, évangéliaires et épistoliers, sacramentaires et missels, antiphonaires et graduels, Pontificaux et Psautiers. Chacune de ces sections est précédée d'une copieuse et utile introduction générale faisant le point sur la catégorie de manuscrits concernés. Suivent les notices des manuscrits eux-mêmes, le plus souvent très développées et bien informées. Un riche matériel de reproductions en couleur ou en noir et blanc permet d'apprécier la valeur et la qualité des différents manuscrits décrits. L'ensemble présenté dans ce premier volume est d'un niveau rarement égalé. On ne saurait énumérer ici les 49 manuscrits ou fragments de manuscrits qui le composent et parmi lesquels on reconnaît maintes fois au passage des pièces provenant d'illustres collections disparues : la diversité et la rateté en sont étonnantes et font honneur au goût clairvoyant de celui qui les a rassemblés. Tout un éventail varié de styles d'enluminure est représenté, depuis la scintillante chrysographie d'un évangéliaire rhénan-mosan du début du IXe siècle (IV, I) jusqu'à l'élégance presque rococo des Prières de la messe enluminées vers 1720 par le Parisien Jean-Pierre Rousselet (V, 8) et même, plus près de nous, jusqu'à l'impeccable écriture de la calligraphe anglaise Madelyn Walker (IV, 3). Au cours de cet étonnant voyage à travers les siècles, nous rencontrons quelques pièces insignes telle l'extraordinaire Apocalypse anglaise exécutée au XIIIe siècle dans le scriptorium de Saint-Albans (III, 1), manuscrit qui fut une des gloires de la collection Dysons Perrins, tel encore le superbe Antiphonaire enluminé à Rome aux alentours de 1500 par Antonio da Monza (V, 3). On remarquera également la belle représentation de l'enluminure française où se détache notamment un groupe, rarement réuni dans une seule collection, de manuscrits illustrant l'activité des ateliers d'Arras, Lille, Tournai au XIIIe siècle (Bibles 1, 8, 1, 9, I, 10 et antiphonaire VI, 5). Deux très beaux manuscrits byzantins et trois manuscrits arméniens représentent l'art des chrétientés orientales. L'excellente présentation matérielle du volume contribue à mettre en valeur chacun des manuscrits décrits. Il nous reste à souhaiter que les trois autres volumes complémentaires prévus voient assez rapidement le jour, et à remercier les auteurs de leur catalogue savant et érudit, juste hommage rendu à la qualité d'une collection exceptionnelle.