entête
entête

Voyage d'étude en Allemagne fédérale : 17-30 juin 1979

Gérard Littler

1. Organisation du voyage

Invité par la Bibliothekarische Auslandstelle, j'ai effectué en juin 1979 un voyage d'étude de quinze jours en République fédérale d'Allemagne (R.F.A.) en compagnie de trois collègues francophones 1. La Bibliothekarische Auslandstelle a été créée en 1963 par la Deutsche Bibliothekskonferenz (Conférence allemande des bibliothèques) qui réunit les six associations de bibliothécaires de l'Allemagne fédérale. Elle a mission de promouvoir à l'étranger la bibliothéconomie allemande en encourageant la participation d'experts allemands aux réunions et manifestations internationales et en invitant les bibliothécaires étrangers à visiter les bibliothèques allemandes 2. Pour cette dernière activité, la Bibliothekarische Auslandstelle dispose d'une subvention du Ministère fédéral de l'Intérieur (Bundesministerium des Inners) qui lui permet d'accueillir chaque année trente à quarante personnes. Les voyages d'étude durent quinze jours et sont, en général, individuels. Depuis 1976, quelques voyages pour des petits groupes comprenant quatre participants de même langue, mais de pays différents, ont été tentés avec succès ; nous avons été ravis de bénéficier de cette formule particulièrement enrichissante et agréable.

L'élaboration du programme des visites reste à l'initiative des invités qui choisissent les thèmes qu'ils comptent étudier et les villes et les établissements qu'ils souhaitent voir. La Bibliothekarische Auslandstelle intervient évidemment pour concilier les demandes des divers participants, mais aussi pour équilibrer le programme et éviter que le voyage ne se réduise à un marathon des bibliothèques allemandes qui négligerait tout l'environnement historique et culturel dans lequel elles s'insèrent. C'est une très sage politique dont nous avons ressenti tout particulièrement le bien fondé en visitant la Staatsbibliothek Preussischer Kulturbesitz de Berlin dont la conception monumentale ne se comprend que par référence à la vocation historique et symbolique de Berlin-Ouest, enclave occidentale à 150 km des frontières de la R.F.A. Nous sommes donc reconnaissants à nos hôtes d'avoir eu le souci de ménager dans notre programme le temps et les occasions d'autres activités culturelles : visites de musées, opéra, concert, soirée littéraire, etc.

Fidèle à l'esprit qui l'anime, la Bibliothekarische Auslandstelle cherche à privilégier et à développer au cours de ces voyages les relations humaines. La composition du groupe à partir de bibliothécaires venant de pays et d'horizons professionnels différents exprime cette volonté. Ce ne fut pas l'un des moindres agréments de ce voyage, pour nous Français, que de partager l'aimable compagnie de deux collègues suisses. Nous avons été très sensibles aussi à l'accueil personnalisé qui nous fut réservé dans chaque bibliothèque et à la bienveillante disponibilité que nous y avons toujours trouvée. Que les directeurs et leurs adjoints qui nous ont consacré leur temps et leurs loisirs trouvent ici l'expression de notre gratitude et tout particulièrement le Dr Hans-Peter Geh, président en exercice de la Bibliothekarische Auslandstelle et la très sympathique équipe berlinoise.

Notre objectif au cours de ce voyage était de voir dans la pratique un certain nombre de réalisations bibliothéconomiques allemandes dont nous avions surtout une connaissance théorique. Rencontrer les promoteurs de ces réalisations nous paraissait l'occasion de saisir, au-delà du discours officiel, une réflexion peut-être plus nuancée et plus critique. Le choix des établissements correspondait au souci d'acquérir une connaissance suffisante du système bibliothéconomique allemand pour apprécier la signification et la portée de certaines solutions spécifiques : les structures unitaires des nouvelles bibliothèques universitaires, l'évolution du plan national d'acquisition, la formation du personnel et la recherche bibliothéconomique. Bien que le voyage concernât essentiellement les bibliothèques d'étude et de recherche (Wissenschaftliche Bibliotheken), nous avons tenu à visiter au moins une grande bibliothèque municipale pour comprendre l'articulation entre les bibliothèques publiques et les bibliothèques scientifiques 3.

Figuraient à notre programme :

a) 3 bibliothèques à vocation nationale : Bayerische Staatsbibliothek, München ; Staatsbibliothek Preussischer Kulturbesitz, Berlin ; Universitätsbibliothek Hannover und Technische Informationsbibliothek,

b) 1 bibliothèque régionale : Württembergische Landesbibliothek, Stuttgart,

c) 3 bibliothèques universitaires : Universitäts-bibliothek Technische Universität, München ; Universitätsbibliothek, Regensburg ; Universitätsbibliothek, Bielefeld,

d) 1 bibliothèque spécialisée : Bibliothek des Germanischen Nationalmuseums, Nürnberg,

e) 1 bibliothèque municipale : Stadtbibliothek, Hannover,

f) 5 écoles de bibliothécaires : Bibliotheksschule, Baden-Württemberg, Stuttgart ; Bayerische Bibliotheksschule, München ; Bayerische Beamtenfachhochschule, Fachbereich Archiv- und Bibliothekswesen, München ; Institut für Bibliothekarausbildung der Freien Universität, Berlin ; Bibliothekar-Lehrinstitut des Landes Nordrhein-Westfalen, Köln,

g) 1 institution de recherche bibliothéconomique : Deutsches Bibliotheksinstitut, Berlin.

La Deutsche Bibliothek de Francfort n'avait pas été retenue, car nous avions déjà eu l'occasion de la visiter lors du voyage d'étude que l'Association de l'École nationale supérieure de bibliothécaires avait organisé en automne 1978, à l'occasion de la Foire du livre.

2. Les bibliothèques à vocation nationale

En République fédérale d'Allemagne, il n'existe pas de bibliothèque nationale unique, mais plusieurs bibliothèques qui exercent des fonctions nationales. La Deutsche Bibliothek de Francfort collecte et conserve depuis 1945 la production imprimée allemande et en assure le signalement bibliographique. C'est la tâche première de toute bibliothèque nationale. Une autre, tout aussi fondamentale, consiste à acquérir l'essentiel de la production mondiale afin d'assurer aux ressortissants nationaux la disponibilité d'une documentation scientifique de haut niveau. Cette deuxième fonction incombe en très grande partie à la Staatsbibliothek Preussischer Kulturbesitz de Berlin et à la Bayerische Staatsbibliothek de Munich : l'importance de leurs fonds encyclopédiques, la diversité et la richesse de leurs collections spéciales leur ont assigné depuis toujours ce rôle. Enfin, pour répondre à des besoins spécifiques dans certains domaines de la recherche, quatre bibliothèques centrales ont été créées plus récemment : la Technische Informationsbibliothek à Hanovre pour les sciences et les techniques ; la Zentralbibliothek der Landbauwissenschaften à Bonn pour l'agronomie ; la Zentralbibliothek der Medizin à Cologne pour la médecine et la Zentralbibliothek der Wirtschaftswissenschaften à Kiel pour les sciences économiques.

2.1. Staatsbibliothek Preussischer Kulturbesitz, Berlin 4.

Le Bulletin des bibliothèques de France a publié dans le numéro de novembre 1979 5 un article très approfondi qui expose la mission de la Staatsbibliothek Preussischer Kulturbesitz (Bibliothèque d'Etat de la Fondation du patrimoine culturel prussien). La fonction de bibliothèque suprarégionale (= nationale) y est fortement soulignée sans négliger pour autant l'important apport de cette bibliothèque à l'enseignement et à la recherche de Berlin. Avec un fonds de 3 millions de volumes et un budget documentaire annuel de 6 millions de DM, elle est la deuxième bibliothèque d'Allemagne fédérale, venant immédiatement après la Bibliothèque d'Etat de Bavière. L'actuelle Staatsbibliothek fait suite à la Bibliothèque du Grand Électeur fondée en 1661. En 1939, elle avait atteint 3 millions de volumes qui furent dispersés lors des débuts des hostilités. Près de 1,7 million de volumes, entreposés sur les territoires qui allaient devenir après la guerre l'Allemagne fédérale, furent regroupés à Marbourg sur la Lahn. La création du Preussischer Kulturbesitz prévoyait dans ses statuts le retour à Berlin-Ouest de tout le patrimoine culturel. C'est ainsi que les ouvrages furent transférés à Berlin ; les derniers livres quittèrent Marbourg vers les années 1977. Cette réglementation concernait également toutes les œuvres d'art qui prirent, elles-aussi, le chemin de Berlin.

Dès 1963, fut ouvert un concours pour la construction d'une nouvelle Staatsbibliothek à Berlin-Ouest. Un terrain de 4 ha avait été réservé sur le Forum culturel où se construisaient, par ailleurs, la Philharmonie et le Musée national. L'architecte Hans Scharoun remporta le 1er prix et se vit confier l'exécution du projet. La construction dura plusieurs années. Commencée en automne 1967, la bibliothèque fut inaugurée par le Président de la République fédérale en 1978.

La qualité architecturale de ce nouveau bâtiment rehausse encore sa richesse documentaire. Sa silhouette effilée lui donne de loin l'allure d'un navire, avec ses 220 m de long, 100 m de large et 60 m de hauteur. La surface développée totale est de 78 000 m2. Le corps central est prolongé vers l'avant par la vaste salle de lecture divisée en secteurs spécialisés qui se présentent sous forme de terrasses suspendues, donnant toutes dans le même espace. Ainsi découpée, par des vides, des balcons, des ponts, des paliers, des escaliers, cette grande salle de lecture de 150 mètres n'offre pas un aspect monotone ; 5 000 périodiques et 200 000 ouvrages y seront mis en accès direct. Une judicieuse répartition des masses intérieures, la transparence des volumes et un parfait équilibre entre matériaux nobles et matériaux fonctionnels donnent à l'usager une impression de liberté et d'aisance et lui procure un réel plaisir à être lecteur.

Derrière l'espace public, se situent les services internes avec notamment un bureau paysagé géant où travaillent plus de 90 personnes. Les magasins suspendus surplombent le tout et donnent à la bibliothèque sa silhouette curieuse. Leur capacité finale est de 8 millions de volumes. Un système de tapis roulant avec 70 stations permettent le transport des ouvrages des magasins vers le service du prêt ou les salles de lecture.

La bibliothèque possède une importante réserve, des salles d'exposition, un auditorium de 500 places, et elle abrite pour le moment, l'Institut de bibliothéconomie (Deutsches Bibliotheksinstitut) et les services informatiques du catalogue collectif des périodiques.

Certes, nous avons entendu quelques réserves, notamment en ce qui concerne la conception fonctionnelle... Il n'en reste pas moins que cette bibliothèque, la plus grande qui fut construite en Europe depuis la dernière guerre a pris d'ores et déjà rang parmi les plus remarquables monuments architecturaux de Berlin.

2.2. Bayerische Staatsbibliothek

La Bayerische Staatsbibliothek à Munich (BSB) se situe en tête des bibliothèques scientifiques de l'Allemagne fédérale. Son fonds documentaire couvre toutes les disciplines, à l'exception des sciences exactes et des techniques. Quelques chiffres, tirés du rapport annuel de 1977, en montrent toute l'importance :

Collections : 4 070 000 volumes 6

Périodiques en cours : 25 000 titres dont 14 500 étrangers

Collections particulières :
Incunables : 18 494 --- Microfilms : 66 400 etc.
Manuscrits : 52 960 --- Diapositives : 21 048
Cartes : 211 248 --- Disques : 19 887

Budget : 21 853 758 DM
Dépenses documentaires : 6 892 250 DM
Personnel (380 postes) : 12 873 335 DM
Fonctionnement : 2 088 173 DM

Lecteurs : 33 048 dont 62 % d'étudiants

Communications : 454 370 volumes dont 269 192 en prêt à domicile

Prêt inter-bibliothèques : 91047 demandes satisfaites dont 30 193 sous forme de photocopies.

La Bayerische Staatsbibliothek acquiert une documentation mondiale de haut niveau dans tous les domaines de la connaissance : en 1977, sur un total de 141 305 unités bibliographiques acquises, 84 260, soit 60 %, provenaient de l'étranger. Pour les seuls achats, la part des documents étrangers représente 80 % des accroissements. L'État de Bavière fournit l'essentiel des moyens financiers. La contribution de la Deutsche Forschungsgemeinschaft (DFG) ne s'élevait en 1977 qu'à 1 317 260 DM, dont 457 300 étaient destinés aux acquisitions des 12 Sondersammelgebiete (secteurs spécialisés) que la BSB a en charge : l'histoire, la philologie, les pays de l'Est, la musique, etc. La Bibliothèque dispose du dépôt légal pour la Bavière et du dépôt administratif des publications officielles nationales et internationales.

En tant que bibliothèque régionale, la BSB gère le catalogue central de Bavière, et assure un certain nombre d'autres tâches bibliothéconomiques communes pour tout le Land, par exemple le catalogue collectif automatisé des périodiques conservés dans les bibliothèques bavaroises... L'introduction de l'informatique à la BSB elle-même est envisagée avec prudence, et les méthodes de travail restent encore traditionnelles. L'importance des fonds de la bibliothèque et l'étendue de ses fonctions ne l'autorisent pas à courir les risques d'une expérience pilote. Un département informatique prépare depuis 1977 le passage à cette nouvelle technique. Il coordonne aussi pour le compte de la Direction des bibliothèques de Bavière, la politique d'automatisation des nouvelles bibliothèques universitaires. Un terminal DIMDI (Datenbank des Deutschen Instituts für Medizinische Dokumentation und Information, Köln) a été implanté à la BSB, en 1977, pour la recherche documentaire automatisée en médecine.

2.3. Universitätsbibliothek Hannover und Technische Informationsbibliothek

La Technische Informationsbibliothek de Hanovre (TIB) est la première bibliothèque centrale créée en Allemagne fédérale (1959). Sa fonction consiste à réunir toute la documentation mondiale dans le domaine de la technologie et des disciplines fondamentales qui lui servent de base : mathématiques, physique, chimie. Il lui incombe tout particulièrement de collecter la littérature souterraine et de diffusion restreinte (brevets, rapports de recherche, publications des entreprises, thèses étrangères, etc.) et les documents en langues rares et difficiles (Europe de l'Est et Est asiatique).

Fonctionnant en symbiose avec la Bibliothèque de l'Université technique de Hanovre, elle dispose d'un fonds de 1 million de volumes et de 17 000 périodiques en cours, dont 13 000 titres étrangers. La TIB, qui est une institution à vocation suprarégionale, est financée par la Fédération (Bund) (30 %) et les Länder (70 %), la BU par le Land de Basse-Saxe. Les dernières statistiques indiquent un budget documentaire de 1 700 000 DM pour la TIB et de 1 100 000 DM pour la BU : la BU compte 72 postes, la TIB 141 dont 9 sont des postes mis à sa disposition par la DFG. La bibliothèque satisfait par an 400 000 demandes de prêts émanant des usagers locaux (9 500 étudiants et 1 000 enseignants et chercheurs) et 320 000 en provenance de l'extérieur. Ces dernières peuvent lui être adressées directement, sans transiter par le réseau du prêt inter-bibliothèques. C'est dans ce domaine que se manifeste de la façon la plus spectaculaire l'efficacité de la TIB : une remarquable organisation technique a été mise en place pour réaliser aux moindres efforts et dans les meilleurs délais la reproduction et l'expédition des documents demandés. Cette efficience résulte en fait de la vaste politique d'acquisition de la bibliothèque qui réunit dans son domaine spécifique l'essentiel de la littérature spécialisée mondiale et plus particulièrement la littérature d'accès difficile. Un service de traduction recense les traductions existantes et, à défaut, en établit à la demande. En principe, il n'entre pas dans les fonctions de la TIB d'assurer des tâches bibliographiques, sauf pour combler les lacunes existantes ou pour exploiter des documents qu'elle seule possède en Allemagne. A ce titre elle publie trois bibliographies : « Ostsprachige Fachliteratur » « Forschungsberichte für Technik und Naturwissenschaften » et « Fortschrittsberichte Technik und Naturwissenschaften ».

La création de la Technische Informationsbibliothek de Hanovre marque une étape dans l'évolution du plan national d'acquisition de l'Allemagne fédérale. Après la 2e Guerre mondiale, la DFG a suscité un plan d'acquisition de la littérature étrangère, connu sous la dénomination de « Sondersammelgebietsprogramm ». L'ensemble de la documentation était divisé en 90 secteurs, eux-mêmes répartis entre une vingtaine de grandes bibliothèques. La DFG finançait pour chaque secteur l'achat de la documentation étrangère spécialisée, la bibliothèque affectataire s'engageant à acquérir, sur ses ressources propres, la littérature générale étrangère et toute la production allemande. Avec le temps, le fonctionnement de ce système fit apparaître de sérieuses lacunes, notamment en ce qui concernait la littérature non conventionnelle et les documents en langues rares et difficiles. Afin de pallier ces carences, la DFG opta pour une solution centralisée : création par un accord entre le Bund et les Länder qui en assurent le financement de quelques bibliothèques centrales dotées du personnel spécialisé et des moyens nécessaires à l'acquisition et au traitement de ces documents. Cette politique pouvait signifier à terme l'abandon de l'ancien système au profit d'un nombre limité de bibliothèques centrales spécialisées, fonctionnant essentiellement comme des bibliothèques nationales de prêt. En fait, pour ménager les différents intérêts en cause, un compromis réaliste a été adopté : une partie seulement des 90 anciennes divisions a été regroupée et affectée aux 4 bibliothèques centrales et celles-ci, fait significatif, sont toutes les quatre une extension de bibliothèques déjà existantes auxquelles elles sont intégrées administrativement et fonctionnellement 7. Ce nouveau système appelé « System der überregionale Literaturversorgung », permet de rationaliser la collecte et la diffusion de la documentation étrangère d'accès difficile dans les domaines de pointe (techniques, agronomie, médecine, sciences économiques) tout en continuant à soutenir la vocation nationale ou suprarégionale des grandes bibliothèques encyclopédiques dans les disciplines spécialisées qui ont toujours été leurs points forts. C'est le cas par exemple du département de l'Orient à la Staatsbibliothek de Berlin ou encore du département de l'Europe de l'Est à la Bayerische Staatsbibliothek de Munich où sur une dépense documentaire de 305 000 DM en 1977, la DFG a apporté un concours de 112 918 DM. Il est à noter enfin que la DFG commence à inclure dans ce réseau d'acquisition des bibliothèques spécialisées qui, par leur nature même, en étaient exclues jusqu'à présent. Au nombre de celles-ci figure la Bibliothèque du Musée national germanique de Nuremberg.

3. Une bibliothèque régionale :
Württembergische Landesbibliothek, Stuttgart

Les bibliothèques régionales, héritières des anciennes bibliothèques des principautés et des villes libres, continuent à occuper en Allemagne fédérale une position clé dans le réseau documentaire. Ce sont soit les bibliothèques des États fédéraux (Staatsbibliotheken ou Landesbibliotheken) soit les bibliothèques scientifiques de grandes villes (Stadtbibliotheken). Elles constituent l'échelon intermédiaire entre les grandes collections nationales et celles destinées à un public plus local, bibliothèques des universités et bibliothèques publiques des villes. Dans le schéma d'ensemble de la desserte documentaire, il leur appartient de satisfaire le maximum de demandes dans le cadre de la région et avec ses ressources propres, et donc d'acquérir des collections encyclopédiques aussi vastes et étendues que possible. Cette division du travail trouve son expression la plus achevée dans la réglementation du prêt inter-bibliothèques qui impose le transit obligatoire de chaque demande par le catalogue collectif central de la région. Elle découle directement de la structure fédérale de l'Allemagne et de l'autonomie de chaque Land en matière d'enseignement et de culture, même si les régions bibliothéconomiques ne correspondent plus tout à fait au découpage territorial en Länder.

Certes, le développement récent des bibliothèques allemandes a partiellement remis en cause cette organisation régionale des réseaux documentaires. L'introduction du prêt direct avec les quatre bibliothèques centrales a été une première brèche dans ce dispositif. La réalisation prochaine, grâce à l'informatique, d'un super catalogue collectif par fusion des catalogues des bibliothèques automatisées en constitue une autre et de taille. Un tel catalogue existe déjà au niveau de la Bavière où il supplante l'ancien catalogue central sur fiches et aucune raison technique n'empêche son extension à des bibliothèques d'autres États. Cependant, il est probable que l'attachement au système fédéral continue à l'emporter, puisque d'ores et déjà il est prévu, du moins en ce qui concerne les périodiques, que le catalogue collectif national automatisé ne sera pas élaboré directement à partir des collections des bibliothèques, mais cumulera uniquement les catalogues régionaux.

Au sein des régions elles-mêmes, l'équilibre du réseau documentaire dont les bibliothèques régionales formaient jusqu'ici le centre de gravité, paraît menacé par l'apparition d'importantes et riches collections dans les nouvelles bibliothèques universitaires et par les profondes mutations qui résultent dans les anciennes bibliothèques universitaires de la fusion des bibliothèques centrales avec les bibliothèques d'institut. Et en fait, on assiste à une certaine redistribution des secteurs documentaires : les bibliothèques régionales jouent le rôle de BU pour les sciences humaines et se reposent elles-mêmes sur les bibliothèques des universités pour les sciences pures et les techniques... Mais en revanche, outre qu'elles gardent leurs fonctions historiques en matière de conservation du patrimoine imprimé et de documentation régionale, elles se voient confier par les pouvoirs publics de nouvelles missions régionales comme la conception et la gestion des catalogues collectifs automatisés, etc. Tant que les Länder assumeront la majeure partie des dépenses documentaires de la R.F.A., les bibliothèques régionales garderont une place privilégiée.

La Württembergische Landesbibliothek à Stuttgart, l'une des plus importantes bibliothèques régionales d'Allemagne, illustre parfaitement les fonctions qu'exerce ce type de bibliothèque et la place qu'elle occupe dans le réseau documentaire.

Créée au XVIIIe siècle par le Duc Charles-Eugène de Wurtemberg (1728-1793), la bibliothèque poursuit dès l'origine trois objectifs :
a) constituer un fonds d'étude et de recherche de niveau élevé,
b) collecter et conserver toute la production imprimée du Wurtemberg,
c) réunir quelques collections spéciales, souvent à caractère muséologique, comme la collection de bibles qui passe pour la plus riche du monde.

A ces trois fonctions sont venues s'ajouter par la suite des tâches d'intérêt spécifiquement régional : catalogue collectif central du Bade-Wurtemberg, de la Sarre et du Palatinat, bibliographie du Bade-Wurtemberg, formation du personnel, etc. Enfin, depuis la transformation de l'École polytechnique de Stuttgart, il lui incombe les fonctions de bibliothèque universitaire dans le domaine des sciences humaines.

Pour remplir sa mission, la Wiirttembergische Landesbibliothek dispose d'une collection de 1,4 million de volumes, de 151,5 postes et d'un budget documentaire de 1 992 641 DM, ce chiffre comprenant 424 915 DM pour les dépenses de reliure 8. Elle reçoit le dépôt légal qui est remis, en ce qui concerne le pays de Bade, à la Landesbibliothek de Karlsruhe, et, en ce qui concerne le Wurtemberg, à la Landesbibliothek de Stuttgart. Toutefois, en tant que bibliothèques régionales, chacune a la possibilité d'acheter à moitié prix la production de la région qui n'est pas déposée directement. L'ancien bâtiment de 1886, partiellement détruit au cours de la 2e Guerre mondiale, a été remplacé en 1970 par un nouvel immeuble fonctionnel de 27 500 m2, dont 13 000 m2 sont occupés par des magasins en sous-sol. Les frais de fonctionnement, y compris l'ensemble des dépenses documentaires, sont à la charge du Land de Bade-Wurtemberg qui entretient également la Badische Landesbibliothek à Karlsruhe. La DFG intervient seulement pour financer deux postes du personnel scientifique (140 000 DM) que la Württembergische Landesbibliothek met à la disposition d'autres bibliothèques pour le catalogage des manuscrits.

4. Les bibliothèques universitaires

Deux données fondamentales caractérisent la situation actuelle des bibliothèques universitaires allemandes :
a) elles disposent des moyens nécessaires à leur fonctionnement. Les crédits documentaires sont en général quatre fois plus élevés que ceux d'une BU française équivalente. Le personnel travaille avec un équipement technique moderne (transporteurs de documents, télex et, de plus en plus, l'outil informatique),
b) elles sont au cœur d'un processus de rationalisation de la desserte documentaire des universités qui met fin à la dualité traditionnelle bibliothèque universitaire / bibliothèques d'institut.

Dans les universités nouvellement créées, est imposé d'office un système intégré ou unitaire, c'est-à-dire une bibliothèque unique comportant éventuellement des éléments décentralisés dans les divers locaux d'enseignement et de recherche. En aucun cas n'est autorisée la juxtaposition d'éléments autonomes. Les anciennes universités sont, pour leur part, invitées à passer progressivement du système dualiste à un système intégré en regroupant les multiples bibliothèques d'institut en quelques bibliothèques de faculté et en rattachant celles-ci à la bibliothèque centrale.

Ce plan de réorganisation s'inspire des « Recommandations de 1970 pour la coopération entre les bibliothèques universitaires et les bibliothèques d'instituts » 9 dont chaque Land a repris les éléments essentiels dans sa législation de l'enseignement supérieur. La force de ce plan provient moins de la cohérence et du réalisme des solutions proposées, que de la volonté des pouvoirs publics d'utiliser de façon plus judicieuse et plus efficace les sommes considérables qu'ils investissent dans les universités. Il est significatif que pour les nouvelles créations universitaires, qui donnent lieu à une large intervention du pouvoir exécutif dans la gestion de l'université, l'adoption d'un système intégré s'effectue sans problèmes, alors que dans les vieilles universités, l'introduction de ce plan se heurte encore à de très nombreuses résistances. Notre voyage nous a permis de visiter une bibliothèque de type ancien, la TUB de Munich et deux bibliothèques conçues selon les principes nouveaux.

4.1. Technische Universitätsbibliothek, München

L'Université technique de Munich (TUB) est issue de l'ancienne École polytechnique créée en 1868. Elle regroupe actuellement l'essentiel de l'enseignement scientifique et technique de Munich, la médecine comprise, et compte environ 15 000 étudiants. L'équipement en bibliothèques de la Technische Universität comprend une bibliothèque centrale de 500 000 volumes et plus de 150 bibliothèques d'institut de taille très variable, totalisant toutes ensemble 500 000 volumes également. En 1978, les dépenses documentaires de la BU ont été de 1 231 089 DM, les bibliothèques d'institut avant dépensé de leur côté 1 649 621 DM, soit pour l'Université une dépense documentaire globale de 2 880 710 DM. La loi bavaroise de l'enseignement supérieur prescrit depuis 1975 la mise en place d'un svstème intégré de bibliothèques au sein de l'Université. En fait, les réalisations sont encore très timides : la majeure partie des dépenses documentaires (57 %) échappe touiours à un contrôle central. La BU s'efforce d'améliorer la situation en apportant une assistance aux bibliothèques les plus importantes. Sur les 106 postes dont elle dispose, 20 sont détachés dans des bibliothèques extérieures. Elle participe, par ailleurs, à l'équipement de la bibliothèque de la Faculté de chimie par l'achat de collections. La politique mise en œuvre correspond donc aux Recommandations de 1970 : regrouper d'abord les bibliothèques d'institut en un nombre limité de grandes unités organiques, aucun travail en coopération n'étant possible avec une multitude d'interlocuteurs. En ce qui concerne l'aboutissement de cette politique, les responsables font preuve d'un optimisme raisonnable. Ils le situent à l'horizon 2000 en espérant d'ici là le transfert de l'Université sur un nouveau campus et la construction de locaux adaptés.

4.2. Universitätsbibliothek Regensburg

L'Université de Ratisbonne, créée en 1964, a été la première université de Bavière à expérimenter un système intégré de bibliothèques. Cette réalisation devint par la suite le modèle de toutes les autres créations universitaires dans le Land. La conception de base repose sur quelques principes simples :
a) La bibliothèque universitaire se compose d'une bibliothèque centrale et de 13 bibliothèques de secteur, le tout formant une seule unité tant du point de vue des fonds que du personnel et de la gestion.
b) Les bibliothèques de secteur sont réservées à la consultation sur place. Elles regroupent dans chaque faculté en libre accès la documentation immédiatement nécessaire à l'enseignement et à la recherche 10.
c) La bibliothèque centrale est avant tout la bibliothèque de prêt de l'université. Elle gère en outre les collections interdisciplinaires ou d'intérêt général et assure un certain nombre de tâches communes, en particulier le traitement de toutes les acquisitions et la conservation des collections dont les bibliothèques de secteur n'ont plus le besoin.
d) La constitution du fonds s'effectue, pour chaque discipline, sous la responsabilité conjointe du bibliothécaire spécialiste chargé de ce secteur et du professeur titulaire de la chaire correspondante. Sauf exception, les desiderata des professeurs doivent toujours être satisfaits.
e) Les bibliothèques de secteur sont dirigées par les bibliothécaires spécialistes (Fachreferent), l'ensemble des bibliothèques et du personnel y travaillant étant en dernier ressort soumis à l'autorité du directeur de la bibliothèque universitaire qui est lui-même un bibliothécaire.

Tout a été mis en œuvre pour assurer la réussite de ce système et gagner l'adhésion des enseignants en leur prouvant par l'expérience que l'accroissement des prestations qui leur étaient offertes compensait largement les concessions qui leur étaient demandées. Ce système défavorisait en effet à première vue les professeurs qui avaient l'habitude de disposer, en toute autonomie, d'importantes bibliothèques d'institut et de crédits généralement plus élevés que ceux de la bibliothèque universitaire. La bibliothèque fut dotée de crédits d'équipement considérables pour permettre, de 1964 à 1980, la constitution d'un fonds documentaire de 1 900 000 volumes, ce qui représentait, jusqu'à ces dernières années, un accroissement annuel de 120 000 volumes et une dépense documentaire de 5 à 6 millions de DM. A terme le budget documentaire sera du même montant que celui d'une université ancienne de taille analogue 11. En 1979, 2,7 millions de DM ont été dépensés pour l'acquisition de 70 000 volumes : la situation budgétaire reste donc suffisamment bonne pour satisfaire automatiquement toutes les demandes d'achat des professeurs (cf. principe 4 ci-dessus). Pour faciliter l'accès aux documents, un soin particulier a été apporté à la localisation des collections. Les bibliothèques de secteur ont été intégrées dans les locaux d'enseignement et de recherche et on a tenu compte pour l'implantation des facultés sur le campus de l'importance de leurs besoins documentaires. Les sciences humaines, qui requièrent une documentation nombreuse et interdisciplinaire, ont été placées à proximité immédiate de la bibliothèque centrale. En revanche, les facultés où se manifestent des besoins documentaires moindres et plus circonscrits sont repoussées aux confins du campus. Par ailleurs, l'ensemble des titres que possèdent la bibliothèque centrale et les bibliothèques de secteur est répertorié dans un catalogue collectif automatisé dont les éditions sur microfiches sont régulièrement mises à jour et disponibles partout. Enfin, on a apporté quelques aménagements aux principes de base pour améliorer les conditions de travail des professeurs : il leur est permis de se constituer, à partir des collections de la BU, une bibliothèque personnelle de 200 volumes et d'emprunter, sous certaines conditions, les ouvrages des bibliothèques de secteur normalement réservés à la consultation sur place. Tous ces facteurs réunis font que ce système performant et de valeur fonctionne à l'entière satisfaction de la majorité des usagers.

4.3. Universitätsbibliothek Bielefeld

De création un peu plus récente (1969), l'Université de Bielefeld marque une étape supplémentaire dans la réalisation d'un système intégré de bibliothèques.

En substituant un nombre limité de bibliothèques de secteur à la masse des bibliothèques d'institut, la BU de Ratisbonne a obtenu une exploitation meilleure et plus économique de ses fonds. Ainsi 4 personnes suffisent pour assurer la consultation d'une bibliothèque d'histoire de 150 000 volumes alors qu'il aurait fallu dans une université ancienne 25 personnes du fait de répartition de ce fonds en autant de bibliothèques d'institut.

A Bielefeld, la bibliothèque centrale disparaît et il ne reste plus que 10 bibliothèques de secteur qui constituent ensemble la Bibliothèque universitaire. Cet éclatement de la BU répond à un besoin évident des usagers que le développement des bibliothèques d'institut dans les anciennes universités a largement mis en lumière. Toutefois, observant que la gestion d'une grande unité centrale est, à tous égards, plus économique que celle de plusieurs unités décentralisées, l'Université de Bielefeld a conçu son système de bibliothèques de façon à retrouver tous les avantages qu'apporterait une bibliothèque centrale. La solution a été de juxtaposer les bibliothèques de secteur pour former une continuité et d'englober chaque bibliothèque de secteur par les locaux d'enseignement et de recherche de la faculté correspondante. D'un point de vue architectural, cette conception a donné lieu à un grand ensemble fonctionnel regroupant en épi autour d'un axe central les différentes facultés. Chaque faculté s'étage sur trois niveaux : au premier niveau se trouvent les amphithéâtres et les salles de cours, au deuxième niveau, la bibliothèque et, au troisième niveau, les salles de séminaires et les laboratoires. Une rue intérieure relie les amphithéâtres et tous les niveaux communiquent entre eux de sorte qu'il est possible de passer d'un secteur à l'autre sans quitter la bibliothèque. L'intérêt fonctionnel de ce système est évident.

Tout le fonds de la bibliothèque, actuellement 900 000 volumes, est en libre accès. Contrairement au schéma classique des BU allemandes, les fonctions de prêt et de communication ne sont pas séparées : une marque sur le livre distingue les exemplaires réservés à la consultation sur place. L'enregistrement des prêts peut s'effectuer à n'importe quel point du réseau sans tenir compte de la localisation initiale de l'ouvrage, le prêt étant entièrement automatisé. Cette disposition autorise une très grande souplesse de fonctionnement. En réduisant aux heures de moindre affluence le nombre d'accès au réseau et par conséquent les postes de surveillance, la bibliothèque peut pratiquer des horaires d'ouverture très étendus même avec un personnel limité. A certains moments la BU de Bielefeld a même fonctionné 24 heures sur 24 12.

Comme à Ratisbonne, tout a été mis en œuvre à Bielefeld pour assurer la réussite de ce nouveau système de bibliothèques, à commencer par le parti architectural de l'Université qui a été construite autour de la bibliothèque. Les crédits d'équipement destinés à la constitution d'une collection initiale ont été de l'ordre de 5 à 7 millions de DM par an. En 1978 le budget documentaire s'élevait à 3 millions de DM (60 000 volumes acquis) et la BU comptait 170 postes. Grâce à l'équipement informatique de l'Université, la bibliothèque a automatisé presque toute sa gestion, et mis à la disposition des lecteurs des terminaux pour l'interrogation en conversationnel du catalogue auteurs 13. Prévue pour 10 000 étudiants, l'Université de Bielefeld ne fonctionne pour le moment qu'à 60 % de sa capacité. Outre les 6 000 étudiants de l'Université, la BU accueille aussi les 3 000 étudiants des écoles supérieures environnantes et 4 000 usagers non universitaires de la région. Elle a enregistré en 1978 plus de 490 000 prêts à domicile. Ces chiffres dénotent une réussite incontestable.

5. Une bibliothèque spécialisée :
Bibliothek des Germanischen Nationalmuseums, Nürnberg

Le Musée national germanique de Nuremberg a été créé en 1852 pour rassembler les témoins majeurs de la culture allemande. La bibliothèque en est une partie intégrante. Elle conserve les collections muséologiques qui sont de son ressort, les manuscrits et les imprimés anciens et précieux, et sert de bibliothèque de travail pour les collaborateurs du musée. Dès l'origine, elle a été ouverte aux chercheurs extérieurs pour la consultation sur place. Depuis 1972, la bibliothèque participe aussi au plan d'acquisition suprarégional mis en place par la DFG en ce qui concerne l'art et le folklore allemands.

La bibliothèque occupe depuis 1964 un nouveau bâtiment édifié en continuité des locaux du musée. Elle dispose d'une salle de lecture de 50 places et d'un magasin d'une capacité de 500 000 volumes. Les collections de la bibliothèque comptent actuellement 400 000 volumes. Dans le même bâtiment sont regroupés le cabinet des estampes et les archives du musée, mais ces deux unités ne dépendent pas de la bibliothèque.

Avec un budget annuel de 180 000 DM, la bibliothèque acquiert environ 4 000 volumes dont 1/3 provient par don ou échange. 4 bibliothécaires scientifiques effectuent le traitement documentaire qui, en plus des travaux usuels d'une bibliothèque, inclut le dépouillement des périodiques et la publication d'une bibliographie courante sur l'histoire de l'art allemand : « Schrifttum zur deutschen Kunst ». La bibliothèque représente donc un exemple type de bibliothèque spécialisée qui, dans son domaine sectoriel, allie aux fonctions classiques de collecte et de traitement des documents une importante activité bibliographique.

La participation au plan d'acquisition de la DFG mérite attention. Longtemps la Deutsche Forschungsgemeinschaft a exclu les bibliothèques spécialisées du réseau des bibliothèques chargées d'acquérir la documentation étrangère. Elle partait du principe que les bibliothèques spécialisées, par leur nature même, étaient d'abord au service de l'organisme dont elles faisaient partie. Si elles ouvraient leurs collections à des usagers extérieurs, elles refusaient la plupart du temps le prêt de leurs documents. Elles ne pouvaient donc pas prendre part à un réseau d'acquisition dont les membres s'engageaient à diffuser leurs collections par prêt inter-bibliothèques. Considérant par la suite l'apport spécifique de ces bibliothèques qui réunissaient par don ou échange des documents échappant aux circuits de collecte des bibliothèques encyclopédiques, la DFG s'est efforcée par l'octroi de subventions, d'obtenir leur participation, même limitée, au plan d'acquisition. C'est à ce titre que la bibliothèque du Musée national germanique reçoit actuellement une subvention de 60 000 DM, soit un tiers de son budget documentaire, et accepte, dans la mesure où un document existe uniquement dans ses collections, de le communiquer par le prêt inter-bibliothèques.

6. Une bibliothèque municipale :
Stadtbibliothek Hannover

La ville de Hanovre (550 000 habitants) possède un réseau de bibliothèques publiques très dense qui totalise 1,3 million de volumes et effectue 4 millions de prêts par année. Le budget de 1979 s'élevait à 12 millions de DM, dont 9 millions pour le personnel (250 postes). La lecture publique repose essentiellement sur les 19 bibliothèques de quartier (Stadtbüchereien) qui desservent près de 75 000 lecteurs sur les 100 000 inscrits et réalisent environ 3/4 des prêts.

Depuis 1955, la bibliothèque centrale (Stadtbibliothek) fonctionne surtout comme bibliothèque d'étude et de recherche. Le bâtiment qu'elle occupe a été construit en 1931 et fut le premier en Europe à comporter une tour à livres. Deux extensions successives en 1955/1956 et en 1973/1978 ont permis de placer en libre accès 180 000 volumes ; après une troisième phase de travaux, 250 000 volumes, soit la moitié du fonds, seront en libre accès. Le public de la bibliothèque centrale se compose pour 50 % de lycéens en fin de scolarité et d'étudiants de l'université. La bibliothèque n'accueille pas les lecteurs âgés de moins de 15 ans. La constitution du fonds vise à réunir une documentation abondante et de valeur dans tous les domaines du savoir. Elle réserve une place importante aux nouveaux supports : disques, cassettes, diapositives, etc. C'est en somme une bibliothèque scientifique de 1er niveau qui offre une excellente couverture documentaire et se caractérise en outre par une remarquable politique d'accueil et de formation du lecteur. Un guide de la bibliothèque enregistré sur cassettes introduit à l'utilisation des divers services ; l'agencement du mobilier, la signalisation et l'éclairage sont conçus pour assurer un confort maximum au lecteur. Autre signe de cet état d'esprit, la bibliothèque a renoncé aux catalogues sur microfiches, malgré leur intérêt bibliothéconomique, pour s'adapter au comportement de ses usagers encore peu motivés à utiliser ces techniques.

En plus de sa fonction primordiale dans le domaine de la lecture publique, la bibliothèque municipale de Hanovre joue donc également un rôle important dans la diffusion de la littérature scientifique à Hanovre en coopération avec la bibliothèque régionale de Basse-Saxe (Niedersächsiche Landesbibliothek), la bibliothèque universitaire et la bibliothèque d'information technique. Le Dr Jörgen Eyssen, qui dirige la bibliothèque municipale, nous faisait remarquer à juste titre, que ce qui distingue ces bibliothèques, ce n'est pas tellement la spécificité de leurs fonctions que l'origine de leurs crédits qui sont soit municipaux, soit régionaux, soit fédéraux.

7. Le personnel et la formation professionnelle 14

7.1. Les différentes catégories de personnel

Il existe quatre catégories de personnel dans les bibliothèques scientifiques qui correspondent aux quatre catégories de la fonction publique : einfacher Dienst (service élémentaire), mittlerer Dienst (service moyen), gehobener Dienst (service élevé), höherer Dienst (service supérieur). La première catégorie, « einfacher Dienst », regroupe le personnel de service qui est affecté à des tâches de rangement, de surveillance, etc... Aucune formation professionnelle n'est requise. La deuxième catégorie, « mittlerer Bibliotheksdienst », a reçu, à la fin du premier cycle de l'enseignement secondaire, une formation professionnelle de 2 ans qui prépare ce personnel à participer aux travaux d'acquisition, de catalogage auteurs et de communication, etc. Le titre d'assistant de bibliothèque, qui désigne aussi cette catégorie de personnel, est surtout utilisé dans les bibliothèques publiques. La troisième catégorie, « gehobener Bibliotheksdienst », comprend les bibliothécaires diplômés (Diplombibliothekare) qui ont reçu une formation professionnelle de 3 ans à l'issue de l'enseignement secondaire. Ce personnel est chargé des tâches bibliothéconomiques plus difficiles, telles que : catalogage des ouvrages étrangers, indexation matières, renseignements et orientations bibliographiques, direction de services internes ou de petites bibliothèques. La quatrième catégorie, « höherer Bibliotheksdienst », désigne les conservateurs qui ont complété leurs études universitaires par une formation bibliothéconomique de 2 ans. C'est le personnel scientifique des bibliothèques. Il est chargé de la constitution des fonds (choix des acquisitions et indexation) dans une discipline dont il devient le spécialiste (Fachreferent) et il participe aux tâches de direction.

Dans les bibliothèques publiques, on retrouve la même répartition des fonctions et des catégories de personnel analogues à cette réserve près qu'il s'agit surtout d'employés (Angestellte) et non pas de fonctionnaires (Beamte). Dans l'ensemble, la profession des bibliothèques est essentiellement féminine (75 % du mittlerer et Gehobener Dienst), à l'exception du personnel scientifique où les femmes ne représentent que 20 % de l'effectif.

7.2. Les écoles de bibliothécaires

La formation initiale du personnel des bibliothèques est assurée en Allemagne fédérale par 12 écoles de bibliothéconomie réparties sur tout le territoire 15.Ces douze centres qui ont ensemble une capacité d'accueil de 1 000 élèves par an 16 dispensent surtout un enseignement moyen destiné au personnel technique (mittlerer ou gehobener Dienst) des bibliothèques scientifiques et publiques. Trois centres seulement préparent aussi à la carrière scientifique : Cologne, Francfort et Munich. L'effectif total de ces élèves-conservateurs se situe aux alentours de 50.

Si chaque école est en principe libre de définir son programme d'enseignement et de fixer la durée des études, une certaine harmonisation a cependant lieu afin d'aboutir d'un Land à l'autre à une équivalence des diplômes, condition sans laquelle aucune mobilité professionnelle ne serait possible. On trouve dans la plupart des écoles le même schéma de formation pour chacune des 3 catégories de personnel : pour le personnel scientifique, une formation en 2 ans qui commence par une année de pratique (stage) et se termine par une année de théorie ; pour le personnel technique (Diplombibliothekare des gehobenen Dienst), une formation en 3 années, comportant successivement une année de théorie, une année de pratique et une nouvelle année de théorie et enfin pour les assistants de bibliothèque (mittler Dienst), une formation en 2 ans, comprenant 2 mois de théorie, 20 mois de pratique et à nouveau 2 mois de théorie. Le contenu des programmes et l'importance donnée aux matières enseignées révèlent encore une identité plus grande qui n'étonne pas lorsqu'on sait que toutes les bibliothèques allemandes, de la plus grande à la plus petite et de la plus moderne à la plus ancienne, suivent invariablement le même schéma d'organisation (ou de division) du travail.

Les centres que nous avons visités, présentent évidemment chacun une particularité et une personnalité propre, tantôt du fait que la formation ne s'adresse qu'au personnel des bibliothèques scientifiques (Stuttgart) ou aux seuls élèves fonctionnaires (Bayerische Beamtenfachhochschule - Fachbereich Archiv- und Bibliothekswesen), que l'école est rattachée à une grande bibliothèque (Stuttgart), à une Direction des bibliothèques (Munich), à une université (Berlin) ou fonctionne comme établissement autonome (Cologne). Les moyens pédagogiques sont importants, mais aucune école ne possède un bâtiment propre.

Une certaine tendance se dessine en faveur de l'introduction de l'enseignement et de la recherche bibliothéconomique dans les universités. Il s'agit essentiellement d'ouvrir l'étude de cette discipline à l'ensemble des étudiants et non seulement à ceux qui se destinent à la profession de bibliothécaire. Pour ceux-ci, la formation professionnelle au sein d'une école de bibliothécaires reste la règle fondamentale et devient même la condition sine qua non s'ils veulent accéder à la fonction publique (Beamte). La seule chaire de bibliothéconomie créée jusqu'ici en Allemagne fédérale est celle de l'Université de Cologne ; elle coexiste en parfaite harmonie 17 avec une école de bibliothécaires particulièrement dynamique qui, en plus du personnel des bibliothèques de toutes catégories, formera aussi à partir de la rentrée 1980, des documentalistes du cadre moyen 18. Cet élargissement est un pas décisif vers une formation commune de tous les professionnels de l'information.

8. Un organisme de recherche :
Deutsches Bibliotheksinstitut, Berlin

Le « Deutsches Bibliotheksinstitut » (DBI) est un organisme central de recherche et de planification bibliothéconomiques. Il est issu de la fusion, en 1978, de l' « Arbeitstelle für das Bibliothekswesen » et de l' « Arbeitstelle für Bibliothekstechnik » dont il reprend les fonctions en les élargissant. Financé conjointement par le Bund (30 %) et les Länder (70 %), il offre à l'ensemble des bibliothèques une large gamme de services centraux et mène pour elles des actions de recherche. Ses domaines d'activité s'articulent autour des thèmes suivants :
- la planification et l'organisation au niveau local et national,
- les acquisitions, le catalogage et la diffusion des fonds,
- le budget, les statistiques et la comptabilité,
- les utilisateurs, la publicité et les relations publiques,
- la coopération internationale,
- la formation continue.

Le DBI a été implanté dans le nouveau bâtiment de la Staatsbibliothek Preussischer Kulturbesitz à Berlin. Le budget 1979 s'élevait à 6,2 millions de DM, soit 3 millions pour le personnel (79 postes dont 30 postes de bibliothécaire), 1,5 million pour le fonctionnement et 1,7 million pour les crédits de recherche. Elle dispose d'un puissant équipement informatique et travaille à façon pour les bibliothèques qui le souhaitent.

Les actions de recherche et de planification sont menées soit par le DBI lui-même, soit par une des 24 commissions permanentes qu'il entretient. Ces commissions, en moyenne de 6 membres, sont composées de représentants des bibliothèques et sont chargées de réaliser des expertises et d'émettre des recommandations. La durée moyenne de ces études est d'un an. Les projets conduits par le DBI lui-même sont en principe de plus vaste envergure, comme l'étude de la réalisation et du coût d'un catalogue collectif des ouvrages recensant 5 millions de titres. Toutefois on a veillé, par la constitution d'un comité consultatif qui comprend 15 représentants des bibliothèques, à ne pas couper le DBI de la pratique des bibliothèques.

Le DBI a repris et poursuit les actions de formation continue qu'organisait depuis une dizaine d'années l' « Arbeitstelle für das Bibliothekswesen » : une douzaine de séminaires a lieu annuellement. Les sujets abordés intéressent tantôt les bibliothèques publiques, tantôt les bibliothèques scientifiques : le livre pour enfant et adolescent, le traitement des journaux, le catalogage de la musique, la formation des utilisateurs, la micrographie, etc. Le DBI édite également de nombreuses publications professionnelles et participe aux groupes de travail nationaux et internationaux. Une information régulière sur ses activités et les projets en cours paraît dans la revue dbi-info.

« Sur la ligne bleue du Rhin... » : ainsi s'intitule un livre récent 19 qui analyse le développement de la coopération franco-allemande et les relations privilégiées qui se nouent entre les deux pays au sein d'une Europe en formation. Ce mouvement touchera-t-il un jour les bibliothèques ? On peut espérer que se connaissant et s'estimant mieux, les bibliothèques allemandes et françaises coopéreront à l'avenir davantage et deviendront de véritables partenaires.

  1.  (retour)↑  Mlle Marie-Thérèse Pouillias (Paris), M. Philippe Monnier (Genève) et M. Hubert Villard (Lausanne).
  2.  (retour)↑  Plusieurs collègues français ont été les hôtes de la Bibliothekarische Auslandstelle. Mlle S. Delrieu a publié un compte rendu très approfondi de son voyage dans le Bulletin d'informations de l'ABF, n° 93, 1976, p. 195-211.
  3.  (retour)↑  Nous utilisons par la suite cette expression plus générique de « bibliothèque scientifique » pour désigner l'ensemble des bibliothèques d'étude et de recherche.
  4.  (retour)↑  La présentation de cette bibliothèque est faite avec la participation de M. Étienne Geiss, conservateur en chef à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, qui a visité cette bibliothèque lors de la tenue à Berlin du congrès de l'Association des bibliothécaires allemands (voir p. 107-109).
  5.  (retour)↑  Voir : Bull. Bibl. France, n° 11, novembre 1979, p. 527-532.
  6.  (retour)↑  Chiffres de 1979 : collections 4,22 M de vol. ; budget doc. : 7,9 M. Le Jahrbuch der Deutschen Bibliotheken, qui paraît tous les 2 ans (O. Harrassowitz, Wiesbaden), actualise régulièrement ces données statistiques.
  7.  (retour)↑  A Hanovre, cette unité fonctionnelle est ressentie comme un frein à l'efficacité de la TIB et on laisse entendre qu'il n'est pas exclu à l'avenir que la TIB soit séparée de la BU.
  8.  (retour)↑  Chiffres de 1977. En 1979 le budget documentaire est de 2,2 M. DM.
  9.  (retour)↑  La traduction de ces recommandations assurée par Gérard Littler a paru dans Bull. Bibl. France, 20, 1975, p. 395-404. Voir aussi l'exposé de Valentin Schweiger : « Les recommandations de la DFG et leurs applications ». In : Les bibliothèques universitaires et les autres organismes de documentation au sein de l'université, Villeurbanne, AENSB, 1975, p. 11-20.
  10.  (retour)↑  Nous utilisons l'expression « bibliothèque de secteur » plutôt que le mot « section » pour marquer la différence de fonctionnement entre celles-ci et les sections des BU françaises.
  11.  (retour)↑  L'Université de Ratisbonne compte 9 400 étudiants et 750 enseignants et chercheurs. La BU est également accessible aux 133 000 habitants de la ville.
  12.  (retour)↑  Horaire moyen de 1979 : 8 h - 22 h pour la consultation et le prêt.
  13.  (retour)↑  Il existe aussi une édition sur microfiches.
  14.  (retour)↑  Pour plus de détails, voir l'exposé de Hans-Peter Geh « La Formation professionnelle des bibliothécaires et des documentalistes en République fédérale d'Allemagne ». In : Journées d'études de l'AENSB, 1977-1979, Villeurbanne, Presses de l'ENSB, 1979, p. 97-112.
  15.  (retour)↑  Berlin, Bonn, Cologne, Francfort, Hambourg, Hanovre, Karlsruhe, Mayence, Munich (2 écoles) et Stuttgart (2 écoles).
  16.  (retour)↑  D'après un tableau dressé par H. Buck pour le 69e congrès des bibliothécaires allemands, Berlin, 1979.
  17.  (retour)↑  L'école de bibliothécaires est dirigée par le Professeur Paul Kaegbein, titulaire de la chaire de bibliothéconomie.
  18.  (retour)↑  Jusqu'à présent, seul l'Institut pour la documentation de Francfort assurait la formation des documentalistes.
  19.  (retour)↑  Saint-Paul (G.). - La Ligne bleue du Rhin: France-Allemagne. - Paris : Denoël, 1979.