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The British press

a manifesto

ed. by James Curran. - London: MacMillan press, 1978. - 339 p.; 22 cm. - ISBN 0-333-23459-6: 4.95 £

par Jean Watelet

Cet ouvrage collectif, rédigé par des journalistes, des professeurs d'université et des sociologues, étudie la crise que traverse actuellement la presse britannique et plus généralement tout ce qui est désigné sous le nom de media.

Depuis une trentaine d'années, l'influence politique de la presse n'a cessé de décliner. La Commission royale pour la presse, la Commission McGregor, d'autres commissions encore, ont remarqué ce phénomène mais n'ont rien pu faire pour l'enrayer.

Cette crise est d'ordre politique, historique, mais surtout économique ; peut-être est-elle due aussi au fait que la presse britannique a acquis un caractère multinational avec l'injection de capitaux américains, canadiens et australiens. La possession et le contrôle d'un ou plusieurs journaux ne sont plus l'apanage d'une société éditrice, voire d'un parti politique, mais relèvent de la diversification des activités de sociétés de placements de capitaux, comme cela commence aussi à se produire en France.

Il en résulte une telle concentration de la presse que de véritables « groupes de pression » provoquent la disparition de la presse locale ou régionale et la remplacent par les éditions multiples de quelques grands journaux. Londres, Belfast et Glasgow mises à part, aucune ville du Royaume-Uni ne possède plus d'un journal du soir. Dans chaque ville où paraissent un journal du matin et un du soir, les deux titres appartiennent à la même société.

A côté de ces spéculations de type capitaliste, les seuls petits journaux qui parviennent à survivre, probablement parce que leur rédaction est à peu près gratuite et due à la plume de bénévoles, sont ceux de groupuscules plus ou moins marginaux tels Gay news, le journal des homosexuels, qui atteint un tirage de 20 000 exemplaires et, dans le domaine politique, le Morning star, organe du parti communiste et News line, organe du parti révolutionnaire des travailleurs. Ces journaux ne sont guère lus que par des militants : les six pages du Morning star sont vendues 10 pence, alors que les 28 pages du Daily mirror n'en coûtent que 7.

Mais la presse est de moins en moins rentable, bien que le public continue à acheter des journaux et, comme dans toute l'Europe de l'Ouest et comme aux États-Unis, elle ne survit que par les bénéfices de la publicité.

De nouveaux media sont apparus. Les sociétés de télévision ont investi des sommes considérables dans la technologie des satellites pour la transmission des images : l'information devient de plus en plus visuelle, et le reportage, qui a fait au XIXe siècle la gloire de la presse britannique, est maintenant confié aux preneurs de sons et d'images beaucoup plus souvent qu'aux envoyés spéciaux des grands quotidiens, chargés de « couvrir l'événement ». Il est de fait qu'une colonne de journal remplie de nouvelles locales revient à 75 livres sterling. Si cette même colonne est remplie par un reportage d'envoyé spécial ou de correspondant à l'étranger, elle revient à 350 livres, si bien que les journaux perdent de l'argent sur les nouvelles en provenance de l'étranger. Celles-ci n'occupent que 9 % de la surface du Daily mirror - presse populaire concurrencée par la télévision - mais en conservent 27 % dans le Guardian - presse de qualité.

Quel sera l'avenir de la presse en Angleterre ? Les auteurs souhaitent tout à la fois, et craignent, une influence de plus en plus grande du gouvernement, moins sur les journaux eux-mêmes que sur l'ensemble des questions qui touchent tous les domaines de l'information.