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Histoire économique et sociale du monde

sous la dir. de Pierre Léon. - A. Colin, 1977-1978. 24 cm.
T. 1 : L'Ouverture du monde : XIV-XVIe siècles. -606 p. : ill.
T. 2 : Les Hésitations de la croissance: 1580-1740. - 607 p. : ill.
T. 3 : Inerties et révolutions : 1730-1840. - 619 p.: ill.
T. 4 : La Domination du capitalisme: 1840-1914. - 623 p.: ill.
T. 5 : Guerres et crises : 1914-1947-624 p : ill.
T. 6: Le Second XXe siècle. 1947 à nos jours. -607 p. : ill.

par Michel Dreyfus

Il n'aura pas été donné à Pierre Léon la joie de voir l'aboutissement de ses efforts, le maître d'œuvre de cette grande histoire économique et sociale du monde ayant disparu avant la publication de tous les volumes. Ce travail repose sur une somme imposante : six volumes embrassent l'histoire du monde, depuis le XIVe siècle, dans une vaste synthèse réalisée par les meilleurs spécialistes de chaque question (une quarantaine au total que nous ne pouvons citer...), sur la base des travaux les plus récents. Il s'agit réellement d'une histoire du monde et non de la conquête du monde par le capitalisme naissant à partir de l'Europe à la fin de la Renaissance: dès cette époque, une large part est faite au continent africain, au monde musulman, « aux richesses et aux carences de l'Asie ». L'Amérique latine n'est pas oubliée. Cette vaste histoire de la civilisation qui se veut une histoire française du monde (réalisée par l'École historique française), entend englober l'histoire de la production, des échanges et des rapports sociaux, voire culturels.

Une œuvre aussi vaste ne peut évidemment, par son ampleur même, que susciter des controverses. Pour ne prendre qu'un exemple significatif, s'il est vrai de dire que « contrairement aux idées reçues, le recul économique et la montée du chômage n'entraînent pas nécessairement l'abandon de la démocratie et la mise en place de régimes totalitaires » il conviendrait d'ajouter que les luttes politiques, à un moment donné peuvent jouer un rôle déterminant: la victoire du nazisme en Allemagne ne s'explique pas par les seules conditions économiques et sociales (la crise...), mais également par les choix politiques des principales forces politiques en présence, en particulier l'incapacité des partis ouvriers à mener une lutte commune contre le fascisme. Peut-on vraiment dire aussi (volume 6, p. 343) que « les régimes autoritaires ou semi-autoritaires ne progressent pas de manière continue au cours des années trente » (en Europe centrale) ? Qu'il puisse y avoir « des phases de recul ou d'expansion », n'empêche pas que dans ces années, la « tendance » profonde est une progression de telles formes de régime.

Mais il ne saurait évidemment ici être question de discuter de tous les problèmes rencontrés dans ces six volumes ! Un tel travail demanderait au moins un livre spécial. Toute grande réalisation suscite naturellement bien des discussions, ne peut - ni ne prétend - régler l'ensemble des problèmes qu'elle soulève. Il s'agit bien là d'une publication d'une importance primordiale qui, certainement fera date. Ajoutons qu'une iconographie importante, une bibliographie détaillée dans chaque volume, des index de noms et de lieux font de ces six volumes des instruments de travail agréables et aisés à utiliser. L'on ne saurait trop en recommander la lecture - pas toujours facile, la clarté du texte n'empêche pas sa densité - à toute personne intéressée par ces questions, mais disposant elle-même déjà d'une certaine culture. Il s'agit là d'un ouvrage de référence qui devrait figurer dans toutes les bibliothèques.