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Compte rendu de mission du 8e congrès de l'ACURIL. (Association of Caribbean university and research libraries.)

Marie Françoise Bernabé

Cette réunion annuelle de l'ACURIL, la huitième du genre, a eu lieu à Kingston, Jamaïque, dans les salons du Pegasus Hôtel, du 25 au 30 octobre 1976. Elle concernait cette année la planification des systèmes nationaux des services des bibliothèques et d'information dans les pays de la zone Caraïbe et réunissait des représentants de 17 pays différents.

Représentation très inégale selon les pays, puisqu'il n'y avait qu'une seule déléguée des Antilles de langue française, face à Porto Rico, à la Jamaïque, ou au Vénézuéla, dont les délégations dépassaient 20 membres chacune. Notons la présence du directeur de la Bibliothèque Nationale de Singapour, et l'absence de Cuba et Haïti (cette dernière faisait pourtant partie des membres fondateurs de l'ACURIL). M. Carlos Victor Penna, expert Unesco de planification dans le domaine des bibliothèques et services de documentation, participait aux travaux en qualité de coordinateur.

Le thème de cette année avait été choisi pour répondre aux préoccupations du Vénézuéla, où s'expérimente actuellement un système national de la planification des bibliothèques, dont la Bibliothèque Nationale est le pivot. Son directeur souhaitait faire le point de l'expérience en cours et la présenter, sous forme de film et exposés, à ses collègues de la Caraïbe, spécialement à ceux de Porto Rico et de la Jamaïque, qui ont déjà adopté des systèmes comparables.

Plusieurs thèmes s'étant dégagés de la réunion plénière initiale, nous nous sommes répartis en petits groupes, en fonction des zones linguistiques et des centres d'intérêt afin de les étudier au cours de la semaine (5 thèmes pour 5 jours de travail) :

- Origine, moyens et buts de la planification des services de bibliothèques.

Trois niveaux : national, régional et international.

Contribution de l'Unesco par les projets NATIS et UNISIST.

- Expériences menées dans les pays de la zone Caraïbe. (Vénézuéla, Jamaïque, Porto-Rico.)

- Techniques de planifications. Théorie et réalité.

- Rôle des bibliothèques universitaires dans un système national de planification.

Relations avec autres bibliothèques et unités d'information.

- Définition des priorités à respecter pour l'établissement de ces systèmes. Faisant partie de la 4e commission, celle des bibliothèques universitaires, j'ai eu l'occasion d'exposer à mes collègues le système français, qu'ils connaissaient très mal, sur tout depuis la création du Service des bibliothèques. J'ai évoqué notamment l'existence de l'Association des directeurs de bibliothèques universitaires (ADBU), qui n'a pas encore son équivalent dans les pays de la Caraïbe et permet actuellement aux responsables des bibliothèques universitaires d'échanger leurs expériences sur un plan très concret et d'unifier leurs méthodes.

La réalisation par l'ADBU d'une liste recensant les périodiques en voie de disparition, afin de planifier les abonnements de périodiques, a beaucoup intéressé mes collègues de Porto Rico et de Jamaïque, qui souhaitent parvenir eux aussi à une planification des achats au niveau national.

Parallèlement à ces réunions de travail quotidiennes les différentes commissions créées les années précédentes au sein de l'ACURIL ont exposé le bilan des travaux, en cours ou achevés.

I° Comité des publications : Les actes du IVe congrès de l'ACURIL sont maintenant en vente. Ceux du IIIe congrès sont en cours de correction.

Le bulletin de liaison Carta informativa paraît avec difficultés.

2° Comité de bibliographie : Établissement des bibliographies nationales. Pour cela, deux préalables :
- encourager l'adoption de lois sur le dépôt légal,
- normaliser la présentation des notices (une commission de catalogage existe aussi), selon les normes internationales,
- créer des sous-commissions dans chaque pays concerné. C'est déjà fait au Vénézuéla.

3° Comité des acquisitions : Projet qui rencontre d'énormes difficultés : certaines bibliothèques devraient assumer le rôle de « centre de distribution » aux membres de l'ACURIL de la production bibliographique de leur zone.

Actuellement, 5 centres : les 3 bibliothèques universitaires des West Indies, celle de Guyana et celle des Iles Vierges.

Des problèmes pratiques et financiers semblent se poser, malgré l'aide de l'ACURIL (600 dollars l'an passé). Il ne me semble pas que ce comité ait des chances de dépasser le stade du projet, intéressant mais ambitieux, dans les années à venir.

4° Comité de microfilm : a pour but :

I° de recenser toutes les publications sur microfilm dans et sur les Caraïbes, une bibliographie est en cours (en particulier pour les périodiques en langue anglaise),

2° d'archiver sous forme de microfilm les documents en voie de disparition dans la Caraïbe; ce Comité demande une subvention de l'ACURIL pour mener à bien cette tâche fondamentale.

Un rapport sur les centres de microfilm dans la Caraïbe est en cours d'élaboration. D'ores et déjà on peut mentionner celui du Vénézuéla (mais aussi de la Jamaïque, Trinidad et Porto Rico).

Une visite à l'Institut de Jamaïque a pu nous convaincre de l'urgence de la situation : des collections uniques de périodiques antillais sont en train de disparaître, faute de restauration et d'archivage sous forme de microfilm.

A l'issue des travaux, nous avons enfin élu le nouveau président de l'ACURIL, Mr. K. E. Ingram, de l'Université des West Indies à la Jamaïque, qui s'est déclaré décidé à concentrer les forces vives de l'ACURIL sur le projet de microfilm précédemment exposé, dont nous nous accordons tous à reconnaître la priorité.

Bilan : Ces quelques jours de réflexion en commun sur les besoins spécifiques des pays de la zone caraïbe nous ont renforcés dans la conviction que nos actions individuelles, trop souvent limitées, voire disparates, et de niveaux actuellement très différents selon les pays considérés, ne peuvent devenir efficaces que grâce à la mise en commun de nos ressources bibliothéconomiques, sur le plan national puis régional, et les différentes commissions mises en place au sein de l'ACURIL se proposent de nous aider à y parvenir.

Mais surtout je reste convaincue que cette réunion a contribué à créer le climat de relations amicales et professionnelles indispensables à faire passer le « courant d'informations » sans lequel toute planification ne serait qu'un cadre vide, et je puis dire que, pour ma part, elle y a pleinement réussi.

Je ne terminerai pas ce rapport de mission sans exprimer ma gratitude à l'AUPELF et au Service des bibliothèques qui ont bien voulu prendre en charge respectivement les frais de voyage et de séjour d'un conservateur de la bibliothèque universitaire, pour la deuxième année consécutive.

Grâce à cet effort, que je souhaite voir maintenu et même intensifié, la Bibliothèque universitaire des Antilles-Guyane a pu faire entendre sa voix et se ménager une place au sein d'un organisme dont l'importance ne peut que s'accroître dans les années à venir.