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L'Animation et les techniques audio-visuelles dans les bibliothèques

Compte rendu du stage organisé à Massy du 16 au 24 janvier 1976

Jacqueline Gascuel

Guiton

Dès 1968, le rapport du Groupe d'études sur la lecture publique affirmait que l'animation est une des fonctions de la bibliothèque publique. Si cette idée pouvait surprendre certains il y a quelques années, elle fait aujourd'hui l'objet d'un consensus, encore qu'il ne soit pas sûr que tous rangent la même chose sous le même mot.

Tenter de cerner et de définir l'animation dans une bibliothèque, d'évaluer son retentissement sur la vie générale de l'établissement, est une démarche difficile mais que souhaitent faire de nombreux collègues. Améliorer la qualité de cette animation par l'utilisation de nouvelles techniques et, en particulier des techniques audio-visuelles, apparaît également comme une nécessité si nous voulons que la bibliothèque ne demeure pas toujours en retard sur la vie...

Il n'y a pas, dans la très grande majorité de nos établissements, d'animateurs professionnels et ce sont donc les bibliothécaires (conservateurs ou sous-bibliothécaires) qui sont chargés de l'animation. Ont-ils pour autant été préparés à cette tâche? Beaucoup de titulaires du Diplôme supérieur de bibliothécaire ou du Certificat d'aptitude aux fonctions de bibliothécaire ont envie de répondre non à cette question, voire de remettre en cause la formation qu'ils ont reçue parce qu'ils n'ont pas été formés dans ce domaine.

Mais aurait-on pu dans le cadre d'une formation initiale, déjà trop courte, faire prendre conscience de l'ensemble des problèmes posés par l'animation ? Les stages prévus au cours de la scolarité (ENSB ou CAFB) permettent peut-être aux futurs bibliothécaires de faire une ou deux expériences concrètes : réalisation d'une exposition, d'un dépliant ou d'un catalogue sur un thème donné, organisation d'un débat. Quant aux sous-bibliothécaires qui ont bien souvent pour mission d'animer une section ou une annexe et même parfois une bibliothèque importante, leur formation ne comporte aucune initiation pratique dans ce domaine. De toutes façons, même un stage ne permet qu'une approche trop rapide du rôle de l'animation. Celle-ci en effet ne prend toute sa signification que lorsqu'elle est aussi intégration dans la vie sociale, ce qui demande quelques mois ou plutôt quelques années.

Nous pensons donc que dans le domaine de l'animation le « recyclage » est nécessaire 1. En effet, si une formation initiale se doit d'être globale, c'est-à-dire d'aborder tous les aspects de la profession, une session de recyclage a des objectifs bien délimités et permet un réel approfondissement de certaines connaissances à partir des expériences déjà faites.

L'École nationale supérieure de bibliothécaires avait déjà fait des stages de formation au Mans sur les clubs de lecture. Il a semblé intéressant d'aborder maintenant d'autres techniques d'animation : c'est pourquoi nous avons décidé d'organiser à Massy une session de formation et de réflexion 2 sur l'animation et les techniques audio-visuelles. Elle s'est déroulée du 19 au 24 janvier dernier. Destinée tout d'abord aux bibliothécaires responsables de l'animation dans diverses catégories d'établissements (biliothèques municipales, bibliothèques centrales de prêt, bibliothèques d'entreprises), elle a accueilli également un certain nombre de collègues des bibliothèques universitaires enseignant dans divers centres régionaux de formation professionnelle. Les activités se sont orientées dans trois grandes directions : un enseignement sur les nouveaux supports, des travaux pratiques, des discussions.

L'enseignement sur les nouveaux supports et leur évolution, sur leur utilisation dans divers domaines a permis aux stagiaires de compléter leur information, bien souvent fragmentaire et désordonnée. Ils ont été en particulier vivement intéressés par l'exposé clair et précis d'une spécialiste de la Documentation française, sur les supports visuels.

Au cours des travaux pratiques, les stagiaires se sont initiés au maniement des appareils de projection, de prise de vue, de prise de son et de mixage. Ils ont tous réalisé soit un montage diapositives sonorisées (thèmes choisis : les enfants et la ville, les nuisances de la ville, les instruments de musique), soit un montage vidéo (thèmes choisis : le guide du lecteur, l'inauguration d'une maison de la culture, traitée sous une forme humoristique). Les travaux pratiques étaient dirigés par l'équipe compétente et dynamique des formateurs en audio-visuel de l'École normale du Val-de-Marne qui ont d'ailleurs apprécié la maturité et l'enthousiasme de nos stagiaires. Ces derniers ont toutefois regretté d'avoir dû choisir entre les deux types de montage et de n'avoir pu découvrir qu'un aspect de techniques nouvelles pour eux. La discussion qui a suivi la présentation des diverses réalisations a permis de souligner les difficultés rencontrées. Il est à remarquer que les deux meilleurs montages ont été réalisés par des équipes qui comptaient au moins un bibliothécaire ayant déjà une certaine pratique de l'audio-visuel.

Enfin des séances furent consacrées à la réflexion sur l'animation en général et sur celle qui peut se faire dans les bibliothèques (objectifs, méthodes, moyens). Ce fut l'occasion de confronter les expériences : après une certaine réserve observée les deux premiers jours, le travail en équipe, au cours de la réalisation des montages, a permis à chacun de mieux se connaître et de s'exprimer plus librement durant les débats. Ainsi, la discussion qui s'est engagée sur la politique culturelle des villes après les exposés des deux élus municipaux présents, a-t-elle été particulièrement animée 3.

Mais hélas, ce stage était trop court! Par manque de temps, la réflexion sur l'animation n'a pu être qu'amorcée et les discussions de fond ont parfois été escamotées. Certains problèmes n'ont été qu'évoqués : l'animation doit-elle et peut-elle toucher le plus grand nombre ? Quel doit être le rôle du bibliothécaire ? Bibliothécaire-animateur ou professionnel de l'animation ? Il est certain qu'il faudra allonger la durée des prochains stages ou en diminuer les ambitions.

Toutefois, l'expérience acquise au cours de ce premier stage permet de penser qu'un certain nombre de conditions doivent être réunies pour que ce genre d'expérience soit profitable à tous :

I) Il faut une équipe d'encadrement (au moins deux personnes) totalement libérée de toute autre tâche et donc en permanence disponible. Il semble bon que ces animateurs ne fassent pas, ou fassent très peu, d'exposés théoriques eux-mêmes, mais plutôt qu'ils facilitent la communication entre les enseignants et les enseignés.

2) Il est souhaitable que les stagiaires puissent être logés ensemble dans une résidence universitaire par exemple; les contacts s'établissent ainsi beaucoup plus rapidement, le travail et la réflexion pouvant déborder le cadre strict du stage; les stagiaires internes sont tout à la fois plus motivés et plus détendus que ceux qui affrontent une double activité (le stage et leur vie familiale courante, le stage et les visites aux amis parisiens, etc...).

3) Le stage ne doit pas être passif, ceux qui l'animent ou assurent un enseignement n'ont pas de recettes miracles à donner... c'est l'effort commun qui sera source d'enrichissement. Faut-il rappeler à des bibliothécaires que les lectures sont utiles ? Une bibliographie ou mieux un dossier documentaire devrait être envoyé aux participants au moins un mois avant le stage.

Enfin, nous savons que ces stages attirent toujours de nombreux collègues car ils permettent non seulement de compléter la formation initiale, mais aussi de rompre l'isolement qui est le lot de beaucoup d'entre eux.

Aujourd'hui l'École nationale supérieure de bibliothécaires dispose de quelques crédits pour rétribuer les enseignants et indemniser ceux qui participent aux stages dans le cadre de la formation des formateurs (enseignants du CAFB). Les municipalités sont souvent disposées à accorder les autorisations d'absence nécessaires, mais semblent réticentes lorsqu'il s'agit d'assumer les frais d'hébergement et de déplacement du personnel municipal. Il serait donc urgent que des crédits suffisants puissent être dégagés et que toutes les catégories de personnel des bibliothèques puissent bénéficier d'une formation permanente touchant tous les aspects de la profession. Des accords devraient probablement être passés sur ce point avec le Centre de formation du personnel communal.

Pour notre part, nous voulons continuer à prendre l'initiative de divers stages : nous en prévoyons en septembre prochain un deuxième sur l'audio-visuel et l'animation.

Nous souhaiterions également organiser au début de l'année 1977, en liaison avec le Service des bibliothèques publiques, une session de réflexion sur l'implantation, la construction et l'équipement des bibliothèques publiques. Cette réflexion viendrait illustrer, pour tous ceux qui ont en projet de nouvelles installations, le travail élaboré lors des journées d'études de groupes de travail sur les bibliothèques municipales 4.

Annexe

Programme du stage

Journée 1 - (lundi 19 janvier) - Animation : histoire, évolution.

9 h - 10 h 30 : Présentation des stagiaires. Introduction au stage, ses objectifs par Mme Gascuel conservateur de la Bibliothèque publique de Massy.

10 h 30 - 12 h : L'animation par le livre et les périodiques. Réflexion par Marie-Christine de Navacelle conservateur à la Bibliothèque publique d'information.

13 h 30 - 15 h : Expériences actuelles d'animation, par P. Moulinier chargé d'études au Secrétariat d'État à la Culture.

16 h 30 - 18 h : Les supports visuels : photographies, diapositives, films fixes, microcopies, par Mme Echart, photothèque de la Documentation française.

20 h - 22 h : Montage Charlie Parker. Débat entre les stagiaires.

Journée II - (mardi 20 janvier) - Introduction aux techniques de l'audio-visuel.

9 h - 10 h 30 : Histoire de l'animation dans les bibliothèques, par Pascal Sanz conservateur à la Bibliothèque publique de Massy.

10 h 30 - II h 30 : Les supports sonores et la video, par Pascal Sanz.

II h 30 - 12 h 30 : L'Audio-visuel dans les bibliothèques, expériences françaises et étrangères, par Janine Guiton conservateur à la Bibliothèque publique de Massy.

14 h - 16 h 30 : Présentation de divers types de montages (3 montages de diapositives sonorisées ; 2 montages video).

16 h 30 - 18 h : Choix des thèmes pour la réalisation de montages. Détermination des groupes de travail.

Journée III - (mercredi 21 janvier) - Réalisation de montages (sous la responsabilité de M. Gauthereau).

9 h - 12 h 30 : Réalisation par les stagiaires, répartis en 6 groupes, de 4 montages de diapositives sonorisées et de 2 montages video sur différents thèmes choisis.

Journée IV - (jeudi 22 janvier) - La politique culturelle des villes - Les budgets municipaux et l'animation.

9 h - 10 h 30 : Projection d'un montage de diapositives sur le budget municipal présenté par M. Palandre.

10 h 30 - 12 h : Les aspects budgétaires. Analyse d'un budget culturel. Le coût du personnel pour l'animation. Le coût de certaines manifestations, par Cecil Guitart, conservateur à la Bibliothèque municipale de Grenoble.

14 h - 16 h 30 : Le point de vue des élus municipaux par M. Fuchs, maire adjoint de Colmar, M. Derome, maire adjoint de Massy et M. Gaillard, conservateur de la Bibliothèque de l'Agora de la ville nouvelle d'Evry.

17 h 30 - 19 h 30 : Visite de la Bibliothèque municipale d'Argenteuil et entretien ave M. Grimberg et M. Aulnette, directeur des Affaires culturelles de Gennevilliers.

Journée V - (vendredi 23 janvier) - Réalisation de montages (sous la responsabilité de M. Gauthereau).

9 h - 18 h : Achèvement des montages. Projection. Analyse des travaux effectués et préparation en groupes des bilans du stage.

Journée VI - (samedi 24 janvier) - Pour donner un prolongement au stage...

9 h - II h : L'information des professionnels : livres, revues traitant de l'animation. Les organismes travaillant dans ce secteur, par des représentants de Peuple et Culture de la Ligue française de l'Enseignement et de Travail et Culture.

II h - 13 h : Bilan du stage. L'animation pour quoi faire ? Ce que l'animation ne peut pas faire.

Liste des stagiaires

Mlle Astrieud, sous-bibliothécaire (BM de Grenoble); Mme Bamebougle, sous-bibliothécaire (BM de Bayonne); M. Blot, sous-bibliothécaire (BM d'Argenteuil); Mme Boulant, bibliothécaire, Banque de France (association artistique); Mlle Buffet, sous-bibliothécaire (B. univ. de Clermont-Ferrand); Mlle Carbonnelle, conservateur (BM de Caen); Mme Cadier conservateur (B. univ. de Nice); Mlle Ferracci, conservateur (BMC de Reims) ; Mme Fixot, conservateur (ENSB Massy); Mlle Francou, sous-bibliothécaire (BM de Grenoble); Mme Furbacco, sous-bibliothécaire (ENSB Lyon); M. Geiss, conservateur (BNU de Strasbourg) ; M. Guesdon, sous-bibliothécaire (B. univ. de Caen); Mme Guitton, sous-bibliothécaire (BM de Poitiers); Mlle Jacquet, sous-bibliothécaire (BM de Tours); Mme Malassigné, sous-bibliothécaire (BCP de l'Indre-et-Loire); Mme Massinot, sous-bibliothécaire (BM de Nanterre); Mme Peuchamiél, sous-bibliothécaire (BM de Massy); Mme Richter, conservateur, (BCP de la Sarthe); M. Roumegas, conservateur (BIU de Toulouse); Mme Rupolo, bibliothécaire (BM de l'Hay-les-Roses); M. Torchet, conservateur (BM du Mans); M. Wante, sous-bibliothécaire (BM de Cambrai); Mlle Zipper, sous-bibliothécaire (BCP du Bas-Rhin).

  1.  (retour)↑  Voir à ce sujet ci-dessous p. 472 à 474.
  2.  (retour)↑  Voir programme en annexe.
  3.  (retour)↑  Voir programme en annexe.
  4.  (retour)↑  Bull. Bibl. France, vol. 20, n° 3, mars 1975, P. 75-117.