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La Bibliothèque « Manuel Orozco y Berra » et le centre de documentation du Département de recherches historiques de l'Institut national d'anthropologie

Fernand Belledent

Lorsqu'en 1864 Victor Duruy ministre de l'Instruction publique institua une Commission scientifique au Mexique (1) * pendant l'intervention française, il désigna parmi les membres correspondants de cette mission, un historien mexicain Manuel Orozco y Berra (2). Cet érudit francophile devait donner son nom à la bibliothèque du département de recherches historiques de l'Institut national d'anthropologie. Cette bibliothèque d'un très grand intérêt pour l'histoire du Mexique au XIXe siècle fut créée initialement en 1945 au Château de Chapultepec comme une dépendance du Musée national d'histoire de l'Institut national d'anthropologie. En 1958 lorsqu'est fondé le département de recherches historiques, la bibliothèque fut transférée auprès de ce département actuellement installé dans l'annexe du château. Depuis l'arrivée en 1971 de l'actuel directeur des recherches le Dr Enrique Florescano, excellent organisateur, très conscient de l'importance de la documentation, priorité a été donnée au développement de la bibliothèque.

Et il faut dire que cette bibliothèque spécialisée compte actuellement 20 ooo livres et brochures, 380 titres de périodiques dont une partie date du siècle passé et une autre est en cours et une collection de microfilms. La plus grande partie de ce fonds est consacrée à l'histoire du Mexique plus particulièrement du XIXe siècle et est divisée en deux parties : la première comprend la documentation publiée ou écrite au cours de ce siècle, et la seconde (le fonds réservé) qui a trait à la période qui va du XVIe au XIXe siècle. La collection de microfilms comprend principalement des archives et des thèses et est en cours de catalogage. Il y a également un fonds de brochures du XIXe siècle. Il est à noter que les brochures, libelles et autres publications de ce type furent particulièrement nombreuses au XIXe siècle au Mexique.

La bibliothèque très active publie à intervalles réguliers une revue Cuadernos, qui donne des bibliographies sur des sujets, intéressant les chercheurs du Département (3). De par la volonté de son directeur, les divers séminaires du département de recherches historiques travaillent en étroite collaboration avec la bibliothèque. Des tables rondes réunissant bibliothécaires et chercheurs, ont lieu à intervalles réguliers et permettent de prendre connaissance des besoins mutuels. Ainsi donc cette bibliothèque est l'outil documentaire de base des 70 chercheurs qui travaillent au Département. Une politique précise de recherche est définie (4) et chaque séminaire travaille sur un programme déterminé. La base des recherches est constituée par les problèmes stratégiques du développement historique de la société nationale. Bien que l'on ne puisse dire que le département de recherches historiques ait élaboré une stratégie globale pour traiter ces problèmes, le travail est actuellement bien avancé. A preuve la réalisation de séminaires de recherche sur les Révoltes paysannes du XIXe siècle, Les Finances mexicaines de 1750-1850 et l'Histoire et problèmes actuels de l'éducation dont les travaux sont terminés et en cours de publication. D'autres aspects également importants dans le développement historique de la société nationale que sont la formation de groupes et de classes sociales, le développement et la manifestation d'une culture nationale, le développement urbain et démographique, les changements socio-économiques et le développement économique du pays font l'objet d'étude des séminaires suivants qui sont en cours : Séminaire de formation des groupes et des classes sociales à Mexico au XIXe siècle, Séminaire d'histoire de la culture nationale au XIXe et xxe siècles, Séminaire d'histoire urbaine, Séminaire des changements socio-économiques du xixe siècle et Séminaire d'histoire économique.

La bibliothèque n'a pas la possibilité de satisfaire toutes les demandes très variées en documentation des séminaires. Elle doit s'en tenir à une fonction bibliothéconomique générale, si l'on peut dire, comme le montrent les sujets des cahiers publiés

Pour répondre aux besoins plus immédiats de la recherche et pour créer un lien plus étroit avec les chercheurs, le Dr Florescano a décidé la création d'un Centre de documentation qui est une section du Département de recherches historiques tout en étant dépendant de la bibliothèque « Manuel Orozco y Berra ». En effet la documentation intéressant les séminaires se trouve très dispersée dans les bibliothèques et archives de Mexico et de province et difficilement accessible car elle n'est pas toujours traitée. Le rôle du Centre est donc de fournir l'information bibliographique, documentaire ou de quelque autre type qui puisse aider à la recherche, l'enseignement ou la diffusion de l'histoire. Pour ce faire, le centre a pour tâche de localiser, collecter et classifier le matériel d'information :
- de sélectionner et de commenter cette documentation en vue de sa publication et diffusion,
- d'accumuler et de conserver la documentation qu'utilisent les Séminaires du Département de recherches historiques et d'en faciliter la consultation,
- de traiter cette documentation et d'opérer tous types de recherches qui permettent d'atteindre les objectifs du centre.

La structure du Centre de documentation a tenu compte des impératifs de la recherche, c'est pourquoi les trois unités suivantes ont été créées répondant aux nécessités les plus urgentes :
- Unité de Démographie historique,
- Unité d' « Hémérographie »,
- Unité de Bibliographie et de fichiers collectifs.

L'unité de démographie historique a pour charge de recueillir et de traiter la documentation démographique relative au Mexique durant le xixe siècle de manière à pouvoir offrir des informations sur la population et les phénomènes démographiques tant pour l'ensemble du territoire que pour chaque région et localité. L'unité recueille, concentre et classe la documentation contenue dans les registres paroissiaux, les listes de recensement, les périodiques, les guides de voyage et de toutes autres sources. Les résultats déjà obtenus dans ce secteur se révèlent intéressants. Le dépouillement opéré dans les paroisses de la ville de Mexico a permis à Coelia Maldonado de collecter une quantité importante de renseignements qui seront à la base de diverses études comparatives de sociologie et d'histoire économique (5).

L'unité « d'Hémérographie » a pour mission la collecte, la sélection et le classement des brochures, des périodiques et des articles du xixe qui offrent un intérêt pour les séminaires du Département de recherches historiques. La sélection s'opère autour de quelques grands thèmes : histoire de la ville de Mexico, histoire économique et sociale, monnaie et histoire de la culture nationale, histoire des crises politiques. La tâche dans ce secteur est particulièrement lourde pour la responsable qui doit rechercher les documents d'une part à la Bibliothèque nationale où existe une collection importante de brochures, mais d'autre part, à l'Héméroteca Nacional où les recherches sont particulièrement difficiles et dans d'autres bibliothèques du Mexique. Le dépouillement de ces documents est capital, bien des affaires importantes ayant fait l'objet de brochures ou de libelles au Mexique au siècle dernier.

Quant à l'unité de bibliographie et de fichiers collectifs, son rôle consiste dans la poursuite des 2 projets qui sont en cours de réalisation.

A) Publication de bibliographies : Mexico en 500 obras, qui a pour but de présenter un panorama général du pays dans ces aspects les plus importants. Ce guide servira à orienter les enseignants, les étudiants et le grand public sur tout ce qui a trait au Mexique. Une Bibliographie générale sur l'histoire de Mexico est également en cours. L'aide des chercheurs des différents séminaires a été très précieuse pour l'élaboration de ce travail.

B) Élaboration de fichiers collectifs de recherche en utilisant le matériel informatif que produisent les séminaires du Département de recherches historiques. Ces fichiers contiennent une bibliographie sélective sur les thèmes de recherche historiques de telle manière que toute la documentation recueillie soit tenue à jour et accessible à tous les chercheurs qui désirent la consulter. Pour que le traitement de l'information soit réalisable par le personnel chargé de ces fichiers qui sont d'une part alphabétiques auteurs, et d'autre part matières, il est demandé aux chercheurs des séminaires, de fournir au Centre, une documentation présentée de manière uniforme avec les indications bibliographiques de base permettant un traitement rapide.

Ainsi le personnel du Centre de documentation travaille en étroite collaboration avec les séminaires du Département de recherches historiques et avec les autres institutions qui se consacrent à la recherche, à l'enseignement ou à la diffusion de l'histoire. L'équipe du Centre organise son travail dans une ambiance de cordialité et de coopération qui permet un développement des activités à un haut niveau de responsabilité professionnelle. Le travail de chacun est programmé de manière que l'équipe puisse périodiquement faire le point sur l'avancement de son programme. Le Centre informe chaque trimestre la Direction du Département, sur le développement de ses activités de manière à rectifier les erreurs et éventuellement donner une autre orientation à son travail.

Ce secteur des fichiers collectifs est le travail le plus important et le plus délicat qui incombe au Centre de documentation, mais celui qui sera le plus rentable à longue échéance. Il y a bien quelques difficultés à intégrer dans ces fichiers collectifs la documentation déjà produite par les séminaires précédents, mais pour les études actuellement en cours, ce devrait être plus facile : les chercheurs acceptant une certaine discipline dans la présentation de leur documentation (6).

Au point de vue structure administrative, le Centre de documentation dépend de la bibliothèque et tous deux sont responsables du travail effectué. La bibliothèque a un droit de regard sur les travaux du Centre, et en particulier sur ceux qui nécessitent plus directement des connaissances bibliothéconomiques, telles que la classification, le traitement et la communication de la documentation.

Compte tenu des réalisations déjà obtenues, il apparaît que l'organisation originale mise en place par le Dr Florescano donnera d'excellents résultats. L'étroite collaboration entre chercheurs et professionnels de la documentation est un stimulant dont chacun profite, car le travail de tous est ainsi mieux perçu et mieux apprécié. La participation à cette expérience montre qu'il y a au Mexique un vaste champ d'action tant dans la documentation que dans la recherche proprement dite. Bien sûr les États-Unis restent le pays étranger où sont effectués les travaux les plus nombreux qui lui sont consacrés, mais en France même, on voit se manifester un réel intérêt à ce sujet. Le Pr Jean Meyer auteur d'ouvrages fort remarqués sur la Révolution mexicaine (7) a créé un Centre d'études mexicaines (8), qui a organisé cette année un Congrès international des Mexicanistes (9). Les relations cordiales qui ont été établies peuvent permettre d'instaurer également dans le domaine de la documentation, une collaboration fructueuse en particulier pour la formation du personnel.

  1.  (retour)↑  Les appels de note renvoient à la bibliographie placée à la fin de l'article.