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La Lecture publique dans les villes nouvelles de la Région parisienne

C'est en 1968 que fut publié par le gouvernement le rapport sur la lecture publique qui devait être le point de départ d'une modernisation des équipements existant en France 2. Dressé en 1972, un premier bilan 3 faisait déjà état d'une nette amélioration du fonctionnement des services et, plus encore, d'un effort sans précédent du point de vue des investissements 4. Mais, dans ce secteur culturel étroitement lié à l'éducation permanente, à la formation continue, à la pédagogie nouvelle, aux activités de loisir, les besoins du public sont considérables et le retard encore très important. C'est ainsi qu'en 197I, les bibliothèques publiques disposaient, en France, de sept fois moins de bibliothécaires professionnels qu'en Angleterre, les achats annuels de livres y étaient six fois moindres et le prêt neuf fois. A ce retard des bibliothèques existantes, qu'il semble impossible de combler avant de nombreuses années, s'ajoute désormais la mise en route des villes nouvelles, que la Direction des bibliothèques et de la lecture publique au Ministère de l'Éducation nationale, souhaite pouvoir doter d'équipements modernes et efficaces, répondant aux besoins nouveaux des quelque deux millions d'habitants qu'elles auront avant la fin du siècle et pour lesquels tout est à faire.

Objectif des bibliothèques publiques.

Cet objectif est de mettre gratuitement à la disposition du public quel qu'il soit - enfants, adultes, personnes âgées - tous les ouvrages littéraires ou documentaires dont il peut avoir besoin aussi bien dans ses activités de loisir que pour son information et sa formation dans tous les domaines. Pour satisfaire cet objectif, la bibliothèque publique prête sur place ou à domicile non seulement des livres mais aussi des revues, des journaux, des disques et, bientôt, tous les documents audiovisuels qui seront édités. Elle est aussi un lieu de rencontre et d'animation culturelle et elle est fréquentée par plus du tiers de la population dès que les locaux sont suffisamment spacieux et attrayants et, surtout, dès qu'ils sont réellement intégrés à la vie des habitants, dans les quartiers, près des lieux de travail ou d'habitation et dans les espaces urbains très fréquentés : centres de villes, centres de quartiers, zone de commerce ou de loisir, etc.

Dans les agglomérations fortement urbanisées, l'objectif actuel est de créer des équipements légers (de 300 à 600 m2) et nombreux (un par zone de 800 à 1 200 mètres de rayon, soit 8 à 18 ooo habitants). Étroitement intégrées à la population qu'elles desservent, ces bibliothèques sont essentiellement vouées à l'animation des quartiers par la diffusion du livre et des activités annexes : débats, expositions, etc. La quasi-totalité de leur surface est ouverte au public pour le prêt à domicile de livres ou de disques et pour la documentation courante. Pour les enfants - qui se déplacent moins aisément que les adultes et qui séjournent beaucoup plus longuement qu'eux dans les locaux pour y lire et travailler - une section spéciale est toujours ouverte. Elle doit être assez vaste pour qu'on puisse y pratiquer la lecture collective, l' « heure du conte » des plus petits et différentes activités d'expression telles que le dessin ou le modelage.

Ces bibliothèques « succursales » de quartier prennent appui sur des équipements plus importants, les «centrales », dans lesquelles sont effectuées les tâches administratives ou techniques pour l'ensemble du « réseau » d'équipements et où l'on conserve et communique les livres et documents plus spécialisés ou d'un plus haut niveau et qui sont, de ce fait, moins fréquemment demandés par le public. A ces équipements fixes, s'ajoutent souvent des bibliobus. Ceux-ci gardent en effet un rôle important dans la desserte des entreprises, des écoles, des hôpitaux ou des autres collectivités et dans celle des quartiers faiblement urbanisés. Bien entendu, ces « réseaux » doivent être étudiés en fonction des caractéristiques propres à chaque ville : géographie, urbanisme, densité de la population, structure de l'habitat (collectif, individuel), implantation des entreprises ou des écoles, circulations et cheminements (des adultes, des enfants), etc.

Les villes nouvelles de la Région parisienne.

Dans l'urbanisme volontaire mis en œuvre par les villes nouvelles, dans le souci manifesté par les aménageurs d'harmoniser entre elles les zones d'habitat, d'emploi, de loisir, de commerce, cette conception de « réseau » trouve tout naturellement sa place. Aussi, les missions ou établissements d'aménagement ont-ils, dès leur création, fait aux bibliothèques une place de choix dans leur grille d'équipements collectifs. En collaboration avec les communes concernées et la Direction des bibliothèques et de la lecture publique, des projets particulièrement intéressants ont été établis depuis 1970. Fait notable : pour mener à bien ces réalisations, la Direction des bibliothèques et de la lecture publique a pris une mesure exceptionnelle en mettant du personnel d'État à la disposition des villes nouvelles dès avant la mise en service des locaux. Depuis 1972, des bibliothécaires travaillent ainsi au sein des équipes pluri-disciplinaires de Cergy-Pontoise et d'Evry. Depuis 1973, pour Marne-la-Vallée et Saint-Quentin-en-Yvelines. La mission de ce personnel est multiple :
- participer à la mise en place des équipements déjà programmés (construction des locaux, choix du mobilier, acquisition et traitement des livres);
- participer à la programmation des équipements nécessaires au fur et à mesure de l'urbanisation;
- provoquer le recrutement du personnel par les collectivités locales;
- procéder à des actions de préfiguration en commençant à desservir la population existante;
- étudier les conditions de fonctionnement propres aux villes nouvelles, de façon à éclairer la Direction des bibliothèques et de la lecture publique sur les décisions que celle-ci devra prendre dans les domaines administratif et financier pour permettre la construction et le fonctionnement des bibliothèques.

Perspective an 2000.

L'application des normes internationales pour les bibliothèques publiques supposerait, pour les cinq villes nouvelles, la construction de près de 100 000 m2 de planchers et l'achat de 4 millions de livres, soit une dépense d'environ 10 millions de F par an pendant 25 ans. A terme, le coût du fonctionnement serait de l'ordre de 30 millions par an. On peut comparer ces chiffres à ceux de l'ensemble des 700 bibliothèques municipales françaises en 197I : 330 ooo m2 au total, un million de volumes achetés dans l'année et 122 millions de F dépensés pour le fonctionnement. Un autre chiffre est cependant plus satisfaisant : on compte que la France construira, au cours du 6e plan, environ 39 000 m2 de planchers par an. Toujours selon les normes internationales, le personnel devrait être de 290 agents dès 1980, dans les seules bibliothèques dont la construction est actuellement projetée (Cergy, Evry, Saint-Quentin et Marne) et qui devront déjà desservir 650 000 habitants. 290 : c'est tout juste l'effectif de la ville la plus riche de France en 197I, Paris, qui compte 2,6 millions d'habitants. Or, ces quatre villes auront, au mieux, à la fin de 1974, 20 agents. Les livres, qui étaient au nombre de 16 ooo fin 73, seront 42 ooo fin 74. Ils devront être 1 300 ooo dans six ans. Quant aux dépenses de fonctionnement, elles seront de 0,5 million de F en 1974 (non compris les achats de livres, qui seront de o,6 million). Il faudra les multiplier par dix d'ici à 1980.

Projets actuels.

Les projets de construction qui ont déjà été financés ou qui devraient être financés durant les cinq années 1972-1976 concernent trois bibliothèques centrales de 2 000 à 3 ooo m2 (Cergy, Evry et premier secteur de Marne) et huit bibliothèques de moindre importance pour des zones qui seront peuplées de 15 à 50 000 habitants et dont la surface variera de 150 à 2 ooo m2 (dans les quatre villes). Ces projets représentent un total d'environ 14 500 m2. Des bibliobus seront en outre financés en 1975 et 1976, dont vraisemblablement deux à Marne-la-Vallée.

Du fait de son insertion dans l'agglomération parisienne existante et de l'absence - dans son secteur ouest - de syndicat communautaire d'aménagement, Marne-la-Vallée rencontre des difficultés dans la programmation de ses équipements. Un projet de bibliothèque de 3 000 m2 en bordure de la Piazza du centre urbain est cependant à l'étude. Dans le deuxième secteur d'urbanisation, un équipement de 1 ooo m2 devrait entrer en service en 1976.

Evry est plus avancé et verra sa bibliothèque centrale de l'Agora ouvrir ses portes au public au début de l'année prochaine. Sa surface - 2 000 m2 - sera augmentée ultérieurement. Une succursale pour Evry 1 est projetée.

A Cergy-Pontoise, la bibliothèque (2 400 m2) constituera une partie du centre culturel qui doit être édifié près de la Préfecture et dont les différentes unités (musée, école de musique, etc.) constitueront un tout fonctionnel. Son ouverture est prévue pour 1977. Avant cette date, une succursale de 500 à 600 m2 sera construite dans le secteur d'Eragny.

Saint-Quentin, enfin, a déjà financé un équipement de 1 500 m2 (qui devrait entrer en service l'an prochain dans le secteur d'Elancourt-Maurepas) et étudie actuellement un deuxième projet pour la Plaine de Neauphles.

Dans ces II bibliothèques, le nombre de livres en accès libre pour le public sera de l'ordre de 340 ooo, dont plus du tiers pour les enfants de moins de 14 ans. A ces livres s'ajouteront les 40 000 qui sont prévus pour la desserte par bibliobus des collectivités et des quartiers éloignés. Les disques dépasseront les 30 ooo unités. Ces équipements représenteront une charge pour la Direction des bibliothèques et de la lecture publique d'environ 12,5 millions de F, y compris le mobilier et les livres.

Le démarrage.

Comme dans toutes les villes françaises et étrangères, la lecture publique sera, dans les villes nouvelles, un service municipal. Mais, plus en France qu'ailleurs, le développement des bibliothèques municipales se heurte à l'émiettement des communes, à l'énorme disparité de leur population et à l'inégalité de leurs ressources. L'organisation administrative qui se met progressivement en place dans les villes nouvelles devrait permettre de résoudre certains de ces problèmes, mais il en est un qui restera préoccupant durant toute la phase de démarrage : le coût du fonctionnement. Celui-ci, pour un équipement moderne, ne peut être inférieur à 15 F par habitant et par an (moyenne des villes anglaises en 197I : 17,60 F). Les ressources fiscales des périmètres d'urbanisation nouvelle ne seront probablement pas en rapport, durant les premières années, avec ces dépenses. Aussi, la Direction des bibliothèques et de la lecture publique étudie-t-elle actuellement la possibilité d'une aide particulière aux villes nouvelles qui serait fonction de la croissance extrêmement rapide de leur population. C'est aussi dans cette optique qu'elle a mis à leur disposition du personnel d'État, qui pourrait éventuellement être renforcé au fur et à mesure de l'implantation des bibliothèques. Mais déjà, ce personnel a pu, depuis un an, faire un travail de prospection et de préfiguration prometteur et qui augure bien de l'avenir 5.

Février 1974

  1.  (retour)↑  La rédaction du Bulletin des bibliothèques de France remercie la Mission d'information des villes nouvelles de la Préfecture de la Région parisienne d'avoir bien voulu l'autoriser à publier in extenso cet article paru dans le numéro du 15 février 1974 des Êclzos des villes nouvelles de la Région parisienne.
  2.  (retour)↑  La rédaction du Bulletin des bibliothèques de France remercie la Mission d'information des villes nouvelles de la Préfecture de la Région parisienne d'avoir bien voulu l'autoriser à publier in extenso cet article paru dans le numéro du 15 février 1974 des Êclzos des villes nouvelles de la Région parisienne.
  3.  (retour)↑  La Lecture publique en France. Rapport du groupe d'études (In : Bull. Bibl. France, 13e année, n° 3, mars 1968, p. 105-134).
  4.  (retour)↑  GARRIGOUX (Alice). - La Lecture publique en France. - Paris : la Documentation française, 1972. (Notes et études documentaires. N° 3948.)
  5.  (retour)↑  De 1969 à 1971, pour les seules bibliothèques municipales (Paris non compris), les dépenses d'investissement sont passées de 18 à 45 millions de F et les dépenses de fonctionnement de 89 à 121 millions. Un progrès du prêt à domicile se fait déjà sentir : 1,4 volume par habitant en 197I contre I,I en 1969 (mais 12,5 dans les bibliothèques municipales anglaises).
  6.  (retour)↑  Adresse des bibliothèques publiques des villes nouvelles :
    - Cergy-Pontoise : École des Maradas, 95000 Cergy; conservateur : M. Alain Massuard.
    - Évry : Ferme du Bois-Briard, Courcouronnes, 91000 Évry; conservateur: M. Pierre Gaillard.
    - Marne-la-Vallée : Épamarne, Parc de Noisiel, 77420 Champs-sur-Marne; conservateur : Mlle Chantal Briolay.
    - Saint-Quentin-en-Yvelines, École du parc, 78190 Elancourt; conservateur : Mme Monique Pham.