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La Nouvelle Bibliothèque municipale de Caen

Geneviève Lecacheux

La Bibliothèque municipale de Caen a été entièrement détruite pendant les bombardements de juillet 1944 avec les 200 000 volumes qu'elle contenait. Seuls les manuscrits et les livres de la Réserve avaient été mis à l'abri et figurent donc toujours dans les collections.

Après plusieurs projets d'aménagement dans l'Abbaye Aux Hommes, devenue l'Hôtel de ville, projets qui échouèrent à cause de difficultés techniques innombrables, la Municipalité prit la décision en 1964 de construire un bâtiment neuf et de confier le projet à M. Merlet, Architecte en chef des monuments historiques.

Le site.

Le site retenu, en plein centre de Caen, est dans ce cadre admirable des jardins de l'Abbaye Aux Hommes. Il a l'avantage d'être desservi par toutes les lignes urbaines d'autobus et d'être à proximité de la piscine, d'une Maison des jeunes, d'un stade, d'un lycée, du Conservatoire de musique et de ce lieu de promenade constitué par la Prairie et le cour Kœnig. Ainsi, beaucoup de personnes peuvent grouper plusieurs activités et n'ont aucune peine à y inclure la lecture.

Le programme.

Il est toujours difficile de construire un bâtiment moderne à proximité de monuments classés, ce qui explique le retard apporté à la construction. Deux thèses étaient en présence, justifiées toutes les deux. Celle de la Municipalité, construire en pierre de taille un bâtiment avec toit en pentes d'ardoise, suivant une tradition ancienne qui assure à Caen son unité architecturale, s'opposait à celle du Conseil général des bâtiments de France qui souhaitait une expression plus contemporaine. Un accord était finalement trouvé en 1968 sur le parti général et l'emploi de la pierre en façade et de l'ardoise en toiture. Cependant, cet accord obtenu par des concessions de part et d'autre a consacré un compromis architectural, puisque deux bâtiments sont en réalité accolés : les services publics sur deux niveaux forment le bâtiment de pierre à l'angle de la Place Guillouard et sont surmontés d'un toit d'ardoise, tandis que les services intérieurs et les magasins, sur quatre niveaux, sont logés dans un bâtiment plus bas à toit en terrasse.

La Municipalité ayant décidé de confier l'exécution du projet de M. Merlet à un cabinet d'architectes de Caen, celui de MM. Clot et Dupuis, M. François Dupuis décidait de revoir le programme dans le moindre détail et de travailler avec une équipe où il invitait les bibliothécaires et les employés, quand leur avis paraissait utile à la bonne compréhension du travail de la bibliothèque, ou pour définir les souhaits des lecteurs. C'est pendant ces séances de travail de l'automne et l'hiver de 1968-1969 que furent soulignés les points les plus importants du climat qui devrait régner à la nouvelle bibliothèque.

Nous voulions pour les lecteurs de Caen, le maximum d'espace, de clarté mais redoutions le faux luxe, l'aspect froid des grandes salles et tout ce qui ressemble à la rigueur administrative. Il fallait aussi faire oublier les bibliothèques poussiéreuses d'autrefois qui intimident si souvent les lecteurs avec leurs rangées de livres montant jusqu'au plafond, sans pourtant renoncer à la tradition de recherche qui faisait la gloire de la bibliothèque municipale du début du siècle.

Toutes ces recommandations pressantes : accueil chaleureux, confort, liaisons commodes, variété des activités d'une bibliothèque municipale, diversité de son public, multiplicité des tâches du personnel, le cabinet Clot et Dupuis les a traduites en volumes, couleurs et matériaux divers.

Bien avant la pose de la première pierre, nous connaissions déjà la bibliothèque et savions que le verre, l'aluminium auraient une place de choix avec la pierre dans la construction, mais que la variété des volumes, grâce à des plafonds surbaissés et des galeries, où le bois apporte chaleur et intimité, viendrait corriger cette rigueur de l'architecture et des matériaux modernes. Les couleurs étaient aussi choisies très tôt : bleu ardoise, bleu clair, tabac et rouille, teintes dominantes qui s'allient bien avec les boiseries de teck des murs et des rampes d'escaliers ou les plafonds de merisier de la partie réservée aux enfants, murs de brique à l'aspect rustique et familier...

Les deux années de la construction permirent d'étudier le mobilier contemporain qui s'harmoniserait le mieux avec l'architecture et de trouver parmi les modèles des plus grands fabricants internationaux, ceux qui, par leur ligne, leur robustesse, le matériau utilisé, les couleurs offertes correspondaient le mieux aux besoins des lecteurs et à l'esthétique du bâtiment.

Services publics

Accueil.

Le hall d'entrée est d'un accès direct, de plain pied avec la rue. Dès qu'il a franchi le seuil, le lecteur peut immédiatement obtenir à la banque, des renseignements et prendre une carte pour retirer des livres. Un peu en retrait, derrière l'escalier, un foyer-fumoir donnant sur le patio, permet aux lecteurs de se retrouver pour parler ou pour lire. Ce foyer donne accès à la section enfantine, il est donc très fréquenté par les petits et leurs parents. A l'entresol et à l'étage, deux autres foyers-fumoirs sont envahis par les adolescents et les adultes. A cet accueil, que nous avions voulu chaleureux et familier, les lecteurs ont immédiatement répondu, et les foyers, le hall et les circulations sont toujours très animés, tout au long de la journée et en toutes saisons.

L'escalier de pierre, à double volée, est suspendu. Il assure la liaison entre les trois niveaux; non seulement, il est un élément décoratif dans le hall, mais il invite aussi à la rencontre. Un ascenseur est également à la disposition du public. A l'entresol, en surplomb, on a un aperçu de l'activité intense de la bibliothèque : allées et venues des lecteurs dans le hall et salles de lectures et d'activités des jeunes. Ceci est sans aucun doute un facteur de succès et d'agrément et incite le visiteur à considérer la bibliothèque comme un élément dynamique de la vie de la cité. Entre les boiseries qui camouflent les tubes d'éclairage, ont été accrochées des vitrines en plexiglas pour présenter des livres, des affiches ou des dessins, en rapport avec les expositions ou l'actualité. Les activités culturelles de la région sont annoncées sur des panneaux dispersés dans les circulations, où de petites expositions temporaires peuvent aussi être présentées.

Toutes les opérations de contrôle de sortie des livres, pour tous les services de la bibliothèque, sont centralisées dans le hall avec le photo-charging (Recordak RV 2, microfilm de la page de titre du livre, de la carte du lecteur et d'une carte de transaction).

Lecture en libre accès des livres pour adultes et adolescents.

La salle de lecture de 300 m2 également de plain-pied est accessible à droite de l'entrée. Une galerie à laquelle on accède par un escalier de bois est réservée aux collections de livres de philosophie et aux œuvres d'imagination choisies spécialement pour les jeunes de 14 à 18 ans. Les rayonnages en bois et métal permettent de très bien voir les livres et par conséquent facilitent le choix tout en apportant l'élément décoratif essentiel. Vingt-mille volumes peuvent y être mis à la disposition des lecteurs. La salle étant adossée à un magasin, si cette capacité s'avère insuffisante, il sera possible d'y remédier rapidement. Quelques tables rondes sont disposées dans la salle et, au fond, un coin de lecture de revues et de journaux permet la détente ou une information rapide pour tous ceux qui ne souhaitent pas monter à la salle de périodiques. Un escalier mène à la cafeteria qui sera aménagée prochainement au sous-sol.

Bibliothèque des enfants.

Des expériences multiples pendant douze ans, à Caen, dans une salle trop petite, que fréquentaient 2 000 lecteurs avaient permis de définir les besoins des enfants. La Bibliothèque pilote de Clamart, quant à elle, avait essayé plusieurs formules de fonctionnement et modifié son programme initial en fonction des nouvelles activités et des nouveaux besoins culturels des jeunes. Enfin, des bibliothèques étrangères, en particulier dans les établissements scolaires des États-Unis, avaient déjà introduit l'audio-visuel. Tous ces éléments permettaient d'adapter le programme aux enfants et de réaliser des locaux et un équipement correspondant mieux que dans beaucoup de bibliothèques qui n'avaient pas autant d'années d'expérience, aux cinq types d'activités offertes désormais aux lecteurs des bibliothèques modernes :
- choix de livres dans toutes les disciplines en libre-accès et pour l'emprunt;
- lecture silencieuse, étude et recherche, avec livres en libre-accès également;
- documentation et laboratoire audio-visuels;
- atelier de peinture, activités manuelles, salles de projections;
- heure du conte, lectures à haute voix et réunions, débats, discussions, clubs des poètes, etc...

Cinq petites salles répondent donc à ces différents besoins, chacune pouvant accueillir environ 40 enfants à la fois.

Dans la description des salles de lecture, de la discothèque et de la galerie d'exposition, on remarquera que ces activités peuvent être également réalisées pour les adultes, mais elles ne sont pas organisées avec autant de rigueur. Les adultes pourront à l'avenir obtenir des activités d'animation faites dans le même esprit s'ils les sollicitent. Ainsi à la rentrée d'octobre 1972, des groupes de lecteurs ont prévu d'en organiser quelques-unes.

Les catalogues-matières ont été mis dans l'entrée de la section enfantine face à la banque de l'entrée, de sorte que les bibliothécaires peuvent intervenir quand les enfants le souhaitent pour les aider à préparer leur documentation.

La salle de choix de livres à emprunter, à gauche de l'entrée est bien isolée de la salle de lecture silencieuse grâce au bloc sanitaire, la circulation des enfants y est donc très libre. Les plus jeunes de trois à six ans y ont un coin.

La salle de lecture silencieuse est ouverte sur le patio, d'un côté, et la place Guillouard de l'autre; elle est donc située entre deux jardins. Les classes l'utilisent régulièrement pour l'étude et la documentation. Individuellement, les enfants y lisent au calme et y préparent leurs exposés et leurs devoirs scolaires.

Dans le prolongement, la « salle audio-visuelle » offre aux jeunes la possibilité d'utiliser eux-mêmes, dans des petits box où ils trouvent visionneuses de diapositives, lecteurs de cassettes, magnétophones et électrophones, les disques, diapositives, cassettes mis à leur disposition dans des meubles de rangement. Ils peuvent aussi choisir des reproductions d'oeuvres d'art à emprunter.

L'équipement de l'atelier-salle de projection : tables sur tréteaux, chaises pliantes sur chariots a été choisi afin de permettre une utilisation pour de multiples activités.

Les enfants étant souvent très nombreux, une grande salle, dans les combles peut éventuellement les accueillir aux heures d'affluence. On y accède aisément par un escalier sur lequel ouvre l'atelier et qui dessert aussi la petite salle de l'heure du conte et la discothèque pour adultes. Une terrasse sera aménagée pour que les enfants puissent lire dehors par beau temps, elle recouvre la réserve de carburant pour la chaudière.

Pour l'heure du conte et les lectures à haute-voix, une petite pièce en surplomb de la « salle audio-visuelle » a été aménagée avec cheminée. L'utilisation de la brique de Vaugirard, de la tôle noire pour la cheminée, de plafonds bas en caillebotis d'un tapis bleu ainsi que de sièges en résine ABS orange et blanc contribue à donner un caractère familier et confortable à ce salon où les enfants sont tout naturellement à l'aise et réceptifs.

Les tablettes des rayonnages à livres des enfants ont été réalisées en lamifié blanc, les meubles à disques et les fichiers en Afrormosia. Les salles de lectures ont des panneaux amovibles décorés par les enfants; dans les salles d'activités, les panneaux permettent un affichage magnétique et la projection.

Les trois salles d'activités sont sonorisées et ceinturées ainsi que la salle de lecture, par une boucle inductive, ce qui permettra la diffusion sur casques.

Expositions.

A l'étage, une grande galerie de 130 m2 ouvre sur le foyer face à l'escalier. Elle est aménagée en salle d'expositions de livres et peut accueillir une centaine de personnes pour des conférences ou des causeries. Dans ce cas, les panneaux d'exposition peuvent être démontés et remplacés par des chaises pliantes qui sont en temps habituel stockées dans des placards. Cette salle est sonorisée et ceinturée par une boucle inductive; elle conduit à la discothèque.

Discothèque.

La discothèque est divisée en deux parties par une cloison amovible. L'une, aménagée en salon d'écoute, peut accueillir vingt personnes et pourrait aussi devenir la bibliothèque musicale. Dans l'autre partie, destinée à la discothèque de prêt, quatre cabines d'écoute ont été aménagées, avec possibilité d'écoute sur casques. Le dispatching est situé à cet endroit et commande toutes les combinaisons pouvant être obtenues par l'ensemble de l'équipement. De ce tableau, pourront être diffusés des programmes visuels ou sonores dans diverses salles ou encore le programme en provenance d'une salle pourra être diffusé à d'autres salles. Deux équipements sonores portables avec platine tourne-disque, ampli, enceintes acoustiques, magnétophones et micro peuvent être utilisés dans n'importe quelle partie de la bibliothèque. Le plafond de la discothèque, à caissons, a de bonnes propriétés acoustiques. Les enceintes pour la musique d'ambiance y ont été incorporées sans en modifier l'esthétique. Des rideaux d'obscurcissement permettront d'utiliser la discothèque pour des projections.

Étude et recherche

Catalogues.

Derrière l'escalier, la salle des catalogues et des bibliographies est aussi un lieu de passage et donne accès aux autres salles de lecture. Une banque de renseignements y a été installée pour qu'un bibliothécaire puisse toujours intervenir si besoin est auprès d'un lecteur hésitant. Beaucoup de jeunes lycéens fréquentent la bibliothèque et s'initient ainsi à la recherche dans les fichiers.

Périodiques.

400 périodiques (300 disponibles actuellement) peuvent être mis en libre-accès dans cette salle de lecture pour 32 personnes qui accueille donc les lecteurs de périodiques mais aussi ceux qui préfèrent l'intimité et le calme d'une petite pièce.

Salle de lecture.

La salle de lecture peut recevoir 120 lecteurs. La banque de communication des livres assure la liaison entre les magasins et les lecteurs. Un monte-livres assure les liaisons verticales. Quatre mille usuels peuvent être mis en libre-accès. Derrière la banque de prêt ont été aménagés des rayonnages pour les semi-usuels. Le vestiaire est dans la salle, les lecteurs en assurant eux-mêmes la surveillance.

Fonds local.

Au fond de la salle de lecture, on accède à la salle de Normandie.

Traitée avec des matériaux traditionnels : chêne clair pour le plafond et le mobilier, sol en terre cuite, elle sert de galerie des portraits peints qui figurent dans les collections de la bibliothèque, portraits de bienfaiteurs, de célébrités locales et des conservateurs de la bibliothèque qui se sont succédé de la Révolution au début du xxe siècle. Les luminaires très modernes, sphères de verre qui rappellent les luminaires du patio, rattachent cette salle au restant de l'architecture.

Comme les destructions de la guerre ont rendu très rares la plupart des livres sur la Basse-Normandie, le prêt des livres n'est pas autorisé et puisque l'ensemble du fonds ne peut être mis en libre-accès pour des raisons de sécurité, la proximité des magasins facilite le service. Le catalogue systématique local est à la disposition des lecteurs dans cette pièce, ainsi qu'un fichier de reproductions photographiques des estampes, gravures, cartes et plans (en cours d'établissement).

Livres précieux.

Au fond du couloir qui dessert les bureaux des conservateurs et le secrétariat, une petite pièce qui peut accueillir cinq ou six lecteurs a été traitée d'une manière très contemporaine : rayonnages avec montants d'aluminium et tablettes blanches, bureau en teck et lamifié blanc, tapis chocolat et murs bleus. La proximité de la chambre-forte et du magasin de la Réserve, des bureaux des conservateurs qui doivent assurer le contrôle de la communication des livres rares facilitent le service, dans une bibliothèque municipale où le personnel qualifié est toujours en nombre insuffisant. Quelques centaines de volumes sur l'histoire du livre et de l'imprimerie, sur les reliures et l'illustration sont rangés sur les rayons. La chambre-forte et la salle de communication sont équipées d'un système de détection d'incendie et de tapis pneumatiques pour la détection des vols. Le dispositif d'alarme, jumelé avec le système téléphonique est branché dans la loge du concierge.

Magasins.

Au centre du bâtiment, les quatre niveaux de magasins et les combles dont la plus grande partie est également équipée de rayonnages à livres, sont desservis par un monte-charge et un monte-dossier. La capacité totale est de 750 000 volumes. Actuellement 150 000 volumes y sont déjà stockés, auxquels sont venus s'ajouter quelques dépôts : bibliothèque ancienne du Lycée Malherbe, fonds Saint-Étienne. La Ville de Caen développe son rôle de capitale régionale et, bien que la bibliothèque ne reçoive pas le dépôt légal, il lui arrive d'avoir à stocker des fonds peu utilisés qui encombrent certaines collectivités. Une extension dans les vide-sanitaires a été prévue. Des rayonnages métalliques neufs équipent les quatre niveaux, les rayonnages métalliques anciens de la bibliothèque ont été réutilisés dans les combles.

Services intérieurs

Les bureaux et les salles techniques sont vastes et nombreux. Il s'agit en effet, d'assurer le rôle de bibliothèque centrale d'un service en plein développement, qui déjà avant la construction de ce nouveau bâtiment, avait trois succursales. Une quatrième est en projet pour 1973 et deux bibliobus urbains assurent la distribution des livres dans les quartiers périphériques nouveaux et dans les établissement scolaires éloignés du centre.

En plus des salles habituelles dans toute bibliothèque (entrée des livres, préparation et équipement pour le prêt, reliure) ont été prévus une salle de prise de vues et un laboratoire de développement photographique, une pièce pour la multigraphie et l'imprimerie, un garage de bibliobus avec un quai aménagé pour le tri. Il est d'ailleurs vraisemblable que cette partie technique paraîtra vite trop petite.

Les bureaux, sauf ceux des conservateurs et du secrétariat, ont été aménagés avec le matériel existant dans l'ancienne bibliothèque. Ils ne sont pas réellement affectés à tel ou tel membre du personnel, mais plutôt à une fonction : commandes et préparation des acquisitions en même temps salle de réunion et bibliothèque professionnelle, catalogage, bulletinage des périodiques, enregistrement des collections et des suites, littérature et documentation pour enfants, préparation des activités, etc. Une pièce a été aménagée au sous-sol en salle de repos pour le personnel avec cuisine, ce qui était indispensable avec le nouvel emploi du temps et la journée continue.

Fonctionnement.

Après quelques mois de travail dans cette nouvelle bibliothèque et la période d'adaptation toujours difficile à vivre, il est temps de mettre en évidence les réussites et aussi les points qui laissent un peu à désirer ou qui n'avaient pas été envisagés par le programme. Laissons de côté les difficultés prévues avant ou pendant la construction et pour lesquelles aucun remède n'avait pu être trouvé : garage insuffisant pour deux véhicules, liaisons difficiles entre la section enfantine et les magasins, circulations compliquées entre la partie administrative et technique et les services publics.

Le climat que nous voulions créer dans la bibliothèque y règne depuis l'ouverture : liberté dans les foyers et les salles de lecture, sentiment de familiarité, accès facile aux livres, relations amicales du personnel et des lecteurs qui peuvent ainsi demander les renseignements qu'ils désirent et donner leur avis. En contre-partie, il y a certains abus de la part des lecteurs, en particulier, des jeunes qui se sentent si bien chez eux dans ce bâtiment qu'ils considèrent comme leur bien, qu'ils ne le respectent pas plus que leurs propres affaires : ils s'approprient volontiers certains numéros de périodiques ou prennent définitivement des livres dont ils ont besoin pour leurs études. Mais c'est l'aspect positif sans commune mesure avec ces quelques défauts communs à beaucoup d'usagers de services collectifs, le gain de lecteurs passés de 9 ooo en 1970 à plus de 18 000, que nous devons retenir.

Autre difficulté que nous avions pressentie et qui s'est révélée réelle : l'adaptation toujours délicate du personnel à de nouvelles conditions de travail. Les plus anciens ont dû affronter des problèmes plus complexes par suite de l'extension des services et des nouvelles structures de la bibliothèque. Les nouveaux, la moitié du personnel environ, jeunes sans formation professionnelle préalable, ne peuvent actuellement être encadrés comme il conviendrait et ne trouvent pas toujours les conditions de travail que leurs chefs de service souhaiteraient. Ces derniers, deux conservateurs pour un effectif total de 32 personnes, n'ont pas pu consacrer tout le temps nécessaire à l'organisation du travail et à la formation du personnel, car les multiples tâches qui leur sont dévolues occuperaient facilement quatre ou cinq personnes.

Malgré ces quelques réserves, il est certain que cette bibliothèque est agréable, bien conçue pour l'étude et la lecture de distraction, qu'elle semble pouvoir facilement s'adapter aux méthodes nouvelles d'animation et accueillir les nouveaux matériels audio-visuels mis dans le commerce et s'épanouir.

Si elle ne peut recevoir beaucoup plus de lecteurs qu'elle en a déjà, la politique favorable de la Municipalité la fera essaimer à nouveau là où cela devient nécessaire. Cette construction lui permet de prendre un nouveau départ et de devenir le lieu de détente, de culture et d'éducation permanente attendu pendant plus de vingt ans par une population avide de lecture.