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L'Informatique à la Bibliothèque des Halles

Jean-Pierre Seguin

Roland Beyssac

I. Rapport sur l'état présent des recherches et des réalisations en informatique 1

II y a quatre ans, très exactement en mai 1968, la Bibliothèque nationale s'accroissait d'un nouveau Département « chargé de la Bibliothèque publique des Halles ». Quatre personnes : trois conservateurs et une sous-bibliothécaire, disposant de 20 mètres carrés de bureaux et d'une vingtaine d' « usuels », avaient pour mission de préparer l'ouverture en 1972 - on le croyait alors - d'une Bibliothèque nationale de consultation de 25 ooo m2, comportant 1300 places, un million de documents-textes et autant de documents iconographiques.

Une telle disproportion entre les moyens mis en œuvre au départ et les objectifs justifiait, commandait même d'être ambitieux. La perspective de la présentation en libre accès d'au moins 500 ooo volumes constituait une grande nouveauté pour la France. Elle était en réalité des plus raisonnables et ne devait pas soulever de difficultés insurmontables, puisqu'il y a un siècle et parfois davantage que la formule a été éprouvée avec succès, et tous ses détails déjà mis au point dans de grandes villes des États-Unis, de Grande-Bretagne et des Pays scandinaves, notamment. La véritable innovation de la Bibliothèque des Halles en 1968, c'était d'aller au-delà de la consultation en libre accès pour créer, à partir des documents, un instrument de recherche au service d'une information générale encyclopédique destinée au grand public.

Pourquoi n'eût-on pas profité des possibilités nouvellement offertes par l'informatique pour tenter de mettre fin, à l'occasion de la fondation de la Bibliothèque des Halles, à la séparation traditionnelle, si préjudiciable aux bibliothèques, entre ces deux fonctions primordiales : accès aux documents et documentation?

Il serait trop long et fastidieux pour le lecteur de retracer en détail le processus des enquêtes et des études auxquelles on s'est livré dans cette perspective, entre mai 1968 et avril 1970. A cette date, le groupe de la Bibliothèque des Halles, renforcé en juillet 1969 d'un jeune conservateur formé à l'analyse en vue de l'informatique, Roland Beyssac, avait pu prendre plusieurs options fondamentales :
- on envisageait un système d'automatisation « intégré », c'est-à-dire liant les unes aux autres toutes les opérations menées dans la bibliothèque, aussi bien celles de gestion que celles de documentation.
- le processus de la recherche documentaire devait avoir pour base la mise en correspondance de mots du vocabulaire naturel et de descripteurs de la Classification décimale universelle (c.D.u.)
- on s'efforcerait de travailler dès le départ dans la perspective des techniques et des matériels les plus avancés, ceux qui avaient le plus de chances d'être utilisés en 1975.

Ces orientations avaient été prises à la suite de travaux menés sur le plan interne et sur le plan externe.

Les bibliothécaires avaient fait réflexion sur des problèmes fondamentaux : critères et sources du choix des collections, recherche d'un « format » de catalogage approprié aux besoins de la future clientèle et à la recherche documentaire automatisée tout en restant compatible avec le catalogage national, organisation du service permettant de faire face à la masse des commandes. Ils avaient aussi longuement étudié les formes et les systèmes d'indexation, afin de choisir parmi tous ceux qui s'offraient à eux : dictionnaires, thesauri, c.D.u., classifications de Dewey, de la « Library of Congress », etc.

A l'extérieur, deux sortes de démarches avaient été entreprises. Elles avaient essentiellement pour but de vérifier si le choix intervenu, celui de la C.D.U., correspondait bien au but poursuivi, l'information générale, et pouvait être exploité en informatique.

En septembre 1969, on avait procédé aux premières expériences, grâce à un contrat passé entre la Direction des bibliothèques et de la lecture publique et l'Institut de Recherche d'Informatique et d'Automatique (I.R.I.A.). D'autre part, des contacts maintenus en permanence avec des bibliothèques et des organismes de documentation français et étrangers permettaient de connaître les réactions suscitées par le projet des Halles chez les responsables d'opérations similaires. De ce point de vue, et notamment en ce qui regarde le choix de la c.D.u., les visites faites au « Massachusetts Institute of Technology » (M.I.T.), à Boston et à l' « American Institute of Physics » (A.I.P.), à New York, furent déterminantes. Elles confirmaient le choix de la C.D.U. Rejetée par l'A.I.P. parce que mal adaptée à la recherche spécialisée, celle-ci semblait être encore le système le plus adéquat pour l'information générale documentaire.

Au printemps de 1970, l'équipe de la Bibliothèque des Halles, ne pouvait pas, avec ses seuls moyens 2, exploiter ces premiers résultats. C'est alors que s'offrit l'occasion, aussitôt saisie, avec l'accord de M. Dennery, de participer à une expérience collective 3 dont la préparation débuta en janvier 1970 et que l'on connaît sous le titre de G.I.B.U.S., Groupe Informatiste de Bibliothèques Universitaires et Scientifiques. Cette expérience présentait l'avantage considérable de permettre l'expérimentation d'un projet de système intégré, en collaboration avec d'autres bibliothécaires ou documentalistes, eux-mêmes intéressés à tout ou partie des programmes.

On sait l'apport considérable du G.I.B.U.S., qui peut se résumer ainsi, pour la Bibliothèque des Halles :
- le bénéfice d'une expérimentation dont le besoin se faisait grandement sentir;
- la révélation des vertus d'un effort collectif;
- la démonstration du fait que nos problèmes de gestion, et notamment ceux de catalogage, pouvaient trouver leur solution dans l'informatique.

Évidemment, il ne pouvait s'agir que d'une expérience, forcément limitée. Celle-ci ne portait que sur 1 500 notices de catalogage. En outre, et surtout, il n'avait été possible d' « entrer » que 5 000 indexations; en matière de programme concernant la recherche documentaire, faute de temps et de moyens, les résultats obtenus ne permettaient pas de porter de jugement sur la valeur et sur l'avenir du système imaginé.

L'opération G.I.B.U.S. prenait fin en novembre 1970. L'équipe de la Bibliothèque des Halles, alors composée de sept personnes (y compris le Conservateur en chef et la secrétaire) reprenait ses travaux en vue de l'automatisation et orientait particulièrement ses efforts sur les points suivants : gestion des commandes; préparation de la grille de catalogage appropriée au « profil » des futurs utilisateurs; adaptation de la c.D.u. à la recherche documentaire et premières définitions du dictionnaire. Ces recherches allaient se développer plus rapidement que dans les débuts, car une aide considérable allait venir de l'extérieur. En avril 1971, un contrat d'un an était conclu entre la Bibliothèque nationale et l'Institut de Recherche Économique et de Planification de l'Université des sciences sociales de Grenoble (I.R.E.P.), en vue d'un « système général pour le catalogage et la documentation en mode conversationnel ». En juillet de la même année, un autre contrat liait la Bibliothèque des Halles au groupe École des mines-ARMINES de Fontainebleau en ce qui concernait les problèmes de gestion.

Si le contrat passé avec Grenoble n'engageait que la poursuite de recherches à grande échelle, celui de Fontainebleau devait déboucher, en 1972, sur une application très précise : la commande et la réception d'environ 70 000 volumes, avec toutes les opérations annexes. La passation de ces deux contrats avait été facilitée par la création, à l'initiative de M. Dennery, en juin 1971, d'un Bureau pour l'Automatisation des Bibliothèques (B.A.B.) dirigé par un chargé de mission qui, précisément, avait, à la Fondation nationale des sciences politiques, pris l'initiative de l'opération G.I.B.U.S.

Dans ces conditions, il devenait possible de procéder au recrutement du personnel nécessaire au moment où l'on passerait de l'abstrait au concret. Dans les tout derniers mois de l'année 197I et au début de 1972, neuf conservateurs et trois « techniques » venaient renforcer l'équipe des Halles 4.

Deux d'entre eux étaient affectés à la section iconographique et deux à la préparation d'une nouvelle formule « permanente » du Répertoire des bibliothèques et organismes de documentation. En effet, il eût été très dommageable de prendre du retard dans ces domaines, qui constitueront partie intégrante d'un système automatisé vraiment complet.

Enfin, un autre conservateur était plus spécialement désigné pour participer à l'analyse d'ensemble des fonctions de la bibliothèque en vue de l'automatisation. Il était en outre chargé de l'étude de l'automatisation des périodiques, problème infiniment complexe, dont la solution n'est pas attendue avant la fin de l'année 1973.

Dans la perspective de toutes ces tâches, le personnel installé depuis le 25 janvier 1972 pour un an au plus, dans un local de 425 m2, au premier étage du Pavillon 1 des Halles était distribué de la manière suivante :

Un service d'acquisitions et d'enregistrement assure les commandes des ouvrages qui passent ensuite au service de catalogage, chargé du choix de ces ouvrages, de la rédaction des notices, des cotes de libre accès et de l'indexation. Cette indexation, pour le dictionnaire des mots en langage naturel comme pour les descripteurs de la C.D.U., est controlée par un service de « gardiens des structures » dans ces domaines.

Enfin, le soin de l'organisation des diverses opérations à prévoir pour l'automatisation incombe à deux conservateurs-analystes qui assurent par ailleurs la liaison permanente avec les informaticiens.

Depuis le 4 avril 1972, les locaux de la Bibliothèque sont équipés d'une unité de contrôle 2848 et de cinq écrans reliés au Centre de calcul de l'École des mines à Fontainebleau. Ce matériel doit permettre d'amorcer, au début du mois de juin, le processus automatisé des acquisitions

La maintenance, le perfectionnement de ce système et son extension à d'autres bibliothèques souhaitée par le B.A.B. sont assurés par le groupe de l'École des mines-ARMINES. En outre, l'équipe d'ingénieurs de Grenoble, maintenant incorporée dans le B.A.B., poursuit ses travaux sur le système documentaire qui doit progressivement servir de base à un système global regroupant gestion et documentation. Enfin, depuis le mois d'avril dernier, des ingénieurs de l'Établissement public pour la réalisation du Centre Beaubourg préparent déjà le choix du matériel sur lequel seront exploités les programmes de la Bibliothèque des Halles, dans le Centre.

Après quatre ans de travaux, l'acquit peut se résumer en ceci :
- le système des gestion est au stade du prototype. Il va être testé et exploité, dans les jours à venir, en grandeur réelle.
- le système documentaire est encore à la phase de recherche expérimentale, mais au moins est-on assuré que ses programmes répondent à ses objectifs immédiats. Il reste, bien sûr, à relier ces deux systèmes et, surtout, à s'assurer que le processus de recherche documentaire expérimenté sur un petit fichier, permettra dans l'avenir de répondre d'une manière satisfaisante au maniement d'un fichier qui, en grandeur réelle, n'aura aucune commune mesure avec celui qui sert actuellement aux expériences.

En conclusion, nous tirons nous-mêmes de ces quatre ans de travaux des enseignements qui peuvent servir également à d'autres bibliothécaires et documentalistes confrontés à des questions du même ordre.

I°) Aucun projet d'automatisation n'a de chance de succès s'il ne s'appuie pas d'abord sur une analyse interne des problèmes, forcément très longue, deux ans, au moins, dans le cas de la Bibliothèque des Halles. Une telle entreprise ne peut être menée à bien que par ceux qui ont réellement la charge des opérations qu'il s'agit d'automatiser. Mais il faut aussi, dans ce but, que tous les bibliothécaires chargés de l'analyse aient au départ, à des degrés divers, une connaissance suffisante du fait de l'informatique.

2) Cette connaissance va leur permettre, dans la deuxième phase, celle qui débouche sur l'application, de collaborer efficacement avec les informaticiens qui, seuls, peuvent rendre le système opérationnel.

3) Dans une bibliothèque, il y a sûrement un avantage à envisager dès le début un système automatisé qui permette de répondre à tous les problèmes posés. Un système intégré a non seulement l'intérêt d'être cohérent, mais il est aussi une source d'économie de temps et de moyens, sinon dans le présent, du moins pour l'avenir. Il doit encore, dans toute la mesure du possible, trouver sa place dans un cadre plus vaste, où seront pris en considération les besoins des bibliothèques à même vocation.

4) D'une manière générale d'ailleurs, si, répétons-le, la tâche de l'analyse est une affaire interne, son explicitation en vue de l'automatisation exige que l'on garde une ouverture aussi large que possible vers l'extérieur. Dans notre cas, des informations bibliographiques, des lectures, des correspondances, des entretiens et des voyages d'étude aussi bien en France qu'à l'étranger, jusqu'en U.R.S.S., au Canada et aux États-Unis ont apporté un enrichissement extraordinaire.

5) L'exposé détaillé des opérations qui ont été ou qui vont être automatisées dans la Bibliothèque des Halles fait apparaître leur minutie et leur complexité. Celles-ci commandent également que l'on procède par étapes et par degrés et que l'on interrompe une action chaque fois que la nécessité de la relier aux autres s'impose. D'où la difficulté constamment éprouvée par le personnel de passer d'un travail à un autre pour y revenir, et de laisser encore; d'où l'alternance parfois insupportable de temps forts et de temps faibles à quoi s'ajoute, à la longue, l'irritation qu'engendrent le caractère souvent trop abstrait du travail et l'incertitude, jusqu'au dernier moment, quant au résultat final. Et si, techniquement, ce résultat est bon, quelles incidences aura-t-il sur le plan professionnel?

Ces questions se posent encore à l'équipe de la Bibliothèque des Halles. Du moins, le chemin parcouru et les solutions déjà obtenues, le fait d'avoir enfin abordé la phase concrète, renforcent-ils la confiance dans un avenir devenu moins lointain et plus discernable.

II. État des travaux d'application de l'informatique à la Bibliothèque des Halles au 30 mai 1972

L'automatisation des fonctions de la future Bibliothèque des Halles est menée dans la perspective d'une intégration complète. Des priorités différentes ont dû cependant être affectées à la masse des travaux et des études prévus.

A l'heure actuelle, le système de gestion des acquisitions, indispensable pour la création des fonds de la bibliothèque, est le premier qui entre dans une phase vraiment opérationnelle. Le système documentaire, beaucoup plus complexe et dont l'implantation permanente ne sera justifiée qu'au moment de l'ouverture de la bibliothèque, à la fin de 1975, en est à un stade de prototype, fonctionnant actuellement sur un nombre de documents réduits. Les acquisitions massives à partir de 1972 vont permettre des tests dans des conditions déjà plus proches de celles du fonctionnement réel.

Les études sont activement poursuivies dans d'autres domaines : périodiques, répertoire des bibliothèques et centres de documentation, iconographie. Les travaux en cours sont menés dans la perspective de l'intégration à l'ensemble informatique.

I. La chaîne de traitement des acquisitions

L'objectif à atteindre était et reste le suivant : soutenir, avec un personnel relativement peu nombreux, un rythme d'acquisitions très élevé, bien supérieur à la normale (75 000 volumes en 1972, 150 ooo pendant chacune des années qui suivront pour aboutir à un fonds de 1 million de volumes). La réalisation informatique de l'ensemble a été confiée au Centre de calcul de l'École des mines de Paris.

A) Choix des ouvrages et commandes (Cf. fig. I)

Les commandes sont passées en utilisant des bandes magnétiques françaises et étrangères comme bibliographies rétrospectives et courantes. Les références d'ouvrages, contenues dans ces bandes, sont réparties par domaines d'acquisitions (50 grands domaines correspondant à des divisions c.D.u.). Dans chacun de ces domaines, on établit une liste contenant le nombre d'ouvrages à examiner pendant une période de quinze jours. Les références bibliographiques correspondantes sont mises sur des fichiers à accès direct, interrogeables sur des terminaux à écran (IBM 2260 pour l'instant).

Les acquisitions sont préparées sur listes, ce qui permet, le cas échéant, d'effectuer des recherches bibliographiques complémentaires. La personne chargée des acquisitions dans un domaine déterminé appelle alors, par un N° d'enregistrement, sur l'écran de son terminal, la notice de l'ouvrage qu'elle souhaite commander, la corrige ou la complète si elle le juge utile, ajoute éventuellement le nombre d'exemplaires commandés (valeur par défaut = I), vérifie si l'affectation du libraire, donnée automatiquement par une table de décision, n'est pas à modifier et donne ensuite l'ordre de passage de la commande. Des contrôles sont prévus pour le cas où un ouvrage appartient à plusieurs domaines, afin de signaler à la personne responsable d'un domaine qu'une commande a déjà été passée, pour le même livre dans un autre domaine. A intervalle de temps régulier (deux fois par semaine), les commandes sont triées par libraire et par éditeur et imprimées sur des bons de commande en 3 exemplaires, dont 2 sont adressés aux libraires (Cf. annexe I).

B) Réception, catalogage et indexation (Cf. fig. 2, 3, 4, 5, 6.)

Le libraire est tenu de toujours expédier l'ouvrage commandé avec un des exemplaires du bon de commande, sur lequel figure le N° donné à la commande. Ce N° permet, à la réception, après vérification du bon état matériel des livres, d'appeler l'enregistrement correspondant du fichier de commande. Les opérations suivantes sont alors effectuées sur terminal :
- enregistrement et vérification des factures. Cette opération entraine pour chaque livre une affectation automatique du N° d'inventaire et, pour chaque facture, l'impression sur imprimante de l'ordinateur d'un double attestant la vérification comptable et destiné à être transmis à l'organisme payeur.
- correction des enregistrements bibliographiques, catalogage. Les opérations d'entrée de données sont en principe réduites au strict minimum ici puisqu'un enregistrement bibliographique contenant les éléments essentiels existe déjà en machine.
- insertion dans l'enregistrement de certaines zones qui n'y figurent pas au départ (indexation C.D.U., cote, etc...)
- mise à jour du dictionnaire des correspondances C.D.U.-mots clefs au fur et à mesure des arrivées de livres.

A l'issue de ces diverses opérations, les livres parvenus à la bibliothèque sont nregistrés complètement, tant du point de vue comptable (inventaire, factures, bilans comptables) qu'au point de vue bibliographique (catalogage et indexation, dictionnaire CDU-mots clefs). En ce qui concerne le catalogage, un format dit « utilitaire », propre à la Bibliothèque des Halles, mais pouvant être extrait des formats d'échange, a été défini. Ce format met l'accent sur les éléments propres à faciliter la recherche documentaire. Ces opérations sont effectuées dans toute la mesure du possible et du souhaitable en temps réel, sur des terminaux à écran de visualisation, solution qui concilie rapidité, sécurité et souplesse de traitement.

C) Fichiers magnétiques obtenus en sortie :

En sortie, trois types de fichiers sur support magnétique sont obtenus :
- fichiers comptables permettant d'obtenir à tout instant les états comptables prévisionnels et effectifs par libraires et globaux.
- fichier catalogue contenant les enregistrements bibliographiques complets des livres entrés à la bibliothèque.
- fichier-thesaurus établissant une correspondance entre les indices C.D.U. utilisés pour l'indexation des ouvrages (figurant sur le fichier-catalogue précédent) et le vocabulaire naturel.

Ces deux derniers fichiers seront utilisés en entrée par le système documentaire, dont il va être question plus loin (Cf. II, A).

D) Réclamations et traitements spéciaux :

Pour les livres commandés et non reçus, une série de réclamations automatiques a été mise au point. Deux rappels sont prévus à intervalles de deux mois. Si la dernière réclamation n'a pas abouti au bout de deux mois, une lettre d'annulation de la commande est envoyée automatiquement. L'enregistrement correspondant est alors effacé du fichier des commandes.

Enfin, un traitement spécial a été mis au point pour les collections que la bibliothèque désire acheter intégralement. Une liste de ces collections a été établie et entrée en machine : les commandes sont générées de façon automatique et le contrôle de l'état des collections est assuré.

E) Matériel :

La Bibliothèque des Halles dispose sur place à l'heure actuelle de 5 terminaux à écran IBM 2260 (ce nombre sera porté à 10 à partir du Ier novembre 1972 dans les futurs locaux du boulevard Sébastopol), d'une petite imprimante, d'une unité de contrôle 2848.

Ce matériel est relié par ligne téléphonique à l'ordinateur IBM 370/145 du Centre de calcul de l'École des Mines, à Fontainebleau. La taille de la partition de mémoire centrale utilisée en permanence pour cette application précise est de 48 K. Cet excellent résultat a été obtenu par une programmation centrée sur les problèmes pratiques d'exploitation et de coût. La plupart des programmes sont écrits en COBOL, afin de faciliter le passage éventuel sur un autre matériel, puisque le Centre Beaubourg, auquel appartient la Bibliothèque des Halles, disposera, dans quelques années, d'un ordinateur dont ni la marque ni le type ne sont encore connus.

II. Documentation :

Les services documentaires que compte offrir la Bibliothèque des Halles à un vaste public doivent répondre à un certain nombre de critères :
- traiter une information encyclopédique, non spécialisée, mais pouvant néanmoins se situer à des niveaux d'indexation divers.
- permettre une utilisation très souple débouchant aussi bien sur des recherches documentaires en conversationnel que sur des éditions régulières de catalogues cumulatifs ou de listes sélectives à la demande.
- laisser si possible un accès du public à une manipulation directe des terminaux d'interrogation, lorsque le coût d'utilisation et le degré de familiarisation des lecteurs avec de tels procédés le permettront.

A) Indexation et thesaurus :

A l'arrivée du livre, les indexeurs procèdent aux deux opérations qui ont été brièvement mentionnées plus haut :
I. création de la zone d'indexation sur l'enregistrement bibliographique du livre.
2. mise à jour du dictionnaire d'équivalences CDU/mots du langage naturel.

La première opération consiste à déterminer, en fonction du contenu du document et d'un dictionnaire, témoin des indexations déjà effectuées, un certain nombre d'indices C.D.U. qui caractériseront un livre donné. Le nombre de ces indices, en général élémentaires, n'est pas limité. Cependant l'expérience a montré qu'il se situait entre 3 et 4.

L'indexeur doit, pour la cohérence de son travail, chercher dans toute la mesure du possible à employer des indices déjà existants dans le dictionnaire. Si un indice adéquat n'a pas encore été utilisé, l'indexeur doit alors effectuer la mise à jour du dictionnaire, en s'aidant des tables C.D.U. Il entre alors le « nouvel » indice et le relie à des mots, pris dans le vocabulaire naturel. Plusieurs synonymes ou quasi-synonymes peuvent être entrés, en relation avec un indice. Un des termes employés en liaison avec un indice, et un seul, est codé comme le « terme préférentiel », c'est-à-dire celui qui, au moment des affichages sur écran ou des créations de listes, sera employé. On désire éviter que ne soient sortis tous les mots simples ou expressions correspondant à un seul indice C.D.U.

Un indice peut donc correspondre à plusieurs termes, considérés comme synonymes, mais, et c'est là l'aspect original du système documentaire, un même terme peut également être mis en relation avec plusieurs indices. Cette éventualité est même recherchée systématiquement, car elle permettra, au moment de la constitution de l'interrogation documentaire, de signaler à l'utilisateur différentes acceptions homonymiques d'un même terme et, aussi, de créer des tableaux de regroupement par champ sémantique autour d'une notion donnée (Cf. II, B).

B) Interrogation documentaire :

Deux phases peuvent être distinguées :
I. constitution de la question.
2. recherche documentaire proprement dite.

Pour « constituer » sa question l'utilisateur dispose d'un terminal qui lui permet d'interroger le dictionnaire, placé sur des fichiers en accès direct, et surtout de recevoir des réponses et des informations supplémentaires qui lui permettront d'affiner l'expression de sa demande documentaire.

La question peut être composée de plusieurs termes, appartenant au vocabulaire naturel, reliés par les opérateurs logiques ET, ou et NON. Elle doit être constituée terme par terme. Chacun de ces termes est recherché automatiquement par l'ordinateur dans le dictionnaire et traduit par le ou les indices C.D.U. qui lui sont associés (Cf. annexe 2). Si l'utilisateur emploie un terme (ou un de ses synonymes) qui est traduit par le dictionnaire en accès direct par un seul indice C.D.U. il peut donner immédiatement le terme suivant de sa question. Si le terme employé par l'utilisateur est traduit par la machine en plusieurs indices C.D.U. (homonymie ou quasi-homonymie), les différentes acceptions du terme sont signalées en langage clair et il lui est demandé de choisir entre les différents sens possibles celui qui lui convient. Le processus, qui reste entièrement interne, consiste à remonter dans la hiérarchie C.D.U. des indices obtenus, à traduire chacun de ces indices par le terme du vocabulaire naturel qui lui est associé et à afficher sur le terminal un message signalant que le terme employé peut avoir plusieurs sens, suivant qu'il est utilisé dans tel ou tel domaine.

Pour constituer sa question dans un domaine documentaire encyclopédique, où les ambiguïtés sémantiques sont multiples, l'utilisateur dispose d'une méthode d'exploration des concepts existants qui l'amène à formuler sa question d'une manière plus précise, les sources de « bruit » devant être éliminées dans toute la mesure du possible. L'utilisateur n'a pas à connaître la codification du système d'indexation arborescent (en l'occurrence la C.D.U.). La structure hiérarchisée constitue un outil implicite, qui est appelé automatiquement dès qu'une difficulté sémantique est détectée, en fonction du dictionnaire existant. Au niveau de l'indexation et de la création du dictionnaire, les ambiguïtés, ou les imprécisions du vocabulaire naturel, peuvent avoir été recherchées systématiquement pour enrichir le mode conversationnel de constitution de la question.

Une fois la question posée et validée terme par terme, chacun de ces termes étant relié aux autres par les opérateurs logiques ET, ou et NON, l'utilisateur peut préciser quel degré d'extension il entend donner à chacun des termes : recherche limitée au concept lui-même ou étendue à un ou plusieurs niveaux de concepts rattachés. La recherche documentaire proprement dite peut alors être entreprise. Le processus en est classique : recherche dans les fichiers inversés, combinaison des numéros de référence obtenus pour chacun des indices c.D.u. faisant partie de la question, appel des enregistrements correspondants, affichage ou impression des références bibliographiques complètes obtenues en réponse à la question.

Toutefois, des éléments de décision ou d'intervention supplémentaires pourront être fournis à l'utilisateur en cours de traitement. Ainsi, le nombre de références obtenues en réponse pourra être signalé, avant qu'elles ne soient sorties. L'utilisateur pourra alors soit élargir sa question, en utilisant la hiérarchie C.D.U., soit la restreindre en l'affinant, suivant le cas.

Enfin, la taille des fichiers documentaires de la Bibliothèque des Halles amènera à prendre certaines précautions pour que le volume des réponses à une question reste dans des limites financièrement acceptables. Au-delà d'un certain nombre de références bibliographiques, l'interrogation pourra être effectuée soit à titre onéreux, soit en temps différé... ou les deux ensemble.

C) Listes et catalogues.

Il n'y aura pas, à la Bibliothèque des Halles, de fichiers classiques. Mais il y aura nécessairement, à côté des fichiers en accès direct utilisables par l'ordinateur, des listes ou des catalogues sur des supports consultables par les utilisateurs : papier ou microfilm, par exemple. Il faudra effectuer des traitements de tri et d'édition, à partir des fichiers magnétiques. Pour cela, la Bibliothèque des Halles envisage d'utiliser les travaux déjà faits dans ce domaine et qui permettent d'obtenir une liste classée suivant différents critères ou des index, et ceci avec une présentation extrêmement souple.

Les solutions choisies pour l'automatisation de la Bibliothèque des Halles peuvent sembler hardies ou onéreuses. L'utilisation massive des terminaux, qui sont non seulement utilisés pour la gestion interne mais seront sans doute mis aussi à la disposition du public, a été et reste encore très discutée. Un récent voyage au Canada et aux États-Unis vient de confirmer que cette option, prise il y a deux ans dans la perspective de l'ouverture de la bibliothèque en 1975, ne relevait pas de la science-fiction mais d'une réalité déjà actuelle.

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Figure 1

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Figure 2

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Figure 3

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Figure 4

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Figure 5

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Figure 6

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Annexe 1

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Annexe 2

  1.  (retour)↑  Ce rapport a été rédigé à l'occasion d'un Séminaire sur les méthodes d'automatisation organisé par le Bureau pour l'automatisation des bibliothèques (B.A.B.) au Centre de calcul de l'École des Mines à Fontainebleau, du 12 au 16 juin 1972.
  2.  (retour)↑  Le contrat passé avec l'I.R.I.A. avait pris fin dès 1970.
  3.  (retour)↑  Cette expérience était due à l'initiative de M. Jean Meyriat, directeur des services de documentation de la Fondation nationale des Sciences politiques (Cf. : Bull. Bibl. France, 16e année, n° 5, mai 1971, pp. 259-278).
  4.  (retour)↑  Au 30 mai 1972, l'équipe de la Bibliothèque des Halles comprend 25 personnes.