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Les Bibliothèques de lecture et de prêt de la ville de Paris de 1966 à 1971

Violette Coeytaux

Un article paru dans le Bulletin des bibliothèques de France en février 1966 1 avait analysé succinctement l'équipement de Paris en bibliothèques de lecture publique. Il paraît intéressant aujourd'hui de faire le point du chemin parcouru et de mesurer l'évolution de la lecture publique à Paris. Les caractéristiques essentielles qui se dégagent de cette période peuvent se résumer en trois points principaux : poursuite de l'œuvre de modernisation des locaux et création de bibliothèques nouvelles, mise en place et développement des discothèques de prêt et essai de formes nouvelles dans l'organisation du travail et les buts de la bibliothèque de lecture publique.

De nombreuses bibliothèques de lecture publique de Paris sont encore tributaires de l'exiguïté des locaux, obstacle essentiel à l'extension de leurs activités. Celle du 18e arrondissement était peut-être la plus mal installée de toutes. Aussi, la mise en service en octobre 1967 d'une nouvelle bibliothèque-discothèque a-t-elle été accueillie avec faveur par les habitants de Montmartre. Le bâtiment situé à l'angle de la rue Duc et de la rue Hermel comporte quatre niveaux.

Au rez-de-chaussée le hall d'accueil donne accès à une vaste salle de prêt de 460 m2 que complète au premier étage une galerie en surplomb. Les lecteurs ont la libre disposition des 40 ooo volumes qui constituent actuellement le fonds et ils peuvent circuler au milieu des rayonnages pour exercer leur choix. Des pupitres de consultation aménagés le long des murs leur permettent de feuilleter à loisir tel ou tel ouvrage avant de l'emprunter et des bacs à revues offrent des exemplaires des nombreux périodiques mis au prêt. Le second étage est consacré à la lecture sur place. Une cinquantaine de lecteurs peuvent y travailler, y consulter des ouvrages de référence, les livres d'art, les encyclopédies et les grandes synthèses historiques ou scientifiques qui ne peuvent être prêtés à domicile. La bibliothèque des jeunes occupe le troisième étage. Une partie en a été réservée aux très jeunes. Elle se prolonge par une petite salle vitrée destinée à l'heure du conte et aux différentes activités de détente et d'éducation. L'autre partie est consacrée aux enfants plus âgés, de dix à seize ans : 5 000 volumes sont mis à leur disposition, ainsi que des ouvrages de documentation et une sélection de périodiques. Le dernier étage est réservé à la discothèque de prêt et à une salle d'audition ou de conférence pouvant contenir une centaine de personnes.

D'une superficie de 1 800 m2 la bibliothèque du 18e présente le modèle de ce que doit être la bibliothèque centrale d'un arrondissement. Un autre établissement de cette importance va ouvrir en mai 1972, 15 bis rue Buffon, et trois autres sont financés et seront mis en service dans les deux prochaines années. Mais ces établissements ne peuvent à eux seuls suffire aux besoins d'un arrondissement, surtout si celui-ci est très peuplé et il ne peut être question de négliger les petites bibliothèques de quartier qui couvrent tout le territoire parisien suivant un maillage assez serré. Malheureusement ces petites bibliothèques sont souvent installées dans des écoles sans possibilité d'agrandissement. De plus leur emplacement ne répond plus tout à fait aux réalités de la démographie qui a beaucoup évolué depuis la guerre. Des arrondissements comme le 12e, le 13e et le 14e se sont modifiés et les îlots de rénovation en cours de réalisation modèlent de nouveaux centres d'habitations au centre desquels doit se trouver une bibliothèque de prêt moderne. La ville de Paris se propose donc de remplacer petit à petit les établissements de quartier par des bibliothèques dites « de secteur » de 500 à 600 m2, comprenant une section adulte, une section jeunesse, une discothèque et où est toujours aménagé soit un hall permettant les expositions de livres, soit une petite salle de réunion.

En 1970 les bibliothèques de quartier 35, rue Milton, Paris (9e) et 113, rue Championnet, Paris (18e) ont été transférées dans de nouveaux locaux.

La première de ces bibliothèques occupe le quatrième étage du Centre Valeyre, groupant des installations sportives (piscine, stade, gymnase) et des locaux destinés aux activités diverses réservées aux jeunes. Les locaux de la bibliothèque sont disposés des deux côtés d'un couloir central, où des vitrines et des panneaux d'exposition permettent de signaler aux lecteurs les diverses manifestations artistiques et théâtrales de Paris. A gauche de ce couloir, une grande salle très éclairée contient les ouvrages du fonds de prêt à domicile avec un coin d'accueil pour la lecture des périodiques : à l'extrémité de cette pièce, dans une petite salle de lecture accueillante les lecteurs peuvent consulter de nombreux ouvrages de référence et des livres d'art. La partie de droite est réservée à la section pour la jeunesse, très fréquentée, et mise à la disposition des écoles du quartier pour les activités dirigées. Une discothèque offre, en libre accès, les disques prêtés à domicile. Un petit auditorium complète l'ensemble. Il permet de donner des concerts de musique enregistrée et des séances d'initiation musicale pour les jeunes. Cette bibliothèque constitue pour les habitants du 9e un lieu de détente et de culture. Un fonds de 15 000 livres est à la disposition des lecteurs qui peuvent également emprunter de nombreuses revues. 4 000 livres, images, contes, romans sont offerts aux choix des jeunes lecteurs; le jeudi l'heure du conte est suivie d'un club de musique organisé pour les enfants de huit à quinze ans. Depuis son ouverture, plus de 4 000 lecteurs y sont inscrits.

La bibliothèque dont l'entrée est située 18, avenue de la Porte-Montmartre (18°), prend place dans le centre social rue René-Binet qui groupe plusieurs services sociaux, des installations sportives et une maison de jeunes. Légèrement plus exiguë que la précédente, elle n'ouvre que vingt-six heures par semaine. Répartie sur deux étages, elle offre aux adultes un bon choix d'ouvrages et comprend aussi une section pour la jeunesse et une discothèque.

Au cours de l'année 197I, se sont ouvertes deux bibliothèques de secteur. L'une est située au coeur de l'îlot de rénovation dit îlot Bièvre dans le 13e arrondissement où 1 700 logements neufs ont été construits ou sont en voie d'achèvement. Les locaux n'ont pas été à l'origine conçus pour abriter une bibliothèque ce qui explique la disposition des lieux répartis sur toute la longueur du rez-de-chaussée d'un vaste immeuble d'H.L.M. Un effort particulier dans la décoration et l'aménagement a permis d'effacer en grande partie ces inconvénients. La bibliothèque comporte deux entrées. L'une dessert la bibliothèque des adultes et la discothèque. Sur les panneaux latéraux de l'entrée, le lecteur trouve le maximum d'informations sur la vie culturelle parisienne (théâtre, concerts, expositions). Il se dirige ensuite à son gré vers la salle de périodiques agréablement meublée et décorée, ou dans les salles de prêt où sont ménagées des alvéoles de travail. Des meubles clairs, des rayonnages d'un orange vif donnent de la vie et de la gaieté à ces salles de prêt. La discothèque offre 2 000 disques prêtés à domicile. Une salle d'écoute contiguë permet la diffusion de concerts enregistrés, éventuellement la tenue de cercles de lecture ou de réunions culturelles. Une petite salle de télévision y est également adjointe, pour tenir compte des perspectives désormais ouvertes par le développement des vidéo-cassettes. La seconde entrée donne accès à la bibliothèque des jeunes où, à côté de la salle de prêt, ont été aménagés un podium amovible et un « gril » sommaire destinés à servir, le cas échéant, pour de petits spectacles. Ouverte en avril, cette bibliothèque a inscrit en 197I 3 800 lecteurs (adultes et enfants) et la discothèque a trouvé auprès du public un accueil chaleureux. Le nombre de disques prêtés aux mois de novembre et décembre a été le plus important de toutes les discothèques d'arrondissement.

L'îlot de rénovation Saint-Éloi, situé dans la partie Nord-Ouest du 12e arrondissement est délimité par les rues Érard, de Reuilly et de Charenton. Il couvre une superficie de 8 hectares, sur lesquels sont construits ou en cours de construction 1 500 logements neufs. La bibliothèque-discothèque est située au cœur de l'îlot, sur la dalle du centre commercial. Elle occupe le rez-de-chaussée d'un groupe d'immeubles d'habitations construit par l'Office d'H.L.M. de la ville de Paris. L'établissement est réparti sur trois niveaux et comporte deux entrées.

L'entrée principale de la bibliothèque se situe sur la dalle du marché Saint-Éloi en bordure de la rue de Reuilly. Dans le hall d'entrée des panneaux doivent permettre d'apporter aux lecteurs le maximum d'informations sur la vie culturelle parisienne. De plain pied, s'ouvre une petite salle d'exposition et par un escalier on accède à la salle de lecture, en contrebas, où une trentaine de places sont réservées à la consultation sur place des ouvrages usuels ou de référence qui ne peuvent être prêtés à domicile. Les salles de prêt contiguës offrent au choix des lecteurs un fonds de 10 ooo ouvrages, destiné bien entendu à s'accroître rapidement. En mezzanine, la bibliothèque pour la jeunesse a été aménagée avec le souci très attentif d'en faire un lieu d'accueil aussi peu contraignant que possible. De vastes panneaux de liège permettent d'afficher les dessins des enfants en vue de préparer de petites expositions.

Au rez-de-chaussée bas, la discothèque dispose d'une entrée particulière sur les jardins intérieurs de l'immeuble 30, rue Érard; 2 ooo disques y sont à la disposition des emprunteurs et la salle d'audition qui lui est adjointe est destinée à la diffusion de concerts de musique enregistrée et le cas échéant à la tenue de réunions culturelles. Ouvert depuis trois mois, cet établissement est déjà fréquenté par de nombreux lecteurs. Le centre commercial n'est pas en activité et plusieurs immeubles ne sont pas habités. La fréquentation de la bibliothèque prendra toute son ampleur dans quelques mois.

La création de bibliothèques dans les îlots de rénovation ne pose pas de problèmes insolubles, grâce notamment à la compréhension des offices d'habitations qui ont le désir d'appuyer l'action de la ville de Paris en matière culturelle. Il n'en est pas de même dans les arrondissements du centre et de l'ouest de Paris, où il est très difficile de trouver un terrain pour implanter un établissement si modeste soit-il. Dans ce cas, lorsqu'une possibilité de modernisation des locaux actuels existe, des travaux d'aménagement sont entrepris.

Ce fut le cas de la bibliothèque du 6e arrondissement, installée au premier étage de la mairie, qui a été transférée dans un local plus vaste au rez-de-chaussée. Elle s'ouvre sur un hall d'accueil dont une partie a été réservée à la lecture des périodiques et à la présentation d'un choix des acquisitions récentes. Le hall est prolongé par la salle de prêt où les lecteurs circulent librement parmi les rayonnages pour choisir les ouvrages qu'ils désirent emprunter. Les arcades bordant la cour de la mairie ont été vitrées et une galerie de lecture sur place a pu ainsi être aménagée. Les lecteurs y disposent d'un grand choix d'ouvrages de référence. En mezzanine est installée la bibliothèque pour les jeunes. Enfin, une discothèque de prêt offre un fonds de 1 500 disques mais la disposition n'a pas permis l'installation d'un auditorium.

La bibliothèque centrale du 13e et la bibliothèque enfantine, 17, rue Sorbier (20e), ont été également agrandies.

Une bibliothèque de quartier, entièrement rénovée, a ouvert ses portes, 20, rue Étienne-Marcel (2e). Elle remplace celle de la rue Dussoubs et une ancienne bibliothèque située autrefois rue de la Jussienne, puis rue Tiquetonne. Le choix de l'emplacement de la nouvelle bibliothèque a répondu à un triple but. Tout d'abord satisfaire les besoins culturels du quartier, faire connaître le mur de Philippe-Auguste dont une partie est visible à l'intérieur de la bibliothèque, enfin mettre en valeur la tour de Jean sans Peur par un jardin conforme à l'aspect du xve siècle.

D'importants travaux ont été également réalisés à la Bibliothèque d'art et d'industrie Forney 2. Lors du transfert des collections de la rue Titon à l'Hôtel de Sens la plus grande partie des périodiques avait dû être laissée dans l'ancien local. Mais cette dispersion présentait de graves inconvénients pour les lecteurs et rendait à peu près inutilisables les périodiques anciens. L'installation de rayonnages « Compactus » dans les caves de l'Hôtel de Sens a permis de rassembler toutes les collections à la fin de l'année 1970. L'aménagement définitif des salles de travail poursuivi depuis deux ans touche à sa fin. L'éclairage de la grande salle de lecture a été modifié et un mobilier neuf y assure les meilleures conditions de travail. Une salle de périodiques comprend tous les numéros récents des principales revues, que les lecteurs peuvent consulter à loisir. Les exemplaires prêtés à domicile y sont également à leur disposition. Le dernier étage est consacré au fonds iconographique, aux affiches et aux fonds spéciaux de diapositives, collections de toile de Jouy, etc. Ces nouvelles dispositions permettront un fonctionnement plus rationnel de cette très riche bibliothèque.

Toutes les bibliothèques nouvellement ouvertes ont un point commun : elles comportent une discothèque et le succès grandissant de ces sections auprès du public est à souligner. Ce prêt de disque est organisé par la Discothèque de Paris, association créée en 1967, subventionnée et contrôlée par la Direction de l'action culturelle, de la jeunesse et des sports suivant une convention conclue avec la ville de Paris. Le siège en est fixé 6, rue François-Miron (4e) dans des locaux mis à sa disposition en décembre 1970 par la ville de Paris. Un service central y étudie les projets et les plans des futures discothèques de Paris. Il établit avec les conservateurs des bibliothèques intéressées les listes d'achat des collections des nouvelles sections. C'est dans ce service que sont catalogués et préparés les disques neufs, établis les fichiers; toute la comptabilité y est également groupée. En outre, des stages de formation des discothécaires y sont organisés.

La « Discothèque Couperin » (discothèque centrale) prête des disques à tous, moyennant un droit d'inscription annuel de 5 francs et une cotisation d'emprunt de 1 franc par disque et par semaine. Son succès est indéniable. Le chiffre des prêts y a été de 82 539 en 1969 et de 144 844 en 197I, soit une augmentation de 75,5 %. Cette discothèque possède une collection de 12 ooo disques environ. Un catalogue imprimé (dernière édition 197I) est mis à la disposition des adhérents. Elle est en outre chargée de la création des discothèques d'arrondissement. Celles-ci actuellement au nombre de 6, sont, selon leur importance, riches de 1 500 à 3 ooo disques, mais les auditeurs peuvent également emprunter ceux de la discothèque Couperin choisis sur le catalogue : ces sections ont été accueillies avec faveur par le public des bibliothèques. Des auditions de musique enregistrées y sont également organisées. Les programmes de ces auditions sont établis quinze jours à l'avance, et distribués dans la bibliothèque. Ils ont lieu à des heures différentes, afin que tous puissent y assister.

A la discothèque du Centre Valeyre, des séances d'initiation musicale sont organisées pour les enfants qui viennent seuls ou avec leurs professeurs.

Au cours des années 1972 et 1973, quatre autres discothèques vont ouvrir. Elles élargiront ainsi le rôle traditionnel de la bibliothèque en incluant dans le service des prêts les supports de la culture audio-visuelle.

Une évolution très nette se dessine dans les buts et les fonctions de la bibliothèque de lecture publique et la ville de Paris s'efforce d'en modifier les structures souvent trop rigides et peu adaptées aux exigences actuelles. C'est ainsi que la création d'un service technique central était envisagée depuis plusieurs années. En effet, dans chaque bibliothèque les livres étaient commandés, catalogués et préparés pour le prêt. Il semblait logique de centraliser toutes ces opérations et l'attribution à la Direction de l'action culturelle d'un petit immeuble sis 107, rue Vercingétorix (14e) permit de réaliser ce projet. En 1971, le service technique central put être mis en place. Il comprend tout d'abord un modeste centre de documentation créé pour les agents de la ville de Paris et naturellement ouvert à tous les membres de la profession. Riche de nombreux ouvrages et périodiques étrangers récents sur la construction des bibliothèques, la bibliothéconomie, le prêt, etc. il est surtout axé sur les questions de lecture publique ce qui lui permet d'offrir une assez large documentation en cette matière.

Le service central fonctionne de la façon suivante. Au cours de réunions (une par mois pour les ouvrages d'adultes, quatre environ par an pour les livres d'enfants) les conservateurs examinent les derniers numéros de la Bibliographie de la France. Ils dressent ainsi une liste de livres susceptibles d'intéresser les lecteurs. Les chefs d'établissement pointent sur cette liste les ouvrages qu'ils désirent en tenant compte de leurs crédits, de leur fonds et de leur public. Les livres sont commandés par le service central qui en assure le catalogage, les envoie au relieur ou les prépare sur place. Les ouvrages sont ensuite distribués avec leurs fiches de catalogue et de prêt dans les différentes bibliothèques où ils peuvent être mis immédiatement en service.

Un petit atelier de reliure et d'impression assure également la reproduction de tous les documents émanant des bibliothèques (circulaires, listes d'acquisitions, etc...).

Actuellement, seuls les livres nouveaux sont traités. Les conservateurs continuent suivant le système antérieur, les achats de livres anciens. Mais l'avenir verra, espérons-le, l'extension de ce service qui permet la recherche d'une uniformité de classement et de règles, précieuse dans l'avenir pour l'automatisation des prêts et du catalogue. Le principal mérite de cette centralisation est de dégager le personnel de tâches matérielles très prenantes et de lui permettre de consacrer plus de temps à l'accueil du public et à son information.

Les bibliothèques de la ville de Paris doivent, en effet, rechercher un développement nouveau. La prééminence du livre comme instrument de transmission du savoir, de la culture et de la pensée se trouve mise en question et les moyens audio-visuels sont venus concurrencer la lecture. Le succès des discothèques montre que la bibliothèque ne doit plus se limiter à une fonction de prêt de livres mais envisager toutes les formes possibles de culture.

La bibliothèque publique se doit tout d'abord d'informer le public des possibilités qui lui sont offertes dans son quartier et dans la cité. Dans le hall d'entrée des nouveaux établissements de vastes panneaux sont prévus pour mettre en place les affiches des meilleurs spectacles, des concerts, des expositions, etc... Telle bibliothèque groupe des critiques sur les pièces, les films et les livres récents. Telle autre affiche au début de l'été toutes les expositions de province, dont elle se procure le catalogue, afin de donner aux lecteurs le désir de les visiter pendant leurs vacances. De nombreuses initiatives sont prises en ce domaine. Les locaux nouveaux comprennent aussi une petite salle où peuvent être organisées des présentations d'ouvrages ayant trait à des événements parisiens (par exemple : Venise, Van Gogh à l'époque des expositions de l'Orangerie, etc...). Seules les bibliothèques d'une superficie assez vaste peuvent envisager d'entreprendre une véritable animation culturelle, et les bibliothèques parisiennes n'ont pas encore beaucoup d'expérience en ce domaine.

Deux exemples peuvent illustrer les possibilités qui vont s'offrir aux conservateurs : la Bibliothèque d'art et d'industrie Forney et la bibliothèque pour la jeunesse l'Heure joyeuse, rue Boutebrie (5e).

La bibliothèque Forney publie quatre fois par an un excellent bulletin tenant les lecteurs au courant de toutes les activités de la maison. Une rubrique avec commentaires présente les meilleures expositions de Paris et de la banlieue. Des articles, notamment sur l'art décoratif, sont suivis d'une bibliographie commentée des ouvrages possédés par la bibliothèque sur la question traitée. Enfin, toutes les nouvelles acquisitions (dons et achats) figurent dans ce bulletin. De 1966 à 197I se sont tenues à la bibliothèque de très bonnes conférences dont il ne peut être question de donner la liste mais où l'on peut relever : la « sculpture sur bois », la « lutherie », avec la participation de luthiers français et étrangers, le « sauvetage de la Commanderie des Templiers à Coulommiers », le « plexiglas », etc... Les expositions y ont été également très nombreuses : citons « Décors insolites chez Tristan de Salazar », présentation originale de papiers peints par des décorateurs, la collection Mertle, histoire de la photogravure, « L'art populaire en Macédoine », etc... Chaque année plusieurs expositions permettent de faire connaître la richesse des collections de la bibliothèque. En effet, les visiteurs trouvent à côté des objets présentés un rayonnage de livres que possède Forney sur le sujet.

Une grande animation a également régné à l' « Heure Joyeuse » ces dernières années : expositions organisées par les jeunes à l'occasion desquelles des causeries leur ont rendu sensibles les différents aspects traités, heures du conte suivies de séances où les enfants exécutent les dessins inspirés par les histoires racontées, projections de diapositives, auditions de disques, concours de poésies, etc. Une exposition sur la danse a, par exemple, été illustrée d'une conférence de Mme Odette Joyeux et d'une démonstration de leçon de danse par M. Casati, de l'Opéra Comique, accompagné de deux petits « rats ». Une autre sur le sport a été l'occasion de parler aux enfants de Pierre de Coubertin. L'exposition sur la Protection de la nature a été aussi très vivante et a fait l'objet de nombreux travaux de lecteurs.

Le développement des bibliothèques doit entraîner aussi une augmentation des effectifs du personnel et surtout des crédits de fonctionnement. De 1966 à 197I, des postes budgétaires ont pu être créés, permettant ainsi de doter les établissements nouveaux de personnel qualifié. La Direction des bibliothèques et de la lecture publique en acceptant que les élèves de la ville de Paris puissent avoir accès à l'École nationale supérieure de bibliothécaires a permis de régler au mieux le problème du recrutement des conservateurs. Celui des bibliothécaires adjoints a été amélioré par l'introduction au concours de trois options : bibliothèque pour adultes, section jeunesse et section discothèque. Mais le personnel jeune est assez instable. Féminin pour la plus grande partie, l'absentéisme y est fréquent et les départs pour mariage ou maternité rendent souvent difficiles la tâche des conservateurs. Le budget de fonctionnement n'est pas non plus toujours adapté aux besoins nouveaux des bibliothèques. La ville de Paris a dépensé en 197I, 4,08 F par habitant pour les dépenses de personnel, d'entretien des bâtiments, d'achats des livres, de disques et de mobilier, reliure et abonnements. Mais cette somme devra être augmentée dès que cela sera possible. Les crédits nécessaires à la construction des établissements nouveaux, relevant du budget d'investissement, ne sont pas compris dans ce chiffre.

De 1966 à 197I, le montant des autorisations de programme s'est élevé à 25 455 120 F. Plusieurs immeubles financés durant cette période sont en cours de construction. En mai 1972 s'ouvre une importante bibliothèque située 15 bis rue Buffon (5e), comprenant une très vaste salle de lecture, une discothèque, une section pour la jeunesse. Au début de l'année 1973 une bibliothèque de secteur de 500 m2 située à l'angle de la rue des Couronnes et de la rue Julien Lacroix (20e) fonctionnera dans un îlot de rénovation. Toute proche de la bibliothèque enfantine de la rue Sorbier, cette bibliothèque ne comportera pas de section enfantine, mais une discothèque y sera installée. A cette même époque une grande bibliothèque de prêt, la plus vaste de Paris, sera mise en service rue Emeriau (15e) sur le front de Seine. L'entrée située au niveau de la dalle réservée à la circulation des seuls piétons, sera prolongée par de petites salles d'exposition. Au premier étage à gauche s'ouvriront la discothèque et le grand auditorium et à droite une très vaste section de prêt pour adultes pourra contenir 50 à 60 000 volumes et de nombreux coins de lecture. Une section pour la jeunesse avec entrée indépendante complètera l'ensemble. En 1973, seront également terminées la bibliothèque de la rue de Picpus où sera transférée la bibliothèque centrale du 12e arrondissement, la plus mal installée de Paris et 18, rue Faidherbe celle du IIe arrondissement située au 4e étage de la mairie. Un autre établissement de secteur, rue de Flandre, desservira un quartier du 19e arrondissement démuni de bibliothèque.

Le Conseil de Paris, toujours très attentif aux problèmes de la lecture publique, a financé à sa dernière session trois nouveaux projets : la création d'une bibliothèque de secteur rue Saint-Fargeau dans le 20e arrondissement, l'aménagement d'un local Place d'Italie pour le transfert de la bibliothèque centrale du 13e arrondissement et la construction d'un immeuble rue des Prêtres Saint-Séverin (5e). Ce dernier abritera la bibliothèque de l'Heure joyeuse dont l'exiguïté gêne le développement. La nouvelle bibliothèque, d'une superficie de 800 m2, comprendra une salle de réunion, une salle d'activités, une section pour adolescents. Les livres anciens pour enfants, dont certains sont épuisés et présentent une grande valeur documentaire, pourront être mis à la disposition de tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la littérature enfantine. Peut-être même une discothèque spécialisée dans les disques pour jeunes pourrait-elle y prendre place. D'autres projets sont à l'étude et seront présentés au Conseil de Paris dès 1972.

Tous ces efforts ont déjà porté leurs fruits puisque le chiffre des prêts, de 3 146 921 en 1966, a atteint, en 197I, 3 732 643 soit une augmentation de 18,6 %. La lecture sur place a connu aussi un développement analogue et certains établissements reçoivent chaque jour de très nombreux lecteurs venus consulter les ouvrages de référence et les périodiques. Il faut donc souhaiter que l'effort de modernisation se poursuive dans l'avenir afin que les bibliothèques municipales répondent aux besoins culturels de la population parisienne.

  1.  (retour)↑  In : Bull. Bibl. France, 11e année, n° 2, février 1966, pp. 63-70.
  2.  (retour)↑  In : Bull. Bibl. France, 16e année, n° 5, mai 1971, pp. 306-307.