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Peut-on changer radicalement les habitudes documentaires d'un chercheur ?

Une expérience de documentation sur microfiches à l'I.N.S.E.R.M.

Catherine Briens

Renée Gerday

Josette Zéraffa

On estime assez fréquemment que les habitudes d'un chercheur scientifique opposent une force d'inertie considérable aux innovations en matière de documentation.

L'expérience d'emploi systématique des microfiches à l'I.N.S.E.R.M. constitue cependant un exemple significatif des possibilités de modification du comportement des utilisateurs à l'égard de la documentation. Toutefois, pour obtenir ce résultat, une préparation rigoureuse et un certain nombre de précautions - que nous étudions en détail ci-dessous - sont nécessaires.

En effet, l'idée de supprimer la majorité des abonnements à des revues scientifiques, pour les remplacer par la diffusion de microfiches, avait, a priori, quelque chose de choquant et s'est effectivement heurtée à de vives résistances.

A cet égard, la réalisation que nous décrivons dans cet article peut être considérée comme une véritable expérience - au sens fort du terme. Les études sur le comportement documentaire des utilisateurs sont actuellement assez nombreuses, mais il s'agit presque toujours d'études d'observation, de portée limitée en raison de leur caractère statique. Par contre, modifier une situation donnée, en contrôlant rigoureusement ses paramètres, représente une illustration de l'efficience d'une approche dynamique dans la saisie des besoins documentaires.

A. - Les raisons d'un choix.

La décision d'adopter une documentation sur microfiches est née dans le contexte suivant : a) L'I.N.S.E.R.M. (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) est un organisme très décentralisé. Il comporte une centaine de laboratoires répartis sur l'ensemble du territoire, implantés généralement en milieu hospitalier. L'accès aux bibliothèques est souvent difficile, d'autant plus que le chercheur ne peut, en général, s'absenter du laboratoire au cours des expérimentations. Les unités de recherche ont tendance, pour cette raison, à multiplier autant que possible les abonnements aux revues scientifiques. Rationaliser l'acquisition des documents est donc indispensable si on ne veut pas aboutir à un gaspillage qui, à l'échelle nationale, s'avère non négligeable.
b) Une enquête détaillée, entreprise en 1966 1, a permis de dégager quelques caractéristiques de lecture du chercheur :
- Le nombre d'articles lus en « diagonale » est beaucoup plus important (35 en moyenne par mois) que le nombre d'articles lus de manière approfondie (10 par mois).
- Le domaine d'intérêt d'un chercheur n'est pas étroitement circonscrit à sa seule spécialité. En outre, les articles correspondant à un thème précis de recherche peuvent être dispersés dans un grand nombre de revues.
- La durée de validité des informations scientifiques n'excède pas quelques années. L'acheminement très rapide des documents est, de ce fait, d'autant plus important dans les domaines où la compétition entre équipes est élevée.

Dans ce contexte, la constitution d'un fonds documentaire unique mais important venant se substituer aux fonds parcellaires des laboratoires ne pouvait présenter que des avantages, à condition toutefois, que les modalités d'acheminement des documents soient satisfaisantes.

Le prêt des périodiques aurait abouti à des délais d'attente trop élevés et à une multiplication inéluctable de la plupart des abonnements au niveau central. La reprographie était donc souhaitable, mais la photocopie systématique des articles s'avérait trop coûteuse. L'utilisation de microfiches, couplée avec une revue de sommaires, présentait, en revanche, les avantages suivants :
- le chercheur avait la possibilité d'effectuer une première sélection sur titres en lisant les sommaires des périodiques de la collection centrale et en demandant les microfiches des articles susceptibles de l'intéresser;
- il pouvait pratiquer une deuxième sélection car la lecture des microfiches se prête admirablement au dépouillement en « diagonale ». En effet, ce n'est que si l'article était vraiment intéressant qu'il effectuait une copie destinée à la lecture approfondie.

L'emploi de microfiches permettait en outre d'obtenir des collections de documents d'encombrement réduit et de classement aisé, utilisables sur les lieux même du travail.

Parce qu'il heurtait des habitudes de travail enracinées, ce projet rencontra d'emblée une vive opposition. Les uns assurèrent qu'il leur était pénible d'utiliser un lecteur de microfiches, les autres estimèrent que tous les abonnements souscrits par l'unité de recherche étaient également importants. (Il avait en effet été décidé de ne laisser à la disposition des laboratoires que les abonnements aux cinq ou six périodiques d'intérêt majeur).

Tous manifestèrent le plus grand scepticisme sur les améliorations effectives susceptibles d'être obtenues. En outre, si l'emploi des microcopies était généralisé à des fins de stockage et de conservation, les quelques expériences d'utilisation pour la lecture n'avaient pas donné de résultats très positifs 2. Une expérimentation s'avérait donc nécessaire. Quelques unités de recherche - moins sceptiques que les autres - acceptèrent de se prêter à un essai 3. Il convient cependant, avant de décrire les modalités de l'expérience, de souligner que cette diffusion éventuelle de microfiches s'insérait dans un ensemble plus vaste de prestations destinées à répondre à tous les besoins d'information des chercheurs. C'est ainsi que, parallèlement, le Service de documentation de l'I.N.S.E.R.M. entreprenait la diffusion sélective et la recherche rétrospective de la littérature bio-médicale grâce à l'exploitation du fichier MEDLARS sur ordinateur. De même des banques de données dans des domaines très précis, étaient en cours d'élaboration. Dans ce cadre, l'utilisation des microfiches avait pour fonction essentielle d'assurer le signalement et la diffusion rapide de la littérature courante.

B. - Organisation projetée du service de diffusion des microfiches.

Six mois ont été nécessaires à la mise en place de l'expérience. Cette période a été consacrée aux phases suivantes :

a) Définition du champ d'application. L'expérience devait porter sur un échantillon limité d'utilisateurs : 9 laboratoires volontaires, dont 4 en province, groupant chacun une moyenne de dix chercheurs et travaillant dans un domaine commun : la biochimie. La durée de l'expérience était limitée à 10 mois, de mars à décembre 1968.

b) Mise en place des services centraux. Dans le cadre de l'organisation générale du Centre de documentation, il fallait créer le service Signalement et Microfiches (aménagement des locaux, recrutement et formation du personnel), service dont la première tâche serait la mise au point des modalités de l'expérience.

c) Établissement des listes de périodiques. La masse des périodiques scientifiques peut être structurée de la manière suivante :
- Revues très spécialisées et de haute valeur scientifique dont la plupart des articles sont lus par tous les chercheurs d'une discipline donnée. Ces revues (5 ou 6 par domaine) restaient à la disposition du laboratoire, sous forme d'abonnements ;
- Revues interdisciplinaires ou simplement moins spécialisées dans lesquelles le chercheur trouve occasionnellement un article intéressant. Ces revues constituaient le fonds documentaire de base de l'expérience.

Une liste de base des principales revues analysées par les différents journaux de résumés, dans le domaine de la biochimie et des disciplines voisines, a été établie. Cette liste de base a été remaniée compte tenu des statistiques fournies par quelques grandes bibliothèques et par les réponses au questionnaire diffusé en 1966 sur les fréquences de lecture; la liste obtenue a été enfin soumise à l'approbation d'un groupe de chercheurs. 200 périodiques ont été retenus.

d) Organisation des collections de sommaires. Les sommaires, reproduits par tirage offset, devaient être envoyés chaque jour aux utilisateurs. Chaque sommaire comportait un numéro d'identification général de 10 chiffres - (le code de la revue -le mois - le jour - l'année) - et chaque article était précédé d'un numéro de 3 chiffres. Pour obtenir la microfiche d'un article, l'utilisateur devait simplement reporter sur le formulaire de demande le code complet de 13 chiffres. Ce code complet figurait également sur les microfiches correspondant aux articles du sommaire.

d) Organisation du microfichage. La microfiche 105 X 150, partition C.N.R.S. (24 pages - grand titre) a été choisie 4 (voir figure 2). En raison du caractère expérimental de l'opération il n'était pas possible de mettre en place un atelier de confection de microfiches. Il a donc été nécessaire de s'adresser à un organisme extérieur s'engageant à fournir les microfiches-mères dans un délai de 4 jours. En revanche, l'I.N.S.E.R.M. se chargeait de la duplication des microfiches. Les duplicatas étaient effectués le jour même par diazocopie, au moyen d'un appareil automatique (Atlantic).

e) Choix et répartition des appareils de lecture. En 1967 la gamme d'appareils présentés par les fabricants était limitée. Nous avons retenu :
- des lecteurs portatifs à petit écran, Murayscope G 14, pour lectures rapides. Critères de choix : appareils facilement transportables et pouvant être multipliés dans les laboratoires en raison de leur coût peu élevé. On avait prévu un appareil de ce type par groupe de quatre chercheurs ;
- des lecteurs à grand écran, PK 1013 Kodak, pour une lecture prolongée. Critères de choix : un écran large et la présence d'une tourelle permettant une rotation de l'image. Un seul appareil de ce type était prévu par laboratoire;
- des lecteurs reproducteurs, Filmac 400 Minnesota, permettant de lire et d'effectuer des tirages sur papier format 21 X 27, à partir de la microfiche. Critère de choix : la qualité des tirages. Chaque laboratoire était équipé d'un de ces appareils, placé dans la bibliothèque.

f) Formulaires. Les dispositifs de base que nous venons de décrire étaient complétés par différents formulaires (demande de microfiches - fiche de circulation des sommaires - fiche d'utilisation des appareils) qui devaient permettre, outre un meilleur déroulement de l'expérience, de recueillir le maximum de données quantitatives ou qualitatives.

g) Visites préalables aux unités de recherche. Afin de sensibiliser les futurs participants à l'expérience, une visite préalable avait été effectuée auprès de chaque laboratoire concerné. Cette visite avait aussi pour but de faire une étude préliminaire de l'organisation locale et d'obtenir la collaboration des chercheurs pour l'élaboration de la liste des revues de l'expérience.

Toutes les dispositions prises avant d'entreprendre cette expérience ont fait l'objet d'un rapport détaillé paru en janvier 1968. Deux mois plus tard l'expérience commençait 5.

C. - Déroulement de l'expérience : lancement et contrôle.

S'assurer de la participation active des unités de recherche fut l'un des points les plus importants de cette expérience. Les obstacles à vaincre étaient surtout, nous l'avons dit, d'ordre psychologique. Il était nécessaire, tout d'abord, d'informer exactement, puis de suivre le déroulement des opérations et enfin de recueillir les suggestions des participants.

On a donc organisé des séminaires de mise en route puis des visites de contrôle (une ou deux pendant la durée de l'expérience, pour chaque unité de recherche) et, enfin, des visites de fin d'expérience avec interviews.

a) Les séminaires de mise en route. Organisés dans chaque laboratoire, les séminaires réunissaient l'ensemble des participants de l'expérience. Le programme en était le suivant :
- Exposé des principes de l'expérience et définition des règles à observer, en particulier :
* remplir les formulaires suivant les indications données,
* ne pas consulter d'autres revues que les 5 ou 6 conservées par le laboratoire,
* contribuer à assurer une circulation rapide des sommaires et des microfiches,
* accepter un regroupement des microfiches dans un fichier accessible à tous, ce qui rompait avec les habitudes individualistes des chercheurs.
- Étude des besoins spécifiques des unités de recherche. En effet chaque laboratoire a, en quelque sorte, une physionomie particulière en ce qui concerne l'organisation documentaire : individualiste, centralisée ou bien subdivisée en groupes de travail.
Cette étude a permis de faire les ajustements nécessaires dans chaque cas : par exemple, nombre d'exemplaires de sommaires à adresser, installation éventuelle d'appareils supplémentaires.
- Enfin, mise au point, en commun, des modalités de classement des microfiches en fonction du système préexistant : par mot-clef, auteur, titre de revue, etc...

Le programme se terminait par des démonstrations pratiques concernant l'emploi des lecteurs reproducteurs.

Malgré l'intérêt suscité par cette expérience, surtout chez les jeunes chercheurs, et une certaine émulation entre les unités, on pouvait déceler une part de scepticisme face au nouveau système proposé. Il était donc nécessaire de suivre de très près le déroulement de l'expérience.

b) Visites de contrôle. Ces visites étaient destinées à résoudre les petites problèmes pratiques (concernant les appareils, les fournitures, les relations entre chercheurs et secrétariat), à corriger toute interprétation incorrecte (mode de classement mal compris, accès difficile aux appareils de lecture) et à assurer une liaison étroite entre le Centre de documentation et les unités. L'élaboration préalable d'un canevas type a permis d'enregistrer systématiquement les observations des participants, les problèmes d'organisation, de gestion et de contrôler les différents aspects du déroulement de l'expérience.

c) Interviews en fin d'expérience. Des interviews sur questionnaire structuré ont permis de recueillir des informations complétant les données numériques provenant du dépouillement des formulaires.

La population concernée se répartissait en 3 catégories d'utilisateurs : directeurs, chercheurs confirmés, chercheurs débutants.

L'échantillon des chercheurs à interroger, représentatif de la population étudiée, a été déterminé en tenant compte du pourcentage de chaque catégorie par rapport à la population totale et à la population de l'unité.

L'interview portait sur les points suivants : nombre de lectures effectuées en dehors de l'expérience, utilisation des sommaires et des microfiches, jugement sur l'organisation et les délais, appréciation sur les appareils de lecture. (Voir pièce annexe.)

D. - Bilan des résultats.

Les résultats ont été analysés de façon approfondie dans un rapport de fin d'expérience 6.

I. Méthodes d'exploitation des résultats de l'expérience.

Après la mise au point des différents bordereaux d'exploitation nécessaires, il a été procédé à l'analyse statistique des résultats :
- analyse des délais,
- analyse des demandes de microfiches par revue et par unité de recherche et évolution dans le temps,
- répartition des demandes par domaine.
- utilisation des appareils de lecture

En outre, des études de cas ont été faites; elles concernaient :
- soit une revue (étude de la chaîne des opérations et analyse des délais),
- soit une unité de recherche.

Enfin les interviews citées plus haut complétaient les informations précédentes en montrant l'adaptation des chercheurs au système, en fonction du type de structure et en fonction du type d'utilisateur.

2. Données globales de l'expérience.

a) Analyse des délais.

On a pu suivre concrètement les différentes opérations, depuis l'arrivée des revues au Centre de documentation jusqu'à la lecture des microfiches par le chercheur et déterminer plus précisément quels étaient les délais intervenant entre chaque opération. A cet effet, on a choisi huit revues « témoins », qu'il a été possible de suivre au cours des différentes étapes :
- Réception de la revue à l'I.N.S.E.R.M. et numérotation du sommaire.
- Dépôt des revues à microfiches chez le sous-traitant.
- Réception des micr ofiches-mères à l'I.N.S.E.R.M.
- Envoi des photocopies de sommaires aux unités.
- Réception des demandes de microfiches.
- Envoi de duplicata aux unités.
- Lecture dans les unités.

Dans les meilleures conditions, tout lecteur pouvait lire un article 8 jours après réception de la revue à l'I.N.S.E.R.M. Ce délai particulièrement court se décompose comme suit : 4 jours pour l'obtention de la microfiche-mère, 1 jour pour l'envoi des sommaires, 1 jour pour l'envoi de la demande de microfiches, 2 jours pour la réception du duplicata dans l'unité.

Il n'a pas toujours été possible de maintenir ce délai de 8 jours, soit en raison de retards dans la fabrication des microfiches, soit en raison d'un afflux imprévu des demandes.

b) Demandes de microfiches.

En 10 mois, le total des demandes adressées par les cent chercheurs atteint 10 ooo duplicata, soit une moyenne de 10 microfiches par chercheur et par mois.

Le nombre de demandes a crû très rapidement pendant les 2 premiers mois. Dès la fin du 2e mois, la demande importante et régulière prouvait l'adhésion des chercheurs. Après une baisse en mai et juin, liée à la situation universitaire et aux vacances, dès les premiers jours de septembre, la demande reprenait à un rythme régulier.

Une cinquantaine de demandes seulement portait sur des revues n'appartenant pas à la collection I.N.S.E.R.M.; ce résultat montrait que la liste de périodiques était pratiquement suffisante.

c) Analyse des demandes par domaine.

Cette analyse a confirmé les résultats de l'enquête mentionnée ci-dessus : une part importante des microfiches demandées correspond à des secteurs plus ou moins éloignés du thème principal de recherche.

d) Utilisation des appareils de lecture :

- I. Localisation dans l'unité :

Alors que les lecteurs portatifs destinés à la lecture « en diagonale » ont l'avantage de pouvoir être placés sur la table même du laboratoire, il est souhaitable de réserver pour les lecteurs à grand écran un emplacement adapté à la lecture approfondie.

- 2. Emploi effectif des appareils :

Certains appareils ont été parfois mal employés, par exemple, lecture approfondie sur appareil portatif entraînant une certaine fatigue de l'utilisateur. Par ailleurs, on a constaté une évolution sensible dans le nombre des tirages effectués au lecteur reproducteur par rapport au nombre d'articles lus. Dans un premier temps l'unité a tendance à multiplier le nombre de photocopies, ce nombre décroît rapidement pour se stabiliser; en moyenne on a une photocopie pour dix articles lus. Cette évolution est la meilleure preuve de l'adaptation progressive des chercheurs à la lecture sur écran, elle confirme les résultats de l'enquête de 1966 concernant l'importance de la lecture cursive dans le travail scientifique.

3. Adaptation des laboratoires au système.

L'adaptation au système dépend à la fois, de la structure de chaque laboratoire et de la catégorie d'utilisateurs concernés.

a) Influence de la structure du laboratoire :

- I. Laboratoire de type « centralisé » :

Dans ce type d'organisation, une réunion bibliographique réunit une fois par semaine l'ensemble de l'équipe. A cette occasion, les sommaires sont dépouillés et les demandes de microfiches effectuées en commun. Ce mode de travail associe étroitement le travail documentaire et le travail scientifique. Son seul inconvénient est de bloquer une fois par semaine les demandes de microfiches.

- 2. Laboratoire subdivisé en groupes de travail :

Un laboratoire important peut être fragmenté en sous-groupes travaillant sur un thème propre. Chacun organise sa propre répartition du travail documentaire, la communication entre les groupes est assurée par le système documentaire local (fichier Peek a Boo renvoyant à un fichier central de microfiches). Il est alors nécessaire d'envoyer un exemplaire de sommaire par groupe.

C'est, en fait, le type d'organisation qui s'est révélé être le plus souple et le plus adaptable au système.

- 3. Laboratoire à organisation individualiste :

Chaque chercheur puise sa documentation dans les différentes sources dont dispose l'unité et effectue lui-même ses demandes. Dans ce cas, le chercheur livré à lui-même a tendance à utiliser le système de façon irrégulière.

En ce qui concerne la place représentée par les microfiches dans l'ensemble des sources documentaires, il semble que pour les unités très organisées, la microfiche ait été la principale source de fourniture de documents. Dans les unités moins structurées, la microfiche a constitué un appoint important par rapport aux modes traditionnels.

b) Étude par catégories d'utilisateurs :

- I. Les directeurs :

Les directeurs sont intéressés par un champ de lecture étendu, en raison même de leur rôle d'animateur scientifique. Ils ont cependant demandé pour eux-mêmes relativement peu de microfiches, car ils continuent à recevoir des tirés à part qui leur permettent de maintenir les contacts personnels avec leurs pairs. Toutefois, ils orientent les chercheurs dans la sélection des articles à lire. Si leur attitude à l'égard du système a été généralement bonne, leur adaptation à la lecture sur écran a été plus difficile; plusieurs d'entre eux conservaient un souvenir désagréable des anciens lecteurs de microfilms.

- 2. Les chercheurs confirmés :

Les chercheurs confirmés ont également un grand champ de lecture. Le système microfiches a apporté un complément appréciable aux revues spécifiques habituellement dépouillées. L'adaptation à la lecture sur écran ne leur a pas vraiment posé de problème.

- 3. Les chercheurs débutants :

Les chercheurs débutants doivent, en général, effectuer un gros travail bibliographique. Pour eux, l'utilisation des microfiches a présenté un gain de temps considérable; de plus, la réception d'articles séparés leur a permis d'organiser leur travail de classement bibliographique. Ils n'ont eu aucune difficulté à s'adapter aux appareils de lecture.

E. - Perspectives de développement et de généralisation.

Deux ans se sont écoulés depuis la fin de l'expérience. Un véritable retournement de situation s'est produit. Le scepticisme a fait place à un intérêt général de la plupart des chercheurs, au sein de l'I.N.S.E.R.M. et hors de l'I.N.S.E.R.M. 7. En dépit de l'extension du service à 64 laboratoires, soit une population de 650 utilisateurs en juillet 1971, des listes d'attente ont dû être constituées. Depuis 1968, soit moins de trois ans, plus de cent mille demandes de microfiches ont été satisfaites. Le nombre moyen de demandes par jour est en augmentation constante : 50 microfiches envoyées par jour en 1968, 350 actuellement.

Une telle progression des prestations implique une organisation rigoureuse du service Signalement et Microfiches. Une véritable chaîne de travail a dû être implantée : une analyse des tâches a décomposé le processus général du service (sommaires, microfiches et gestion des abonnements) en 70 composantes élémentaires auxquelles 5 personnes sont affectées. Un appareil à meilleur rendement (Bell et Howell) est utilisé pour la duplication. Les formulaires mis à la disposition des utilisateurs ont été allégés.

La liste de revues traitées est passée de 200 à 300. Une analyse précise des demandes effectives a permis de remplacer le microfichage intégral et systématique des articles, de chaque revue, par une procédure plus rentable. Le fonds documentaire a été décomposé en deux sous-ensembles. Le premier, correspondant aux 150 revues les plus demandées, continue d'être microfiché de façon systématique. En ce qui concerne le second, le microfichage n'a lieu qu'après demande effective de reproduction.

Une étude générale d'amélioration de la rentabilité du système est en cours. Dans cette optique, la création d'un atelier de fabrication des microfiches-mères à l'I.N.S.E.R.M. permettrait de réduire le prix de revient du service offert. Ce coût pourraît encore être abaissé par une augmentation du nombre d'utilisateurs servis par le même fonds documentaire.

Enfin, une intégration plus poussée du service Signalement et Microfiches et des Services MEDLARS est en cours. L'I.N.S.E.R.M. dispose actuellement d'un fonds de 120 ooo microfiches-mères qui devraient pouvoir être utilisées en particulier pour les « profils d'intérêt » exploités par ordinateur. Autrement dit, chaque fois qu'un profil mentionnera un article d'une revue appartenant au fonds documentaire de l'I.N.S.E.R.M., le code de 13 chiffres figurera avec les références bibliographiques. L'utilisateur pourra ainsi demander directement l'article correspondant à son profil.

Le champ d'application de cette expérience pourrait s'étendre à d'autres domaines ; cependant, certaines conditions devraient être remplies :
- il importe notamment que l'organisme utilisateur soit très décentralisé et que, par conséquent, l'accès aux bibliothèques soit difficile. Le coût du microfichage ne se justifie que dans cette perspective ;
- il importe également que le domaine couvert soit commun à un grand nombre d'utilisateurs potentiels. 11 convient que la même microfiche-mère puisse servir un maximum de demandeurs.

Mais, même si ces conditions objectives étaient respectées, on ne saurait trop insister, d'une part, sur l'importance d'une préparation psychologique intensive et, d'autre part, sur la nécessité de maintenir constamment les relations entre le Centre et les utilisateurs. En effet, actuellement, en dépit de l'intérêt manifesté par les chercheurs, le service Signalement et Microfiches doit maintenir les séminaires de mise en route et les visites de contrôle.

Mais l'amélioration, sensible et reconnue, de la qualité du service documentaire ne justifie-t-elle pas amplement un tel effort ?

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Annexes (1/4)

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Annexes (2/4)

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Annexes (3/4)

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Annexes (4/4)

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Figure 1

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Figure 2

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Figure 3

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Figure 4

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Figure 5

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Figure 6

  1.  (retour)↑  ZÉRAFFA (Josette). - L'Information scientifique dans les unités et groupes de l'I.N.S.E.R.M. Premières conclusions d'une enquête. - Paris, I.N.S.E.R.M., nov. 1966, 50 p., multigr.
  2.  (retour)↑  WOOSTER (H.). - Microfiche 1969. A user's Survey. Air Force office of scientific research (U.S.A). - Office of aerospace research, July 1969, 205 p.
  3.  (retour)↑  ZÉRAFFA (Josette). - Organisation de la documentation et de l'information à l'I.N.S.E.R.M. Projet de mise en place expérimentale. -Paris, I.N.S.E.R.M., juillet 1967, 45 p. plus annexes, multigr.
  4.  (retour)↑  BASTARDIE (J. J.).), BEUTLER (M. M.). - Rapport moral et technique sur l'expérience microfiche; 2e conférence triennale de l'A.U.P.E.L.F. Liège 18 au 24 avril 1966, Paris 1966.
  5.  (retour)↑  BRIENS (Catherine), ZERAFFA (Josette). - Expérience de diffusion sur microfiches. Étude préalable. - Paris I.N.S.E.R.M., janvier 1968, 78 p. plus annexes, multigr.
  6.  (retour)↑  BRIENS (Catherine), ZÉRAFFA (Josette). - Expérience de diffusion sur microfiches. Étude finale. - Paris, I.N.S.E.R.M., 1969, 105 p. plus annexes, multigr.
  7.  (retour)↑  GERDAY (Renée), ZÉRAFFA (Josette). - Projet d'extension du service de documentation pour 1971. - Paris, I.N.S.E.R.M., juillet 1970, 57 p., multigr.