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La Section lettres

Gilbert Nigay

De 1958 à 1960 la Bibliothèque universitaire et la Bibliothèque municipale de Rennes, jusqu'alors jumelées sous une unique direction, étaient reconstruites en d'assez vastes locaux qui utilisaient les bâtiments anciens et occupaient les terrains disponibles de part et d'autre. Tant sur le plan administratif que matériel, les deux bibliothèques obtenaient alors une gestion autonome, mais restaient étroitement liées, avec des communications intérieures pour les lecteurs. Elles permettaient ainsi une utilisation judicieuse de leurs fonds, surtout dans le domaine des sciences humaines, avec tous les avantages de la proximité, dans une ville de province, de deux grandes bibliothèques d'étude.

Ces nouvelles bibliothèques paraissaient alors pouvoir satisfaire les besoins nouveaux des jeunes générations qui se pressaient aux portes de l'Université. Des locaux vastes, accueillants, fonctionnels, leur étaient offerts, à proximité immédiate des facultés, qui étaient maintenues ou étaient construites (Faculté de Droit) dans le centre même de la ville. La Faculté des Lettres continuait à occuper l'ancien séminaire construit par Labrouste sous le Second Empire et la Bibliothèque universitaire y était tellement intégrée qu'elle occupait un des côtés de l'élégant cloître par où se faisait l'entrée discrète, qui ne déparait nullement l'harmonie de l'ensemble. Mais la bibliothèque universitaire fonctionnait selon le type encyclopédique traditionnel et les nouveaux bâtiments étaient conçus, suivant les conceptions habituelles à l'époque, en trois parties nettement séparées : salles de lecture, magasins, services intérieurs. Déjà notre prédécesseur, M. J. Sansen, prévoyant que cette bibliothèque neuve ne serait qu'une étape, relativement courte, concluait son article de présentation du Bulletin des Bibliothèques de France  1, en disant : « Si, comme tout permet de le supposer, certaines facultés peuvent un jour s'implanter en banlieue sur des terrains assez vastes pour changer complètement les dimensions de la vie universitaire, il appartiendra à la bibliothèque d'apporter à chacune son concours, » et évoquant la plasticité de l'ensemble harmonieusement réalisé il espérait qu'elle faciliterait « les conversions ou les extensions que l'Université de Rennes, aujourd'hui en plein développement, obligera sans doute l'actuelle bibliothèque à réaliser dans un avenir plus ou moins proche ».

Ce ne fut, en effet, qu'une étape. Le nombre des étudiants, correspondant aux générations de l'après-guerre, s'accroissait considérablement pour approcher le chiffre de 20 ooo en 1969, mais surtout les Facultés de Sciences, de Lettres et de Médecine s'installaient dans des campus, heureusement situés à proximité immédiate de la ville, respectivement Beaulieu à l'est pour les Sciences, Villejean pour les Lettres et Pontchaillou pour la Médecine au nord-ouest. L'éclatement de la Bibliothèque universitaire s'ensuivait tout naturellement et des bâtiments neufs étaient construits à proximité de chaque faculté. La bibliothèque restée en ville ne servait plus alors qu'à la Section Droit et aux services administratifs (direction, gestion bibliothéconomique, services du personnel et de la comptabilité) ainsi qu'aux services techniques (atelier d'impression, atelier de reliure), bref aux services communs sans oublier la salle destinée à l'enseignement professionnel avec la documentation nécessaire et le fichier central qui regroupe tous les fichiers particuliers de chaque section et qui est aussi l'embryon du fichier collectif régional. La proximité du Rectorat et des diverses administrations légitime d'ailleurs, en dehors de la disponibilité des locaux, le maintien de ces services dans le cadre de la ville traditionnelle.

La bibliothèque de la Section Lettres, - que, ignorants des structures administratives, les professeurs et étudiants appellent « bibliothèque littéraire » suivant sa finalité - fut commencée le Ier septembre 1965 et achevée en septembre 1967 en ce qui concerne la première tranche, qui fut alors mise en service, respectivement en septembre 1968 et juin 1970 pour la seconde tranche. La réalisation en a été assurée par M. Louis Arretche, architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux, et M. Patrick Coué, architecte d'opération, le maître d'œuvre étant la Société générale d'entreprises pour le génie civil qui contrôlait les sous-traitants des divers métiers du bâtiment. Pendant l'été 1970 se faisaient la répartition des collections entreposées dans le premier bâtiment et la fin du déménagement de la section centrale. Le Ier septembre 1970 l'ensemble était ouvert au public.

Implantation et architecture extérieure

La Faculté des Lettres et sciences humaines et, en corrélation, la Bibliothèque de la Section, ont été construites sur des terrains vagues, où l'espace était encore disponible, dans un site marécageux et impropre à l'urbanisation sans d'importants travaux de drainage. Heureusement ces terrains furent malgré tout réservés en temps opportun par l'Université, car un quartier nouveau, on pourrait dire une ville nouvelle, se développe rapidement au-delà du campus universitaire. Aujourd'hui Villejean, bien que faisant partie du territoire municipal de Rennes, compte près de 25 ooo habitants et ses gratte-ciel, son architecture d'avant-garde forment un contraste avec la limite de la ville classique, déjà banlieusarde, où voisinent villas à jardinets et quelques immeubles collectifs de proportions modestes. Le campus universitaire est donc situé dans d'excellentes conditions, à la fois assez proche de la ville traditionnelle avec des communications faciles et courtes et bénéficiant du voisinage d'une véritable « ville nouvelle », avec tous ses services dans laquelle s'intègrent plusieurs cités universitaires et deux restaurants.

Cette heureuse conjonction facilite la vie de l'étudiant, qui n'a pas l'impression, comme parfois dans les campus, d'être « coupé de la vie », et n'a pas surtout de longs et fatigants déplacements à effectuer. La bibliothèque est très heureusement située sur un terre-plein, dominant l'enfilade des longs bâtiments parallèles qui constituent la Faculté des Lettres. Elle est sur le point de passage des étudiants qui regagnent leurs cités ou les restaurants universitaires. Il va sans dire que la bibliothèque fonctionne selon des horaires continus. Elle est non seulement un lieu de travail, mais un havre d'accueil pour les étudiants entre deux cours ou à la sortie des restaurants universitaires et l'aménagement intérieur a visé à leur procurer des locaux à la fois confortables et esthétiques, donc agréables.

Elle est composée de deux bâtiments rectangulaires, parallèles mais décalés l'un par rapport à l'autre et reliés par une cheville longue de 12 mètres qui leur est perpendiculaire. L'ensemble représente une surface au sol de 4 100 m2 pour un développement de 10 500 m2 environ de plancher. Les volumes sont imposants, en béton brut de coffrage, mais l'impression de masse est adoucie par les multiples ouvertures qui en font comme une maison de verre où la lumière est dispensée généreusement pour les lecteurs. Entre les ouvertures des pare-soleil en béton sont disposés comme des croix de lorraine. Une corniche, qui court tout le long du bâtiment, coiffe l'ensemble. Légèrement en retrait, sur le vaste toit en terrasse, est placé l'appartement de fonction du chef d'établissement. Un peu comme la dunette d'un navire, il accentue, surtout vu de loin, l'impression de vaisseau imposant du bâtiment. Son heureuse disposition sur une surface de 2 300 m2 a permis de réaliser sur trois faces des terrasses privées. Elle offre également les perspectives d'un vaste horizon qui va de la ville de Rennes avec ses multiples clochers à la grande forêt de Paimpont, l'antique Brocéliande des légendes celtiques hantée par la fée Viviane, l'enchanteur Merlin et le roi Artus.

Pour égayer l'allure un peu trop massive, la teinte un peu trop morne de béton lisse et la régularité un peu trop lassante des façades, certaines plaques de béton ont été cannelées, d'autres peintes en blanc, les menuiseries métalliques peintes en rouge bordeaux, donnant ainsi un aspect plus gai et fantaisiste au quadrillage des façades. L'architecte a par ailleurs « préparé » l'arrivée à la bibliothèque par des structures en béton, escaliers, bancs, bordées de pelouses vallonnées, plantées de bouleaux et de sapins, et de plate-bandes fleuries. Au-delà dépendant de la bibliothèque un très vaste parking, bien aménagé et éclairé. A l'arrière l'imposante masse de terre excavée lors de la construction a formé une colline artificielle qui a été agrémentée de plantations et offre un cadre agreste et reposant aux lecteurs. L'ensemble des espaces verts dépendant de la bibliothèque représente plus de 14 ooo m2 qu'un entretien soigné mais onéreux permet de transformer en véritable « gazon anglais », grâce au climat de l'Ouest et plus précisément au fameux crachin breton.

La bibliothèque du premier niveau

Quelques marches et un seuil en ardoise conduisent le lecteur dans l'entrée unique pour les deux bâtiments qui le contraint à passer devant la banque de contrôle, de forme hexagonale en lamifié clair, où se fait sur une face opposée l'inscription des nouveaux venus. Il pénètre alors dans un vaste hall où les oppositions de clair (les murs en gros crépi chaulé) et de foncé (les piliers habillés d'acajou) flattent l'œil agréablement. Il s'oriente suivant ses besoins vers la salle de son choix ou, tout simplement, vers les différents services qui s'offrent à lui. On trouve dans ce hall la grande banque de communication, le bureau de renseignements (orientation, conseils bibliographiques) constamment tenu, sauf aux heures creuses, par un conservateur ou une sous-bibliothécaire, et le bureau de prêt. La place offerte permet de séparer nettement ces différentes fonctions afin d'éviter que ne se forment des files d'attente aussi désagréables pour le public que pour le personnel, mais qui ne peuvent toutefois être évitées lors des sorties massives de cours. Dans ce but et pour faciliter les formalités du lecteur, on a cherché à simplifier le plus possible les opérations de communication et d'emprunt. Pour les premières le bulletin de demande rédigé avec le minimum d' « écriture » est d'abord contrôlé quant au fond (manque éventuel d'une sous-cote...) puis quant à la disponibilité de l'ouvrage au moyen du fichier topographique des ouvrages sortis. Le personnel de service est placé en nombre suffisant à cette banque de communication, dont le rôle est essentiel, plutôt que d'être affecté à des allées et venues stériles. C'est donc presque immédiatement que le lecteur est renseigné et, si la réponse est négative, il sait qu'il n'a pas à attendre et ne stationnera donc plus à proximité de la banque de prêt. De la même façon l'emprunt à domicile est très simplifié : grâce à des boîtes distributrices avec carbone permettant un double le lecteur ne rédige qu'un seul bulletin, mais ce bulletin doit être rempli avec soin (cote lisible, adresse précise...). La qualité des bulletins rédigés va de pair avec la simplification recherchée, qui évite les bulletins multiples ou à plusieurs volets qui font maugréer les usagers des bibliothèques.

La générosité en vitres intérieures permet d'apercevoir d'un seul coup d'œil la structure interne du bâtiment : un magasin à livres sur deux niveaux en forme l'axe et délimite deux vastes salles de lecture, chacune de 580 m2 avec 200 places de lecteurs, délimitées très largement. Ces salles jouissent d'un excellent éclairage naturel grâce aux pare-soleil que nous avons évoqués. Elles sont garnies sur toutes les faces de nombreux ouvrages, classés selon la C.D.U. et choisis en fonction des besoins des étudiants du Ier cycle. Les indices ont volontairement été assez peu développés, les ouvrages d'ailleurs, précis, manuels, textes littéraires, éditions critiques, ne posent pas de problèmes graves d'indexation et les utilisateurs trouvent en général sans de trop grandes difficultés, nées de l'apprentissage d'un « langage », les ouvrages dont ils ont besoin. La signalisation a fait l'objet des plus grands soins : des cubes en matière plastique, évoquant de prime abord des dés à jouer, portent les indications nécessaires sur les rayonnages. De façon générale, cette signalisation a été multipliée car, dans un bâtiment de cette importance, les usagers doivent tout à la fois circuler, s'orienter et trouver la plupart des documents qui les intéressent.

De leur place les lecteurs voient les ouvrages des magasins, même s'ils ne leur sont pas accessibles directement. La banque de communication est placée à la proue de ces magasins, dans lesquels sont conservés les ouvrages les plus récents et les plus utilisés, les ouvrages de prêt en multiples exemplaires de tous les classiques ou des questions au programme, de telle sorte que le service, pratiquement fait à la demande, est très rapide. Monte-livres et interphone desservent les autres niveaux, mais le nécessaire est fait pour que l'attente des lecteurs, qui auraient demandé par exemple un ouvrage ancien ou une thèse, ne dépasse pas un quart d'heure.

La cheville de jonction entre les deux bâtiments est utilisée pour les catalogues. Ceux-ci ont été très largement étalés pour qu'ils soient facilement accessibles à un public important. Ainsi le grand hall d'entrée est dégagé et, comme les recherches dans les catalogues ne nécessitent pas une très grande concentration d'esprit et sont limitées dans le temps, il est assez indifférent qu'elles se fassent dans un lieu de passage. De plus l'emplacement des catalogues est déterminé précisément par le rôle de jonction de cette partie qui les met en « dénominateur commun » pour les deux bâtiments. De propos délibéré on a utilisé à la fois des fichiers de couleur claire (chêne) et foncée (acajou) respectivement pour les catalogues alphabétiques auteurs et anonymes et pour les catalogues matières. Il est certain que cette manière de faire permet, mieux que la meilleure signalisation, de repérer facilement les deux catégories de catalogues par son effet même de contraste et de choc. Ainsi l'orientation des lecteurs est facilitée : suivant l'objet de leur recherche on les a dirigés vers les fichiers clairs ou foncés. Cette orientation « visuelle », surtout pour les lecteurs novices qui ignorent le plus souvent la finalité d'un catalogue alphabétique d'auteurs, analytique ou systématique, vaut souvent mieux qu'un long discours. De plus des notices explicatives ont été disposées dans les pochettes transparentes afin d'indiquer les règles élémentaires de classement.

Le catalogue est désormais entièrement présenté sur fiches de format normalisé. Une grande partie des ouvrages du fonds ancien ont été repris et catalogués selon les normes actuelles. Pour le reste on s'est contenté, dans une phase considérée comme d'attente, de reproduire les anciennes fiches de format en hauteur, grâce à l'appareil Rank-Xerox, spécialement adapté pour cette tâche, mais en les restituant au format international sur bristol fort. De cette façon, même si une partie des fiches est encore imparfaite (fiches trop sommaires, manuscrites, etc...) les lecteurs poursuivent leurs recherches dans un catalogue unique, quelle que soit la date de parution des ouvrages. C'est évidemment à la Section Lettres, qui a hérité de l'essentiel du fonds ancien, que ce problème de reproduction des anciennes fiches se posait avec le plus d'acuité. Il est difficile en la matière de donner des chiffres précis, mais on peut considérer que plus de 150 000 fiches ont été reproduites ou rédigées à nouveau. De la même façon on a doublé le catalogue général des périodiques pour qu'il soit également placé dans la salle des périodiques en évitant ainsi aux lecteurs du second niveau d'avoir à descendre dans la salle des catalogues. Le fichier ne se limite pas aux seuls ouvrages de la section, mais comporte de nombreuses fiches documentaires (pour des disciplines connexes, des matières interdisciplinaires...) provenant des autres sections. De même la séparation des fonds de la bibliothèque encyclopédique traditionnelle ne s'est pas faite sans une grande part d'arbitraire que ces fiches documentaires s'efforcent de pallier, même si certains lecteurs sont parfois peu satisfaits d'avoir à se déplacer pour aller dans une autre section. Rappelons qu'un fichier collectif unique, bien complet de l'ensemble des fonds de toutes les sections, est placé auprès du Service central. Outre l'orientation des lecteurs, il facilite la coordination qu'assure le chef d'établissement.

Le second bâtiment commence tout d'abord par une vaste salle de bibliographie de 280 m2, donc située à proximité immédiate des catalogues. Des présentoirs de I,35 m de haut, fournis par les Établissements Borgeaud, sont placés en éventail avec de petites tables de travail près des fenêtres. Les bibliographies générales et nationales, les principales bibliographies spécialisées y sont placées. Le personnel, tout comme les enseignants, apprécie particulièrement cette salle unique où sont rassemblés les principaux outils de recherche. Les étudiants peuvent s'initier au maniement des bibliographies; de toute façon, quand un membre du personnel les guide, ils peuvent voir comment utiliser une bibliographie courante qui leur permet de trouver une documentation basée sur le dépouillement des périodiques, documentation qui ne peut être réalisée par le catalogue traditionnel sur fiches. L'usage de cette salle, encore limité dans le temps, a déjà permis à bon nombre de lecteurs, grâce aux visites guidées, de comprendre qu'elle donnait la clé de toute recherche approfondie. Il est bon que le lecteur novice constate de visu l'existence de répertoires, peut-être mystérieux tout d'abord, mais qu'il devra peu à peu connaître et fréquenter au fur et à mesure qu'il avancera dans ses études.

Le plan du premier bâtiment se répète : un magasin central sur deux niveaux sépare la salle de bibliographie d'une autre salle du même superficie. Néanmoins on a voulu rompre avec l'agencement du premier bâtiment construit, dans lequel on devait prévoir l'accueil de nombreux étudiants et pour cela disposer de façon classique les places de lecteurs. Dans cette salle du second bâtiment, alors que le nombre total de places offertes dépasse de beaucoup la fréquentation actuelle, on a pu se permettre d'adopter une division en alvéoles plus larges que ceux du second niveau, mais qui le préfigurent néanmoins. Ainsi on évite ces salles très longues et un peu inhumaines et on dispose d'un plus grand nombre d'ouvrages en accès direct grâce aux rayonnages de I,35 m de hauteur qui délimitent ces zones de travail où le lecteur trouve une certaine intimité au milieu des ouvrages essentiels pour sa spécialité. En l'occurrence cette salle a été réservée aux langues non romanes. Dans ce but on a également proposé pour ceux qui désireraient travailler en groupe, parler à haute voix ou pour un professeur qui voudrait tenir une séance de travaux pratiques deux salles de dimensions modestes, librement accessibles. Une seconde banque de communication dessert le bâtiment avec un monte-livres pour chaque niveau.

Dans ce bâtiment on a voulu varier les couleurs du plus clair au plus foncé et jouer davantage encore que dans le premier sur les contrastes : dalles de plastique « sable » ou « gris argent », tables en lamifié beige mastic à piètements noirs s'opposent aux rayonnages foncés (acajou) tandis que les bandeaux, les menuiseries en bois clair (framiré), les placages de chêne qui recouvrent le sol des magasins en mezzanine donnent une ambiance aérée et reposante. Les colonnes de ventilation peintes en vert de différents tons apportent une note d'originalité inattendue. Enfin quelques jardinières à fleurs agrémentent le cadre à l'entrée et dans les lieux de passage.

La bibliothèque du second niveau

A proximité de l'entrée s'ouvre le grand escalier, constitué de larges marches de granito noir, aux murs habillés d'acajou avec des parties vitrées laissant apercevoir les deux parties de la bibliothèque. Avec l'ascenseur placé dans la cheville de liaison il conduit à l'étage réservé aux enseignants, chercheurs et étudiants avancés, dans les deux bâtiments.

Le plan du rez-de-chaussée (Ier niveau) se répète encore. C'est dire que les mêmes disciplines se retrouvent dans toute la mesure des contingences matérielles - mais selon un choix raisonné - dans les salles du second niveau. Il s'y trouve également une grande partie du fonds ancien classé suivant l'ordre numérique des cotes. L'idée directrice a été de mettre en accès libre le plus grand nombre possible de livres au maximum de lecteurs. Aussi le magasin à livres sur deux niveaux, tel qu'il est au rez-de-chaussée, s'ouvre délibérément au public. Plus de banque de séparation, mais au contraire des alvéoles, un peu comme les « coins » d'une librairie, qui prolongent les salles de lecture et leurs secteurs spécialisés selon la répartition préconisée par les instructions de juin 1962. Ainsi on obtient une interpénétration des salles de lecture et des magasins qui efface la démarcation traditionnelle. Ainsi il n'y a plus d'éloignement entre l'ancien fonds - celui qui a été acquis avant 1962 - et les nouvelles acquisitions, même si l'on peut observer que l'ancien fonds est classé suivant un ordre numérique qui ne satisfait guère les lecteurs. Mais le fait que ce fonds soit facilement accessible, sans intervention des magasiniers pour l'usager de bonne volonté qui lit les tableaux de répartition, dans des locaux qui n'évoquent pas une réserve ou une resserre, efface cet inconvénient et donne satisfaction.

Dans la cheville de liaison, les catalogues sont remplacés par un fumoir, conçu comme une véritable salle de détente, avec ses murs plaqués de teck et les moquettes bigarrées qui alternent sur un dallage de comblanchien. La salle qui correspond à la salle de bibliographie déjà décrite expose les périodiques de l'année en cours et de la pénultième année (concession faite aux lecteurs qui déplorent toujours l'envoi hâtif « à la reliure » et l'immobilisation qui en découle). Les structures métalliques garnies de rayonnages de couleur acajou, conçues par les Établissements Borgeaud, sont cette fois partiellement équipées de godets de plastique transparents. Le dernier fascicule de chaque périodique est ainsi « présenté » pour solliciter le regard et, par suite, l'intérêt. Les étagères inférieures exposent les fascicules des deux dernières années. Pour rompre la monotonie, éviter la répétition de la structure en alvéoles, ces présentoirs à périodiques ont été placés « en chevrons » dans le centre de la salle et les tables pour la lecture ont été installées le long des parois vitrées. Grâce à ces structures aérées, même quand elles sont garnies de périodiques, on évite l'aspect massif que l'on pourrait craindre. Les présentoirs à périodiques fréquemment utilisés depuis une dizaine d'années marquaient certes un progrès car ils permettaient une exposition complète, « debout », du plus récent fascicule, mais le reste de l'année en cours était contenu dans un meuble évoquant irrésistiblement un coffre. Aujourd'hui, un style aéré et dépouillé - même dans une affaire aussi technique que la présentation des périodiques - suit une ligne « suédoise », adoptée dans l'ameublement, laquelle est entrée dans les mœurs. Les grandes bibliographies spécialisées courantes sont - ou seront - répétées à ce niveau car elles permettent l'utilisation efficace des périodiques et il a paru bon de ne pas en priver la salle de bibliographie, accessible à l'ensemble des lecteurs. Il y a certes là un problème qui ne peut être résolu de façon satisfaisante que par une double collection, mais une nouvelle acquisition n'est pas toujours possible quand la série est épuisée chez l'éditeur et non réimprimée. Le magasin adjacent, lui aussi très ouvert, est réservé aux têtes de collections des périodiques en cours exposés dans la salle. Avec un déplacement minime, le lecteur peut suivre la collection d'un périodique et la solution de continuité entre la salle et le magasin, même sa mezzanine, est insignifiante.

Les services intérieurs

Les bureaux du personnel étaient relativement peu nombreux dans le bâtiment de la première tranche, si bien qu'il avait fallu utiliser la grande salle de travaux pratiques pour le service intérieur. Une véritable tour de bureaux destinés aux conservateurs et sous-bibliothécaires responsables de chaque niveau a été prévue dans le second bâtiment. Le chef d'établissement et son secrétariat y sont également installés. Comme dans les salles de lecture, les fenêtres sont constituées de grandes vitres qui descendent jusqu'au sol, laissant apercevoir les espaces verts qui entourent la bibliothèque, et plus loin le campus universitaire. Une série de carrels, assez peu utilisés jusqu'à présent, surplombe l'ensemble. Les appareils de lecture des microfilms y sont installés.

Les services intérieurs comprennent, bien entendu, des salles de manutention précédées par un quai de déchargement. Un atelier de reprographie, pour les besoins immédiats, a été installé. Il est occupé essentiellement par un appareil électrostatique Polyclair Arcor qui permet de reproduire les pages de volumes ou de périodiques reliés sans casser les dos grâce à sa platine d'exposition suivant un angle de 900. Il est particulièrement précieux pour les livres anciens. On pourrait s'étonner qu'un bâtiment de cette importance ne possède pas de services techniques plus développés, mais ceux-ci, rappelons-le, sont placés auprès de la Section centrale. Le personnel jouit d'une cantine et d'une salle de détente fort appréciées. Enfin le sous-sol de chaque bâtiment est occupé par des magasins de type traditionnel - non accessibles au public - prévus pour les fonds anciens, les ouvrages périmés retirés des salles de lecture et les têtes de collections de certains périodiques. Le premier représente 320 m2, auxquels il faut ajouter les surfaces occupées par les locaux techniques, la chaufferie et les circulations, mais surtout le second avec 1 200 m2, n'est encore que très peu occupé.

Le second bâtiment a été mis en service le Ier septembre 1970. L'ensemble, avec 10 500 m2 environ représente sans doute une des plus grandes bibliothèques universitaires de province consacrée aux lettres. Cette magnifique réalisation répond parfaitement aux besoins des 8 ooo étudiants actuels et permet d'envisager tout accroissement futur avec optimisme. Mais une bibliothèque de cette importance pose des problèmes de fonctionnement incontestables, ne serait-ce que par la présence de deux bâtiments, répartis sur deux niveaux, qui oblige à multiplier les points de communication. Elle nécessite un personnel nombreux qu'il est nécessaire de disperser pour assurer la surveillance et l'orientation des lecteurs, même si le maximum d'ouvrages a été mis en libre accès.

Actuellement le personnel de la section comprend 4 conservateurs, 6 sous-bibliothécaires, 4 secrétaires employées de bureau et pas moins de 13 magasiniers aidés encore par 2 employés vacataires. La bibliothèque est ouverte au public selon un horaire continu, du lundi au samedi de 9 h à 19 h 30, qui oblige à pratiquer des a roulements » parmi le personnel. Pour celui-ci il a fallu étudier avec le plus grand soin les postes de travail et les points stratégiques pour éviter de longues allées et venues. Nous avons évoqué l'idée directrice de l'aménagement de cette bibliothèque : l'interpénétration des lecteurs et des magasins à livres. Ajoutons que conservateurs et sous-bibliothécaires effectuent une partie de leur travail « en service public ». Installés dans le hall d'accueil, les secteurs spécialisés, les salles de bibliographie et des périodiques, ils sont disponibles pour renseigner et orienter le lecteur tout en continuant leur travail propre. De même de nombreuses visites guidées - pour lesquelles la plus large publicité a été effectuée - sont organisées afin que le fonctionnement des différents services soit connu et l'ensemble mieux utilisé. Des listes d'acquisitions fréquentes, réalisées par l'atelier d'impression, s'efforcent de susciter la curiosité et les besoins en même temps que d'informer et, suivant la formule, « d'aller au devant du lecteur ».

L'ensemble des bâtiments a été mis en service le Ier septembre 1970 et il n'est pas possible de donner encore des taux de fréquentation. Le chiffre de 1 950 entrées enregistrées certains jours de l'hiver 1969-1970 sera certainement dépassé. L'impression des utilisateurs est évidemment favorable, même si certains habitués de la bibliothèque ont été dès l'abord déroutés par les changements apportés et la nouvelle répartition des fonds. Des problèmes demeurent posés en raison de la nouvelle structure de l'Enseignement supérieur et de la création des universités nouvelles. Si cette bibliothèque est sans conteste le fleuron de l'Université de Haute-Bretagne, il faut considérer qu'une partie des enseignements de l'ancienne Faculté des Lettres (toute la philosophie) a été transférée dans le complexe scientifique de Rennes-Beaulieu - donc à l'opposé - et rattachée à la seconde université de Rennes. La bibliothèque aura donc à prévoir sur place les collections nécessaires à cet enseignement. Mais le rôle de la bibliothèque reste bien de s'adapter aux conditions changeantes de l'Enseignement supérieur et de suivre son évolution. C'est à ce prix qu'elle sera considérée par les usagers comme un organisme vivant. Le vaste et fonctionnel bâtiment que nous venons d'évoquer ne serait qu'un morne entrepôt s'il n'avait une finalité plus grande et un rôle plus dynamique au service de l'Université.

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Bibliothèque universitaire de Rennes. Section lettres. Rez-de-chaussée

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Bibliothèque universitaire de Rennes. Section lettres. 1er étage

  1.  (retour)↑  B. Bibl. France, 5e année, n° 12, déc. 1960, pp. 453-466