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Bibliothèques centrales de prêt, quelques nouvelles constructions

Roland Descaves

De l'été 1967 à l'automne 1968, plusieurs bibliothèques centrales de prêt ont emménagé dans un bâtiment neuf, successivement celles de l'Hérault à Montpellier, de l'Aveyron à Rodez, du Doubs à Besançon, du Loiret à Orléans et de la Seine-Maritime à Mont-Saint-Aignan près de Rouen 1. Conçues il y a plusieurs années, à une époque où on n'envisageait pas la généralisation du prêt direct, ces constructions, mise à part celle de l'Hérault, ont été édifiées d'après un programme-type de 500 m2, qui développe pratiquement 650 m2 de planchers, le magasin étant toujours sur deux niveaux. Cette limitation n'était pas arbitraire, mais due à des considérations de financement 2.

Le programme-type de 500 m2 avait été élaboré d'ailleurs en fonction de besoins réduits et des normes en cours à ce moment. En regard d'un personnel statutaire de quatre personnes pour le service d'un seul véhicule de petites dimensions, le programme pouvait même paraître ambitieux puisque les bureaux et services étaient calculés pour recevoir six à sept personnes, que le garage était prévu pour deux bibliobus, sans parler du magasin d'une capacité de 50 000 volumes environ et de la salle destinée à recevoir visiteurs et dépositaires. Autant que possible, quand le terrain le permettait, une possibilité d'extension des bâtiments était réservée de façon à faire face à des besoins accrus.

La limitation de la superficie au chiffre de 500 m2 explique notamment l'absence d'un logement de gardien et, souvent, les difficultés à réaliser la construction dans le cadre du crédit accordé. Ce qui parfois a conduit architecte et service constructeur à rechercher des économies sur certains lots de second œuvre 3; de telles économies se sont révélées fort gênantes quand elles ont porté sur des équipements indispensables (stores, monte-charge, revêtement de sol...). Ces difficultés ont aussi obligé à financer, pour certains bâtiments, entièrement ou en partie, les rayonnages du magasin sur les crédits réservés à l'équipement mobilier.

Un autre problème a été posé par la question du terrain nécessaire à la construction. Pour ces réalisations de début, plusieurs terrains appartiennent à des « campus » universitaires. Cette solution présentait certains avantages : d'abord, celui de construire plus vite un bâtiment définitif alors que le département, dont le budget est approuvé par le Conseil général, répugnait à un sacrifice financier puisqu'il aurait dû céder gratuitement une parcelle à l'État; le terrain universitaire appartenant déjà à l'État, on n'avait à subir aucun délai dû à une procédure de cession, un accord du Recteur intéressé étant suffisant; d'autre part, ses locaux étant limités en superficie, la bibliothèque centrale de prêt avait la possibilité de travailler en liaison avec la bibliothèque universitaire.

En revanche, les inconvénients ne manquent pas. Les « campus » étant généralement situés en dehors des agglomérations, les bibliothèques centrales de prêt qui y sont implantées se trouvent isolées, situées à plusieurs kilomètres du centre-ville, ce qui crée des difficultés pour le personnel et réduit la fréquentation par les dépositaires et les lecteurs. Un autre désavantage pour la bibliothèque centrale de prêt, et non le moindre, est d'être liée à un ensemble, d'où parfois des délais dans la réalisation; par exemple, la bibliothèque centrale de prêt du Loiret sur le « campus » d'Orléans-La Source a, encore à l'heure actuelle, des branchements provisoires, ainsi qu'un système de chauffage par sous-station assez onéreux, dans l'attente du raccordement au réseau de chauffage du « campus ». Souvent les abords sont aménagés tardivement alors que la bibliothèque est en service, ce qui donne aux visiteurs une impression assez fâcheuse. La bibliothèque centrale de prêt risque également de voir une partie du terrain d'abord mis à sa disposition repris par le « campus » pour y édifier un bâtiment nouveau ou créer une route non prévue primitivement, sans tenir compte des nécessités d'extension du service. Enfin, il y a le risque de voir la bibliothèque fréquentée uniquement par des étudiants au détriment du grand public auquel elle est par définition destinée.

Les cinq nouveaux bâtiments - le tableau ci-après en donne les principales caractéristiques - ont fait l'objet d'une enquête par un questionnaire adressé aux bibliothécaires qui, en tant qu'utilisateurs, sont à même de juger, après un certain délai de fonctionnement, des qualités et des défauts, propres à chacune de ces réalisations.

Construits de préférence entièrement en rez-de-chaussée (sauf le magasin, toujours sur deux niveaux) avec parfois un sous-sol (Hérault, à cause de l'exiguïté du terrain offert; Aveyron, pour utiliser la pente du terrain) plus ou moins réduit pour loger des services secondaires (atelier, dépôt, etc...), ils paraissent, dans l'ensemble, donner satisfaction au point de vue du fonctionnement. Les locaux s'avèrent agréables pour y séjourner et surtout bien adaptés au travail d'une bibliothèque centrale de prêt grâce à leur répartition étudiée autour de circulations conçues de façon à réduire les allées et venues et à économiser le temps et la fatigue du personnel. Les liaisons verticales sont assurées par un monte-charge ou un monte-livres situé dans le magasin et desservant également, si possible, la salle de manipulation, à l'exception des bibliothèques centrales de prêt de l'Aveyron et du Doubs qui ont dû y renoncer pour les raisons d'économie invoquées précédemment. En effet, il est toujours prévu au moins un monte-livres pour desservir deux niveaux, un monte-charge accompagné lorsqu'il y a trois niveaux (cas de la bibliothèque centrale de prêt de l'Hérault). Le téléphone est systématiquement installé partout.

Au point de vue de l'esthétique, les architectes se sont efforcés d'édifier des bâtiments agréables à l'œil; mais il était toutefois difficile de concilier, dans certains cas, le souci du beau avec les impératifs de fonctionnement et les servitudes dues à la contexture du terrain. A des titres divers, les bâtiments en question retiennent l'attention, chacun d'eux présentant, dans le cadre où il est, une certaine originalité.

Parmi les éléments positifs, il faut encore remarquer : la bonne orientation des bureaux (ce qui n'est pas toujours possible, car celle-ci dépend de la forme générale du terrain et de sa propre orientation), la présence d'un petit local servant de cantine (Loiret, Doubs, Hérault) qui rend des services au personnel des bibliothèques situées loin d'une agglomération, la satisfaction procurée par le mobilier et le matériel choisis par les bibliothécaires eux-mêmes.

Ce n'est pas tant à des erreurs de conception - c'est, en réalité, à une bonne conception que les bâtiments doivent leur caractère fonctionnel - qu'à des insuffisances d'exécution que sont dus les défauts répertoriés. On relève notamment l'absence de chauffage dans le garage de la plupart des bâtiments. On note aussi parfois la mauvaise régulation du chauffage, l'insuffisance d'un éclairage naturel dans les magasins causée par des ouvertures trop étroites, le défaut d'insonorisation intérieure (Loiret, Hérault), la mauvaise isolation contre le froid dans certains locaux proches du garage (salle de manipulation du Doubs), l'installation de plinthes chauffantes posées sans souci de l'implantation prévue du mobilier (Doubs), une hauteur de quai sans rapport avec celle des véhicules utilisés (Hérault, Loiret) ce qui complique les opérations de chargement surtout sur les bibliobus de 1 500 kg encore en service actuellement, une isothermie insuffisante dans certains locaux (magasin de la bibliothèque centrale de prêt de l'Hérault); parfois la protection anti-solaire est rendue difficile par le type de fenêtre adopté (Doubs, où les fenêtres pivotantes sur axe vertical ont empêché la pose de stores) ou bien est une cause de gêne pour l'éclairage naturel (pare-soleil verticaux en béton de la bibliothèque centrale de prêt de l'Hérault). On se plaint encore d'une séparation mal assurée entre le garage et les autres locaux par des portes en caoutchouc (Hérault) qui ne les protègent ni du bruit, ni des odeurs, et rendent difficile le passage avec des chariots chargés de livres.

D'autres négligences auraient pu être évitées par une étude approfondie du dossier d'exécution, par exemple la pose des compteurs électriques dans le secrétariat au lieu du local en sous-sol (Aveyron) ou dans les locaux de la Faculté sans relai à la Bibliothèque centrale de prêt (Hérault). L'installation de lanterneaux pour l'éclairage zénithal est pratique souvent, mais à éviter dans les régions les plus ensoleillées (Hérault). Par ailleurs, il faudrait éviter aussi de traiter avec des entreprises géographiquement éloignées du bâtiment (bibliothèque centrale de prêt de l'Hérault par exemple, pour laquelle l'entreprise de chauffage réside à Carcassonne, celle de menuiserie à Chambéry) ce qui rend impossibles les réparations immédiates.

Il faut signaler encore les défauts relevés dans la finition : prises de courant et interrupteurs mal placés, infiltrations d'eau, portes de garage difficiles à manœuvrer, etc..., auxquelles on aurait pu remédier par des visites fréquentes du chantier et par des consignes précises données par l'utilisateur aux architectes relatives à l'emplacement futur du mobilier, des appareils électriques et des lampes de bureau.

Les frais d'entretien, par ailleurs, se révèlent souvent assez lourds (nettoyage des vitres et des sols, chauffage, éclairage artificiel).

Le principal reproche fait à ces bâtiments est qu'ils ne sont pas conçus pour l'organisation du prêt direct qui exige un personnel accru, donc des bureaux supplémentaires, un plus grand nombre de bibliobus, c'est-à-dire des garages plus vastes et de dimensions différentes de ceux destinés à des véhicules de 1 500 à 2 500 kg, et un stock de livres plus important qui réclame un magasin plus grand, agencé comme un lieu de travail pour le personnel et de consultation sur place pour les usagers. Pour les bâtiments existants, la généralisation du prêt direct posera le problème de l'extension. Celle-ci est déjà rendue nécessaire pour la Bibliothèque centrale de prêt du Doubs où un agrandissement du garage est en cours afin d'abriter deux bibliobus supplémentaires. Mais l'exiguïté de certains terrains risque de rendre difficile, sinon impossible un agrandissement des bâtiments. C'est le cas de la Bibliothèque centrale de prêt de l'Aveyron notamment pour laquelle le parti architectural a dû tenir compte non seulement dans la répartition des locaux de l'exiguïté du terrain cédé, mais aussi de la pente de ce dernier et de sa disposition par rapport à la voie d'accès. Le cas de la Bibliothèque centrale de prêt de l'Hérault est moins tragique étant donné la plus grande superficie de plancher dont elle dispose, mais le garage sera insuffisant. Dans ces deux cas, le problème ne trouvera, semble-t-il, de solution que dans la création d'annexes.

Tels quels, ces bâtiments ont deux mérites. Ils ont d'abord permis de reloger dans des locaux indépendants, plus vastes et bien adaptés, des services longtemps installés à l'étroit, sans confort et de façon provisoire, parfois tout juste tolérés, dans les endroits les plus divers. Ils ont également servi à fixer une politique de construction particulière aux bibliothèques centrales de prêt. En effet, il était difficile de le faire avant d'avoir pu constater par l'expérience des premiers bâtiments neufs mis en service, ce qu'il convenait de faire et les inconvénients et défauts à éviter. Servant en quelque sorte de « tests », ils ont aidé à promouvoir de nouvelles normes et à mettre au point des programmes qui tiennent compte, en fonction des projets élaborés par le Groupe de travail chargé d'étudier les moyens de développer la lecture publique en France 4, des besoins réels à mettre en œuvre pour les réaliser.

Ils ont mis en lumière les points les plus importants dont dépend l'avenir de ce genre de bibliothèques. Il y a d'abord le choix du terrain qui est primordial et suppose une connaissance exacte de sa superficie, de son implantation (par rapport à l'agglomération et à la voirie existante), de son orientation, de sa forme et de ses servitudes; puis le travail de conception au cours duquel est mis au point l'avant-projet, pour lequel il convient de rester en liaison étroite avec l'architecte, établi d'après le programme élaboré en accord avec le directeur de la bibliothèque centrale de prêt; enfin, lors de l'établissement du dossier d'exécution par l'architecte, le directeur de la B.C.P. doit rester en contact avec ce dernier pour préciser les détails de certains équipements, étudier avec lui l'emplacement futur du mobilier, contrôler si l'homme de l'art a tenu compte de certaines particularités propres à la bibliothèque. Il est très souhaitable, presque indispensable, que le directeur de la bibliothèque centrale de prêt assiste à la séance de dépouillement des soumissions faites par les entreprises afin de discuter éventuellement du choix des adjudicataires.

Plus tard, il a le plus grand intérêt à suivre la progression des travaux, à assister aux réunions de chantier, à visiter le bâtiment lors de la mise en place du second œuvre (menuiserie, peintures, revêtements de sol, pose des appareils de chauffage...) et à participer aux séances de réception provisoire et définitive du bâtiment afin de signaler toutes les imperfections aux entrepreneurs. C'est en suivant avec attention toutes les phases du processus d'élaboration et de construction du bâtiment que l'utilisateur a le plus de chances de réduire, voire supprimer la plupart des inconvénients cités dans la présente étude.

En dépit de leurs normes de superficie dépassées et de leurs imperfections, ces bâtiments permettent un bon fonctionnement de services longtemps déshérités. Les projets actuellement à l'étude ou en cours de réalisation profiteront bien entendu de leur expérience.

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Annexe - Principales caractéristiques des bâtiments

  1.  (retour)↑  Une autre bibliothèque centrale de prêt, celle du Bas-Rhin à Strasbourg, a bénéficié aussi d'un local neuf. Mais son cas est spécial, puisque ce local est intégré à un bâtiment universitaire dont il occupe une partie des deux premiers niveaux. C'est pourquoi il ne figure pas dans la présente étude. Les inconvénients sont très vite apparus, surtout avec la mise en route du prêt direct dans certaines communes du département, en particulier parce qu'il est imposible de lui donner une quelconque extension. Cela a conduit la Direction des bibliothèques et de la lecture publique à renoncer définitivement à ce genre de solution et à envisager dans tous les cas, pour les bibliothèques centrales de prêt, la construction de bâtiments indépendants.
  2.  (retour)↑  Les réalisations d'un montant total inférieur à 500 000 F n'étant pas désignées nommément au budget de l'État, il en résulte une certaine souplesse au niveau du financement; un dossier peut être substitué à un autre moins avancé que prévu sans grave incidence aux échelons extérieurs à la Direction des bibliothèques. D'autre part, le nombre des bâtiments à réaliser n'étant pas arrêté à l'avance, il est toujours possible de jouer sur l'ensemble des crédits disponibles pour pousser une affaire dont la réalisation devient urgente.
  3.  (retour)↑  En particulier, on n'a pu prévoir aucune installation de ventilation artificielle, équipement coûteux qui ne peut être pris en compte dans la construction d'un petit bâtiment.
  4.  (retour)↑  Voir : La Lecture publique en France. Rapport du groupe d'études. (Notes et études documentaires, Ier février 1968, n° 3459).