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La Section sciences de la nouvelle Bibliothèque universitaire de Saint-Martin-d'Hères

Marc Chauveinc

Le regroupement de l'Université de Grenoble sur le domaine de Saint-Martin-d'Hères et Gières, à 3 kilomètres du centre de Grenoble, ayant été décidé, et divers bâtiments de la Faculté des sciences y ayant déjà été érigés, un projet de bibliothèque scientifique a été établi en 1964 par M. Olivier Cacoub, architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux, d'après les instructions de la Direction des Bibliothèques, de la lecture publique et du conservateur de la bibliothèque universitaire. La Faculté des sciences, en la personne de son Doyen, M. Louis Weil 1, appuie fortement le projet. Celui-ci est approuvé le 2 octobre 1964 par la Direction des Bibliothèques, les crédits sont ouverts dès le 27 avril 1965, et les travaux commencent à l'automne; ils sont terminés durant l'été 1967. La livraison du mobilier et l'installation des collections commencent en septembre, et, le 9 octobre, le personnel prend possession des nouveaux locaux.

Description sommaire

Le bâtiment se distingue surtout par ses dimensions, son originalité et un certain raffinement intérieur. La bibliothèque scientifique a été conçue comme le bâtiment central non seulement de la Faculté des sciences, mais aussi de tout le domaine universitaire dont elle domine la place centrale. Elle est le bâtiment de prestige de l'université, prévu pour servir à de nombreuses activités communes.

C'est pourquoi, dès le départ, il a été décidé qu'elle serait vaste (13 200 m2) et que les trois tranches du programme 2 seraient réalisées en une seule fois. Nous n'avons qu'à nous louer de cette décision, car elle a procuré une économie de 10 à 20 % sur le prix total du bâtiment, chaque année de retard apportant une augmentation de 6 % des coûts de la construction. Elle a assuré ensuite la simplicité de la mise en œuvre, puisque les entreprises n'ont ouvert qu'un chantier, et évité le dérangement que de nouveaux travaux auraient causé d'ici deux ou trois ans aux usagers de la bibliothèque. Enfin, elle a garanti l'harmonie architecturale d'un bâtiment élevé en une seule fois, où tout est prévu et organisé définitivement (chauffage, électricité) sans que soient nécessaires des modifications dues à l'adjonction d'un appendice.

Les salles actuellement inutilisées par la bibliothèque ne sont ni chauffées ni éclairées, donc ne représentent que peu de frais de fonctionnement supplémentaires, mais nous verrons qu'elles peuvent aisément servir à d'autres usages. Tout le mobilier a pu être commandé en une seule fois, ce qui a permis d'obtenir des prix plus intéressants et une harmonisation plus aisée de l'ensemble.

Pour sortir des sentiers battus, l'architecte a évité le style rectangulaire des autres bâtiments du domaine en modelant la bibliothèque suivant une forme complexe et variée. A l'extérieur, des toits sur plusieurs niveaux, des étages qui ne se recouvrent pas exactement, des murs rarement parallèles, coupés d'angles aigus, obtus; à l'intérieur, des salles en forme de polygones irréguliers, de dimensions et d'orientation très diverses. Le plan lui-même évoque un immense papillon écartelé; le magasin central, carré, sur deux niveaux, constitue l'abdomen, les deux halls d'entrée représentent la tête, et les salles de lecture, séparées, mais donnant toutes sur la partie centrale, se déploient autour comme les ailes du papillon. Mais cette apparente complexité de formes est cependant construite autour d'un schéma d'utilisation simple et rationnel. Les liaisons essentielles sont réduites, l'espace est utilisé au maximum, les services concentrés. Le contraste est frappant entre la complexité apparente et la simplicité du schéma.

En outre, un certain raffinement a été apporté à tout le bâtiment : marbre du hall d'entrée, des escaliers et du soubassement de la banque de prêt, longue de 53 mètres; plafonds intérieurs en bois acajou, aux pentes variées; poteaux habillés de bois aux découpes festonnées; sol recouvert de caoutchouc, blanc au rez-de-chaussée, noir au premier; moquette dans certains bureaux. Dans le hall, la banque de prêt souligne une immense fresque de mosaïque représentant les quatre éléments 3 ; le matériau (verre, marbre, brique, pierre) en est riche et les couleurs somptueuses 4.

Avantages du parti architectural et des aménagements intérieurs

La vaste dimension et un certain soin apporté à la présentation constituent déjà des qualités appréciables. Il est en effet plus facile d'installer lecteurs, personnel et livres dans des locaux suffisamment grands pour que chacun ait sa place sans problème ni choix délicat. D'autre part, les inévitables erreurs d'affectation des locaux sont plus facilement réparées. Si l'on songe à certains locaux administratifs trop petits dès leur mise en service, c'est une satisfaction de ne pas avoir de problèmes immédiats d'extension.

Mais contrairement aux apparences, les surfaces prévues ne sont pas excessives. La deuxième année d'utilisation prouve en effet que la fréquentation de la bibliothèque croît à un rythme accéléré, puisqu'elle est passée d'une moyenne journalière de 399 lecteurs au premier niveau en mars 1968 à 700 en février 1969, avec des pointes allant jusqu'à 996. Le deuxième niveau qui recevait 116 lecteurs par jour en juin 1968 en accueille 250 en février 1969. Les entrées de 20 à 22 heures sont passées de 20 par jour en novembre 1968 à 100 en janvier 1969.

La bibliothèque, n'est plus ici, comme il arrive trop souvent, le parent pauvre de l'Université. Elle est le bâtiment de prestige du domaine, et reçoit le plus grand nombre de visiteurs. Elle peut aussi rendre service en autorisant l'usage de ses locaux pour des examens, des cours, voire des réceptions 5. Certains examens de propédeutique notamment ne peuvent avoir lieu que le samedi, seul jour où toutes les salles du rez-de-chaussée, soit 1 562 places, sont disponibles. Le CAPES et l'agrégation se déroulent également dans nos locaux. Ainsi, à l'exception de deux salles au premier étage réservées l'une à l'extension des secteurs, l'autre à l'Institut Polytechnique, les 2 100 places assises de la bibliothèque sont utilisées dès à présent.

Sur le plan fonctionnel, le bâtiment présente d'autres qualités. La répartition des salles est très rationnelle. Les halls d'entrée du Ier et du 2e niveau sont suffisamment vastes pour contenir les catalogues et des coins de détente. On peut y parler, y fumer sans déranger les salles de travail qui en sont isolées. D'autre part, ils donnent directement sur la banque de prêt, elle-même contiguë au magasin. Les circuits de prêt en sont réduits, donc accélérés. Cette banque du hall d'entrée est la banque principale, mais les trois salles du rez-de-chaussée possèdent leur propre banque directement reliée au magasin, donc autorisant un prêt particulier par salle.

Les six salles de lecture, bien que chacune de vastes dimensions (636, 468 et 440 places pour le premier niveau, 116, 81 et 248 pour les secteurs spécialisés), sont isolées les unes des autres et peuvent être utilisées sans gêne aucune pour des activités différentes. Deux des salles comportent même des entrées particulières, et servent actuellement aux examens ou permettent une ouverture tardive non surveillée. Nous avons fait poser des cloisons vitrées fermant à clef pour les rendre plus indépendantes. En outre, ces salles sont neutres, c'est-à-dire qu'elles peuvent avoir de nombreuses utilisations (salle de lecture, examens, conférences, réunions, expositions...). On ne saurait trop insister sur la flexibilité des espaces dans un tel bâtiment 6. Deux 7 salles plus petites (de 29 et 36 places) servent à des cours, à des « tables rondes », etc. Au rez-de-chaussée comme au premier étage, les salles de lecture donnent directement sur le hall. L'architecte a évité au maximum les couloirs inutiles, donc les pertes de place. L'accès aux salles s'en trouve facilité.

La partie destinée à l'administration utilise trois niveaux sur la façade nord du magasin. Les bureaux sont nombreux (19), ce qui est appréciable pour une section en plein développement. Cela nous a permis de loger les services de comptabilité de la bibliothèque universitaire, un atelier photographique et un atelier mécanographique.

Enfin, signalons d'autres avantages : l'éclairage fluorescent largement dispensé; le magasin, presque carré, sur deux étages autoporteurs, vaste pour le moment, avec de grandes allées de circulation, est bien conçu, quoique chaque étage soit un peu trop haut pour être utilisé à plein (2,70 m); le parking arrière muni d'un quai de déchargement est très pratique et suffisamment vaste pour le personnel; un garage enfin permet de stocker le matériel que l'on ne peut conserver ailleurs.

Observations et réserves sur les plans de la construction et du fonctionnement

L'architecte, comme beaucoup de ses confrères, s'est préoccupé avant tout de l'aspect esthétique extérieur sans toujours porter autant d'intérêt aux exigences des bibliothécaires et aux détails de finition. Nous aurions eu une réalisation presque parfaite s'il avait pu poursuivre jusqu'au bout et avec le même soin son schéma de base. Car, si les débuts du chantier furent aisés, les finitions furent négligées par suite des limitations de crédits, finitions que nous avons dû partiellement prendre à notre charge. Ce bâtiment aussi original qu'élégant risque d'être fragile. On trouvera plus loin quelques indications sur les dispositions adoptées pour la toiture qui a déjà donné quelques déboires.

D'autres soucis ont été causés par les fenêtres et les portes. Les châssis d'aluminium, à l'ordinaire pratiques et efficaces, ont sans doute été calculés trop justes et ne sont ni l'un ni l'autre. Il faut deux personnes pour fermer les grandes fenêtres hautes qu'un seul coup de vent, les jours de bourrasque, ouvre. La pluie pénètre sous les portes-fenêtres. Dans ces conditions, les salles sont difficiles à chauffer, tant il y a de déperdition de chaleur. Pourtant ce bâtiment était conçu pour ne jamais s'ouvrir, car la climatisation devait y être totale et permanente; il aurait fallu aller jusqu'au bout du projet initial et calorifuger tout le bâtiment. Nous avons fait rajouter des joints de caoutchouc et modifier le système de fermeture, mais tout cela s'avère encore insuffisant.

A titre d'exemple, les bureaux du deuxième étage n'étant pas couverts, (seule une tôle mince perforée les séparait des combles), il a fallu poser de la laine de verre et un plafond en bois pour obtenir dans les bureaux une température acceptable. Enfin, le chauffage très perfectionné, contrôlé par une régulation pneumatique, avec deux chaudières couplées et un groupe frigorifique devait donner aux salles une température de 20° et un degré hygrométrique de 60 %. Ce système, en principe automatique, ne fonctionne pas encore de manière satisfaisante. Jusqu'à nouvel ordre, il faut effectuer la régulation à la main.

On peut regretter en définitive qu'un contrôle plus rigoureux n'ait pas été effectué, pendant la construction sur de nombreux points afin d'éviter que l'utilisateur n'ait la charge technique (et souvent financière), de réparer après coup les oublis ou les défaillances des bâtisseurs.

Sur le plan du fonctionnement, si le schéma d'ensemble est excellent, certaines dispositions et aménagements intérieurs laissent à désirer. L'alternance de murs et de fenêtres, les plafonds en acajou, donc sombres, le sol noir au premier, la grande profondeur des salles, bien qu'elles soient ouvertes sur tous les côtés, font que la lumière naturelle est insuffisante et qu'un éclairage fluorescent est nécessaire toute la journée.

L'entrée de chaque niveau étant différente, les trois banques prévues au rez-de-chaussée ne contrôlent pas l'entrée des secteurs et nous avons dû installer des portes de contrôle à la porte de chaque salle (soit 12 personnes en période de fonctionnement normal). Enfin, la répartition des services publics sur deux niveaux, l'absence d'un grand hall commun à ces deux niveaux, l'impossibilité d'avoir une salle des catalogues unique et l'existence d'une seule banque de prêt au rez-de-chaussée ont rendu difficiles l'organisation du prêt et la mise en place des catalogues. Les deux catalogues existants actuellement (l'un complet au Ier, l'autre partiel au rez-de-chaussée) ne donnent satisfaction ni aux lecteurs ni aux bibliothécaires.

Quelle pourrait être la solution la moins mauvaise ? Un grand hall unique pour tous les niveaux où les lecteurs après avoir passé la porte d'entrée, s'orienteraient, trouveraient les catalogues, la banque de prêt, et, selon leurs besoins, se dirigeraient vers la salle de leur choix, ou simplement vers la banque. A la fois salle des pas perdus, de détente, d'orientation, une partie pour le coin de détente, une partie plus calme pour les catalogues. Ce système, à partir de cette plaque tournante permettrait d'installer autant de salles que l'on veut par niveau ou par secteur.

Pour y accéder, un seul poste de contrôle donnant accès à un deuxième hall sur lequel s'ouvriraient les portes de ces différentes salles tant au rez-de-chaussée qu'à l'étage. Il est essentiel que les unes ou les autres aient la même importance afin qu'aucun niveau ne soit négligé par rapport aux autres et surtout que leur accès soit proche, clair et facile.

Dans l'impossibilité où nous sommes de résoudre rationnellement, avec les éléments dont nous disposons, le problème de l'organisation des circuits publics, nous nous orientons, contraints par la disposition même du bâtiment, vers deux bibliothèques séparées, ayant personnel, bureau de prêt, catalogues et fonds indépendants : une bibliothèque du Ier cycle et une bibliothèque de recherches 8. Quand nous aurons suffisamment de personnel, nous irons plus loin en créant autant de bibliothèques que de secteurs (fonds et personnel séparés, mais catalogue et bureau de prêt communs). Si nous soulevons ce problème, c'est pour bien montrer à quel point l'architecture peut influer sur le fonctionnement de la bibliothèque.

Autre petit défaut. L'entrée de service, située loin de l'entrée principale, est incontrôlable, le concierge n'ayant aucune visibilité sur cette entrée. Il eût été préférable, comme à la bibliothèque de Droit-Lettres, que les deux entrées, quoique séparées, donnent dans un hall commun, afin qu'une même personne puisse les surveiller toutes les deux à la fois. Aux Sciences, l'entrée de service est perdue loin du cœur de la bibliothèque, et, avant la pose d'une gâche électrique, les fournisseurs pouvaient errer dans le bâtiment un bon quart d'heure avant de trouver quelqu'un.

Les bureaux dont nous avons vanté les mérites ont eux aussi quelques inconvénients : d'abord, leur orientation au nord n'est pas très agréable pour le personnel; En second lieu, leur exiguïté de cellule monastique ne permet qu'à une seule personne d'y travailler. Enfin, leur nombre se révèle finalement presque insuffisant, car, ayant dû loger des services annexes, il nous manque non seulement une grande salle pour stocker le matériel (ce que l'on fait dans les magasins à livres ou dans les couloirs), mais aussi quelques salles de manutention. Le regroupement de tous les bureaux sur une seule façade a d'autre part obligé l'architecte à situer certains d'entre eux trop loin des salles de lecture pour être utilisables par des bibliothécaires ou sous-bibliothécaires qui, devant être en contact avec les lecteurs, ont dû être installés dans les salles elles-mêmes. L'étage important, celui des secteurs spécialisés, ne possède pas un nombre suffisant de bureaux, alors que le premier niveau, qui en a moins besoin, en est amplement pourvu. Il aurait fallu installer 4 ou 5 bureaux autour de chaque salle de lecture pour constituer de petites bibliothèques spécialisées indépendantes, ayant leur personnel approprié. La concentration des bureaux correspond à une conception déjà ancienne de l'organisation des bibliothèques.

Ce bâtiment, largement conçu, nécessite bien entendu de gros frais de fonctionnement. En chauffage ou en éclairage d'une part, comme nous l'indiquons en annexe; d'autre part en personnel, les dispositions adoptées ne permettant pas, lorsque les usagers sont peu nombreux, de réduire le personnel en conséquence. Aussi dès à présent, il nous faut assurer la totalité des postes de surveillance et de prêt, ce qui pose de sérieux problèmes pour les ouvertures du soir, pour les permanences durant les fêtes, et rend impossible l'ouverture du samedi. En livres enfin, car cette répartition en deux niveaux (sans compter le magasin), nécessite la plupart du temps l'achat des livres en plusieurs exemplaires, le même livre étant nécessaire à plusieurs endroits différents. Nous avons donc eu à faire face à de gros frais, et il nous faut les assurer; mais, avantage considérable, l'accroissement ne posera pas de problèmes de structure. Tout est, dès le départ, implanté pour répondre à cet accroissement, que nous prévoyons, dès maintenant, rapide et important. Il suffira, par exemple, d'ajouter un bureau de prêt, de doubler certains postes de contrôle ou de renseignements. C'est pourquoi nous nous félicitons tous les jours de ce que ce bâtiment, dont le fonctionnement à bas régime présente pour l'instant quelques difficultés, ait été prévu avec une envergure suffisante pour supporter toute l'extension prévisible.

Aménagement intérieur

Meubler et équiper 13 200 mètres carrés et 2 100 places n'est pas une petite affaire. Mais nos crédits d'équipement nous ont permis d'harmoniser le mobilier avec le bâtiment en le choisissant solide et élégant. L'ensemble du mobilier est en métal blanc cendré, souligné de bois. Sous un plafond acajou, près des piliers acajou, sur les sols noirs, il était impensable d'installer des tables aux pieds noirs et des rayonnages en bois. Les rayonnages choisis ont l'avantage d'être clairs, solides, mobiles et très aérés. Les plateaux de table en formica acajou, d'excellente qualité, semblent suspendus, car leurs pieds blancs se confondent avec les sols de la même couleur. Ces pieds blancs paraissent moins pauvres et plus légers que les noirs, et dans ces grandes salles, il convient d'éviter l'impression d'une forêt de pieds. Le bleu des chaises sur piétement chromé se marie très bien avec l'acajou des tables. Les fauteuils de détente et les fauteuils bridges des secteurs spécialisés sont de couleur tabac, discrets et confortables. Leur solidité est satisfaisante. Enfin, des jardinières délimitent des recoins plus calmes et égayent les salles. Un problème délicat fut celui de l'agencement des secteurs. Ce ne fut pas sans mal que nous avons prévu une répartition en zones carrées appuyées sur des épis 9, qui nous donnent, en gros, satisfaction. Nous avons préféré cette solution à celle, utilisée ailleurs, qui met tous les rayonnages d'un côté et toutes les tables de l'autre.

Mais cet aménagement pose certaines questions. Il s'agit de faire coïncider la place disponible sur les présentoirs et celle des rayons de périodiques, afin que ceux-ci puissent contenir exactement les collections antérieures des revues présentées et réciproquement. Il convient d'équilibrer les présentoirs, les rayonnages à livres et ceux des revues, afin qu'ils puissent tous trois tenir dans le même secteur. Il faut enfin équilibrer les places des lecteurs et la place disponible pour les livres afin qu'il n'y ait de surplus ni des uns ni des autres. Si un lecteur, faute de place, emprunte un livre dans un secteur pour le lire dans un autre, il le remettra dans ce dernier, et ce sera vite le désordre. Nous avions prévu dans certains secteurs trop de présentoirs par rapport aux rayonnages, dans d'autres pas assez et dans l'ensemble pas assez de places de lecteurs (8). Mais nous avons voulu, pendant quelques années, faire tenir les secteurs dans une seule salle. Quand nous pourrons utiliser la deux.ème salle prévue pour les secteurs, nous élargirons ceux-ci. L'idéal serait évidemment d'avoir des salles plus petites, mais plus nombreuses, de dimensions différentes, afin de mettre un secteur dans chaque salle, en choisissant la dimension de la salle en fonction de l'importance du secteur.

Enfin, il faut parler de l'équipement mécanographique. Et l'expérience a montré en ce domaine que l'organe créant la fonction, on ne prévoit jamais assez grand ni assez moderne.

- La photocopie, service fonctionnant sous l'égide de la Faculté des sciences, supprime le prêt à domicile des périodiques et le remplace par des copies payantes.

- L'atelier mécanographique est équipé comme une véritable imprimerie. Il réalise tous les imprimés de la bibliothèque (fiches de prêt, enveloppes, papier à lettre, fiches de catalogues, listes d'acquisitions, rapports etc...). Une seule personne n'y suffit plus, trois sont maintenant nécessaires.

- Le dernier installé fut l'atelier photographique, trop prudemment conçu et insuffisamment équipé. Dès qu'il fut connu, plusieurs facultés lui demandèrent des travaux particuliers, comme l'agrandissement de manuscrits du XIe siècle, des fresques de Pompéi ou la reproduction des rapports techniques en microfiches, C'est pourquoi équipé au départ pour le seul microfilm-texte, avec appareil de prise de vue et agrandisseur, il faudra compléter cet ensemble par un appareil de prise de vue pour microfiches, un autre pour les cartes et plans, un agrandisseur pour les demi-teintes, un appareil diazoïque pour multicopier les microfiches et une contre-typeuse de films 16 et 35 mm 10. Cet atelier, le seul de l'université, doit être capable de tout effectuer dans le domaine de la microcopie et de son agrandissement. La mise en route de cet atelier a fait surgir des besoins latents, inexprimés, qui dépassent actuellement toutes les prévisions.

Enfin, un terminal IBM complète notre équipement. C'est une machine à écrire à ruban perforé avec perforateur et lecteur de bandes, relié à l'ordinateur par une ligne téléphonique directe. La machine est livrée, le branchement sera fait en juin 1969, lorsque le matériel de raccordement à l'ordinateur aura été fourni par le fabricant. Nous espérons par ce moyen cataloguer plus rapidement nos livres et effectuer avec plus de précision les opérations de prêt et de commande. Ceci ne présente aucun problème insurmontable. Un bon travail d'analyse et quelques mois de programmation sont nécessaires. Si ce travail peut débuter avec du personnel extérieur, très vite nous devrons y faire activement participer notre personnel: bibliothécaires et sous-bibliothécaires formés à la programmation se chargeront du fonctionnement. Cet appareil qui a suscité bien des scepticismes risque lui aussi d'être rapidement dépassé par l'excès de travail d'une part, et par un matériel plus perfectionné travaillant directement sur bandes magnétiques d'autre part. Il suffira que ce matériel fonctionne pour que très vite on s'aperçoive de sa nécessité dans les bibliothèques qui, nous le croyons, seront dans dix ans, toutes automatisées.

Par sa situation privilégiée, par ses dimensions, ses capacités d'accueil et sa souplesse d'utilisation, la bibliothèque attire donc l'attention de possibles usagers, professeurs, étudiants et chercheurs. Les services qu'elle rend déjà sont reconnus de tous. Ils lui font une excellente publicité qui petit à petit modifie l'idée préconçue que les gens ont des bibliothèques et les incite à les fréquenter. C'est un premier pas, le deuxième étant, évidemment, de répondre aux demandes en fournissant aux lecteurs les documents qu'ils recherchent, donc d'accroître considérablement les fonds. Cette expérience nous permet de tirer quelques conclusions : Un service nouveau révèle des besoins latents jusqu'alors inexprimés mais réels. Il ne faut donc pas se fier uniquement à ce qui existe, mais imaginer ces besoins, d'où la nécessité de prévoir grand et de garder au bâtiment le maximum de flexibilité. Les bibliothèques de secteurs ne sont sûrement pas la solution la plus économique, mais ils sont la solution d'avenir la plus vivante : très vite, et les statistiques le prouvent, l'utilisation de la bibliothèque sous toutes ses formes (prêt, photocopies, service de référence, imprimerie, microcopie) croît dans des proportions insoupçonnées, sitôt qu'elle offre aux lecteurs les services qu'ils en attendent. L'essentiel est de les imaginer. Mais c'est aussi le plus difficile.

Notice descriptive sur le bâtiment et ses aménagements intérieurs

Le bâtiment.

Les murs ont été conçus en blocs préfabriqués de béton brut de décoffrage, de forme triangulaire ou trapézoïdale, ajourés de baies vitrées montées sur châssis aluminium. La toiture est constituée d'une tôle ondulée recouverte d'isorel et de papier goudronné. Sa surface de près de 10 ooo mètres carrés se répartit en plusieurs versants en pente douce. Elle est bordée d'un bardage de bois acajou de 607 mètres de périmètre, sur une largeur moyenne de 6 mètres, en contrepente. L'ensemble est ceinturé d'une bande d'aluminium ondulé. Ce bardage en bois, mince plancher verni cloué sur des lambourdes 5 × 5 centimètres et de 3 à 5 mètres de long, boulonnées sur la charpente, nécessitera de gros frais, car il devra être reverni tous les trois ou quatre ans. Il offre d'autre part, du fait de sa contrepente, une prise facile au vent. Constituant ainsi la seule protection des combles contre les intempéries - les murs s'arrêtent au début du bardage - ce bardage met les combles en contact direct avec l'air extérieur. Le plafond des salles de lecture du second niveau, identique au bardage est suspendu lui aussi à la charpente. Seul écran entre les salles et les combles, ce plafond ne garantit pas une réelle étanchéité au froid. Il a été recouvert de laine de verre, mais l'ensemble donne cependant une impression d'insécurité. Il aurait été souhaitable de monter les murs jusqu'à la toiture, ne fût-ce qu'en moellons.

L'aménagement intérieur.

Les cloisons intérieures de 2 mètres de haut sont prolongées au plafond par des châssis d'aluminium vitré. Elles délimitent de grandes salles, de 1 721, 1 172 et 1 120 mètres carrés au premier niveau, de 1 256, 947 et 975 mètres carrés au second niveau. Certaines de ces salles ont des entrées particulières, et deux petites salles, de 150 et 160 mètres carrés, sont affectées à des usages multiples.

Le hall d'entrée (763 m2) abrite la banque de prêt de formica noir, qui souligne une mosaïque de 34 m.

Les portes extérieures et leurs cloisons latérales sont toutes vitrées. Si la clarté y trouve son compte, il faut reconnaître que l'étanchéité laisse un peu à désirer. Enfin, il a fallu faire poser des portes aux salles de lecture, ainsi que les cloisons supérieures.

Le sol est de marbre dans le hall d'entrée, ainsi que l'escalier. Dans les salles, il est de caoutchouc. Les plafonds de bois ont des pentes multiples, et le revêtement de bois des poteaux de charpente, dans les mêmes coloris, assurent une bonne insonorisation des salles. Les vitrages de fenêtres ont été prévus filtrants. La profondeur (42 m) des salles oblige cependant à éclairer par des tubes fluorescents l'ensemble du bâtiment.

Les sanitaires n'ont pas été négligés. Les lavabos sont vastes et bien éclairés, quatre douches et une cantine spacieuse ont été installées pour le personnel.

Le mobilier et l'équipement.

Les tables, rayonnages et présentoirs ont été fournis par la société Reska. Les fauteuils de détente et les fauteuils bridges viennent de la maison Steiner. L'équipement des ateliers de reprographie et de mécanographie est le suivant : utilisant d'abord une Xérox 914, il a fallu la changer pour une 3 600 pour assurer les 15 000 copies qui sont réalisées chaque mois. Cette machine est complétée par une OCE 1400 (Photosia) pour la réduction de moitié des pages qui ne tiennent pas sur la Xérox. Enfin pour les travaux de qualité, un copieur FERTOMAT, trop lent et trop cher pour les copies courantes, s'avère parfait pour la reproduction des demi-teintes. Il donne aussi bien des photocopies que des clichés Offset. Pour les travaux d'impression, les originaux sont tapés sur machine à écrire IBM à ruban carbone. Une Multipoint, équipée de nombreux types de caractères, permet de réaliser des produits de qualité. Les tirages sont effectués sur Offset. D'une machine offset (AB DICK 320 (Chauvin), il a fallu passer à une 367 à double format automatique. Elle permet de tirer 4 ooo fiches en une heure, par plaque de huit, et est capable de fournir 150 ooo bulletins de prêt en une journée. Pour les listes, afin de ne pas retaper les fiches ou les autres textes, une machine prépare directement des clichés Offset plastiques : l'ITEK Platemaster. Le cliché coûte 2,20 F, et la copie réalisée demande une demi-minute. Tous les imprimés, sauf les fiches, passent par l'ITEK : il est plus facile à une dactylo de taper sur une feuille blanche, de gommer, de raturer, d'effacer à la gouache ou de coller un placard sur une faute de frappe que de taper un cliché Offset, délicat à manipuler. L'ITEK, en outre, agrandit ou réduit, ce qui permet de reproduire les fichiers en listes au format 21 X 27 recto-verso. Cet atelier utilise aussi, pour la multigraphie des fiches, une perforeuse Foelmer et un massicot, pour l'impression, une trieuse assembleuse Thomas Collator 16 RD, une taqueuse Marelli, une agrafeuse électrique Novus 10I et un appareil à relier Orpo Planax.

Illustration
Implantation du mobilier

  1.  (retour)↑  Décédé depuis.
  2.  (retour)↑  Le calcul des surfaces totales a été effectué en fonction d'un nombre d'étudiants devant atteindre 9 à 10 ooo.
  3.  (retour)↑  Œuvre du peintre Guiramand.
  4.  (retour)↑  Pour une description plus précise des locaux, on se reportera non seulement aux plans et photos, mais aussi à la note descriptive annexée à l'article.
  5.  (retour)↑  Disposant des seules grandes salles du domaine, nous aurions mauvaise grâce d'en refuser l'usage, surtout à la Faculté des sciences qui, en échange, nous octroie certaines facilités.
  6.  (retour)↑  C'est pourquoi les tables sont mobiles.
  7.  (retour)↑  Ce nombre est en réalité insuffisant. Si nous avons assez de grandes salles, il en faudrait deux ou trois petites de plus, soit au total 150 m2.
  8.  (retour)↑  Mais bien entendu les lecteurs circuleront librement d'une bibliothèque à l'autre.
  9.  (retour)↑  Voir photo.
  10.  (retour)↑  Cette dernière dimension est abandonnée au profit du film 16 mm non perforé avec lequel nous constituons des microfilms par la technique des « jackets « en attendant l'appareil de prise de vue spécialisé.