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La Section droit-lettres de la nouvelle Bibliothèque universitaire de Grenoble-Saint-Martin-d'Hères

Suzanne Kravtchenko

Georges Paul

En 1964, la bibliothèque universitaire, qui était installée depuis 1959 dans le bâtiment neuf du boulevard Maréchal-Lyautey fut menacée d'être isolée de l'ensemble universitaire en construction sur le domaine universitaire de Saint-Martin d'Hères. On décida alors de bâtir sur ce domaine une section droit-lettres et une section sciences. Seule une salle de lecture serait conservée au 5e étage du bâtiment du boulevard Maréchal-Lyautey, le reste du bâtiment devant être cédé à la bibliothèque municipale pour une période assez longue et renouvelable.

Le projet d'exécution du bâtiment de la section droit-lettres fut confié à M. G. Paul, architecte, qui avait déjà construit l'Institut de géographie de Grenoble. La bibliothèque est située au centre de trois constructions, - la Faculté des lettres et sciences humaines, la Faculté de droit et de sciences économiques et l'Institut d'études politiques - dont elle devient un élément de jonction. Les premiers crédits furent attribués en décembre 1964 pour une première tranche. La seconde tranche fut ouverte en mai 1966. Les travaux commencés au printemps 1965 furent terminés en juillet 1967. Dès l'automne 1966, une salle de lecture de droit avec usuels et périodiques était ouverte aux étudiants. Au printemps 1967, tout le personnel de la bibliothèque de droit prenait possession de ses locaux. Le 12 novembre 1967 voyait l'ouverture de la salle de lecture des lettres. Le déménagement fut rapide : au lieu de placer les livres dans des caisses, on les chargea sur des chariots. La manutention s'en trouva réduite et les ouvrages furent replacés sur les rayons dans le même ordre qu'auparavant.

Description des locaux

L'ensemble de la bibliothèque s'articule autour des services communs à chacune des sections. Au rez-de-chaussée, sur la façade nord, le public entre par un tambour donnant accès à un petit hall commandant l'entrée véritable matérialisée par deux tourniquets compte-tours et un bureau vitré où se trouve le service de renseignements et où s'établissent les cartes de lecteurs. A gauche en entrant, une salle de culture générale, qui n'a été ouverte au public qu'en novembre 1968, peut être contrôlée depuis l'entrée. A droite, le vestiaire où les étudiants doivent obligatoirement laisser leur serviette. Au rez-de-chaussée se trouve également une salle de lecture de droit (voir plans pp. 134-135, n° 007) dont l'accès se fait par la salle de droit du niveau 1 (n° 115). Cette salle et sa banque de prêt entourent le magasin-droit, niveau zéro (n° 113). Toujours au même niveau du rez-de-chaussée, un très grand magasin-lettres (n° 022) s'étend sous la salle de lecture (n° 120) et sous le magasin du niveau 1 des lettres (n° 118). Enfin, à gauche et à droite de l'entrée de service et de la loge de la concierge se trouvent des salles de manutention (n° 014), de réception des paquets, une cantine (n° 015), une salle de réserve des thèses et publications de l'Université de Grenoble (n° 020).

On accède au niveau 1 par un escalier à rampe de bois au débouché duquel se trouve la salle des catalogues (n° 116), commune aux deux sections et qui contient aussi les bibliographies nationales. On passe directement de cette salle à la salle de lecture des lettres (n° 120) (480 places) qui se déploie autour de la banque de prêt et de surveillance et d'un demi-étage de magasins. A ce niveau sont entreposées les collections d'ouvrages acquis et classés selon un ordre systématique depuis 1963. Le deuxième niveau n'est qu'un étage de magasins droit et lettres, les deux dépôts communiquant par une large galerie où sont installés des rayonnages métalliques et une machine à écrire à bandes perforées (Supertyper). En ressortant de la salle des catalogues, on trouve à gauche, la salle de lecture du droit (n° 115), qui ne peut recevoir à cet étage que 230 lecteurs, mais d'où l'on accède par un escalier intérieur à une seconde salle plus vaste (250 places) (n° 007) sise au rez-de-chaussée. Ces deux salles se déploient comme la salle des lettres autour d'une banque de prêt et des magasins n°s 009 et 113. A droite de l'escalier d'accès au premier étage se trouvent les bureaux et une vaste salle pouvant servir à des réunions ou à des expositions.

Le niveau 3 est entièrement réservé aux secteurs spécialisés. On y accède par un escalier depuis le premier étage ou par un ascenseur depuis le rez-de-chaussée. Sur le palier, un hall commun aux deux sections (n° 301) et, de part et d'autre, les deux salles de catalogues des collections placées dans les secteurs spécialisés (n° 303 et n° 306) et les salles des secteurs spécialisés elles-mêmes (n° 305 et n° 302). Au quatrième étage se trouvent d'une part deux magasins formant mezzanine sur les salles des secteurs spécialisés droit et lettres, d'autre part des locaux techniques (dont la soufflerie du chauffage qui sert à la climatisation, été comme hiver).

Les différents étages sont desservis par trois ascenseurs monte-charge. L'un donne sur le hall d'entrée et est accessible au personnel et aux lecteurs des secteurs spécialisés. Les deux autres, qui ouvrent sur le rez-de-chaussée des magasins lettres et droit, desservent tous les niveaux des magasins et permettent un accès direct aux salles des secteurs spécialisés. Un monte-livres dessert également les magasins lettres et les relie à la salle de lecture et à la salle des secteurs spécialisés.

Fonctionnement

Les services publics.

Le service du premier niveau ne pose pas de graves problèmes. Toutefois, il faudrait envisager une surveillance plus stricte à la sortie des salles, des usuels ayant en effet disparu.

La communication des livres conservés dans les magasins est facilitée par la proximité des salles; malheureusement, en lettres, les jours d'aflluence, le nombre de gardiens est insuffisant et le délai de communication des livres est long.

Le deuxième niveau pose beaucoup plus de problèmes. Peu fréquentés la première année, les secteurs spécialisés ont à l'heure actuelle de plus en plus de lecteurs. La principale difficulté vient du choix nécessaire des livres utiles aux deux niveaux, ce qui oblige à acheter un grand nombre de collections en double. Plus délicate encore est la question des périodiques. Pour ne pas multiplier les déplacements des gardiens du premier niveau, nous avons placé les périodiques dans la salle des catalogues des secteurs spécialisés du droit et déménagé les fichiers dans la salle des secteurs 1. En lettres, la question était plus simple, grâce aux périodiques que nous avons placés dans la salle de culture générale. La surveillance des niveaux supérieurs ne va pas sans mal, d'autant que nous y laissons entrer les lecteurs avec leurs serviettes. Dans la section droit, une sous-bibliothécaire s'acquitte des opérations du prêt, pendant qu'une employée de bureau s'occupe des périodiques et surveille la salle. La section lettres ne dispose encore que d'une sous-bibliothécaire qui pointe les périodiques, assure le prêt et surveille la salle. Elle n'y peut suffire : il faudrait, comme en droit, une employée qui surveille la salle et au besoin assure le prêt. Dans ces deux salles, des bureaux vitrés abritent un bibliothécaire et une sous-bibliothécaire aux lettres et deux sous-bibliothécaires au droit, qui assurent le service des renseignements et le catalogage.

La disposition de ces deux secteurs est conçue selon le même principe. Sous la mezzanine se trouvent les collections de périodiques les plus utilisées par les usagers; en lettres, nous y avons joint les thèses françaises. Cette partie des secteurs est aménagée comme un magasin, mais les rayonnages y sont en bois. Les secteurs eux-mêmes sont délimités par des rayonnages de I,14 m de hauteur qui constituent des coins de travail au milieu desquels, suivant la discipline, on a placé deux ou quatre tables de deux lecteurs. Tout en isolant les usagers les uns des autres, la faible hauteur des rayonnages ne forme pas d'écran à la lumière. Chacun de ces secteurs est pourvu d'une machine Recordak (pour lire et reproduire les microfilms); la salle des catalogues de lettres abrite aussi un photocopieur Rank Xérox 914 muni d'une serrure qui permet au seul personnel de la bibliothèque de l'utiliser.

Une salle de culture générale (n° 004) est ouverte au rez-de-chaussée, de 12 h 30 à 17 h 30. Elle contient des ouvrages intéressant toutes disciplines, et un assez grand nombre de livres de vulgarisation scientifique. Quelques hebdomadaires et des revues sont aussi à la disposition des usagers. Cette salle est équipée par moitié de tables de deux places et par moitié de fauteuils de détente et de tables basses; elle est égayée par des jardinières de plantes vertes placées sous les fenêtres. Au premier étage, une salle de conférences peut contenir plus de quatre-vingts personnes. Elle est équipée d'une lanterne de projection et d'un écran perlé. Grâce à douze vitrines-tables le long des murs et à deux vitrines centrales, cette salle de conférences peut devenir une salle d'exposition.

Les services intérieurs et les salles de détente.

Les bureaux sont spacieux et bien éclairés. Situés au premier étage (n°s 105, 106, 107, 108, 109, 110, 12I, 122, 123), à proximité du catalogue général et de la salle de lecture-lettres, le public y a facilement accès. Dans les salles des secteurs spécialisés, on a prévu trois bureaux vitrés. Celui de la section droit est situé juste à l'entrée. Dans la section lettres, les deux bureaux ne commandent pas la salle, mais sont situés à proximité de l'ascenseur.

Des coins de détente sont prévus à tous les niveaux. Dans le hall du rez-de-chaussée, sous l'escalier, des fauteuils bridges et des tables basses attirent un grand nombre d'étudiants; des distributeurs automatiques leur permettent d'y consommer des boissons chaudes ou froides. Au premier et au troisième niveau sont installés des fauteuils et des tables basses. Dans ces coins de détente, il est permis de fumer, et les étudiants viennent y travailler en groupe; on a laissé à leur disposition une grande table dans un angle du hall du premier étage. La mezzanine de la salle des catalogues est divisée en alvéoles par des rayonnages, des étudiants peuvent également y travailler en groupe.

Grâce à une collaboration constante entre architecte et bibliothécaire, la bibliothèque est, croyons-nous, une réussite à la fois sur le plan fonctionnel et sur le plan esthétique. Si quelques défauts se sont révélés à l'usage, il faut reconnaître qu'ils sont mineurs; il reste à souhaiter cependant que la troisième tranche de travaux démarre dans un délai de deux ou trois ans. La bibliothèque n'offre en effet que 500 places aux étudiants en lettres, qui sont plus de 7 000 cette année. Sur ce nombre, un millier continue à fréquenter les services du boulevard Maréchal-Lyautey, mais avec l'achèvement de la troisième tranche de la Faculté des lettres, ils viendront de plus en plus travailler sur le domaine de Saint-Martin-d'Hères, et les salles de lecture seront alors trop exiguës. En outre, les magasins de droit ont été conçus trop petits compte tenu du classement systématique en magasin, qui demande plus de place qu'un système traditionnel. Enfin, nous manquerons prochainement de bureaux et l'an prochain, ceux-ci seront utilisés au maximum de leur capacité. Cinq cents mètres carrés sont prévus en troisième tranche, ils seront bien nécessaires.

Note descriptive et technique sur le bâtiment et ses aménagements

Le programme de cette bibliothèque universitaire se caractérisait par la réunion en un seul bâtiment de deux secteurs distincts : l'un affecté à la Faculté des lettres et sciences humaines, l'autre à la Faculté de droit et de sciences économiques. Ces deux sections ont en commun les services administratifs, les services généraux et les services techniques. L'organigramme de fonction nous a conduit à installer les services communs au centre du bâtiment (travées 10 à 15) desservant les salles de lecture des secteurs spécialisés des lettres (travées 1 à 10) et du droit (travées 15 à 22). Les salles de lecture se caractérisent par des hauteurs sous poutres de deux étages (5,90 m) et par de grandes portées de planchers (14 m). Les services centraux comportent des locaux de hauteur sous poutre d'un étage (3 m) et des portées de planchers moyennes de 7 mètres.

Le bâtiment.

Impératif de tranches, diversification de structures, articulation de l'organigramme nous ont conduit à diviser le plan en trois éléments séparés par deux joints de dilatation. On a cherché une unité de travée de 5,25 m qui deviendra la portée de poutrelles. Cette unité simplifie l'échantillonnage des poutrelles. De même, une commune mesure a été choisie dans la portée des poutres de 14 et 7 mètres des deux types de structure. Le principe de préfabrication ouverte dirigeait les études dans le but d'unifier la construction et d'en varier les volumes géométriques. Les façades de hauteur moyenne (3 mètres) sont réalisées par des allèges ou des panneaux de pierre. Les façades de 5,90 m de hauteur impliquant la nécessité d'un élément raidisseur, nous en avons déduit un élément en forme de V de 6 mètres de hauteur et de 0,90 m de largeur. Ces éléments verticaux laissaient un vide de 0,80 m recevant des menuiseries de bois en Sipo de pose facile comprenant à l'extérieur un store de toile.

L'isolation thermique a été réalisée par un ensemble interne comportant 4 centimètres de plystirène expansé sur ossature de contreplaqué à vernir, qui tient également lieu d'enduit intérieur, de préférence au plâtre. Le profil extérieur des V assure le rôle de brise-soleil et, par ses surfaces claires, de diffuseur de lumière.

Le chauffage.

Deux types de structure, deux dimensions de volumes conduisent à deux systèmes de chauffage. Les grands volumes sont chauffés par air pulsé. Aux saisons chaudes, l'air pulsé est refroidi par un circuit d'eau réfrigéré. Les volumes moyens de passage sont chauffés par radiateurs à eau chaude. Les locaux administratifs et les lieux de séjour sont climatisés par convecteur en allèges. Ces deux systèmes de chauffage obligent à un réglage particulier d'ambiance.

Les sols.

Ils ont été définis en fonction des utilisations :
- sol en pierre à l'entrée, pour faciliter l'entretien;
- sol en dalles plastiques dans les bureaux, salles diverses et réserves;
- sol en caoutchouc dans les salles de lecture et dans les secteurs spécialisés; devant les banques de prêt de ces salles, on a remplacé le caoutchouc par des dalles thermoplastiques, donc qui résistent mieux à l'usure.

Les plafonds des salles de lecture sont en éléments d'aluminium perforés et isolés. Dans les locaux de passage, le pin des landes enduit de vernis mat laisse apparaître les poutres principales.

Je me fais un plaisir de noter que toute cette réalisation a été faite en collaboration très étroite avec le Service technique de la Direction des bibliothèques et de la lecture publique et le conservateur en chef de la Bibliothèque universitaire de Grenoble.

Le mobilier

Les salles de lecture sont équipées de meubles en bois. Les rayonnages des magasins sont métalliques, ceux des salles en cèdre clair, fournis par la maison Ronéo. Les tables réalisées par la maison Borgeaud sont en lamifié façon teck sur piétement métallique gris, ainsi que les banques assorties aux tables. Les chaises en bois façon teck garnies de skaï, ivoire et noir pour le droit, olive et ivoire pour les lettres, viennent de la maison Stella. Le même fournisseur a installé en fauteuils et fauteuils bridges les coins de détente, la salle de culture générale et la salle de conférence. Ils sont garnis de buflon ivoire et olive. Les bureaux proprement dits ont été commandés à la maison Wandendries; ils sont en sipo, teck ou palissandre. Le hall des secteurs spécialisés est équipé de fauteuils Steiner.

  1.  (retour)↑  Les étudiants du premier niveau sont ainsi en mesure de consulter les périodiques sans entrer dans les secteurs spécialisés.