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La Formation des bibliothécaires en Allemagne fédérale

Pr Dr Werner Krieg

Il n'est pas facile de présenter en quelques pages un tableau complet et clair de la formation des bibliothécaires en Allemagne fédérale. La tâche est d'autant plus ardue que les diverses possibilités de carrière dans les bibliothèques sont plus nombreuses que dans la plupart des autres pays. Ajoutez à cela que par suite de la structure fédérative de l'État, la législation et la publication des instructions relatives aux bibliothèques sont du ressort du Land et que, en conséquence, les règlements sur la formation et les examens diffèrent sur plusieurs points. Mais dans les pages qui vont suivre nous n'envisagerons qu'en partie ces différences afin de ne pas engendrer la confusion par un excès de détails 1. Nous nous limiterons à montrer la pluralité des processus de formation propres à chaque carrière au risque d'aboutir à une certaine simplification.

Historique

Si l'histoire de la bibliothéconomie allemande commence dès le début du Moyen âge et nous présente à presque toutes les époques des bibliothécaires remarquables, la profession de bibliothécaire, en tant que carrière de Service public avec une formation et une sanction des études organisées au niveau de l'État, n'apparut qu'à la fin du XIXe siècle. Les conditions d'admission à cette formation prévoyaient un cycle d'études dans une université; cela correspondait à l'ancienne organisation interne des bibliothèques qui, en dehors des divers assistants, ne connaissaient que le « bibliothécaire » de formation universitaire. Mais il s'avéra bientôt nécessaire de décharger les bibliothécaires des tâches administratives dont l'exécution exige certes une bonne formation générale et une formation bibliothéconomique, mais aucun cycle d'étude universitaire. On aboutissait d'abord en Prusse, en 1909, à la création du cadre moyen (Mittlerer Dienst), appelé plus tard cadre intermédiaire (Gehobener Dienst) dont se distinguait l'ancien cadre scientifique ou supérieur (Höherer Dienst). Pour les fonctionnaires de ce cadre intermédiaire on introduisit bientôt l'appellation de bibliothécaires diplômés (Diplombibliothekare) puisque l'examen exigé d'eux s'appelait diplôme. Ils devaient en général être déjà titulaires du baccalauréat (Abitur). Ils furent d'abord formés d'une manière uniforme sans que soit prise en considération leur future affectation dans une bibliothèque d'étude ou dans une bibliothèque de lecture publique. Par la suite, dans les années 20, les bibliothèques de lecture publique décidèrent de prendre du recul par rapport aux bibliothèques d'études et mirent l'accent sur la spécificité de la profession de bibliothécaire de lecture publique; on en vint ainsi en 1930 à une formation, à une sanction des études totalement différentes et par conséquent à l'apparition d'une nouvelle carrière que l'on appelle, à la différence du cadre intermédiaire des bibliothèques d'étude, le cadre des bibliothèques de lecture publique. Après 1945 les tâches administratives prirent une telle importance dans les grandes bibliothèques qu'il parut opportun de décharger les bibliothécaires diplômés de toutes les tâches routinières desquelles les écarte la valeur de leur préparation et de leur formation. Alors que la plupart des bibliothèques se tirent d'affaire avec des assistants qu'elles forment elles-mêmes, la Bavière en 1964 et le Bade-Wurtenberg en 1966 ont créé dans les bibliothèques d'études une nouvelle carrière qui constitue le cadre moyen. Les mêmes aspirations qui se manifestent dans les bibliothèques de lecture publique ne se sont pas encore concrétisées dans les règlements officiels sur la formation.

Les pages qui suivent exposeront dans ses grandes lignes le déroulement de la formation pour les différentes carrières.

Cadres supérieurs dans les biblitohèques d'études

Les candidats au cadre supérieur des bibliothèques d'études doivent, pour pouvoir suivre une formation bibliothéconomique, avoir accompli un cycle complet d'études dans une université ou une école supérieure équivalente. Le choix des spécialités est libre. En fait ce sont bien entendu essentiellement des littéraires et des historiens qui s'intéressent à cette profession, alors que les bibliothèques ont un égal besoin de juristes, d'économistes, de scientifiques et de médecins. La plupart des bibliothécaires du cadre supérieur exercent comme bibliothécaires spécialistes (Fachreferenten) pendant une grande partie, sinon la totalité, de leur temps de travail, c'est-à-dire qu'ils sont pratiquement responsables d'une ou de plusieurs disciplines : conformément à leur formation universitaire, ils doivent choisir parmi le flot des nouvelles publications les ouvrages qui s'adaptent au profil de leur bibliothèque, déterminer leur place dans le catalogue matières et renseigner les utilisateurs de la bibliothèque sur la littérature relative à leur spécialité. Dans le système de bibliothécaires spécialistes assez largement pratiqué en Allemagne, le rendement d'une bibliothèque dépend dans une large mesure de la possibilité qu'elle a de disposer, pour les plus importantes disciplines, de bibliothécaires spécialistes ayant reçu une formation universitaire et ayant prouvé leur aptitude à exécuter un travail scientifique autonome. Cela explique également que tout récemment encore l'on exigeât par principe des candidats à un poste du cadre supérieur non seulement un diplôme d'enseignement supérieur (Staatsprüfung ou Diplomhauptprüfung), mais une thèse de doctorat (grade de docteur). Cette double exigence est aujourd'hui controversée puisque dans toutes les autres carrières supérieures publiques l'on se contente de candidats ayant un diplôme d'enseignement supérieur et qu'il est de plus en plus difficile de recruter pour la profession de bibliothécaire des scientifiques, des mathématiciens, des ingénieurs avec le grade de docteur 2. Différents Länder exigent dans leurs nouveaux règlements de formation et de sanction des études un seul examen (ainsi la Hesse) ou ont renoncé à exiger le grade de docteur (ainsi le Bade-Wurtenberg). D'autres -et cela me paraît la meilleure façon de procéder - exigent un diplôme d'enseignement supérieur et une thèse mais renoncent dans certains cas justifiés au grade de docteur (ainsi à l'heure actuelle la Rhénanie-Palatinat).

La formation des bibliothécaires du cadre supérieur à l'Université ne se fait pas sous la forme d'un cycle d'études en bibliothéconomie, mais seulement sous la forme de deux années d'études spécialisées comme pour tous les fonctionnaires supérieurs (professions juridiques, professorat de lycée). Les candidats sont alors bibliothécaires stagiaires dans une position de fonctionnaire impliquant possibilité de révocation et ils reçoivent un traitement. Pendant la première année de leur préparation, durant laquelle ils sont affectés à une grande bibliothèque, ils doivent apprendre à fond les méthodes de travail d'une grande bibliothèque, en travaillant dans tous les services. En revanche, la formation durant la seconde année a essentiellement un caractère théorique. Au cours de deux « semestres » où sont enseignées dans des cours et des travaux pratiques les connaissances nécessaires à l'exercice de la profession, dans le domaine du livre (au sens large du terme, englobant l'histoire de l'écriture, l'édition et la librairie), de l'histoire des bibliothèques, du développement et de l'organisation des établissements scientifiques, de plus le travail courant du bibliothécaire avec lequel les candidats se sont familiarisés durant la première année sera repris sur le plan théorique, ainsi pour toutes les questions d'organisation rationnelle d'une bibliothèque, de constitution du fonds, de son exploitation par les catalogues, les bibliographies et les services de références, les questions de fréquentation, de construction et d'aménagement des bâtiments, des techniques modernes. Sont traités également les sujets importants pour le bibliothécaire dans le domaine du droit et de l'administration. Alors qu'autrefois l'on insistait sur les questions relatives à l'histoire du livre et des bibliothèques, à l'heure actuelle sans être totalement abandonnées elles cèdent la place à la présentation des problèmes modernes d'organisation et d'administration des bibliothèques, y compris celle des questions relatives à l'utilisation du traitement automatique de l'information; des cycles d'études sont organisés dans ce domaine à Munich, Cologne, Hambourg et Francfort; les Länder, qui n'ont encore créé aucun cours de ce type, envoient leurs candidats dans un de ces quatre établissements pour leur deuxième année de formation. L'examen sanctionnant cette formation comporte une partie écrite et une partie orale. L'examen écrit se compose soit d'un important travail personnel et d'une épreuve écrite en temps limité (une seule - à Hambourg et à Cologne -) soit de plusieurs épreuves écrites (à Francfort et à Munich). L'examen oral concerne tous les domaines qui ont fait l'objet de l'enseignement. Le succès à l'examen permet d'obtenir un emploi dans une bibliothèque d'études relevant de l'État ou d'une ville, mais il n'implique aucune affectation à un tel poste.

Dans le travail du cadre supérieur des bibliothèques d'études, à côté des tâches purement scientifiques, les tâches administratives prennent de plus en plus d'importance, surtout dans la direction des différents services de toute grande bibliothèque. Les fonctions du cadre supérieur sont ainsi en partie scientifiques, en partie administratives. Ce caractère complexe de la profession peut provoquer chez certains des tensions personnelles mais donne également à tous les talents la possibilité de s'épanouir.

Cadre intermédiaire dans les bibliothèques d'études

L'admission à la formation de bibliothécaire diplômé pour le cadre intermédiaire dans les bibliothèques d'études implique en général la fréquentation d'un lycée, l'obtention du baccalauréat. Les candidats, qui ne peuvent justifier que du certificat de fin d'études (mittlere Reife) tel qu'il est accordé après la fréquentation d'un lycée jusqu'à la seconde ou après un diplôme d'un établissement du type collège d'enseignement général (Realschule), ne peuvent être admis que sous certaines conditions très précises même s'ils attestent d'une formation professionnelle complète, utile dans un service de bibliothèque (libraire par exemple).

Seul le règlement sur la formation et la sanction des études en Hesse se contente du certificat de fin d'études, mais exige des candidats l'acquisition pendant leur temps de formation bibliothéconomique, des connaissances en langues étrangères qui leur manquent.

Différents Lünder et la fédération 3 font en outre dépendre l'admission d'une épreuve avec test, d'autres d'une mise à l'essai pendant une ou deux semaines de stage pratique dans une bibliothèque d'application. Actuellement dans la plupart des Länder, la formation elle-même succède comme pour le cadre supérieur à un stage probatoire dans une position de fonctionnaire; les candidats reçoivent pendant cette période un traitement. Dans les autres cas ils ont le statut d'étudiant et bénéficient le plus souvent d'une bourse d'un taux variable, accordée seulement pendant la partie pratique de la formation.

La différence essentielle entre les règlements sur la formation dans les différents Länder concerne principalement la durée, qui est de deux ans pour certains, de deux et demi pour d'autres, de trois pour d'autres encore. Les raisons de cette divergence résident en partie dans les dispositions administratives générales des Länder, en partie dans les conceptions diverses des directeurs de bibliothèques sur l'importance de la formation pour le cadre intermédiaire 4. Tous les règlements sur la formation concordent cependant en ce qu'ils prévoient aussi bien une formation pratique qu'une formation théorique. En général la formation pratique précède la formation théorique; dans la Rhénanie du Nord-Westphalie avant le premier stage pratique, il y a une préparation de trois ou quatre mois à l'École de bibliothéconomie de Cologne. La durée de formation pratique varie entre un an et un an et demi. En règle générale, il s'agit d'un stage pratique de un an dans une bibliothèque encyclopédique d'études. Durant cette période le candidat doit se familiariser avec tous les travaux qui sont du domaine d'activité des Diplombibliothekare. Dans quelques Länder, au cours de la formation, il faut également un stage pratique d'information de deux à trois mois, soit dans une bibliothèque spécialisée ou une bibliothèque administrative, soit dans une bibliothèque de lecture publique ou (c'est le cas en Rhénanie-Palatinat) dans les deux types de bibliothèques. La formation théorique (un an à un an et demi) s'accomplit dans une des écoles de bibliothéconomie, décrites ci-dessous - dans le Bade-Wurtemberg, il s'agit de cours dans des bibliothèques d'application. Il va de soi que les cours concordent dans une certaine mesure avec ceux du cadre supérieur, même s'ils sont donnés dans un autre esprit. Les domaines spécialisés comme la paléographie, l'histoire des incunables et également les fonctions d'administration qui sont de la compétence des bibliothécaires du cadre supérieur ne sont que brièvement abordés, en revanche d'autres comme le catalogage auteurs-anonymes, ou l'utilisation des bibliographies sont traités plus à fond. L'initiation à la classification, aux méthodes et à la terminologie des sciences prend plus d'importance; à cet enseignement sur les différentes sciences est liée l'étude des ouvrages de référence, des manuels et des bibliographies spécialisées qui s'y rapportent. Quelques écoles se soucient aussi de familiariser les candidats avec les termes étrangers (essentiellement anglais et français) du livre et de la bibliothéconomie par des études de textes appropriés. L'examen final comporte pour cette catégorie aussi une partie écrite et une partie orale. L'examen oral se compose soit seulement d'épreuves sous surveillance, soit d'épreuves sous surveillance et d'un mémoire. Comme pour le cadre supérieur, l'admission à l'examen permet de postuler un poste dans une bibliothèque relevant de l'État ou d'une ville, mais n'implique en général pas d'affectation.

L'ancienne image du Diplombibliothekare, aide du bibliothécaire scientifique, qui travaille pour décharger ce dernier de certains travaux courants, a considérablement évolué depuis ces dernières années, surtout depuis 1945. Dans les grandes bibliothèques, qui sont devenues des organismes administratifs toujours plus complexes des tâches très diverses incombent aux Diplombibliothekare, lesquelles exigent outre de bonnes connaissances bibliothéconomiques, une aptitude à décider seul. Ces Diplombibliothekare peuvent dans les bibliothèques être chargés des fonctions de direction, qui autrefois étaient de la compétence du cadre supérieur, et ce, d'une façon autonome, quand ces fonctions ne prévoient aucune formation scientifique. Les bibliothèques moins importantes, par exemple celles des instituts d'université ou des administrations, sont souvent dirigées par des Diplombibliothekare... La formation ne tient pas partout, peut-être même nulle part, suffisamment compte de cette évolution.

Cadre moyen des bibliothèques d'éudes

Les raisons qui ont provoqué la création au-dessous du cadre intermédiaire des Diplombibliothekare d'une autre catégorie de personnel ont déjà été mentionnées. Le domaine d'action de ce cadre moyen peut n'être que brièvement indiqué, c'est à partir de lui que se déterminent aussi bien les exigences quant à la formation antérieure des candidats que la nature de la formation professionnelle. Comme il a déjà été dit plus haut ce cadre moyen comme catégorie de fonctionnaires n'existe qu'en Bavière et dans le Bade-Wurtemberg et encore seulement depuis quelques années. Dans ces deux Länder la formation se traduit par un stage comme fonctionnaire, sanctionné par un examen qui comprend plusieurs épreuves écrites et une interrogation orale. En outre, les deux règlements sur la formation diffèrent sur des points essentiels; en Bavière le candidat doit avoir achevé l'école moyenne (Realschule) ou pouvoir présenter un certificat de fin d'études de l'école primaire avec une bonne moyenne, dans le Bade-Wurtemberg la fréquentation d'une école primaire suffit; en Bavière le stage préparatoire dure deux ans, dans le Bade-Wurtemberg dix-huit mois; en Bavière bien entendu la formation théorique prend plus d'importance que dans le Bade-Wurtemberg. Après une si courte période de mise en application, on ne peut encore rien dire de cette formation, vers laquelle on espère attirer aussitôt après la fin de l'école primaire les jeunes de quinze ou seize ans, mais qui est ouverte également aux personnes un peu plus âgées travaillant déjà dans une bibliothèque. Il est évident que les bibliothèques ont un besoin pressant de cette nouvelle catégorie de collaborateurs qui permettra une utilisation rationnelle du personnel. Quoique le moment d'introduire officiellement cette nouvelle catégorie ne lui parut pas encore opportun, le ministre de la Culture de la Rhénanie du Nord-Westphalie a déclaré que conformément aux principes émis par l'association des bibliothécaires de ce Land des assistants-bibliothécaires seraient formés et subiraient un examen dans les bibliothèques d'études et les bibliothèques de lecture publique.

Les bibliothécaires diplômés dans les bibliothèques de lecture publique

Puisque le cadre de bibliothécaires diplômés dans les bibliothèques de lecture publique ne s'est détaché qu'après une évolution du cadre intermédiaire, il n'est pas étonnant que la formation de ces deux catégories présente - tout au moins pour l'instant - de nombreux points de comparaison. La condition pour l'admission à cette formation est ici aussi normalement le baccalauréat; des exceptions sont prévues dans les mêmes conditions que pour le cadre intermédiaire des bibliothèques d'études; en Rhénanie du Nord-Westphalie, les non bacheliers doivent subir un contrôle particulier d'aptitude. Dans certains Länder l'admission pour tous les postulants dépend d'un test ou d'un stage pratique dans une bibliothèque d'application. La durée de cette formation est uniformément de trois ans. Les candidats, contrairement aux catégories décrites plus haut, ne sont pas dans la position de fonctionnaires avec possibilité de révocation, mais sont des étudiants libres. Ils ne reçoivent donc pas le salaire de stagiaires, mais simplement une bourse, qui ne peut être conservée pendant toute la scolarité que si elle est justifiée par de bons résultats et une certaine situation financière.

Depuis 1963 selon un accord des ministres de la culture des différents Länder, un tiers de la scolarité devait être consacré à la formation pratique, deux tiers à la formation théorique. La formation devait commencer par un semestre d'introduction dans une école de bibliothéconomie, auquel devait succéder un stage pratique (le plus souvent d'un an). Le stage pouvait être accompli selon les circonstances dans une seule grande bibliothèque de lecture publique ou bien être fragmenté dans plusieurs types de bibliothèques de lecture publique; dans quelques Länder les étudiants apprenaient au cours d'un stage pratique d'information plus bref les fonctions et les méthodes de travail d'une bibliothèque d'étude.

Dans la formation théorique de trois semestres généralement, nous retrouvons naturellement la plupart des matières qui ont été mentionnées pour le cadre intermédiaire des bibliothèques d'études, cependant l'enseignement est orienté vers les besoins spécifiques de la bibliothèque de lecture publique, par exemple vers tout ce qui touche l'administration de ces bibliothèques. Dans la bibliologie on limite les parties historiques, la bibliographie n'est pas étudiée avec autant de détails que pour le cadre intermédiaire des bibliothèques d'étude. D'autres matières s'y ajoutent, par exemple l'éducation populaire (plus particulièrement l'éducation des adultes), la lecture et les activités dans les sections de jeunes et d'adolescents, la publicité, etc... Considérant l'importance croissante de l'ouvrage de référence dans les bibliothèques de lecture publique, il paraît très incertain que l'histoire de la littérature, la critique littéraire et l'étude des oeuvres de la littérature romanesque gardent l'importance qu'elles ont acquises à ce jour.

Depuis quelques années, les représentants des directeurs des bibliothèques de lecture publique ont toujours exprimé leur doute, sur la valeur actuelle de la formation par rapport aux qualités qui doivent être exigées des bibliothécaires, eu égard à la profonde transformation des bibliothèques de lecture publique. Ils ont demandé que la formation pratique soit diminuée au profit d'une formation théorique intensive. Sur la base d'une requête commune aux deux associations, der Deutsche Büchereiverband et das Verein der Bibliothekare an öffentlichen Bücherein, les ministres de la culture ont, en 1968, conclu un nouvel accord conforme à ces vœux sur la formation des bibliothécaires des bibliothèques de lecture publique. Conformément à cela la formation comprend six semestres théoriques; au moins quatre mois de formation pratique doivent être inclus, ils doivent être accomplis pendant les vacances.

L'évolution sur la base de cette nouvelle réglementation qui rend nécessaires de nouveaux emplois du temps et de nombreux changements dans l'organisation n'en est encore qu'à ses débuts. Jusqu'à présent aucun Land n'a encore promulgué de règlement sur la formation et la sanction des études correspondant à l'accord de 1968. Cependant l'on peut déjà aujourd'hui prévoir certaines conséquences de la nouvelle réglementation. Puisque la formation pratique réduite à quelques mois ne peut fournir qu'une information sur l'organisation et les méthodes de travail de la bibliothèque de lecture publique, les Diplombibliothekare devront assimiler les connaissances pratiques nécessaires après l'examen du début de leur vie professionnelle. Le succès de la nouvelle réglementation dépendra, dans une grande mesure, d'une bonne utilisation des possibilités offertes par la prolongation de la formation théorique. Il ne doit pas s'agir de multiplier les matières mais d'améliorer le niveau de la formation : des projets sérieux ont déjà été élaborés dans ce sens.

Une formation ainsi améliorée doit avoir aussi des répercussions sur l'activité des Diplombibliothekare. Ils doivent concentrer leurs efforts d'une façon plus importante que jusqu'à présent, sur le choix et sur l'exploitation de la littérature, sur l'information et sur les fonctions de direction.

Il se peut que le besoin en Diplombibliotekare en soit diminué ou tout au moins n'augmente pas parallèlement au développement de la bibliothèque de lecture publique tel qu'on peut le souhaiter. Cette évolution implique une nouveau cadre d'employés qui feront une partie du travail des Diplombibliothekare. Il existe déjà des projets très détaillés sur le travail et la formation de ces assistants-bibliothécaires (Bibliotheksassistenter) - tel sera leur nom.

Cadre supérieur des bibliothèques de lecture publique

Si l'on réexamine les carrières jusqu'ici décrites, on remarque dans les bibliothèques de lecture publique l'absence d'un équivalent du cadre supérieur des bibliothèques d'études. En fait il existe dans les bibliothèques de lecture publique des postes du cadre supérieur, mais il n'y a pour eux aucune formation spécifique. Jusqu'à présent ces postes étaient occupés soit par des Diplombibliothekare, qui avaient accompli avant ou après leur formation bibliothéconomique un cycle d'études à l'université, soit par des Diplombibliothekare ayant fait leurs preuves, soit par des universitaires sans formation bibliothéconomique théorique. Quelle que soit la formation, les solutions étaient très satisfaisantes. Cependant ces dernières années devant le développement de la bibliothèque de lecture publique, et compte tenu des difficultés administratives croissantes à pourvoir les postes, l'idée que les bibliothèques de lecture publique avaient besoin d'une carrière officielle du cadre supérieur a gagné du terrain; pour cette carrière serait envisagée une formation de deux ans, analogue à celle prévue pour le cadre supérieur des bibliothèques d'études. Aussi le Verein der Bibliothekare an öffentlichen Büchereien et le Deutsche Büchereiverband ont-ils demandé, dans la requête présentée à la conférence des ministres de la Culture déjà mentionnée, la création de cette carrière. D'ailleurs, dans le milieu professionnel lui-même, on émet des doutes sur sa nécessité. Quoi qu'il en soit, cette nouvelle carrière doit être mise au point dans ses détails.

Écoles de bibliothéconomie (Bibliothekar-Lehrinstitute ou Bibliothekarschule)

Cet aperçu sur l'état actuel de la formation doit s'achever par une présentation des établissements dans lesquels est donnée la formation théorique 5.

Les différents noms qu'ils portent n'impliquent aucune différence de niveau ou d'orientation de la formation. Ils se différencient par le fait qu'ils ne forment pas tous les cadres. Aussi, trouvera-t-on ci-après, pour chaque établissement, l'indication des cadres qui peuvent y être formés :
- cadre supérieur des bibliothèques d'études (HWB);
- cadre intermédiaire des bibliothèques d'études (GWB);
- cadre des bibliothèques de lecture publique (ÖB);

Il s'agit de :
- la Bibliothekarakademie de Berlin (GWB, ÖB);
- la Bibliotheksschule de Francfort sur le Main (HWB, G WB);
- la Bibliotheksschule du port franc et hanséatique de Hambourg (GWB, ÖB, à laquelle s'ajoutent des cours pour le cadre supérieur auprès de la bibliothèque universitaire de Hambourg (Staats-und Universitätsbibliothek);
- la Bibliotheksschule de la Basse Saxe à Hanovre (GWB);
- du Bibliothekar-Lehrinstitut de la Rhénanie du Nord-Westphalie à Cologne (HWB, GWB, ÖB);
- la Bibliotheksschule de la bibliothèque de l'État de Bavière à Munich (HWB, ÖB);
- du Bibliothekar-Lehrinstitut pour le sud de l'Allemagne à Stuttgart (ÖB). A ces instituts subventionnés par les Länder (parfois par les villes) s'ajoutent des établissements religieux dont l'enseignement ne s'adresse pas uniquement au personnel destiné aux bibliothèques confessionnelles; du côté catholique il s'agit de l'école de la Société de St Charles Borromée (Borromäusverein), reconnue par l'État, à Bonn (GWB, ÖB) et de l'école évangéliste de Gôttingen (GWB, ÖB).

Perspectives d'avenir

Il est possible que certains aspects de la formation des bibliothécaires en Allemagne fédérale, présentés dans cet exposé, ne correspondent bientôt plus à la réalité. Les changements peuvent venir de deux directions.

D'une part en Allemagne fédérale toute l'éducation - depuis l'école primaire jusqu'à l'université - est en mutation; de nouveaux types d'établissement scolaires, de nouvelles sanctions des études, des nouveaux cycles d'enseignement sont apparus ou tout au moins sont envisagés. Dans la mesure du prévisible, un nouveau type d'établissement d'enseignement supérieur, (école supérieure professionnelle : Fachhochschule) sera créé, lequel constituera avec les universités, les écoles supérieures des beaux arts, etc., le cycle d'enseignement supérieur. Vraisemblablement, les actuelles écoles de bibliothéconomie acquerront dans cette évolution le caractère d'école supérieure professionnelle. La formation des Diplombibliothekare pour les bibliothèques de lecture publique - telle qu'elle doit se présenter d'après l'accord des ministres de la Culture de janvier 1968 - pourra parfaitement s'insérer dans le cadre de l'école supérieure professionnelle, puisque le cycle d'études dans ces établissements durera généralement six semestres. En revanche, pour le cadre intermédiaire des bibliothèques d'études, dans la formation duquel la pratique reste encore importante, une transformation des écoles de bibliothéconomie en écoles supérieures professionnelles implique de profonds changements, indépendamment du fait que les Länder devront faire durer la formation trois ans, même ceux qui, jusque là, ont choisi une durée moins longue. Mais puisque d'autres catégories de fonctionnaires des services publics, dont le travail a un caractère plus administratif, seront formés dans des écoles supérieures professionnelles sans renoncer dans une certaine mesure à la formation pratique, une solution convenable devrait se trouver pour le cadre intermédiaire des bibliothèques d'études. Pour les deux catégories de bibliothécaires diplômés, une difficulté apparaîtra du fait qu'à juste titre l'on exige comme première formation l'examen qui sanctionne les études dans un lycée, le baccalauréat, tandis que d'après les projets actuels on exigera un certificat de maturité obtenu d'une autre façon pour accéder à une école supérieure professionnelle. Pour le cadre supérieur des bibliothèques d'études, la situation sera tout autre si les projets de réforme des études universitaires, qui prévoient un cycle d'études long et un cycle court, et si en conséquence des examens d'un autre type voient le jour; la question de savoir si l'on exige des candidats un examen d'État et le grade de docteur ou seulement l'un des deux se résoudra alors peut-être d'elle même. D'un autre côté, il y a dans les possibilités actuelles de formation bibliothéconomique des motifs importants de changements. Si la formation pour le cadre des bibliothèques de lecture publique était transformée de la façon indiquée et si au contraire la formation pour le service intermédiaire des bibliothèques d'études se poursuivait dans les voies actuelles, il y aurait un fossé entre deux carrières jusqu'ici relativement parallèles et ce, au moment où les représentants des dirigeants des bibliothèques de lecture publique demandent avec insistance que la frontière entre bibliothèques d'études et bibliothèques de lecture publique soit supprimée. Même si cela n'est pas encore compris de tous les bibliothécaires de lecture publique, tout prouve que le cadre intermédiaire a besoin pour ses tâches actuelles ou futures d'une formation théorique plus vaste et plus approfondie. En outre, la formation actuelle du cadre intermédiaire n'est pas adaptée aux bibliothèques spécialisées. Si l'on considère en plus la tendance à transformer les écoles de bibliothéconomie en écoles supérieures professionnelles, la solution paraît être la suivante : tous les Diplombibliothekare accomplissent leurs études dans une école supérieure professionnelle de bibliothécaires; la formation pratique nécessaire se fait soit entre les semestres d'études soit dans un stage probatoire d'une année environ après la fin des études. De nombreux cours et travaux pratiques (au moins la moitié peut-être les 2/3) de l'école supérieure professionnelle seront communs, le reste dépendra des exigences du type de bibliothèques, dans lequel les candidats exerceront plus tard. Pour le cadre supérieur des bibliothèques d'études l'on pourra à peine maintenir l'unicité de la profession telle qu'elle est encore conçue; mais l'on devra au moins admettre une spécialisation pendant la seconde année d'études s'ajoutant à l'infrastructure d'une connaissance bibliothéconomique indispensable à tous. Cette spécialisation devra tenir compte des différentes études universitaires des stagiaires ainsi que des diverses tâches qui les attendent dans les bibliothèques. A côté de cette ramification dans la formation du cadre supérieur on pourrait prévoir une option vers le travail propre aux bibliothèques de lecture publique. Il n'est pas utile de créer à côté du cadre supérieur des bibliothèques scientifiques un cadre supérieur autonome des bibliothèques de lecture publique, il n'y aurait qu'un cadre supérieur des bibliothèques, dont les titulaires témoigneraient de la même formation de base en même temps que d'une formation spécialisée suivant la spécificité de leurs fonctions.

  1.  (retour)↑  L'ouvrage de Gisela von Busse et Horst Ernestus, Das Bibliothekswesen der Bundesrepublik Deutschland (Voir : B. Bibl. France, 14e année, n° 3, mars 1969, Bulletin de documentation bibliographique, p. *207-*208.) riche d'enseignements et conçu tout particulièrement pour renseigner le bibliothécaire étranger, traite dans le chapitre VII (Beruf und Ausbildung), de l'objet de cet exposé d'une façon beaucoup plus complète qu'il n'est possible ici. Nous renvoyons délibérément aux références données dans les pages 255-256.
  2.  (retour)↑  Voir à ce sujet Wemer Krieg In : Zeitschrift für Bibliothekwesen und Bibliographie II, 1964, p. 300-304.
  3.  (retour)↑  Le cadre intermédiaire des bibliothèques scientifiques est la seule carrière, pour laquelle la fédération donne une formation, sur la base d'un règlement particulier de formation et de sanction des études.
  4.  (retour)↑  Voir op. cit. p. 302.
  5.  (retour)↑  Un certain nombre de ces établissements fonctionne auprès des associations de bibliothécaires, parfois parallèlement à des cours plus ou moins longs de recyclage des bibliothécaires en fonctions : par manque de place on ne peut donner ici plus de précisions sur ces organisations qui prennent toujours plus d'importance.