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La Lecture et les jeunes en milieu rural

Georges Jean

Il est commun d'entendre dire par les éducateurs, les responsables de mouvements de jeunesse, les animateurs de Maisons ou de Foyers de jeunes, que les jeunes ne lisent pas. Et cette carence paraît plus grande encore parmi les jeunes ruraux. En réalité, il s'agit d'impressions, d'hypothèses que de rares sondages ou enquêtes partielles confirment, il faut le dire. En fait, il n'existe aucun travail sérieux et précis à ce sujet. Et les quelques réflexions qui suivent ne prétendent en aucune façon constituer une étude exhaustive. Elles sont inspirées, d'une part, par une déjà longue expérience de professeur de lettres dans une École normale dont les élèves sont essentiellement d'origine rurale et d'autre part, par un travail d'animation à « Peuple et Culture » où j'ai la charge, entre autres activités, de diriger des stages pour l'animation des bibliothèques.

Il s'agit donc d'une série de points de vue personnels qu'il m'a été donné de rassembler et de présenter à l'occasion d'une journée d'information organisée en mai dernier, à l'initiative de la Bibliothèque centrale de prêt du Loiret, à Orléans.

Ces propos se situent sur trois plans :
I. Quelle est la situation de la lecture en France en milieu rural?
II. Qu'est-ce qu'un jeune lecteur en milieu rural ?
III. Quelles actions est-il possible d'entreprendre pour favoriser le développement de la lecture chez les jeunes ruraux en particulier et chez les jeunes en général ? Dans le monde actuel où la distinction entre la jeunesse des campagnes et celle des villes est de moins en moins nette, il est en effet nécessaire de généraliser.

I. Situation de la lecture en milieu rural.

Cette situation est très mal connue. Les statistiques publiées dans les revues spécialisées des bibliothèques, des éditeurs, des libraires se révèlent précieuses, mais elles sont très partielles et ne rendent pas compte de la réalité psychologique et existentielle de la lecture.

Elles permettent cependant de constater :
a) que parmi les Français qui ne lisent jamais rien, les ouvriers agricoles constituent la catégorie la plus importante;
b) que parmi les Français qui ne lisent jamais de livres (un peu plus de 50 % de la population active) les ruraux constituent la catégorie la plus nombreuse;
c) que parmi les franges de nouveaux lecteurs que les livres au format de poche atteignent, la proportion de ruraux est la plus faible;
d) que la proportion des Français qui lisent des livres étant plus importante (et d'une façon très spectaculaire) parmi ceux qui ont fait des études secondaires ou supérieures, il est logique que la partie rurale de la population actuellement encore beaucoup moins concernée par l'enseignement secondaire et supérieur comprenne le plus petit nombre de lecteurs.

Le prodigieux bouleversement du monde rural dans nos sociétés industrielles et post-industrielles accentue sur le plan qui nous intéresse comme sur les autres, l'isolement de ceux qui restent à la terre, dans des exploitations familiales.

En dehors de la sous-scolarisation et de cet isolement, il est d'autres raisons à cette désaffection et qui ont des racines très profondes.

I. Raisons qui tiennent à l'Histoire.

Le livre, depuis le haut Moyen âge est un fait urbain. Dans la France de l'Ancien régime où plus de 80 % de la population était rurale, les gens qui savaient lire appartenaient presque tous à la bourgeoisie urbaine. Les centres de culture et de diffusion des livres : universités, éditeurs, libraires, salons littéraires, étaient implantés dans les villes. Ajoutons que le livre était une denrée chère et qu'en 1730 par exemple, le prix d'un volume in-octavo équivalait au salaire mensuel d'un manœuvre parisien.

La littérature de colportage (la Bibliothèque bleue de Troyes par exemple) touchait les bourgs, les petites villes, rarement les villages et pas du tout les hameaux isolés alors extrêmement nombreux et dispersés.

La disparition de l'analphabétisme a par ailleurs été extrêmement lente dans les campagnes et en 1854 dans les registres de mariages de plusieurs paroisses rurales, 34 % des hommes et 46 % des femmes signaient d'une croix.

Or, aujourd'hui, bien que l'analphabétisme proprement dit ait à peu près complètement disparu de nos campagnes, il se produit pour les jeunes qui abandonnent l'école vers quatorze ou seize ans et vivent à la ferme ou chez de petits artisans une véritable « déculturation ». Des enquêtes comme celle que R. Escarpit a menée auprès des conscrits font apparaître chez certains jeunes ruraux de vingt ans les formes d'un analphabétisme secondaire presque total.

2. Raisons qui tiennent au mode de vie rural.

Dans un monde en pleine mutation où le travail du paysan se transforme on aurait pu croire que le temps consacré aux loisirs et à la lecture augmenterait. Ce n'est qu'en partie vrai. Il reste dans l'Ouest et le Centre de la France des zones de petite exploitation familiale où le travail est dur et les instants de loisir très rares. Les jeunes ne restent pas à la terre; ils viennent en ville où leur adaptation est très difficile. Pour eux l'appétit de lecture est à peu près nul. Et de tenaces traditions subsistent selon lesquelles le temps consacré à la lecture est du temps perdu.

3. Raisons qui tiennent aux « mass media ».

La campagne française est parfois passée sans aucune transition de l'univers de l'isolement à celui des communications de masse. La radio et la télévision introduisent dans le monde rural une culture « différente » dont le caractère magique apparaît bien souvent. Ce qu'a dit ou montre « le poste » revêt certains caractères sacrés.

L'expérience de nombreux télé-club m'a révélé qu'il était très difficile de créer, tout au moins au début, entre les images et les jeunes téléspectateurs des campagnes cette distance sans laquelle l'esprit critique ne peut s'exercer. Il faut reconnaître que dès que ce changement d'attitude intervient, il n'est pas de public plus fin, plus exigeant.

Le développement de la presse à grand tirage est un autre obstacle à la lecture des livres. Les seules « lectures » que l'on trouve dans certains villages (même depuis l'apparition des livres au format de poche) ce sont les journaux « à scandale » sans parler des hebdomadaires féminins de la presse du cœur. Ces hebdomadaires sont la seule lecture (en général dominicale) des jeunes filles qui travaillent dans les usines des villes ou qui sont vendeuses ou employées de maison.

Il serait enfin intéressant d'étudier ce que peuvent être les conséquences de la motorisation sur les loisirs culturels des jeunes à la campagne. Le cyclomoteur, la motocyclette sont devenues pour les jeunes garçons, instruments de parade, moyens d'affirmation, même s'ils se contentent de faire pétarader ces engins entretenus avec dévotion, le dimanche sur les places de villages. Il est bien évident que pour ces jeunes, la lecture, cette confrontation calme, solitaire, silencieuse modeste, d'un homme et d'un livre, paraît tout à fait anachronique.

II. L'adolescent rural face à la lecture.

De nombreux psychologues ont montré que l'adolescence était un âge privilégié pour la lecture. A cette période de la vie, le monde de la lecture est le monde de la virtualité, d'une certaine vertu imaginaire, le monde des passions et des héros avec lesquels on s'identifie. Mais il semble que toutes les études consacrées aux rapports entre l'adolescence et le goût de la lecture aient pris leurs exemples parmi la jeunesse cultivée ou tout au moins scolarisée des villes. Pour les jeunes ruraux, comme d'ailleurs pour les jeunes ouvriers le passage de l'adolescence à l'âge d'homme est brutal. Et le temps des longues lectures solitaires n'existe pas.

Il est nécessaire de distinguer plusieurs situations possibles de l'adolescent en milieu rural (ou originaire du milieu rural) pour connaître un peu mieux les obstacles qui s'opposent au développement de la lecture à un âge favorable à cette occupation.

a) les jeunes qui restent dans l'exploitation familiale :

Ils sont encore nombreux, occupés à des travaux pénibles; les rares contacts qu'ils peuvent avoir avec les livres sont ceux que les instituteurs des cours postscolaires agricoles peuvent leur fournir. Pour le reste leur seule lecture est celle du journal quotidien; les jeunes filles lisent assez souvent les hebdomadaires féminins qui atteignent les campagnes (essentiellement L'Écho de la Mode et Femmes d'aujourd'hui). Il arrive également qu'ils lisent (comme leurs parents) les livres de classe de leurs jeunes frères et sœurs.

b) l'adolescent qui travaille chez un petit artisan :

L'adolescent qui travaille chez un petit artisan, ou dans une des nombreuses petites usines implantées en zone rurale est encore plus isolé. Il ne lit rien si l'on excepte Salut les Copains ou les très mauvais « comics » qui arrivent dans les bureaux de tabac ou les bazars des bourgs. Ils avouent en général que le plus difficile pour eux n'est pas de lire, mais de prendre un livre, de commencer sa lecture, de choisir. Leur donner des livres ne suffit pas, une médiation active est de plus nécessaire.

c) l'adolescent rural en milieu scolaire :

Les quelques enquêtes partielles que j'ai pu consulter révèlent que naturellement la scolarisation (C.E.G., C.E.T., C.E.S., Cours ménagers agricoles, Lycée, etc.) favorise la lecture des livres. Il ne faudrait cependant pas trop se faire d'illusions à ce sujet. Il arrive trop souvent que la lecture en milieu scolaire repose sur les « morceaux choisis ». De plus son caractère obligatoire peut dégoûter à tout jamais les jeunes gens. Et certains ignoreront longtemps de ce fait l'habitude de lire, pour le plaisir, tout un livre.

Cela étant dit, que peut-on constater?

I. Sur le mode d'acquisition des livres :

Les filles empruntent plus facilement des livres aux bibliothèques scolaires (quand elles existent...); les garçons empruntent plus volontiers des livres à des camarades. Ils aiment avoir quelques renseignements sur le contenu des ouvrages qu'ils vont lire. Les uns et les autres disent en général ignorer complètement l'existence d'autres bibliothèques que les bibliothèques scolaires. Ils n'achètent presque jamais de livres (même des livres au format de poche).

II. Sur la nature des lectures :

a) lecture des hebdomadaires : Les filles lisent plus d'hebdomadaires que les garçons. Le nombre moyen de livres lus par mois diminue avec l'âge. Par contre la lecture des hebdomadaires augmente légèrement. « C'est plus facile, plus divers, plus vite lu, ça détend davantage. » L'interdiction faite de lire certains hebdomadaires dans les établissements scolaires rend plus savoureuse leur lecture clandestine. Les élèves internes (surtout les filles) lisent beaucoup plus d'hebdomadaires que les externes.

Dans les centres ménagers agricoles, les élèves monitrices disent lire de préférence dans les hebdomadaires les rubriques « économie domestique et arts ménagers ». Mais il est frappant de constater que les garçons et les filles à quelque niveau scolaire qu'ils appartiennent vont très rarement chercher dans les hebdomadaires et les quotidiens des informations concernant l'actualité. Le sport, pour les garçons, les « histoires vraies » pour les filles, les détails sur la vie des « idoles » pour les uns et les autres sont les rubriques préférées pour les lectures de détente.

b) lecture des livres : J'ai tenté d'établir, à partir de sondages personnels et d'enquêtes effectuées au sein de populations scolaires d'origine rurale, un tableau comparatif des goûts respectifs des garçons et des filles appartenant à des établissement du premier cycle des études secondaires (population de 15 à 17 ans).

Les genres de livres sont classés par ordre d'intérêt décroissant :
GARÇONS
Policiers, aventures
Bricolage
Histoires d'amour
Romans en général
Histoire
Théâtre
Voyages
Vulgarisation scientifique
Biographies d'hommes célèbres
Art
Religions
Anticipation
FILLES
Aventures
Romans en général, théâtre
Policiers
Voyages
Histoires d'amour
Biographies d'hommes célèbres
Bricolage
Histoire
Anticipation
Religion
Vulgarisation scientifique

Ces tableaux sommaires appellent les quelques remarques suivantes :
- la poésie ne figure dans aucun des deux tableaux;
- les livres d'art n'apparaissent qu'une fois, en fin de liste chez les garçons;
- les livres d'anticipation sont très peu goûtés. Contrairement à ce que l'on pourrait penser et à ce qui se passe en URSS, on lit très peu Jules Verne;
- les jeunes garçons de la campagne manifestent un goût général pour les livres de bricolage;
- les jeunes gens et les jeunes filles aiment en général lire du théâtre On constate par ailleurs que le niveau de lecture en quantité et en qualité est fonction de l'importance de l'enseignement général. C'est ainsi que, dans certains cours ménagers agricoles où l'enseignement général est très réduit la, qualité et l'intensité des lectures personnelles sont également très diminuées.

Il nous reste à voir quels peuvent être les moyens d'action propres à redresser ces tendances.

III. Moyens d'action.

1. L'École :

C'est à l'école que tout commence. C'est de l'école que tout dépend.

a) à l'école primaire :

Dans les écoles primaires, qu'elles soient urbaines ou rurales, les enfants « apprennent à lire ». Mais cette expression bien banale peut être prise en deux sens : il s'agit d'une part de donner aux enfants les mécanismes de la lecture et d'autre part d'apprendre à aimer la lecture. On oublie un peu trop ce second aspect. Et les fastidieuses lectures à haute voix de textes choisis, la pauvreté de la majorité des bibliothèques scolaires des écoles primaires n'incitent pas les jeunes enfants à aimer les livres pour eux-mêmes.

En dehors de la nécessaire et urgente modernisation de ces bibliothèques, il semble qu'une pédagogie rénovée du français (vers laquelle on s'oriente officiellement) peut contribuer à développer chez l'enfant le goût de la lecture. Parmi les moyens de cette pédagogie, signalons :
- le développement de l'expression orale libre;
- la pratique du texte libre et de l'imprimerie à l'école;
- l'entraînement des enfants à la lecture silencieuse pour le plaisir, d'ouvrages entiers;
- le remplacement des « leçons » de « récitation » par des « moments de poésie ». Ce qui dispense nullement d'apprendre par cœur des textes de qualité;
- les visites, organisées très tôt, des bibliothèques pour enfants qui commencent enfin à se développer dans toute la France, etc...

b) dans l'enseignement secondaire :

Le problème est sensiblement le même qu'à l'école primaire.

Il se complique car les programmes imposent des carcans (en apparence, nous le verrons). On lit beaucoup en classe et très peu pour soi. Des explications de textes trop nombreuses ne donnent plus aucune envie de lire des livres, pour les lire, etc.

Je ne parle que pour mémoire de la grande misère des bibliothèques d'établissements. Je sais bien qu'il existe des exceptions très remarquables, mais la situation d'ensemble est catastrophique, dans les campagnes particulièrement.

Il me semble que, dans ces milieux, l'action devrait se situer à deux niveaux (ceci est valable aussi bien pour les zones rurales que pour les villes).

A) Au niveau de l'enseignement proprement dit :

Admettons avant tout un postulat essentiel : développer le goût de la lecture libre et silencieuse chez les jeunes implique de la part de l'éducateur une rigoureuse exigence dans la correction de l'expression orale et écrite et dans la connaissance des lois du langage.

Ce postulat énoncé, je me contente d'énumérer et de décrire rapidement quelques techniques pédagogiques que j'ai expérimentées et qui ont fait leurs preuves :

a) aménagement des programmes :

Il est parfaitement possible de faire éclater les programmes ou de les aborder de manière telle que les élèves soient contraints de lire des œuvres en entier. Cette contrainte devenant très rapidement un plaisir. Voici l'exemple d'une « séquence » sur le héros qui, en classe de seconde, permet de substituer aux lectures dialoguées des pièces de Corneille, des lectures actives. Je répète que cela ne supprime en aucune manière les exercices d'analyse détaillée; cela leur donne une justification et un sens.

Un groupe d'élèves est chargé de lire Hamlet et de rendre compte aux autres élèves de ce héros « qui ne sait pas se décider à choisir ». Un autre groupe s'occupe dans le même sens de Don Quichotte « le héros qui rêve d'être un héros ». Un troisième groupe du Vol de Nuit de Saint-Exupéry et des choix « cornéliens » de Rivière. Rodrigue, Chimène, prennent par comparaison leur originalité. Et « ils » ont lu des œuvres!

D'innombrables thèmes d'étude de cette nature sont possibles et on arrive toujours à voir tout le programme en profondeur.

b) technique du club de lecture :

Il s'agit de la lecture à haute voix par le professeur (ou un élève) du montage d'un roman du programme, lecture suivie d'un débat soigneusement organisé. Les buts de cet exercice sont de faire prendre conscience d'une manière globale de la forme et du contenu d'une œuvre et de donner envie à chacun de lire l'ouvrage, ou des livres du même auteur, ou des œuvres évoquant des thèmes, des problèmes, des situations, des personnages voisins.

c) comptes rendus-débats :

On donne à lire à quelques élèves un livre (il faut en même temps les dégager de tout autre travail). On organise une séance de discussion publique. Discussion qui peut avoir lieu sous forme de procès, où s'affrontent les partisans et les adversaires de tel ou tel personnage. Je me souviens ainsi de discussions fort animées à l'occasion de la mise en jugement de « Elmire » (de Tartuffe), de Manon Lescaut, de Madame Bovary etc.

d) montages :

Je n'ai pas la place de m'étendre sur les différentes techniques de montages pouvant être utilisées pendant la classe de français (montages de textes, montages audio-visuels, montages incluant le cinéma, le jeu dramatique, etc.). Cette technique conduit nécessairement à la lecture. Parmi plusieurs montages que nous avons réalisés en classe de seconde, je retiens : un montage sur l'Odyssée (accompagné d'une exposition de photos), le pays de Ronsard, précieux et libertins, voyages au XVIIe siècle (La Fontaine, Mme de Sévigné, etc.).

e) la fiche de lecture individuelle :

Il s'agit, en dehors des compositions françaises, d'un travail de rédaction personnelle non obligatoire et qui porte sur les livres de toute nature qui viennent d'être lus. Dans un cadre précis, comportant plusieurs rubriques (identification du livre, résumé, pages documentaires, impressions personnelles, notes sur l'auteur, bibliographie etc.), l'élève rend compte d'une lecture et se constitue un fichier de références. J'ai obtenu depuis plusieurs années des résultats surprenants à l'aide de cette technique. Les meilleures fiches peuvent même constituer d'utiles documents d'accompagnement pour les livres de la bibliothèque.

f) expositions :

Un événement : mort d'un écrivain, attribution d'un prix, commémoration d'un anniversaire etc., doit offrir un prétexte pour présenter des documents. Et on peut avec un peu de flair et de curiosité trouver à très bon compte dans les hebdomadaires illustrés ce dont on a besoin.

Enfin, sans renoncer totalement aux recueils de morceaux choisis, il est intéressant de travailler à partir des livres de poche qui ont l'avantage de présenter à des prix modiques, des œuvres intégrales. Nous avions également pris l'habitude d'afficher tous les mois la liste des nouveautés parues dans les collections de poche.

B) En dehors de la classe :

Un établissement scolaire quel qu'il soit devrait devenir, et surtout s'il est situé en zone rurale, un foyer dynamique de lecture vivante.

L'idéal serait, bien sûr, que chaque établissement puisse être équipé d'une bibliothèque digne de ce nom. C'est à partir de la bibliothèque, et dans la mesure où elle constitue en même temps un foyer que peuvent fonctionner les « clubs » (club de poésie, club de jazz, club de chanson, club de musique). Je n'insiste pas, car les études sur ce que sont parfois et ce que pourraient être les bibliothèques d'établissement sont nombreuses. Notons toutefois qu'il est parfaitement possible d'entraîner des élèves même très jeunes à la gestion directe de leur bibliothèque, et que la présence d'un atelier de reliure, dans la mesure où il apprend à respecter le livre comme objet contribue à élever le taux de lecture.

Enfin il faudrait nouer des liens vivants entre les établissements scolaires et les diverses bibliothèques de lecture publique.

2. La lecture après l'école.

Ce problème est lié très directement à celui beaucoup plus général du développement culturel en milieu rural. Il est nécessaire d'une part de construire des Maisons de jeunes, Foyers de jeunes et d'autre part, de prévoir dans ces maisons des bibliothèques modernes.

En même temps l'action remarquable qui est entreprise en France pour développer les bibliothèques d'enfants et d'adolescents doit être poursuivie, en liaison avec tout l'effort culturel, et ne pas se cantonner aux zones urbaines.

Cela étant dit, il ne faut pas attendre que le jeune rural aille spontanément vers les livres. Il faut que le livre aille vers lui ce qui entraîne une action intense de publicité et d'animation :
- il convient de multiplier et de coordonner les enquêtes sociologiques sérieuses sur la lecture des jeunes. Des formes nouvelles d'enquêtes (enquêtes-participation) permettent d'associer les intéressés à la recherche et de déterminer des besoins nouveaux.
- les contacts entre les jeunes lecteurs et les écrivains vivants peuvent et doivent s'établir. Il faut intéresser à cette action les libraires dynamiques et novateurs.
- il faut obtenir des stations régionales de radio et de télévision qu'elles fassent un effort supplémentaire pour la diffusion du livre.
- chaque éducateur, chaque animateur, chaque responsable de mouvement de jeunesse, doit se sentir mobilisé pour aider et soutenir l'effort des bibliothèques publiques, des bibliothèques centrales de prêt et des bibliobus.

Tout ce qui a été dit plus haut sur ce que l'on pouvait faire dans le milieu scolaire est vrai pour une action généralisée. Les modalités de l'animation sont naturellement différentes. Mais les expériences que nous avons faites à « Peuple et Culture » dans tous les milieux de jeunes, les spectacles présentés par « Éducation et Vie sociale » sous le thème du « Livre vivant », les efforts du Centre laïque de lecture publique, de la Ligue de l'Enseignement etc., prouvent qu'il est possible de redresser une situation peu brillante.

Le temps est venu, dans le domaine de la lecture, de cette éducation « prolongée » dont parlait Gaston Bachelard.

J'ai été amené par la force des choses à ne pas séparer les problèmes de la lecture des jeunes ruraux des problèmes posés par la lecture des jeunes en général. Les uns et les autres sont liés à ce que l'on pourrait appeler « la lecture pour tous ».

Nous avons vu que le rôle de l'école à tous les degrés était primordial et que rien ne pourrait s'accomplir sans une mutation profonde des structures et de l'attitude des maîtres. Alors « apprendre à lire » deviendra une réalité, du cours préparatoire à l'Université. Mais il n'est pas moins urgent de prolonger l'action de l'École, pour ceux qui la quittent prématurément, et c'est le cas encore pour beaucoup de jeunes ruraux, afin que soit réalisée la promotion culturelle de tous par le livre. Le livre qui est le reflet de la vie sous toutes ses formes et qui plus que tout autre force peut contribuer à changer l'homme.