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Les Manuscrits de la Bibliothèque municipale de Colmar

Pierre

Depuis que la Direction des bibliothèques et la lecture publique a repris, sous la direction de M. l'Inspecteur général A. Masson, la publication du Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France, interrompu en 1933, sept volumes ont paru 1, de 195I à 1965 et trois autres sont sous presse.

Les tomes 49, 50, 5I, 54, 55 constituent des suppléments aux catalogues des bibliothèques de Paris (Arsenal, Institut, Muséum), des bibliothèques municipales (Amiens, Bayonne, Bordeaux, Dieppe, Fontainebleau, Nîmes, Strasbourg) et des archives départementales. Le tome 52 révèle les richesses littéraires de la Bibliothèque Spoelberch de Lovenjoul, à Chantilly, 'dont il n'existait qu'un inventaire manuscrit. Le tome 53 recense les pertes des bibliothèques sinistrées de 1940 à 1944. Les tomes 56 et 57 sont réservés à la Bibliothèque historique de la ville de Paris.

Le tome 58, consacré à la Bibliothèque municipale de Colmar revêt une importance exceptionnelle, car il s'agit du seul grand dépôt provincial dont le catalogue n'ait pas encore été imprimé. Aussi avons-nous demandé au conservateur, M. Schmitt, de réserver au Bulletin la primeur de sa préface, qui offre le plus vif intérêt pour l'histoire des bibliothèques. Nous ne pouvons, faute de place, reproduire que les premières pages relatives au fonds de Murbach et la conclusion. Dans quelques mois, on pourra lire, dans le tome 58 du Catalogue général l'ensemble de cette étude relative notamment aux fonds de Munster, de Lucelle, de Pairis, de Marbach, d'Issenheim et d' Unterlinden. Les souvenirs artistiques qui se rattachent à ces deux derniers monastères ajoutent à l'intérêt de la précieuse collection de manuscrits que le travail de M. Schmitt met en valeur.

Les fonds primitifs de la bibliothèque de Colmar proviennent essentiellement des maisons religieuses et seigneuriales de l'ancienne Alsace supérieure dont la Constituante avait édicté la fermeture.

De précieux manuscrits, des incunables sortis des officines les plus réputées, des ouvrages du XVIe siècle dont la variété et la richesse étonnent toujours les spécialistes, ont dès lors convergé vers le chef-lieu du département du Haut-Rhin nouvellement créé, pour former la bibliothèque nationale qui bientôt sera mise à la disposition de la ville.

Au cours du XIXe siècle, la bibliothèque s'est agrandie au rythme des concessions de l'État et des dotations de l'Assemblée communale. Elle a bénéficié d'une série de legs exceptionnels, grâce aux libéralités de bibliophiles réputés, dont Ignace Chauffour, avocat, homme politique (1808-1879) et Henry Wilhelm, magistrat (182I-1899).

Des collections d'Ancien Régime, tout n'est certes pas intact. Témoins échappés aux guerres, aux révolutions, à l'usure des temps, et parfois à la maladresse ignorante des hommes, beaucoup nous sont parvenues disloquées ou défigurées.

Nous possédons un nombre considérable d'impressions anciennes qui présentent dans les contre-plats de leurs reliures des feuilles de parchemin provenant de manuscrits de tous les siècles. Ce serait un travail sans doute fructueux, et une contribution éminemment précieuse à notre connaissance de la civilisation du Moyen âge que de relever et d'analyser systématiquement toutes les gardes des reliures anciennes.

Comment cependant ne pas rester confondu des richesses culturelles accumulées au cours des siècles et parvenues jusqu'à nous ?

Des moines pérégrins de haute époque aux humanistes de la Renaissance, de ceux-ci aux savants juristes du Conseil souverain d'Alsace et aux tenants des cercles littéraires du XVIIIe siècle, l'Alsace a joué un rôle capital de foyer culturel et de carrefour.

Nous en trouvons peut-être la manifestation la plus éclatante et le symbole même au tournant du XVe siècle, dans cette maison des Ribeaupierre, hommes de guerre certes, mais aussi humanistes, qui ramassent dans leur château plus de 2 500 volumes, manuscrits et imprimés.

Les livres des comtes de Ribeaupierre, conservés presque intégralement dans nos fonds anciens, surprennent toujours par le choix de l'édition, la fraîcheur du volume, son habillement. On les reconnaît à la signature des nobles bibliophiles, ou à leur ex-libris, sans doute l'un des premiers de l'Alsace.

Nos fonds cependant ont des racines infiniment plus vénérables encore et plus précieuses.

Les manuscrits les plus anciens proviennent des maisons religieuses, abbayes bénédictines de Murbach et de Munster, abbayes cisterciennes de Lucelle et de Pairis, celle des chanoines réguliers de Saint-Augustin de Marbach. Ce sont ensuite la préceptorerie des Antonins d'Issenheim, les couvents des Dominicains de Colmar et de Guebwiller, le monastère des Dominicaines d'Unterlinden qui fut, au XIVe et au xve siècle, un des hauts-lieux de la mystique rhénane.

A ces collections, il convient d'ajouter les épaves d'autres librairies monastiques, celles des Cluniciens, des Franciscains, des Capucins, des Jésuites, des Ermites de Saint-Augustin, des Chevaliers de Saint-Jean...

L'abbaye de Murbach a été très tôt le ferment d'un réveil intellectuel dans la vallée du Rhin. Elle est issue d'une colonie de moines, ermites ou missionnaires, que Pirmin, l'abbé chassé de la Reichenau, avait rassemblé in vivario peregrinorum in heremi vasta quae Vosagus appelatur, à la demande d'Eberhard, petit-fils d'Adalric, duc d'Alsace. Le fait se place vers l'an 726. Deux années plus tard, le 12 mai 728, l'évêque de Strasbourg, Wideguerne, accorde aux religieux le droit d'élire librement leur abbé; le 12 juillet de la même année, Childéric IV lui octroie l'immunité. Charlemagne se dira pastor Murbacensis et y placera Agilmar comme prévôt. Dès lors, l'abbaye de Murbach connaîtra un rayonnement spirituel, économique et politique d'une intensité telle que durant cinq siècles les plus sombres moments de l'histoire ne purent l'altérer. Au XIIe siècle, ses bâtisseurs ont érigé une abbatiale qui demeure, en dépit de ses mutilations, l'un des monuments les plus impressionnants de l'Alsace romane 2.

La vie intellectuelle s'y est épanouie extraordinairement. Alcuin, qui l'a visitée en 780 à l'occasion d'un voyage qu'il fit à Rome dans la suite d'Aelbert, archevêque d'York, vante l'excellence de son école. Quant à la bibliothèque, deux catalogues du IXe siècle apportent le témoignage d'une ouverture d'esprit qui pourra étonner. Ces catalogues, connus grâce à une transcription du xve siècle, le Registrum établi vers 840-850, et le Breviarium librorum Isghteri abbatis, l'énumération des livres réunis par l'abbé Isker, vers 870, nous donnent un état des manuscrits, soigneusement analysés 3.

Les notices révèlent des textes patristiques, des auteurs sacrés jusqu'à Alcuin, « l'érudit de notre temps » (libri Albini moderni magistri), des auteurs de l'antiquité romaine, les gentiles, dont le célèbre manuscrit d'un Pline que retrouva Beatus Rhenanus en 1520, et un Lucrèce que l'on n'a jamais rencontré dans aucun autre catalogue du siècle carolingien. Nul doute que l'unique exemplaire du Velleius Paterculus, l'historiographe, encore qu'il ne soit noté dans nos catalogues, mutilé d'ailleurs, fît partie de cette librairie 4.

Il en est de même des annales qu'un anonyme, ouvert à toutes les résonances historiques de son temps, écrivit vers 791, les Annales Murbacenses qui devinrent, remaniées un siècle plus tard, la source essentielle de maints chroniqueurs du temps 5.

Les deux catalogues mentionnent 346 manuscrits. Sur 280 traités qui ont pu être identifiés avec certitude, 161 se retrouvent en l'an 822 à l'abbaye de Reichenau, 34 vers le milieu du siècle à Saint-Gall et 25 à l'abbaye de Lorsch en Hesse. Murbach a donc réuni soixante ouvrages que l'on chercherait en vain ailleurs en Francie 6.

Ce qui différencie singulièrement le catalogue de Murbach d'autres documents du même genre et de même époque, c'est que l'on y perçoit non pas une librairie définitivement constituée ou réunie au hasard de quelques acquisitions, de quelques copies de textes, mais le noyau d'une bibliothèque éminemment vivante, destinée à être développée et toujours enrichie 7. C'est à ce titre surtout que le Registrum et le Breviarium de l'abbé Isker éclairent la vie intellectuelle de l'Alsace à l'époque carolingienne.

Au siècle des humanistes, les principaux usagers semblent avoir été les imprimeurs de Bâle qui y trouvèrent, grâce aux prospections de savants chercheurs, maints textes dont ils se servirent pour leurs éditions demeurées célèbres 8.

Ces collections ne pouvaient indéfiniment résister aux outrages des temps. Au IXe siècle, on signale un incendie qui ravagea l'abbaye. En 925, les Huns, après avoir défait le comte Leufried près de Huningue, avancent jusqu'à Murbach, saccageant les lieux, tuant les moines qui n'ont pu fuir à temps. En 1382, l'église, à nouveau, est la proie des flammes. De 1625 à 1640, les troupes du duc de Weimar y jettent la désolation, si bien que les bâtiments se virent abandonnés pendant quinze ans. On raconte que les livres furent entreposés au château de Wildenstein, dans la haute vallée de Saint-Amarin, et qu'une partie en fut volée par un capitaine et vendue à Luxeuil 9.

Des manuscrits du siècle carolingien, douze seulement sont parvenus jusqu'à nous. Quatre sont conservés à Colmar, trois à la bibliothèque grand-ducale de Gotha, les autres se trouvent à Épinal, à Besançon, à Genève, à la « Bodleian library » d'Oxford.

Un moine de Saint-Ulrich d'Augsbourg, Sigismond Meisterlin a étudié ces catalogues. Dans une lettre qu'il adressa le 7 juin 1464 à l'abbé de Murbach, Barthélémie d'Andlau, pour lui faire une description des tapisseries de l'abbaye remontant au XIIe siècle, il raconte avec tristesse combien la bibliothèque, si riche autrefois, s'était amenuisée. Les quelques manuscrits encore conservés montraient les stigmates de leur âge et de leurs vicissitudes...

Mais Barthélémie d'Andlau (1447-1477) devait veiller à ce que ces monuments des temps anciens ne se perdissent pas; il les fit restaurer et habiller de reliures solides. Dans plusieurs manuscrits, il est demandé au lecteur de prier pour lui, « orate pro domino Bartolomeo de Andalo, abbate Morbacensi, qui hunc (librum) reparavit et plures alios aut de novo comparavit aut renovavit ». On sait qu'il fit l'acquisition de nouveaux manuscrits pour un montant de 300 florins, et qu'il trouva auprès de Sigismond Meisterlin un collaborateur enthousiaste. Celui-ci rédigea de nouvelles Annales englobant les années 1259 à 1497. Il est l'auteur d'un cartulaire; on lui doit également un recueil de sources historiques 10.

Le XVIe siècle ne dissimule pas la lassitude de la vie monacale; il ébauche une certaine décadence intellectuelle que le XVIIe siècle devait précipiter et consommer.

Le séquestre de la Révolution a assuré à la bibliothèque de Colmar 45 manuscrits antérieurs au XVIe siècle et quelques-uns des temps modernes, parmi lesquels le Diarium de Bernard de Ferrette, prieur de l'abbaye, mort en 1746.

Les manuscrits de Murbach n'ont pas échappé aux bibliographes du XVIIIe siècle. Dom de Montfaucon a transcrit dans sa Bibliotheca bibliothecarum manuscriptorum nova (Paris, 1739, II, 1175-1178) le catalogue sommaire que lui en avait établi Dom Calmet. Dom Ruinart et Dom Gerbert, l'abbé de Saint-Blaise, les signalent dans leurs Itinéraires 11.

L'examen critique de leurs énumérations et la comparaison avec l'état actuel accusent des pertes sensibles. Sont-elles dues aux tumultes de la Révolution, à des fuites, à des prêts non restitués ? L'abbé de Saint-Blaise et Dom Jean-Baptiste Maugérard ne semblent pas avoir eu trop de scrupules à dépouiller l'antique bibliothèque de Murbach de quelques-uns de ses trésors 12.

Plus graves sont les pertes que l'on constate à une époque plus proche de la nôtre. Dom Pitra, qui a visité la bibliothèque de Colmar en 1846, y a vu un Passionale sanctorum apostolorum du xe siècle, introuvable depuis une cinquantaine d'années; Gustave Hänel note un Mortuarium Morbacense en trois exemplaires, un Passionarium, peut-être le même qu'a vu Dom Pitra, et un saint Bernard du XIIe siècle 13. Au tournant du siècle, on a constaté leur perte, sans connaître leur destinée.

En 1870, dans l'incendie de la bibliothèque de Strasbourg ont péri un Passionale du IXe siècle qui contenait la Vie de saint Léger par le moine Fruland, et des Series compendiosa principum et abbatum Morbacensium.

Des manuscrits de Murbach se trouvent aujourd'hui à la "Ryland library" à Manchester, à Cheltenham en Angleterre, à la bibliothèque universitaire de Bâle, à la bibliothèque nationale de Berlin, à la bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg.

Les collections de Colmar ne s'arrêtent pas à l'apport des anciennes maisons religieuses. Déjà nous avons parlé de la bibliothèque des comtes de Ribeaupierre 14. Le XVIIIe siècle est marqué par la contribution des émigrés, notamment des magistrats du Conseil souverain d'Alsace, tels les Corberon et les Bruges, dont les papiers ont fait récemment l'objet d'un catalogue élaboré par les archives départementales du Haut-Rhin 15.

Au XIXe siècle, ce furent encore les gens de robe, conseillers à la Cour d'Appel de Colmar et maîtres du barreau dont les recherches d'histoire provinciale ont fortement marqué l'historiographie alsacienne 16. Parmi eux émerge la forte personnalité d'Ignace Chauffour dont la collection privée, riche de 159 manuscrits et de 25 ooo imprimés, est entrée à la bibliothèque de la ville en 1880.

Notre catalogue renferme les notices de l'ensemble des manuscrits conservés à la bibliothèque de Colmar.

Si ces manuscrits, faute de catalogue imprimé, ont sans doute été tenus à l'écart des investigations méthodiques des chercheurs, ils n'ont cependant pas échappé à l'attention de quelques privilégiés.

Dom de Montfaucon, qui a jalonné nos abbayes et couvents avant la Révolution, en a feuilleté un grand nombre 17; d'autres sont signalés par Dom Ruinart, d'autres encore par Dom Gerbert ou Dom Martène 18.

Aux savants du XIXe siècle, Gustave Hänel les signale dans ses Catalogi librorum manuscriptorum, parus à Leipzig en 1830. Mais il y a aussi Becker, Catalogi antiqui (Bonn, 1884); Theodore Gottlieb, Über mittelalterliche Bibliotheken (Berlin, 1890); Migne, Dictionnaire des manuscrits, I, 359; enfin Rod. Reuss, De scriptoribus rerum Alsaticarum historicis (Strasbourg, 1898).

Ils n'étaient pas seuls à révéler leur existence. Dom Pitra, le futur cardinal, qui a été l'hôte de Colmar en 1846, en parle dans son Histoire de saint Léger ; les Bénédictins de Solesmes les ont explorés pour leur Paléographie musicale, et F. Mone pour ses Hymni medii aevi. Le père de Lambillotte en a consulté un grand nombre au cours de ses recherches sur le chant sacré.

En 1898, le P.A.M.P. Ingold a publié une liste des manuscrits encore conservés en Alsace provenant des anciennes abbayes et des couvents d'hommes et de femmes 19. Sommaire sans doute, et incomplète, cette publication a néanmoins le mérite d'avoir étendu encore l'audience conquise par les manuscrits de nos dépôts publics, principalement par ceux de Colmar.

Quelques années plus tôt, en 1889, André Waltz, bibliothécaire, a publié le catalogue des manuscrits de la bibliothèque Chauffour. Ses notices, rédigées avec une minutie extrême, ont pris place ici sous une forme condensée.

Plus près de nous, le chanoine Victor Leroquais a décrit les missels, les antiphonaires et les bréviaires pour en insérer les notices dans ses publications luxueuses. Voici enfin de Charles Samaran et Robert Marichal le Catalogue des manuscrits en écriture latine portant des indications de date, de lieu et de copiste (t. V, Est de la France, Paris, C.N.R.S., 1965) où Colmar encore est largement représenté.

Si les manuscrits de Colmar n'ont donc pas été cachés entièrement à l'érudition, une vaste bibliographie en fait foi, il manquait cependant un catalogue complet qui réponde aux exigences de la recherche scientifique. Le voici, prenant rang dans la collection des catalogues des manuscrits des bibliothèques publiques de France.

Cette venue tardive appelle des éclaircissements.

Louis Hugot, bibliothécaire de 184I à 1864, ancien élève de l'École nationale des chartes, avait dressé un catalogue, sommaire sans doute, dont il ne reste cependant plus aucune trace.

Un de ses successeurs, Georges Stoffel (1873-1880), reprit l'œuvre, mais ne put mener l'entreprise à terme. Au moment de sa mort, la moitié des manuscrits restait encore à analyser.

« Les bulletins, où il avait consigné les résultats de ses recherches, d'ailleurs savantes et consciencieuses, n'étaient à proprement parler qu'une étude préparatoire, car pour l'achèvement du catalogue définitif il restait encore beaucoup à faire, surtout au point de vue du déchiffrement des incipits et des explicits et de l'attribution des ouvrages anonymes à leurs auteurs respectifs; mais ce sont avant tout les progrès qu'a faits depuis l'étude des manuscrits qui exigeaient un remaniement complet des matériaux laissés par Stoffel. »

Ce remaniement a été entrepris par le rédacteur des lignes que nous venons de citer, Émile Rodé, bibliothécaire adjoint de 1895 à 1920, année de sa mort. Passionné d'histoire, et de tout ce qui touchait au passé de son Alsace natale, il s'adonna à la tâche de vérifier les textes anciens et d'en contrôler l'identification, tâche ardue, rendue plus difficile encore par l'absence de nombreux ouvrages de base.

Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, sous un uniforme qu'il détestait, il en est revenu, miné dans sa santé, désespéré de ne pas pouvoir conduire à terme un travail qui fut pour lui une jouissance intellectuelle.

C'est en quoi il devait avoir une place privilégiée au seuil de ce travail. Je retrouve Émile Rodé dans ma mémoire, tel que je l'ai vu avant sa mort, la face burinée par la douleur, mais les yeux brillants d'un toujours vif éclat.

De longues années devaient s'écouler encore et une nouvelle guerre ébranler le pays avant que ne fût mise en chantier la rédaction définitive de ce catalogue.

Après les grands travaux d'installation de la bibliothèque dans le nouveau bâtiment, nous avons repris le travail d'Émile Rodé, pour le contrôler et le compléter, et pour accorder les notices au cadre des catalogues des bibliothèques publiques de France. Les sources et les indications bibliographiques ont été mises à jour. En plus, nous avons analysé les manuscrits des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles qui, presque tous, se rapportent à l'histoire d'Alsace.

Ce travail a été long, parce qu'il n'a pu être entamé et poursuivi qu'en rompant périodiquement les servitudes de la vie quotidienne du bibliothécaire.

Pour hâter son achèvement, la Direction des bibliothèques de France a bien voulu nous déléguer, du 21 avril au 2I juillet 1958, M. Jean Vezin, aujourd'hui bibliothécaire au département des manuscrits de la bibliothèque nationale, qui a relu un grand nombre de notices, vérifié certaines lectures, levé l'anonymat de quelques traités. M. Vezin s'est attelé à cette besogne avec la passion éclairée du jeune chartiste. Ce fut une collaboration fructueuse qui restera gravée dans ma mémoire.

  1.  (retour)↑  En vente au Service de vente des catalogues de la Bibliothèque nationale, 58, rue de Richelieu, Paris 2e.
  2.  (retour)↑  Gatrio (A.). - Die Abtei Murbach im Elsass, Strassburg, 1895.
  3.  (retour)↑  Bloch (H.). - Ein karolingischer Bibliothekskatalog aus Kloster Murbach. [In: Strassburger Festschrift zur XLVI. Versammlung deutscher Philologen und Schulmänner, Strassburg, 190I.]
  4.  (retour)↑  Fechter (A.). - Die Amerbachische Abschrift des Velleius Paterculus, Basel, 1844. Die Amerbachkorrespondenz..., hrsg. von Alfred Hartmann, Basel, 1948.
  5.  (retour)↑  Les annales de Murbach, allant de 741 à 790, sont publiées sous le nom d'Annales Guelferbytani dans les Mon. Germ., f°, Scriptores, t. I, 22-3I et 40-44; un remaniement, effectué à Murbach est connu sous le nom d'Annales Alemanici; elles ont été insérées dans les Mon. Germ., f°, Scriptores, t. I, 22-30 et 48.
  6.  (retour)↑  Vogel (Cyrille). - Contribution des abbayes de Murbach et de Wissembourg à l'élaboration de la liturgie chrétienne durant le haut moyen âge. [In : Les Lettres en Alsace, t. VIII des Publications de la Société savante d'Alsace et des Régions de l'Est, Strasbourg, 1962.]
  7.  (retour)↑  Histoire de la propriété ecclésiastique en France, t. IV : « Les livres, " scriptoria " et bibliothèques du commencement du VIIIe à la fin du XIe siècle », par Émile Lesne, Lille, 1938, p. 469, 708-717.
  8.  (retour)↑  Lehmann (Paul), - Johannes Sichardus und die von ihm benutzten Bibliotheken und Handschriften. [In : Quellen und Untersuchungen zur lateinischen Philologie des Mittelalters, begründet von Ludwig Traube, München, 1912.]
  9.  (retour)↑  Arch. du Haut-Rhin, H. Murbach, 76, n° 15.
  10.  (retour)↑  Nouvelles œuvres inédites de Grandidier, t. V, Paris, 1900. Ph. A. Grandidier, Annales Murbacenses, nouvelle édition, suivie d'une partie inédite publiée par A. M. P. Ingold, Paris, 1900. Annales Murbacenses 63I-1439, publiées par Th. von Liebenau. [In: Anzeiger für Schweizerische Geschichte, XIV, NF I. P. Joachimsohn, Siegmund Meisterlin, Bonn, 1895.]
  11.  (retour)↑  Ruinart (Dom). - Iter litterarium in Alsatiam et Lotharingiam. [In : Ouvrages posthumes de D. Jean Mabillon et de D. Thierry Ruinart, III, Paris, 1724, pp. 468-470.] - Martène (Dom) et Durand (Dom). - Voyage littéraire de deux Religieux bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur, Paris, 1717, II, 138 et suiv. - Gerbert (Dom). -Iter Altemannicum, Sankt-Blasien, 1765, et 2e éd. 1773, p. 368.
  12.  (retour)↑  Traube (D.). et Ehwald (R.). - Jaen-Baptiste Maugérard. - München, 1904. [In : Abhandlungen der kgl. Bayer. Akademie der Wissenschaften, III. Klasse, XXIII. Bd., II Abtl., p. 314.]
  13.  (retour)↑  Hanel (G.). - Catalogi librorum manuscriptorum qui in bibliothecis Galliae... asservantur, Leipzig, 1830, p. 140.
  14.  (retour)↑  Baillet (L.). et Kimmenauer (A.). - Recherches sur la bibliothèque des seigneurs de Ribeaupierre. [In : Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie de Ribeauvillé, 1959-196I].
  15.  (retour)↑  Arch. dép. du Haut-Rhin, Inventaire de la sous-série 1 J. Collection Corberon-Bruges, dressé par Lucie Roux, sous la dir. de Christian Wilsdorf.
  16.  (retour)↑  Kiener (Fritz.). - Aperçu sur l'historiographie de la ville de Colmar. [In : Annuaire de la Société historique et littéraire de Colmar, 1953, pp. II-38].
  17.  (retour)↑  Op. cit.
  18.  (retour)↑  Martène (Dom.). - De Antiquis ecclesiae ritibus libri tres.... - Anvers, 1764.
  19.  (retour)↑  Ingold (A. M. P.). - Les Manuscrits des anciennes maisons religieuses d'Alsace. -Paris, 1898.