entête
entête

Utilisation de la Xérox 9I4 pour la duplication et la reproduction des fiches de bibliothèques

Étienne Geiss

L'atelier de multigraphie de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg utilise deux machines Xérox 914. Ces machines, suivant le principe de leur firme qui ne pratique pas la vente, ont été louées en juillet et septembre 1964.

La Bibliothèque demande aux Xérox de lui rendre trois services : fournir dans la mesure du possible aux lecteurs les reproductions d'ouvrages et de documents qui leur sont nécessaires, exécuter des tirages administratifs pour les besoins du service intérieur et enfin, obtenir des fiches de catalogue. Ce sont les expériences de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg sur ce dernier point qui feront l'objet du présent article.

Nous employons du bristol blanc de 240 grammes (Afnor VII/I) de la Maison Aussedat, fourni en ramettes de 250 feuilles, coupées au format 25 X 37,5 cm et 25,5 X 37,5 cm; nous parlerons plus loin du choix de ces formats. Nous avons donné à notre fabricant des consignes impératives sur le sens transversal des fibres du bristol. En effet, l'observation montre que lors de son passage dans le four de la machine Xérox 914, la feuille de bristol tend à se gondoler suivant la ligne des fibres. Si celles-ci vont dans le sens de la longueur, les côtés latéraux se soulèvent très légèrement, et de ce fait, la feuille risque de rester coincée au sortir du four; au contraire, avec des fibres en largeur, les gauchissements de la feuille se produisent dans ce sens et n'entravent pas sa sortie. D'autre part, la feuille de bristol est plus souple dans le sens transversal des fibres; elle adhère plus étroitement au cylindre et la qualité des tirages en est améliorée.

Lors de la mise en place du bristol dans la machine Xérox, il faut veiller à bien déramer les feuilles pour éviter qu'elles n'adhèrent les unes aux autres. Elles sont obligatoirement prélevées dans la même ramette.

Pour le tirage des fiches, le problème se pose différemment s'il s'agit de duplication ou de reproduction.

I. La duplication :

La duplication des fiches consiste à obtenir la notice d'une nouvelle acquisition en un nombre N d'exemplaires destinés à alimenter les divers catalogues (auteurs, matières, catalogue collectif des ouvrages étrangers, etc). Pour le tirage, on crée spécialement un document reproducteur, appelé matrice.

Les feuilles de bristol 240 grammes mesurent 25 X 37,5 cm : les 25 centimètres correspondent à 2 longueurs de fiches (12,5 X 2 = 25 cm) et les 37,5 cm à 5 hauteurs de fiches (7,5 X 5 = 37,5 cm). La feuille de bristol couvre donc exactement 10 fiches normalisées.

La dactylographe frappe sur des feuilles de papier ordinaire (matrice) mesurant 25,5 X 37,5 cm à raison de 10 notices à la feuille (fig. I) et pour se guider et connaître le contour des fiches, elle dispose, sous la feuille, une grille figurant exactement les fiches (fig. 2). Au cas où une fiche est à recommencer, un papillon de papier collant est appliqué sur la notice erronée afin de sauvegarder l'ensemble de la feuille dactylographiée.

Grâce à l'écart de 0,5 cm entre la largeur du bristol et celle de la feuille dactylographiée, la glace d'exposition est entièrement recouverte et le demi-centimètre évite que le bord de la feuille dactylographiée ne soit reproduit sur le bristol.

L'emploi d'un papier plus long que les 37,5 cm habituels sera envisagé lorsque la feuille, en raison de l'importance du texte des deux notices inférieures, ne sera plus maintenue sur le rouleau de la machine à écrire, lors de la frappe.

La feuille dactylographiée est xérographiée, au nombre N d'exemplaires désirés, sur le papier bristol mesurant 25 X 37,5 cm (fig. 3).

Ces N feuilles de bristol sont alors débitées sur un massicot construit spécialement pour la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg par la Maison Boistay de Paris (fig. 4).

Un premier couteau sépare ces N feuilles de bristol en deux paquets de N bandes de 12,5 X 37,5 cm comportant chacune 5 fiches. La ligne de coupe, qui est à 12,5 cm du bord, se trouve figurée en pointillé sur la figure 3. Chacun de ces deux paquets de N bandes est alors massicoté par le deuxième couteau de l'appareil en 5 paquets de N fiches identiques, strictement normalisées. Pour cela, le paquet de N bandes est fixé sur un chariot dont les rails portent 4 encoches, distantes de 7,5 cm. A chaque encoche, le chariot s'arrête et un coup de massicot isole les N fiches identiques. En outre, un poinçon s'abaisse en même temps que le couteau et pratique la perforation. Ce dernier dispositif appelle encore des améliorations de fonctionnement car, lors de la perforation à l'emporte-pièce d'une épaisseur de plus de 8 à 10 fiches, le poinçon bourré de pastilles de carton se brise assez rapidement. Pour y remédier, nous utilisons également une perforatrice rotative « Foellmer » de chez Vary Print qui donne satisfaction : les pastilles de carton sont absorbées dans le poinçon par ventilation, puis rejetées, ce qui évite l'obstruction, donc la fêlure.

Compte tenu des arrêts, la vitesse de la Xérox, en duplication, est approximativement de 300 feuilles par heure soit 3 ooo fiches, massicotage non compris (le chiffre théorique étant de 420 copies par heure). Cette vitesse est l'un des avantages du procédé Xérox.

Nous examinons actuellement la possibilité de transformer l'une de nos Xérox 914 en Xérox 420, ou de remplacer l'une des Xérox 914 par une Xérox 720 plus rapide, qui permettrait, pour la duplication à de nombreux exemplaires, d'obtenir un tarif plus avantageux. Ce changement n'entraîne aucune modification technique du tirage.

2. La reproduction :

Nous employons ce terme quand il s'agit de reproduire un seul exemplaire des fiches existantes. Une telle opération s'est imposée ces dernières années à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, avec une grande ampleur en raison de la création des sections. La Section de médecine fonctionne depuis octobre 1964 et, en automne 1967, s'ouvrira la Section des sciences et techniques. Comme il a été décidé de conserver un catalogue collectif à la Centrale, il fallait reproduire les fiches des ouvrages de médecine, et nous venons de terminer la reproduction des fiches des ouvrages de sciences.

Nous avons employé des feuilles du même bristol que celles servant à la xérographie de nos nouvelles acquisitions, mais dont le format est de 25,5 X 37,5 cm. Cette différence de 0,5 cm en largeur, par rapport au bristol utilisé pour la duplication est nécessaire, car les anciennes fiches ne sont pas strictement normalisées et mesurent souvent 125 ± 1,5 mm. L'excès de 0,5 cm absorbe les irrégularités des fiches du type ancien et permet d'obtenir le format de 12,5 cm.

Lors de la xérographie, l'opérateur dispose 10 fiches sur la plaque d'exposition (fig. 5) de l'appareil en ayant soin de placer les bords externes des deux rangées de fiches à 25,5 cm l'un de l'autre. Il prend comme repère à droite, le rebord en aluminium de la vitre d'exposition et, à gauche, une bande de carton fixée avec du « scotch » à 25,5 cm du bord droit en aluminium. Entre les deux colonnes de fiches se situe donc l'espace libre d'environ 0,5 cm. Les fiches sont toutes alignées sur le recto, avec la tête tournée vers l'opérateur. Dans cette disposition, la partie perforée et non écrite des deux fiches supérieures se trouve dans la zone d'un centimètre où la reproduction est toujours floue. (On ne connaît pas ce problème pour la duplication, car on frappe les deux notices du haut de la matrice à plus d'un centimètre, en dessous du bord supérieur de la feuille.)

Pour le massicotage, le premier coup du premier couteau du massicot isole une bande de 5 fiches (fig. 6). Il reste la deuxième bande de 5 fiches, plus le petit rebord de 0,5 cm qu'il faut éliminer par un deuxième coup de ce premier couteau. Les deux bandes de 5 fiches sont alors débitées par le deuxième couteau et sortent perforées de l'appareil. Pour simplifier la manipulation, nous préparons des paquets de 30 fiches à xérographier qui donnent 3 planches de 10 fiches, ou, après le premier massicotage, 6 bandes de 5 fiches. Cette faible épaisseur de 6 feuilles de bristol permet l'usage du poinçon du chariot et l'on pratique simultanément perforation et découpage.

La reproduction des fiches est évidemment beaucoup plus lente que la duplication, car les fiches doivent être posées une à une. La cadence de tirage diffère suivant les opérateurs, et varie de 200 à 250 fiches par heure (arrêts et massicotage non compris). Théoriquement, on pourrait reproduire par journée de huit heures, de 1 600 à 2 ooo fiches, mais ce rythme ne se maintient pas dans la pratique. Les mêmes opérateurs se chargent aussi du massicotage; ils exécutent des travaux pour les services et pour les lecteurs, et manient le duplicateur à stencils. On doit tenir compte aussi des pannes et des arrêts de la machine. La moyenne réalisée dans les ateliers de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, s'évalue aux environs de 1 100 fiches par machine et par jour, pour toute reproduction par xérographie de fiches existantes.

Quant au massicotage-perforation au format 12,5 X 7,5 cm, la moyenne est de 900 à 1 ooo fiches en une heure.

Ajoutons que parfois la vedette des fiches situées dans les coins de la vitre d'exposition est mal reproduite. De tels accidents dénotent une anomalie de fonctionnement (encrage, température de cuisson, etc.) et sont plus fréquents à l'approche des révisions aux 10 000 copies.

Le réglage de la température de la machine est l'objet de soins particuliers, car la condition nécessaire de la réussite xérographique tient à la cuisson. Un excès prolongé de chaleur est préjudiciable à l'appareil, surtout à ses courroies de transmission; une température trop élevée ne fixe pas assez le texte qui s'efface au toucher.

Dès les premiers essais, on s'aperçoit que la cuisson pour le bristol 240 grammes nécessite une température beaucoup plus élevée que celles généralement utilisées pour le papier normal de 80 grammes. Il nous a même fallu modifier le système électrique de branchement du four de l'appareil pour augmenter la tension d'alimentation de ce four, donc la chaleur.

Le système d'alimentation du four fonctionne comme suit (fig. 7). Le primaire du transformateur alimentant le four comporte 6 plots (C à H) correspondant à différentes tensions du secteur (C = 200, D = 210, E = 220, F = 230, G = 240, H = 250 volts.) Il convient donc de brancher au secteur le plot E correspondant à la tension réelle, qui est de 220 volts à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. Le secondaire comporte aussi 6 plots (P, Q, R, S, T, U) qui développent 200 à 250 volts, si le secteur est correctement branché sur la borne du primaire correspondant à la tension du secteur. Dans un appareil non modifié, le four est branché aux bornes R, S, T du secondaire du transformateur qui correspondent respectivement aux tensions de 220, 230, 240 volts.

Ayant à notre disposition deux machines, nous avons modifié leur branchement de façon différente.

Sur la machine A (fig. 8), nous avons branché le four sur les plots S, T, U correspondant à 230, 240, 250 volts, mais ceci s'est révélé insuffisant car le texte se fixait mal. D'autre part, nous avons branché le secteur 220 volts, non pas sur le plot E du primaire qui correspond à ce voltage, mais sur le plot D correspondant à une tension de 210 volts. Le transformateur est donc survolté. Il s'ensuit que le secondaire ne donne pas 230, 240, 250 volts sur les plots S, T, U, mais 240, 250, 260 volts.

Les températures de chauffe ainsi accrues par ces modifications risquent de griller très rapidement les courroies de transmission du four. D'autre part, le bristol très chaud, à la sortie du four, ramollit, après quelques heures de marche, les poulies en caoutchouc par lesquelles il est conduit au bac de réception. Ces poulies laissent alors des traces, sous formes de trainées fort désagréables à la vue. Il faut donc évacuer rapidement l'excès de chaleur provoqué par le survoltage indispensable du four; on y a réussi en travaillant les portes de l'appareil ouvertes, les contacts de sécurité étant bloqués par des serre-joints ou des cubes de bois. Ainsi, peut-on réaliser un équilibre entre l'accroissement de la température du four et son évacuation sitôt après son utilisation. Cependant, il est conseillé d'arrêter la machine dix à quinze minutes toutes les deux heures dès que l'on commence à sentir une odeur de caoutchouc chauffé.

Lorsqu'on passe du tirage sur carton au tirage sur papier 80 grammes, il convient de laisser reposer quelques instants l'appareil, puis de travailler portes ouvertes, en poussant les boutons sur « faible 1 ». Il peut arriver que l'extrémité inférieure des feuilles de papier jaunisse très légèrement. Ces marques, à peine visibles, n'influent pas sur la qualité des copies.

Les modifications ainsi apportées à la machine A permettent d'obtenir de bons résultats avec le bristol, tout en offrant la possibilité de tirer sur papier 80 grammes. L'inconvénient réside dans la grande surchauffe qui grille trop vite les courroies à l'intérieur du four (9 jeux de courroies en 3 mois) et oblige à procéder au remplacement du four (4 dans la même période). En outre, il est peu commode de travailler les portes ouvertes. Nous avons cherché un moyen de modifier le four de la machine B sans recourir au survoltage excessif de la machine A.

La Xérox B (fig. 9) a subi deux transformations par rapport à l'appareil normal : la première affecte le système électrique, la seconde le système de ventilation. Le four est branché sur les plots S, T, U qui donnent 230, 240, 250 volts, car le secteur 220 volts est branché sur le plot E correspondant à ce voltage. Cependant, comme nous l'avons vu à propos de l'appareil A, cette modification est insuffisante, ce qui a conduit à modifier également le système de ventilation. Entre le four et le système de transmission vertical du papier existe un espace libre où passe un courant d'air. Grâce à une sorte de déflecteur, spécialement ajouté et solidaire du système de transmission, cet espace est comblé de manière à empêcher le courant d'air. La température de cuisson est donc augmentée par forte réduction de perte calorifique et atteint celle de l'appareil A. Mais les voltages d'alimentation du four sont seulement majorés de 10 volts, par rapport à l'appareil normal, alors qu'ils l'étaient de 20 dans l'appareil A.

Réglé de la sorte, le chauffage à « fort 3 » suffit amplement, les portes étant fermées, pour les tirages sur bristol. Il faut pourtant environ cinq minutes de préchauffage pour que le four atteigne la température d'utilisation. Au bout d'une demi-heure à une heure de travail continu, on peut baisser à « fort 2 » la manette commandant la température, afin de ménager les courroies de transmission à l'intérieur de l'appareil.

Pour tirer, portes fermées, sur du papier à grammage ordinaire on pousse les touches « faible 2 » ou « faible 1 » après avoir laissé reposer la machine quelques minutes; l'ouverture des portes à l'arrêt accélère bien entendu le refroidissement.

Cette modification de la machine B s'est révélée bien plus avantageuse que celle de la machine A. La source de chaleur étant moins violente, 3 jeux de courroies et un seul four ont dû être remplacés sur la machine B, tandis que la machine A usait, comme on l'a vu, 9 jeux de courroies et 3 fours.

Notons une légère transformation indispensable pour les travaux de reproduction ; le temps de la minuterie commandant l'arrêt après le tirage a été augmenté de cinquante à soixante secondes afin que la machine reste en marche pendant que l'opérateur place ses fiches sur la vitre d'exposition. On évite ainsi les baisses de température dues aux arrêts.