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Problème du choix des livres et ses solutions en URSS

G. P. Fonotov

Toute société doit être à même de lire ce qu'elle imprime. Mais l'apparition de nouveaux moyens d'information et de diffusion, dont le rôle est devenu considérable, remet les notions traditionnelles en question. Ces moyens peuvent, selon certains auteurs, devenir de dangereux concurrents du livre. Il est certain que nombre de nos contemporains, surtout parmi les jeunes, estiment que la lecture présente un effort et qu'il est préférable de brancher le poste de télévision ou d'aller au cinéma.

L'importance prise par la nouvelle forme de diffusion des connaissances que l'on appelle « la documentation » menace aussi de diminuer le nombre des lecteurs, surtout parmi l'élite technique. Certains estiment que la documentation est la seule solution pour endiguer le flot des publications et que les nouvelles générations, armées de machines à traiter l'information, aborderont le XXIe siècle sans livres.

Si nous partagions cet avis, le problème du choix des livres ne se poserait plus. Mais nous sommes d'un avis tout à fait contraire. Ces puissants moyens d'information, inventés par le génie humain et maintenant d'un emploi généralisé, sont en réalité des alliés du livre, s'il sont employés à bon escient.

La conservation du livre et son exploitation sont des facteurs essentiels du développement culturel. Toute l'instruction que l'on reçoit à l'école n'est, selon la juste remarque d'A. Maurois, « qu'une clé qui ouvre les portes des bibliothèques ».

Mais le garant de l'intérêt et de la survie d'un livre c'est la sûreté de son choix. Un bon livre, qu'il soit littéraire ou technique, intéressera toujours le lecteur et il prendra le temps de le lire, malgré d'autres formes de loisirs culturels. Même en documentation la question importante est le choix : il est préférable d'indiquer au chercheur peu de sources, mais d'essentielles, et qu'il pourra lire, que de lui offrir un nombre incalculable d'analyses.

Toutefois le problème du choix a toujours été sous-estimé. L'histoire suivante en est le témoignage; à l'Exposition internationale de Paris, en 1889, un jeune ouvrier français s'étonnait de voir au pavillon russe un livre intitulé « Que doit lire le peuple 1 » et déclarait qu'en France les gens savaient ce qu'ils devaient lire.

Il est évident que cette déclaration exprimait une certaine supériorité du citoyen vivant sous un régime républicain et dans un pays où le niveau d'instruction était bien plus élevé que dans la Russie tzariste. Mais dans l'expression du jeune ouvrier il y avait aussi un certain dédain à l'égard du problème du choix des livres.

A l'heure actuelle l'attitude à l'égard du choix des livres reste souvent la même. Cela s'explique probablement par l'impossibilité d'embrasser la masse écrasante des publications. « Il y en a trop pour pouvoir choisir », c'est une réflexion qui revient souvent. Mais le devoir du bibliothécaire est de lutter en faveur du vrai lecteur, de celui qui lit avec discernement, qui lit toujours et qui a ses auteurs préférés, qui ne s'enferme pas dans les limites étroites d'un seul sujet. Cependant le problème est complexe.

L'édition en URSS est un problème social d'importance capitale. Des exemples tout récents confirment cette assertion : le Conseil des Ministres de l'URSS a créé en août 1963 un comité spécial - le Comité d'état pour l'édition - et en juillet 1964 il a pris de nouvelles dispositions relatives à l'amélioration de l'édition et de la librairie. L'essentiel de ces mesures se résume ainsi : augmenter le nombre des livres édités aussi bien en fonction des diverses disciplines que des besoins des lecteurs, éviter les doubles, élever le niveau scientifique et littéraire des publications, organiser rationnellement la diffusion à l'échelle nationale.

Le processus d'accroissement est très rapide. Pour la seule année 1963 77 600 livres ont été édités en 89 langues des peuples d'URSS et en langues étrangères, d'un tirage global de 1 262 millions d'exemplaires. Si pour les dix dernières années on compte 663 000 ouvrages, pour les 45 dernières années on en compte 1 800 000, alors qu'avant cette période, depuis l'introduction de l'imprimerie, il n'y avait que 550 000 titres publiés.

Le lecteur trouve dans les librairies de l'URSS plus de 100 000 livres à sa disposition mais leurs titres changent très vite. Les ouvrages se succèdent rapidement sur les rayons. Pour Moscou seul, on vend 140 ooo livres par jour. Les fonds de nos bibliothèques comptent plus de 2 milliards d'exemplaires.

Le très grand nombre de livres dispersés sur un immense pays complique le choix du lecteur. Si nous sommes amenés à évoquer la dispersion, c'est qu'il existe un grand nombre de publications locales d'intérêt général, pas seulement en langue russe.

La seconde difficulté du choix, c'est le nombre considérable des lecteurs et la variété de leurs demandes. Lorsque les livres desservent un cercle restreint et dont l'intérêt est plus ou moins limité, le choix devient facile. Mais chez nous le nombre des lecteurs est grand et les intérêts variés.

Le nombre des lecteurs des bibliothèques soviétiques était en 1963 de 105 millions, bien qu'elles reçoivent moins d'un cinquième de la production typographique du pays et ne soient pas seules à offrir de la lecture. Du reste, les lecteurs qui achètent régulièrement des livres fréquentent aussi les bibliothèques.

L'attrait du livre est déterminé avant tout par le niveau culturel de la population. En URSS pour 1 ooo habitants 308 avaient en 1963 une formation d'enseignement secondaire et supérieur, on comptait pour la même période et pour l'ensemble du pays 61,2 millions d'étudiants, dont 3 millions pour l'enseignement supérieur.

La formation de nos citoyens se traduit aussi par le caractère et le genre de ses lectures. On constate un goût constant pour les belles lettres, contemporaines et classiques, nationales et étrangères.

L'intérêt pour la littérature grandit d'une année à l'autre ce qui n'exclut pas une profonde et croissante curiosité pour le livre politique et scientifique.

Dans les bibliothèques publiques, la communication des livres a sensiblement augmenté entre 1960 et 1964 : 33 % pour les sciences sociales, 24 % pour les sciences pures et appliquées, 18 % pour les techniques, 14 % pour les sciences agricoles. Des millions de citoyens, considérés partout comme gens moyens, sont chez nous lecteurs de bibliothèques spécialisées. C'est un facteur qui n'est pas négligeable dans un débat sur le sérieux et la maturité des lecteurs.

Il existe des sujets constants, c'est-à-dire qui intéressent des millions d'hommes, pendant très longtemps. Mais il existe aussi des sujets inhérents à la nationalité, à la profession, à l'âge ou bien à l'actualité. Les Lapons, éleveurs de rennes, les Tadziks, producteurs de coton, les mineurs du bassin houiller de Dombass et les défricheurs de terres vierges, les pêcheurs estoniens et les tisserands d'Ivanovo lisent à la fois les mêmes livres et des livres différents.

La lecture dans les villes de « jeunes » (Bratsk, Divnogorsk, Rudnyj et autres) a ses particularités propres comme celle des villes ayant une forte population de gens âgés. Chaque phénomène social influence la lecture.

Ainsi l'abondance du livre, les grands événements scientifiques et sociaux, les particularités des traditions historiques et culturelles des peuples de notre pays, les diverses occupations quotidiennes de millions de gens, ceux qui construisent des machines modernes et ceux qui cultivent le blé, tout cet ensemble complexe de facteurs influencent la demande et compliquent le choix.

On trouve toutefois certaines conditions qui facilitent le choix des livres dans les bibliothèques et permettent de résoudre ce problème.

Il existe en Union soviétique des dizaines et des dizaines de maisons d'édition, centrales et régionales, appartenant à l'État ou à des organismes scientifiques ou sociaux (syndicats, sociétés civiles, organisations de jeunes). Elles ont chacune leur propre plan. Toutefois chaque maison d'édition est toujours consciente de ses responsabilités à l'égard de la société et s'abstient de publier des livres qui pourraient nuire à l'éducation morale du peuple. Nous ne connaissons pas de littérature de boulevards ou pornographique et on ne publie rien qui pourrait ressembler aux « comics ». Toute tentative d'édition abrégée des œuvres classiques (sauf dans les cas traditionnels des livres d'enfants, l'édition du « Voyage de Gulliver » de D. Swift, par ex.) serait interdite. Résultat, les lecteurs soviétiques ne connaissent qu'un seul texte de « La Guerre et la paix », celui qui a été écrit par Tolstoï. Les maisons d'édition diffusent par les bibliothèques et les librairies leurs plans à de larges cercles de lecteurs et reçoivent volontiers leurs suggestions et leurs demandes. Nous ne connaissons ni publicité tapageuse, ni battage, ni manœuvres susceptibles d'induire en erreur le lecteur sur la valeur objective de chaque livre. Il peut, bien entendu, exister un mauvais compte rendu ou une critique d'un livre, comme il existe des livres « manqués ». Mais en règle générale la librairie et sa publicité sont fondées sur des buts scientifiques et éducatifs.

L'orientation des acquisitions fait l'objet de soins particuliers. Cette tâche incombe aux « collecteurs 2». Les bibliothèques ( sans compter les grands établissements bénéficiaires du dépôt légal) font leur choix au « collecteur ». Là aussi les demandes des lecteurs sont prises en considération. Mais les bibliothèques ont toute latitude pour faire leurs acquisitions par les libraires.

Si les bibliothécaires et le Conseil des lecteurs d'une bibliothèque s'approvisionnant au « collecteur » éprouvent des difficultés dans leur choix, le « collecteur » se substitue à eux d'autant plus aisément qu'un Conseil pour les acquisitions fonctionne près de chacun d'eux. Ce dernier se compose des bibliographes et bibliothécaires qualifiés d'un chef-lieu de région ou de république.

Quelles que soient leurs formes, les acquisitions des bibliothèques se traduisent par le choix des meilleurs livres. Prenons une bibliothèque rurale qui reçoit en moyenne 700 livres par an, c'est-à-dire un seul livre sur cent livres publiés. Choisir 50 livres sur 100 est chose facile, on élimine les ouvrages qui n'emploient pas la langue parlée de la région, les rééditions inchangées, les livres techniques et agricoles sans intérêt pour la région donnée, les publications trop spécialisées.

Mais il reste 50 autres livres, dont un seul doit être retenu. Pour ce genre de choix il faut une grande expérience, la connaissance des lecteurs et des livres. Toutefois dans la majorité des cas ce problème est résolu avec succès.

Le choix des livres 'pour des bibliothèques plus importantes : régionales, municipales (sans parler des spécialisées), est bien plus complexe, car les acquisitions de chacune de ces bibliothèques sont plus importantes et la géographie humaine des grandes agglomérations, aussi bien sur le plan professionnel, que national, est plus diversifiée. Mais partout les acquisitions et la constitution des collections sont fondées sur des principes démocratiques et ont partout comme critère l'intérêt seul des lecteurs que les bibliothèques se doivent de satisfaire.

Pour choisir un livre il faut connaître les livres qui existent, ceux qui ont été imprimés dans l'année, dans le mois, dans la semaine. On ne peut évoquer dans le cadre de cet article tous les aspects du problème, par exemple, démontrer le prix qu'on attache à la publication d'un répertoire du livre russe ou des répertoires des livres dans les langues de l'URSS. Il suffit de signaler que durant ces dernières années on a publié une série d'importants travaux bibliographiques qui donnent un recensement suffisamment complet d'ouvrages en diverses langues de l'URSS depuis le début de l'imprimerie dans ces langues. Plusieurs volumes du « Catalogue du livre russe » sont sortis des presses. Nombreuses sont les publications bibliographiques universelles et spécialisées.

La bibliographie courante occupe une place importante. Un organisme spécial - La Chambre fédérale du livre - publie une bibliographie nationale hebdomadaire Knižnaja letopis' qui, selon un classement systématique, donne un recensement de la production typographique nationale sans distinction de la langue de publication. Il existe des « Letopis' » distinctes pour les périodiques, la musique, l'art graphique. Les bibliographies spécialisées courantes sont également très abondantes.

Toutefois, les « Letopis' » sont destinées surtout aux bibliothèques importantes et aux « collecteurs », alors que les bibliographies courantes spécialisées sont destinées aux spécialistes. C'est la raison pour laquelle on publie, en plus de la bibliographie nationale, un autre bulletin hebdomadaire, « Les livres nouveaux » (Novye Knigi), qui recense seulement les livres en langue russe, à l'exception des publications officielles. Les différentes républiques (l'Ukraine, la Biélorussie, la Lituanie, la Lettonie, le Kazakhstan, la Kirghisie, la Turkménie, la Čuvaši) publient à leur tour, outre leur Knižnaja letopis' des bulletins hebdomadaires du genre des « Livres nouveaux » publiés à Moscou. Ces dernières publications s'adressent à un large cercle de lecteurs et recensent dans un ordre systématique les livres sortis des presses ou sur le point d'être publiés. Un périodique mensuel « Dans le monde des livres » (V mire knig) donne des comptes rendus des plus importants ouvrages et des articles critiques.

Un bulletin spécial informe les lecteurs sur la production imprimée étrangère reçue par les bibliothèques soviétiques. Il comporte deux séries, chacune pour un groupe de disciplines différentes. Ce bulletin donne pour une année plus de 45 ooo titres reçus dans 400 bibliothèques. Des centaines de bibliothèques en URSS publient des bulletins des nouvelles acquisitions de publications soviétiques et étrangères : ce sont pour la plupart des listes multigraphiées, diffusées aux entreprises industrielles, aux kolkhoses, aux sovkhoses, à des organismes scientifiques, aux établissements d'enseignement et à des particuliers.

Nous ne pouvons pas évoquer ici la diffusion de l'information bibliographique par la presse, la radio et la télévision, qui est considérable. On peut dire en conclusion que le lecteur soviétique dispose d'un large éventail de sources d'information sur le livre. Dans tous les cas le lecteur trouve ses sources à la bibliothèque et c'est à elle qu'il s'adresse pour son choix.

L'un des principes essentiels de la bibliothéconomie soviétique est le travail personnel des bibliothécaires avec les lecteurs, cela veut dire que le bibliothécaire a pour mission de servir le lecteur individuellement. Si la bibliothèque ne dispose pas du livre demandé, elle l'emprunte à une autre bibliothèque. Ce principe est valable pour chaque lecteur de la bibliothèque.

Malgré la richesse de l'information sur le livre, nombreux sont les lecteurs qui s'adressent ou s'adresseront à la bibliothèque publique non pas pour obtenir un livre précis, mais pour demander des publications sur un sujet donné. Certains lecteurs viennent à la bibliothèque tout simplement pour lire, sans idée préconçue. Du reste cette catégorie de lecteurs est en régression.

Nous estimons que même dans le cas où le lecteur demande un livre précis, il est du devoir moral du bibliothécaire d'examiner attentivement ses besoins, de donner son avis sur le livre demandé, de le conseiller. N'est-ce pas pour aider chacun à trouver ce qui lui est le plus utile que la société a confié au bibliothécaire ses énormes richesses, ses livres ? Peut-on rester insensible au fait qu'une lectrice de dix-sept ans lit uniquement du Maupassant ou qu'un lecteur du même âge se passionne trop pour Dostoevskij, alors qu'il n'assimile que la trame des œuvres de cet auteur difficile? Mais même dans le cas où l'on peut communiquer ces œuvres à un lecteur, le rôle du bibliothécaire reste encore très actif. Il peut à cette occasion attirer l'attention d'un lecteur-chauffeur sur de nouvelles marques de voitures, et celle d'un ingénieur, qui demande un roman de Stendhal, sur un nouveau livre d'esthétique industrielle. Cela ne veut pas dire qu'il impose un choix ou qu'il entrave la liberté du choix, mais c'est un mode de diffusion intelligent d'un livre dont l'acquisition a demandé des efforts et qui doit toucher le lecteur, quelquefois seul intéressé dans une bibliothèque. Les lecteurs savent toujours gré pour une assistance de ce genre. Mais que dire du rôle du bibliothécaire lorsque le lecteur cherche des livres sur un sujet donné, ou cherche tout simplement un sujet. Il est évident que ces conseils pertinents demandent au bibliothécaire de la réflexion et un jugement sûr.

Le rôle actif des bibliothèques et des bibliothécaires dans le choix des livres constitue notre titre de fierté.

Nous venons de démontrer ce qu'apporte le contact du bibliothécaire avec le lecteur et son rôle déterminant dans le choix du livre. Pour mener à bien cette tâche, le bibliothécaire doit connaître à la fois son fonds et le lecteur : sa profession, sa situation familiale, ses préoccupations et ses aspirations. C'est pour cela que notre formation professionnelle des bibliothécaires met l'accent à la fois sur les connaissances bibliographiques et sur les méthodes d'étude des besoins des lecteurs.

Mais le contact avec le lecteur est loin d'être la seule forme d'aide dans le choix des livres. Toute l'organisation d'une bibliothèque doit tendre vers ce but.

Nous ne pouvons examiner ici que quelques-uns de ces aspects.

a) L'accès libre aux rayons.

L'accès libre aux rayons est connu des bibliothèques du monde entier et il a une longue tradition. En URSS il est apparu il y a une trentaine d'années, mais s'est développé surtout depuis les 5 ou 6 dernières années. En fonction des conditions matérielles (local, équipement), qui ne cessent d'ailleurs de s'améliorer, l'accès libre est partiel ou total dans la majorité des bibliothèques du pays.

Le principal argument en faveur de cette forme de structure est la grande facilité qu'elle offre pour le choix des livres. Elle suppose comme corrolaire un classement rationnel sur les rayons, fondé sur une classification très détaillée. Admettons qu'une bibliothèque ne possède que quelques dizaines de livres de physique, on trouvera néanmoins sur les rayons une subdivision de mécanique quantique, de physique nucléaire, de la théorie de la relativité. Sont particulièrement mises en évidence des disciplines qui occupent souvent dans la systématique des sciences une place modeste, mais qui éveillent un grand intérêt chez les lecteurs. Ainsi après le lancement du premier « Spoutnik » soviétique, rares étaient les bibliothèques où l'on ne trouvait pas de livres sur la conquête de l'espace, un ou deux seulement à l'époque, ou tout simplement un dossier de coupures de journaux. Actuellement ils sont par dizaines, nécessitant de nouvelles subdivisions sur les rayons (« L'homme dans l'espace », « Le vol sur la lune », etc.). Peu nombreux sont encore les livres sur des sujets comme : les herbicides, le transport par l'énergie nucléaire, la synthèse de la matière vivante ou les profondeurs de la terre, toutefois de nombreuses bibliothèques ont déjà créé ces sections en prévision de demandes futures des lecteurs.

Les bibliothécaires prennent toutes les précautions pour mettre en évidence les différentes divisions et leur contenu et pour attirer l'attention des lecteurs sur des sujets d'actualité. Ainsi, par exemple, dans certaines bibliothèques, à proximité des rayons où sont placées les œuvres de Saint-Exupéry, se trouve affichée sa biographie, précaution dans ce cas précis sans doute superflue, car ses œuvres et les ouvrages publiés sur lui en URSS sont toujours en communication. La bibliothèque a également recours à d'autres moyens pour attirer le lecteur et frapper son imagination, portraits d'écrivains et de savants, par exemple, ou expositions de livres. Sur les rayons, près de chaque division, se trouve une liste qui désigne les livres les plus importants de cette division, avec l'indication de l'ordre préférentiel de lecture.

La bibliographie recommandée connaît depuis l'introduction de l'accès libre aux rayons un regain de faveur. Les lecteurs feuillettent avec curiosité les bibliographies placées en tête de chaque division. Très répandues sont les formes de bibliographies recommandées spécifiques à l'accès libre aux rayons telles que les signets placés dans les livres avec l'indication « Que lire ensuite », et qui renvoient d'un livre déterminé à une série d'autres, permettant ainsi d'établir un lien logique entre différents ouvrages. Mais nous reviendrons plus loin sur la bibliographie recommandée d'une façon plus précise.

Avec l'accès libre aux rayons le bibliothécaire est plus ou moins libéré du travail matériel de communication, il peut ainsi se consacrer davantage au lecteur qui lui, à son tour, voit naître de nouveaux centres d'intérêt.

Tel qu'il est organisé en URSS, l'accès libre aux rayons offre aux lecteurs des formes variées d'information bibliographique, car ils peuvent aussi bien consulter le bibliothécaire que les spécialistes de diverses disciplines, qui se tiennent à leur disposition. Des milliers d'instituteurs, d'ingénieurs, d'agronomes, de médecins donnent des conseils 2 à 3 heures par jour aux lecteurs de la bibliothèque où, à l'heure de pointe, ils répondent (à la place du bibliothécaire) à des questions très spécialisées. Cette forme d'assistance aide non seulement à choisir le livre, mais elle permet de mieux assimiler la lecture : le lecteur peut, par exemple, demander au médecin des explications sur un livre de médecine qui lui était peu accessible ou sur les théories actuelles des origines des tumeurs malignes autres que celles exposées dans l'ouvrage.

b) Catalogue systématique et fichiers.

Dans le choix des livres un grand mérite revient à l'information bibliographique, dont les sources sont multiples. Mises à part les bibliothèques importantes où les catalogues se comptent par dizaines, toute bibliothèque publique, même la moindre, est tenue, et ceci en vertu d'un règlement spécial, à posséder deux catalogues : alphabétique d'auteurs et systématique. Leur établissement fait l'objet de soins particuliers. Le principal rôle dans le choix des livres incombe chez nous au catalogue systématique, dont le cadre est constamment tenu à jour afin de pouvoir l'adapter à l'évolution des sciences. Grâce à un classement très détaillé et aux renvois, le lecteur peut toujours trouver une réponse à sa recherche par des documents entièrement ou partiellement consacrés à son problème.

A côté des catalogues, nos bibliothèques disposent généralement d'un fichier d'articles de périodiques, construit sur le même plan que le catalogue systématique. Dans les petites bibliothèques ces fichiers ne conservent que des articles récents. En même temps, afin d'attirer l'attention des lecteurs sur des problèmes particulièrement importants, un fichier spécial, classé par sujets, offre à la fois livres et articles de périodiques.

Pour établir les catalogues et les fichiers, les bibliothécaires disposent de fiches imprimées.

La Chambre fédérale du livre édite deux séries de fiches d'ouvrages dont la série complète comporte plus de 40 000 titres par an. Cette série est divisée en 34 sections spécialisées. Il existe une série moins complète, destinée aux bibliothèques municipales et régionales. Elle contient 12 000 à 13 000 titres par an.

La Bibliothèque Lénine imprime des fiches annotées. Elles sont éditées en quatre séries destinées aux bibliothèques municipales, régionales, agricoles, et bibliothèques pour enfants. La Bibliothèque fédérale des littératures étrangères imprime des fiches annotées des livres étrangers. La série complète de ces fiches est divisée en 33 sections spécialisées et recense 20 ooo titres par an.

Nous imprimons des fiches d'articles de périodiques et de « suites » (une série complète recense 110 000 articles par an et la série destinée aux petites bibliothèques 8 ooo), des fiches de comptes rendus (la série complète compte 5 500 fiches par an, il existe des séries spécialisées et des séries pour petites bibliothèques), des fiches pour articles de journaux (7 000 par an). Les républiques fédérées diffusent des fiches concernant leur production nationale.

Actuellement la quasi-totalité des bibliothèques publiques dispose déjà de catalogues et fichiers systématiques, tout au moins en ce qui concerne les bibliothèques municipales et régionales. Seules certaines bibliothèques rurales en sont privées, surtout en Sibérie, au Kazakhstan et dans d'autres régions où ces bibliothèques de création récente ne disposent pas encore de tout l'appareil bibliographique nécessaire.

Le rôle et la portée des catalogues et des fichiers ont fait chez nous l'objet de vives controverses. Ainsi, avec l'introduction de l'accès libre aux rayons apparurent certaines tendances à fractionner le catalogue systématique et à placer chacune de ses divisions à proximité des rayons qui contiennent les ouvrages correspondants, méthode qui ne semble pas être justifiée. Certains prétendent que le lecteur préfère s'adresser directement aux livres plutôt que de « fouiller dans un catalogue ». Mais cette opinion est démentie par la pratique, car le catalogue permet la prospection de tout le fonds et non pas seulement des publications qui se trouvent momentanément sur les rayons.

La consultation d'un catalogue présente un gain de temps et joue un rôle essenteil dans le choix des livres.

c) Démonstration et travail de masse.

Pour caractériser les aspects de ces activités de nos bibliothèques, la définition qui convient le mieux serait le qualificatif « énorme ». En effet, le nombre d'expositions, de discussions, de soirées littéraires, de conférences, organisées dans une année au sein des bibliothèques de l'URSS est considérable.

Actuellement la presque totalité des documents qui entrent dans une bibliothèque, y compris les derniers quotidiens, fait l'objet d'expositions (« les nouveautés »), expositions qui sont devenues des éléments constitutifs de toute bibliothèque. Les publications exposées sont périodiquement changées et leur importance varie avec le nombre des acquisitions. Les plus grandes bibliothèques disposent de salles spéciales destinées aux expositions des nouvelles acquisitions. Les lecteurs sont ainsi mis en contact avec des livres dont les titres leur sont déjà familiers par les bulletins des nouvelles acquisitions. Ils ont toute latitude pour consulter les livres exposés.

Les expositions sur des sujets déterminés sont très répandues, elle sont généralement consacrées à un fait historique ou à un événement d'actualité.

Elles ont lieu aussi bien dans les bibliothèques que dans les entreprises, les kolkhoses et les sovkhoses. Les livres sont exposés par centaines, même dans les ateliers d'usines, et leur inauguration revêt un caractère solennel. Citons quelques sujets à succès des expositions de l'année : le « Plenum » du Comité central du Parti communiste de l'URSS consacré à l'intensification de la production agricole, 400 ans d'imprimerie russe, William Shakespeare (le 400e anniversaire de sa naissance), Taras Ševčenko (le 150e anniversaire de sa naissance), Galilée (le 400e anniversaire de sa naissance), la Révolution française (175e anniversaire de la prise de la Bastille), les lauréats du prix Lénine (à l'occasion de la remise du prix), les Sciences de l'homme (à l'occasion du Congrès international à Moscou d'anthropologie et d'ethnographie).

Les soirées littéraires, les conférences, les discussions sont aussi nombreuses. Ces manifestations ont un caractère très vivant, les lecteurs sont amenés à se prononcer librement sur les livres, ce qui attire souvent de nombreux autres lecteurs. Les soirées littéraires et les conférences offrent un puissant moyen de connaissance du livre, de son choix et de sa diffusion. C'est la forme de travail où la participation du lecteur a le caractère le plus actif. Une bibliothèque qui n'a fait dans le courant d'une année ni manifestation, ni compte rendu de lecture, ni conférence, ni exposition, est considérée chez nous comme une exception.

d) La bibliographie recommandée.

Nous entendons par bibliographie recommandée tout répertoire imprimé qui recense un certain type de publications destinées ou accessibles à une certaine catégorie de lecteurs. Elle sert au bibliothécaire comme instrument de base dans ses multiples tâches au service du lecteur. C'est la raison pour laquelle nous attachons du prix à son développement.

Une centaine de bibliothèques participent à l'élaboration de ces répertoires imprimés. Le rôle important incombe à la Bibliothèque Lénine qui a publié en 10 ans près de 500 répertoires bibliographiques de toutes disciplines. Sa récente évolution est caractérisée par une constante augmentation des aires de recensement. D'ailleurs elle n'est pas uniquement un instrument de culture générale, mais sert aussi à des buts professionnels et industriels. En outre, certaines d'entre elles sont éditées en « séries », et jouissent d'une grande popularité - « La Bibliothèque de l'autodidacte », « Les Pays du monde », « Les Nouveautés en science et technique », « Livres sur la nature et sur ses lois », « L'art », etc.

En somme, la tâche d'une bibliothèque qui est chargée d'établir les bibliographies recommandées consiste à créer, en respectant le principe de division du travail, un système d'instruments susceptibles de guider le choix des lecteurs dans toutes les disciplines. Ce système doit être constamment renouvelé et tenu à jour; il s'applique aussi bien aux livres pour adultes qu'aux livres pour enfants, aux débutants qu'à ceux qui poursuivent seuls leur formation post-scolaire. Les bibliographies recommandées en langue des peuples de l'URSS entrent également dans ce système.

Pour toute une série de disciplines, surtout pour celles à caractère général, la création de ce système de bibliographies est très satisfaisant, le meilleur exemple en est donné par la bibliographie littéraire.

Ainsi ont été créés des répertoires consacrés à différentes périodes de l'histoire littéraire russe et multinationale soviétique, à des littératures des peuples de l'URSS (Russkie sovetskie pisateli - prosaïki : « Les prosateurs russes soviétiques », Ukrainskaja literatura : « La littérature ukrainienne », Uzbekskaja literatura : « La littérature de l'Ouzbekistan », etc.), aux classiques de la littérature pré-révolutionnaire et à des auteurs soviétiques contemporains. Une des séries importantes est la bibliographie Pisateli zarubežnykh stran (« Écrivains étrangers »), qui a déjà recensé près de 200 auteurs 'de divers pays. On publie spécialement une autre série (annuelle) Novinki khudožestvennoj literatury (« Nouveaux livres de littérature ») qui contient les œuvres d'écrivains soviétiques et étrangers contemporains.

Les bibliographies recommandées mettent surtout l'accent sur le choix, sur la systématisation et sur l'analyse, ce qui n'a pas du tout pour but de limiter la lecture ou de niveler l'intérêt des lecteurs, mais, bien au contraire, d'élargir leurs horizons. Un de ces répertoires renseigne, par exemple, sur les œuvres les plus importantes des grands classiques russes (Puskin, Gogol, Turgenev, Tolstoj, Cekhov, etc.), un autre élargit son aire de recensement à d'autres œuvres de ces auteurs et de leurs critiques, donne aussi toute une série d'autres auteurs (Tutcev, Leskov, Mikhajlovskij, Nadson, etc.). Les bibliographies recommandées permettent aux lecteurs soviétiques de choisir des œuvres aussi variées que celles d'Eschyle, de Goethe, de Dickens, de Balzac, de Flaubert, de Galsworthy, de Dreiser, de Tagore, de Thomas Mann ou d'Hemingway. On peut y trouver aussi des renseignements sur les œuvres de Remarque, de Moravia, de Faulkner, de Mauriac, d'Unamuno, de Maugham, toutes traduites en russe.

La bibliographie recommandée aide à s'orienter dans la masse des livres et à acquérir des connaissances sans perte de temps.

Toute bibliothèque publique de l'URSS est soucieuse de posséder un fonds de bibliographies recommandées que l'on communique au lecteur et qui sont largement représentées sur les rayons à libre accès.

Le développement culturel de l'URSS prévoit, dans les années à venir, l'intensification de l'édition, l'augmentation du nombre des bibliothèques et des lecteurs. Ces activités progressent favorablement. Malgré l'extension du cinéma, de la radio, de la télévision, le nombre des lecteurs croît toujours et la lecture (le nombre des livres communiqués en un an par une bibliothèque à un lecteur) ne diminue point. Toutefois le problème du choix des livres deviendra de plus en plus complexe.

Nous disposons actuellement d'un ensemble de moyens et de méthodes pour aider dans le choix des livres. Ils ne sont pas tous parfaits et tous ne sont pas suffisamment développés, ou sont inégaux dans leur efficacité. Les expositions sont devenues populaires, mais dans certaines bibliothèques elles n'arrivent pas toujours à imposer la lecture des meilleurs livres. Nombreux sont les répertoires de bibliographies recommandées, mais leur tirage n'est pas toujours suffisant pour le grand nombre de bibliothèques et pour la grande masse de lecteurs qui existent chez nous.

Les bibliothécaires soviétiques tendent à surmonter ces insuffisances. Ainsi, en juin 1964, un collège du Ministère de la culture de l'URSS, sous la présidence de E.A. Furceva, a étudié « L'État et les problèmes de la bibliographie recommandée ». Une résolution spéciale a été adoptée.

Quelles que soient les mesures prises, elles le sont toujours en fonction du lecteur. Si on le conseille aujourd'hui, c'est pour qu'il puisse se passer de conseils demain et apprendre à choisir le livre lui-même en toute indépendance. Nous avons déjà des millions de lecteurs, non pas savants, ou chercheurs mais de simples citoyens, qui ont appris à choisir, ont leurs auteurs préférés et lisent avec discernement.

Nous nous efforçons constamment de persuader chaque visiteur de bibliothèque que le choix du livre lui appartient, qu'il doit penser aux livres, apprendre à les juger, savoir sans hésiter tendre la main vers un seul parmi des centaines d'autres. Nos bibliothèques attachent beaucoup d'importance à la diffusion des connaissances bibliographiques. Il existe un grand nombre d'établissements d'enseignement de cours élémentaires de bibliographie. Un manuel spécial est actuellement édité à cet effet.

Nous essayons de convaincre le lecteur que le travail avec le livre demande de la persévérance et de la ténacité.

  1.  (retour)↑  Ce livre était l'œuvre d'un groupe d'institutrices de Khar'kov sous la direction d'une éducatrice connue, Kh. D. Alčevskaja, et présentait la première tentative en Russie de manuel pour autodidactes, fondé sur une enquête dans les couches populaires de la nation.
  2.  (retour)↑  Voir : l'article suivant de T. Vichnjakova.