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La Bibliographie annuelle de l'Histoire de France

Colette Albert-Samuel

Dans chaque discipline les revues scientifiques sont nombreuses et les érudits ont, depuis le début de ce siècle, senti le besoin d'avoir des bibliographies annuelles qui leur éviteraient la perte d'un temps précieux, en leur indiquant les ouvrages et articles, parus dans le monde entier, sur le sujet qui les intéresse. Pour aider les historiens, Pierre Caron et Gaston Brière, dès 1898, faisaient paraître le Répertoire de l'histoire moderne et contemporaine 1, mais la guerre de 1914-1918 suspendait cette publication. En 1920, Pierre Caron, aidé de Henri Stein, donnait une nouvelle ampleur à ses travaux : le Répertoire méthodique de l'Histoire de France recensait la production historique mondiale de deux années : 6 volumes devaient être imprimés, le dernier, pour les années 1930-193I, paru seulement en 1938. Dans les pays étrangers, des bibliographies analogues voyaient le jour, mais toutes devaient être interrompues par la seconde guerre mondiale.

Aux environs de 1950, la multiplication des revues historiques et la nécessité de perdre le moins de temps possible rendaient particulièrement sensible cette absence d'un instrument de travail indispensable à la recherche. Aussi, au nom du Comité français des sciences historiques, M. Julien Cain, alors Administrateur général de la Bibliothèque nationale, et M. Robert Fawtier, professeur à la Sorbonne, demandèrent-ils au Centre national de la recherche scientifique d'assumer les frais d'une telle publication. En 1956 paraissait le premier volume de la Bibliographie annuelle de l'Histoire de France pour l'année 1955.

Pour présenter cet ouvrage, régulièrement publié depuis cette date (le dernier volume, 1964, vient de paraître), il nous faut examiner tout d'abord ses sources, puis son contenu et son plan, enfin ses buts.

I. Ses sources

Nous avons facilement connaissance des ouvrages français à la Bibliothèque nationale, où ils entrent par dépôt légal. Nous relevons les livres étrangers dans les bibliographies nationales et dans les revues scientifiques, sources qui sont sélectives mais qui nous paraissent cependant suffisantes.

Chaque année, nous nous efforçons de dépouiller le plus grand nombre possible d'actes de congrès et de volumes de Mélanges, qui contiennent en général des études très importantes et inédites, mais insuffisantes pour faire l'objet d'un livre ou d'un grand article de périodique. Depuis 1953, nous avons ainsi répertorié 550 Mélanges (250 environ renfermaient des articles sur l'Histoire de France); nous en donnons la table dans le tome 1964 de notre Bibliographie. De même, nous nous attachons à déceler tous les catalogues d'expositions, qui présentent un immense intérêt pour l'historien de l'art.

Mais si le chercheur a assez facilement connaissance des livres essentiels, publiés en France ou à l'étranger, sur le sujet qui le préoccupe, en revanche, il ne peut lire les sommaires de tous les périodiques susceptibles de publier occasionnellement un article l'intéressant. Par exemple, une revue bretonne peut publier une étude sur un général alsacien dont on a retrouvé les papiers de famille dans un manoir des environs. C'est pourquoi nous dépouillons environ 1 300 revues, 770 françaises, 520 étrangères. Ces dernières sont essentiellement celles qui font partie des collections de la Bibliothèque nationale.

Les périodiques français sont de deux types : les uns, d'intérêt général, sont édités dans les villes d'université, et surtout à Paris, et concernent l'histoire, la philosophie, l'art ou la religion. Les autres sont des publications locales, dont le champ se limite à la région où elles sont éditées et qui sont le plus souvent des revues de sociétés savantes 2. Nous en avons dressé la carte. Que constatons-nous ? la présence d'au moins un périodique par département (sauf pour la Haute-Saône), la centralisation de nombreuses publications dans les villes d'université 3 et une activité satisfaisante dans les départements périphériques du pays, tandis que le Centre est plus démuni.

Mais nous dira-t-on, ces périodiques sont dépouillés dans les bibliographies régionales. C'est exact : les Annales de Normandie, les Annales de l'Est, la Revue d'Alsace, les Annales de Bourgogne, les Annales du Midi publient chaque année des bibliographies, auxquelles s'ajoute la Bibliographie analytique des publications d'histoire et d'archéologie concernant Paris et la région parisienne. Nous avons dressé la carte des provinces dont elles s'occupent, l'étude de celle-ci nous montre également un cruel vide dans la France du Centre et aussi de l'Ouest; la vallée de la Loire, le Poitou, la Bretagne, la Champagne et même l'Ile-de-France 4, ainsi que la France du Nord, sont négligés.

De toute façon, notre Bibliographie ne rend pas inutiles les bibliographies régionales. Elles sont indispensables au spécialiste d'histoire locale, car elles lui donnent, dans un ouvrage moins volumineux que le nôtre, tout ce qui est paru sur sa province ou sa ville au-delà de ce qui est purement historique (édition de nouvelles cartes géographiques, données climatologiques, statistiques économiques récentes, dépouillements de quotidiens ou de bulletins paroissiaux...).

Nous collaborons d'ailleurs le plus possible avec les responsables de ces publications.

II. Le contenu et le plan

La Bibliographie annuelle de l'Histoire de France recense la production sur l'Histoire de France du ve siècle à 1945. Nous avons volontairement négligé la préhistoire et la période gallo-romaine qui disposent de publications spécialisées. Depuis 1964, nous avons inclus la seconde guerre mondiale dans nos dépouillements ; il nous a paru, en effet, que vingt ans après la fin de ce conflit, les ouvrages tendaient vers l'impartialité historique.

Ainsi, nous accumulons chaque année environ 9 ooo fiches (5 ooo notices en 1955, 9400 en 1964) 5 que nous classons dans les différentes sections de notre Bibliographie. Ces cadres sont ceux du Répertoire méthodique de l'Histoire de France de Caron et Stein, car nous n'avons pas voulu qu'il y ait de rupture absolue entre ces deux publications, mais ces cadres ont été rajeunis, car l'Histoire s'est orientée dans de nouvelles directions : l'économie et la société en 193I n'avaient qu'une faible place dans le volume de notre prédécesseur. Aussi avons-nous décidé de créer de grandes divisions systématiques : les sciences auxiliaires de l'histoire, l'histoire politique, les institutions, l'économie et la société, la religion, la France Outre-Mer, l'histoire locale et la civilisation.

Cette dernière rubrique représente entre le tiers et la moitié de notre Bibliographie 6. Pourquoi cette importance ? les historiens, et nous ne sommes que le miroir des recherches actuelles, ne conçoivent plus d'écrire l'histoire d'une époque sans consacrer une très large part à la littérature, la philosophie, l'art, la médecine et les sciences. Au programme de l'agrégation masculine, il y eut en 1956 « les sciences de la vie au XVIIIe siècle ». Il est courant de voir, comme sujet de leçon, Boucher ou Gauguin, Rousseau ou Chateaubriand. L'agrégation féminine comporte obligatoirement une épreuve orale d'histoire de l'art. La Chronologie des civilisations 7, publiée par les Presses universitaires de France, consacre une colonne - et même quelquefois deux - à « la vie de l'esprit ».

Nous devons donc, nous aussi, fournir, et à l'historien et à l'étudiant, tous les éléments susceptibles de lui permettre d'écrire un nouveau chapitre de l'histoire de la civilisation. C'est pourquoi dans cette section nos rubriques sont : l'enseignement et les corps savants, l'imprimerie et la presse, l'histoire littéraire, le théâtre, la philosophie, la musique, l'art, la médecine et les sciences.

Dans ces mêmes sections et sous-sections, nous avons introduit les biographies de personnages 8. Il nous a semblé en effet plus utile, même si, de ce fait, certaines critiques pouvaient être formulées, de grouper les biographies après chaque rubrique systématique : la vie d'un parlementaire du XVIIIe siècle contient toujours des renseignements sur le fonctionnement du Parlement à cette époque, de même celle d'un ingénieur peut expliquer la naissance ou le développement d'une technique.

Le lecteur retrouve facilement, grâce à l'index alphabétique placé à la fin du volume 9, le nom de l'écrivain, du général ou du peintre qu'il cherche.

III. Nos buts

Le but de notre Bibliographie n'est pas d'être sélective, ni critique, mais d'être aussi complète que possible. Nous relevons donc tout ce dont nous avons connaissance et qui présente quelque caractère original. L'article qui semble secondaire offre parfois un renseignement d'une grande importance pour le spécialiste. Mais nous avons renoncé à dépouiller les revues de vulgarisation qui ne publient en général que des articles de seconde ou même troisième main. Notre second but est de paraître vite. A notre époque, il faut fournir au chercheur, le plus rapidement possible, tous les renseignements qu'il désire. Mes collaboratrices, Mlle Brigitte Moreau et Mlle Sylvie Postel, et moi-même nous sommes toujours efforcées de donner au début du 4e trimestre la production historique de l'année précédente (le volume 1964 est paru en septembre 1965). Sur ce point, nous sommes en avance sur les publications étrangères analogues. Alors que la Bibliographie de l'histoire suisse parvient comme nous à ne perdre qu'une année, la Bibliografia historii polskiej a publié 1960 en 1962, les Jahresberichte für deutsche Geschichte ont édité 1957-1958 en 1963, les Writings on British history 1940-1945 ont paru en 1960 et les Writings on American history 1956 en 1964.

Enfin et surtout, il fallait rendre aisée l'utilisation de la Bibliographie car un cadre systématique présente toujours quelques difficultés de pénétration. Aussi, à côté de l'index-auteurs, avons-nous créé un index-matières; ce dernier comprend, outre les noms des personnages et des lieux cités, quelques mots-matières et un regroupement systématique par provinces; l'historien du Languedoc trouve, sous cette rubrique, classés systématiquement tous les numéros intéressant cette région. De même, notre plan de classement ayant en partie fait disparaître les cadres chronologiques, nous avons au mot France rassemblé tous les numéros concernant les différentes périodes de notre histoire. Le médiéviste, par exemple, à « France, Moyen âge, enseignement », prend connaissance de tout ce qui a été publié, dans l'année, sur les universités et les collèges de cette époque.

C'est ce même désir de paraître vite qui, en 1955, nous a déterminé à publier l'année présente, en acceptant volontairement l'immense lacune qui existait entre 193I (dernière année du Répertoire de Caron et Stein) et 1955 (première année de notre Bibliographie). Après avoir mis au point nos méthodes de travail, nous avons pensé que nous pouvions entreprendre progressivement, et parallèlement à la publication des années courantes, de combler ce vide de 23 ans. C'est ainsi qu'en 1964 est parue la Bibliographie annuelle de l'Histoire de France pour 1953 -1954. Cet énorme volume (16 000 notices, 1 000 pages) est un premier pas; l'expérience nous a appris qu'un double tome était une trop lourde charge; aussi préparons-nous actuellement 1952, sans négliger pour autant 1965 qui, nous l'espérons, sera en vente en octobre 1966.

Annexe

Liste des départements dont l'histoire est recensée par les bibliographies régionales.

Annales de l'Est : Ardennes, Meurthe-et-Moselle, Meuse, Moselle, Haute-Saône, Vosges.

Revue d'Alsace: Bas-Rhin, Haut-Rhin.

Annales de Bourgogne : Côte-d'Or, Jura, Haute-Marne, Saône-et-Loire, Yonne.

Annales du Midi: Basses-Alpes, Hautes-Alpes, Alpes-Maritimes, Ardèche, Ariège, Aude, Aveyron, Bouches-du-Rhône, Cantal, Corrèze, Corse, Creuse, Dordogne, Drôme, Gard, Haute-Garonne, Gironde, Hérault, Isère, Landes, Loire, Haute-Loire, Lot, Lot-et-Garonne, Lozère, Puy-de-Dôme, Basses-Pyrénées, Hautes-Pyrénées, Pyrénées-Orientales, Tarn, Tarn-et-Garonne, Var, Vaucluse, Haute-Vienne.

Annales de Normandie : Calvados, Eure, Manche, Orne, Seine-Maritime.

Bibliographie analytique... de Paris et la région parisienne : Seine, Seine-et-Marne, Seine-et-Oise, les 5 cantons du Sud de l'Oise.

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Cartes (1/2)

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Cartes (2/2)

  1.  (retour)↑  Ce répertoire a paru de 1898 à 1913. La lacune correspondant aux années 1907-1908-1909 a été comblée cette année par les soins du Centre national de la recherche scientifique.
  2.  (retour)↑  M. Leuilliot vient de publier un important article sur les Sociétés locales dans les Annales E.S.C., 1965, n° 2, p. 315-326.
  3.  (retour)↑  Nous avons volontairement supprimé de notre carte les revues publiées par les Facultés de lettres et de droit ainsi que les Semaines religieuses des diocèses.
  4.  (retour)↑  La Bibliographie analytique... concernant Paris et la région parisienne ne s'occupe, comme son titre même le précise, que de la Seine, la Seine-et-Oise, la Seine-et-Marne et les 5 cantons du Sud de l'Oise.
  5.  (retour)↑  Ce nombre croissant s'explique par le fait que, chaque année, nous avons à dépouiller des revues parues avec plus ou moins de retard et aussi parce que les périodiques ne cessent de se multiplier.
  6.  (retour)↑  3 900 notices sur 9 400 dans le volume 1964.
  7.  (retour)↑  Delorme (Jean). - Chronologie des civilisations. -Paris, P.U.F., 1956. - 453 p.
  8.  (retour)↑  Caron et Stein les classaient toutes par ordre alphabétique dans une grande section Biographies.
  9.  (retour)↑  Nous parlons plus longuement de cet index ci-dessous.