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La Bibliothèque universitaire de Rouen

Pierre Laurent

Sur l'une des hauteurs qui dominent la ville, sur le Mont Riboudet, petit plateau dominant la Seine, à Mont-Saint-Aignan, se sont édifiés de vastes bâtiments qui constituent aujourd'hui le « campus » universitaire de Rouen.

Ce campus connaîtra un énorme accroissement dans les années à venir. La Bibliothèque a été l'une des premières réalisations.

A partir de 196I, en effet, ont respectivement été mis en service : L'Institut national supérieur de chimie industrielle (196I). Le Collège scientifique universitaire devenu Faculté (1962). Le Collège juridique universitaire, la Bibliothèque, le Restaurant universitaire (1964). Le Collège littéraire universitaire (1965).

L'avant projet de la bibliothèque fut établi par MM. R. A. Coulon et F. Herr, architectes coordinateurs, assistés de MM. A. Guerrier et P. Noël, architectes d'opération, conseillés par MM. les Inspecteurs généraux R. Brun, puis A. Masson. M. J. Bleton, conservateur au Service technique de la Direction des bibliothèques et de la lecture publique y participa également. La réalisation a été supervisée par M. l'Ingénieur régional Noguès et son assistant M. Chancelier, attaché au Ministère de la Construction.

La Bibliothèque est implantée à l'Ouest d'un grand parking en face de la faculté des sciences au fond d'un vaste parvis. Elle est placée entre le Collège juridique universitaire au sud et le Collège littéraire universitaire au nord.

Une galerie couverte assurera la liaison entre ces trois bâtiments tout en isolant les salles de lecture de la circulation des étudiants par des zones de verdure. La galerie réunissant la Bibliothèque au bâtiment du Droit a déjà été réalisée. A l'Ouest et au Sud comme plus tard au Nord, les salles de lecture donneront sur de vastes espaces plantés où sont prévus des terrains de sport et de jeux réservés aux étudiants.

Le parti architectural.

Pour comprendre les raisons qui ont déterminé le parti architectural de cette bibliothèque, il faut toujours avoir à l'esprit le fait qu'elle ne constitue qu'une première tranche, une augmentation future d'une superficie au moins égale à cette première tranche étant prévue.

L'ensemble actuel a une surface de 1 700 m2 et le délicat problème à résoudre était la construction d'une première tranche devant être doublée ultérieurement « sans sujétions particulières de construction et sans gêner le bon fonctionnement ».

Il a été adopté une composition symétrique avec entrée, services et magasins au centre, salles de lecture et de périodiques de part et d'autre. Les possibilités d'extension demandées étant du type étalement horizontal, la façade nord actuelle est aveugle devant constituer un axe autour duquel le bâtiment pourra se jumeler en deuxième tranche avec une autre partie rigoureusement symétrique.

C'est ainsi que tous les services tant intérieurs que publics se trouveront doublés. Bureaux et magasins resteront groupés au stade définitif ainsi que les entrées grâce à ce parti de distribution.

Une seconde difficulté venait d'une part de la surface importante au niveau du rez-de-chaussée, notamment d'une grande salle de lecture de 1 100 m2. Elle demandait que soient résolus les problèmes de l'ensoleillement et notamment le problème particulier d'éclairage zénithal. D'autre part, il fallait chercher à éviter la monotonie qu'engendrent les grandes salles de lecture. C'est par le jeu des murs extérieurs et de la couverture que l'ensemble de ces problèmes ont été résolus. En façade sud, les murs extérieurs jouent le rôle de murs écrans constituant une protection solaire. Les vitrages, de ce fait réduits, sont munis de dispositifs extérieurs de protection. A l'Ouest et à l'Est, pour réduire la pénétration des rayons obliques ces façades sont conçues à redents faisant alterner les pans vitrés avec les parties pleines. Les parties pleines constituent ainsi l'adossement pour les rayonnages hauts.

Pour le plafond, une série de champignons hexagonaux par leur assemblage géométrique en plancher terrasse réservent toute une série d'évidements losangés qui constituent les lanterneaux d'éclairement. Les vitrages sont renforcés et protégés extérieurement par un écran à lames pare-soleil. Le plafond est formé lui-même de panneaux « permacoustic » qui permettent à la salle d'avoir une isolation et une absorption phonique optimum.

La juxtaposition de ces divers éléments de forme géométrique simple compose le volume du bâtiment et permet d'envisager une construction partant d'éléments structurés à caractère répétitif qui donne toute son originalité à la Bibliothèque.

Caractéristiques du bâtiment.

Les principales caractéristiques du bâtiment sont les suivantes : infrastructure de constitution classique en béton armé, ossature verticale métallique, toit en terrasse, revêtement extérieur en éléments de terre cuite vernissée, menuiserie extérieure en métal avec protection solaire extérieure, plafond en panneaux « permacoustic », menuiserie intérieure en acajou verni.

Le revêtement de sol est constitué de carrelage de grès cérame dans les services, de dalles thermoplastiques bleu jaspé blanc dans les bureaux, et gris jaspé blanc dans les magasins et d'un tapis de chlorure de polyvinyle, avec sous-couche cellulaire insonorisante, de couleur « limon » dans les salles de lecture.

En ce qui concerne le chauffage, toute l'installation est alimentée en calories par le réseau urbain qui dessert tout le complexe universitaire. La Bibliothèque dispose d'une sous-station au sous-sol raccordée à ce chauffage urbain. La solution adoptée a été du type chauffage statique à eau chaude avec ventilation d'appoint. Il existe ainsi un chauffage permanent constitué par des tubes rayonnants disposés dans la dalle du rez-de-chaussée et dans la dalle de l'entre-sol. Il permet de maintenir dans l'ensemble du bâtiment une température intérieure de l'ordre de 12°. Le chauffage complémentaire est assuré, pour les salles de lecture, par l'introduction d'air pulsé et, pour les autres locaux, par des radiateurs alimentés en eau chaude pulsée avec thermostat individuel. La ventilation se fait par air chaud pulsé assurant en même temps le chauffage complémentaire.

Pour les magasins, l'introduction d'air se fait par l'intermédiaire de ventouses les faisant communiquer avec la salle de lecture, l'évacuation étant assurée par l'intermédiaire de gaines verticales munies de ventilateurs extraction. Dans les salles de lecture, des châssis guichet et des châssis à l'italienne faciles à commander permettent d'aérer ces salles.

L'éclairage comprend un système mixte à incandescence et fluorescence. Dans les salles publiques l'éclairage de base est constitué par une série de luminaires à incandescence à 2,50 m du sol, assemblés par quatre dans les champignons hexagonaux. Des tubes fluorescents placés dans les lanterneaux en constituent l'apport.

Dans les magasins toutes les allées centrales ont leur éclairage par spots incandescents alors que l'éclairage des travées est constitué de tubes fluorescents de I,20 m à raison d'un point lumineux par travée de 3 m et de trois points lumineux pour les travées de 5 et 7 m. Cette solution a été rendue obligatoire à l'entre-sol; le plafond étant constitué par des plans différemment inclinés, les luminaires et leurs supports reposent sur les rayonnages eux-mêmes.

L'éclairage diurne de la salle de lecture est tout à fait satisfaisant grâce aux façades conçues à redents faisant alterner les pans vitrés avec les parties pleines et à l'apport d'éclairage zénithal par une série de lanterneaux.

Services publics.

L'accès à la Bibliothèque se fait par la façade Est. Les lecteurs pénètrent dans un hall par une double entrée à tambour précédée d'un porche extérieur menant à la galerie couverte, à gauche des panneaux d'affichage et une main courante les orientent vers un petit bureau de contrôle. Ils trouvent à droite, près de l'entrée, et sous contrôle du prêt le groupe des installations sanitaires et les vestiaires. Les services publics se trouvent tous au rez-de-chaussée et de plain-pied.

La banque de prêt, montée sur une estrade et adossée au magasin, a une surface d'environ 8 m2. Elle est conçue pour que deux personnes puissent y travailler en permanence. Comme tout le mobilier, elle est en bois acajou verni mat, montée sur un piétement métallique carré laqué noir.

Dans le prolongement de la banque de prêt et à la jonction des services administratifs se trouvent les fichiers pour les différents catalogues (catalogue auteurs-anonymes, catalogue systématique, catalogue matières, catalogue périodiques). Actuellement la Bibliothèque ne dispose que de huit fichiers mais des possibilités d'extension ont été prévues.

Huit meubles à pupitres permettent la consultation des bibliographies et catalogues. Les ouvrages en accès semi-direct se trouvent classés dans une partie du magasin du rez-de-chaussée, derrière la banque de prêt. Un large panneau d'affichage en acajou verni précède les éléments de rayonnage. Il comporte des répertoires à volets mobiles donnant des renseignements sur la C.D.U. et les indications utiles au classement.

Les lecteurs disposent de 48 tables de 1,80 m sur I,40 m à quatre places. Autour de la salle, des tables rondes pour trois lecteurs alternant avec des pupitres double face facilitent l'étude brève et rapide des ouvrages. Cette salle peut accueillir 210 lecteurs.

Les rayonnages sont soit muraux, soit sous-allège, soit en épis double face. Les rayonnages double face de I,10 m de hauteur sont disposés selon des lignes parallèles. Leur surveillance est possible à partir de la banque de prêt car l'axe de chaque travée reste dans le champ visuel du personnel de service. Chaque élément de rayonnages est consacré à une discipline, la multiplication des travées permettant une systématisation plus poussée. Les lecteurs ont ainsi tendance à se grouper selon la proximité des livres de leur discipline.

La salle des périodiques est séparée de la salle de lecture par une cloison vitrée à redents et communique avec elle par une porte à double effet à côté des services intérieurs. Des rayonnages sous-allège sont consacrés aux ouvrages du 3e cycle et à la recherche. Des meubles à périodiques avec porte escamotable permettent d'exposer près de 200 périodiques. Y est présenté le dernier fascicule, les numéros antérieurs étant rangés derrière les abattants. Les tables rectangulaires et les tables rondes identiques à celles de la grande salle donnent place à 26 lecteurs.

Cette salle est surveillée directement du bureau du sous-bibliothécaire indépendamment de la banque de prêt. Il est à noter qu'une échappée de salle en façade ouest sera toujours possible si les nécessités d'extension l'exigent.

Magasins.

Les magasins sont répartis en trois niveaux superposés et peuvent contenir environ 110 000 ouvrages pour une capacité linéaire de 3 730 m. Les travées ont une longueur de 3, 5 et 7 m; la longueur utile des rayonnages est de 1 m ou de 0,76 m car il a fallu parfois englober les poteaux d'ossature dans les travées. La profondeur des tablettes est de 23 ou 25 cm. Pour tous les rayonnages deux teintes ont été adoptées : platine pour les tablettes, gris bleuté pour les rayonnages proprement dit. Un monte-charge dessert les trois niveaux à l'extrémité Est du magasin, et un monte-livres le sous-sol et le rez-de-chaussée à l'extrémité Ouest.

Au sous-sol, une extension est possible en surface. En effet, aux 200 m2 existant actuellement peuvent se juxtaposer 1200 m2 en développant le magasin sous la totalité de la 2e tranche. Au rez-de-chaussée le magasin est étroitement lié à la banque de distribution et de prêt.

Le magasin à livres constitue l'essentiel de l'entresol mais il offre deux originalités. D'une part, il a été traité en rayonnages ouverts visibles de la salle de lecture, d'autre part, une zone de consultation a été prévue le long des pans vitrés en façade Est et Ouest. Elle est répartie en huit carrels, chacun étant actuellement consacré aux disciplines du 3e cycle et de la recherche. Cette zone de consultation est accessible par un escalier sous contrôle du personnel administratif. Une autre zone est réservée à proximité de cet escalier à la lecture des microfilms et quelques tables individuelles ont été installées à cet usage.

Services intérieurs.

Les bureaux et services intérieurs sont situés au rez-de-chaussée et au sous-sol Au rez-de-chaussée en façade ouest, au-dessus des services annexes, se trouvent les locaux administratifs, bureau du bibliothécaire, bureau du sous-bibliothécaire, secrétariat-comptabilité. Ces bureaux sont groupés autour d'une pièce de réception accessible des services publics, un petit dépôt d'archives complète cet ensemble.

Au sous-sol, une rampe extérieure d'accès en façade ouest constituant une cour anglaise avec quai de déchargement sous-abri mène à la salle de manutention. Ce service est en contact direct avec les services administratifs et les magasins par un escalier et un monte-livres électrique. Il est complété d'une salle faisant effet d'atelier de reliure, de multigraphie et de reproduction avec chambre noire attenante pour travaux photographiques. Vient ensuite une partie non aménagée qui devra permettre l'extension ultérieure des magasins. Enfin des locaux techniques (sous-station, chauffage...) complètent ce service.

Il a toujours été convenu que cet établissement mis en service le Ier octobre 1964 sera réservé ultérieurement aux étudiants et aux professeurs de la future Faculté de droit. La Bibliothèque scientifique doit être construite à proximité immédiate de la nouvelle Faculté des sciences et mise en service pour la rentrée scolaire 1967-1968. La Bibliothèque littéraire doit être construite à côté du Collège littéraire universitaire; elle constituera en fait la 2e tranche du bâtiment existant, la Ire tranche retrouvant sa destinée première : bibliothèque de la future Faculté de droit. La classification décimale universelle pratiquée tant en sciences qu'en lettres a rendu aisée pour les salles publiques (salles de lecture et salle de périodiques) la juxtaposition des deux services scientifique et littéraire.

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Centre universitaire de Mont-Saint-Aignan

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Bibliothèque universitaire de Rouen (1/2)

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Bibliothèque universitaire de Rouen (2/2)