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Une Expérience d'orientation professionnelle en Indre-et-Loire avec le concours de la Bibliothèque centrale de prêt

René Fillet

Nul ne l'ignore, les problèmes de l'emploi sont complexes, d'interprétation délicate 1 et les solutions erronées entraînent des conséquences économiques et sociales graves par leur amplitude même.

« La terre manque de bras » était un leitmotiv de nombreux discours dominicaux d'avant 1939, alors que le retard du monde paysan résultait déjà du sous-équipement agricole en matière d'outillage, de l'insuffisance de l'enseignement agricole, ainsi que d'une ignorance généralisée des étonnantes possibilités de la vulgarisation technique. Nous assistons maintenant à un exode rural si rapide que les prévisions les plus pessimistes à ce sujet ont été dépassées au cours des IIIe et IVe plans.

La population active en 1964 représente seulement 41 % de la population totale contre 45% en 1954 et le pourcentage aura plutôt tendance à fléchir encore jusqu'en 1970; la charge économique de la Nation pèsera donc plus lourdement sur chaque personne active et l'un des objectifs des IVe et Ve plans est d'assurer une répartition harmonieuse des emplois afin de permettre à la fois l'expansion économique globale la plus forte possible et le revenu individuel moyen le plus élevé. Il faut également assurer les reconversions rendues nécessaires par le progrès technique, l'évolution des besoins des consommateurs et les modifications qui en découlent dans la demande de main-d'œuvre.

Or, si, par vocation, l'école - quel que soit l'enseignement qu'elle dispense : classique, moderne, technique - doit rendre possible la formation puis l'adaptation de chacun à des modifications de structure professionnelle, qu'en est-il de l'information sur les débouchés de l'école, sur les carrières ?

C'est actuellement au niveau de la classe de 3e qu'a lieu l'orientation scolaire et professionnelle; s'en occupent essentiellement le Bureau universitaire de statistique (B.U.S.) et les Centres départementaux d'orientation scolaire et professionnelle. Les moyens de ces organismes sont assez limités : le B.U.S. qui a 17 centres régionaux et des correspondants locaux, professeurs généralement, ainsi que des professeurs chargés de l'information dans chaque établissement d'enseignement, diffuse des publications et des émissions radiophoniques; la documentation est assez sèche, le style en est administratif; cependant depuis quelques années la revue Avenir a notablement élargi son aire de renseignements et les émissions radiodiffusées sont plus vivantes.

Le Centre départemental d'orientation scolaire et professionnelle fait subir une grande quantité d'examens et de tests d'aptitude aux enfants ou adolescents d'âge scolaire, mettant en jeu les découvertes et les progrès de la psychologie expérimentale, de la psychotechnique, de la psychopédagogie; des conseillers d'orientation, disposant d'une documentation très complète, étudient ensuite avec les enfants et les parents les solutions les meilleures afin de ne laisser inemployée aucune des possibilités de l'enfant.

Il semble donc que dans le domaine de l'orientation scolaire et professionnelle, dont la nécessité est unanimement reconnue, l'organisation actuelle soit satisfaisante.

Cependant, en octobre 1963, lors d'une tournée du bibliobus d'Association desservant l'arrondissement de Loches (cf. Annexe I) une assez longue conversation avec le directeur du Collège d'enseignement général (C.E.G.) de Ligueil, où fonctionne depuis un an une classe de 3e, devait nous éclairer sur l'insuffisance de la documentation dont disposaient les élèves de cette classe, au sortir de laquelle, nous le rappelons, ils doivent opter entre des voies qui engagent définitivement leur avenir. De l'aveu même du directeur, les seuls éléments reçus par les élèves étaient les avis de concours des Postes et télécommunications, des douanes, du Trésor, de l'Électricité de France, et du Gaz de France. Pouvait-on, en ce cas, parler d'une « documentation » ?

Cet état de fait n'était pas particulier au C.E.G. en question, mais se trouvait généralement répété, avec quelques améliorations parfois; si bien que les 9I classes de 3e du département d'Indre-et-Loire, groupant 800 élèves dans les C.E.G. et 1 200 dans les lycées, étaient en fait « sous-informées » à un moment décisif de l'existence des élèves : leur orientation ne serait pas forcément conforme à leurs aptitudes, ni adaptée aux nécessités économiques nationales.

Il fallait donc établir un plan destiné à pallier cette insuffisance et qui tienne compte de la difficulté qu'il y avait à atteindre les intéressés dispersés sur toute la superficie du département. Un projet fut mis au point par M. R. Carrère, directeur du Centre d'orientation scolaire et professionnelle d'Indre-et-Loire, et nous-même, proposé au Conseil d'administration de l'Association des amis de la Bibliothèque centrale de prêt, réuni le 24 octobre 1963 sous la présidence de M. L. Bonneau, inspecteur d'Académie, et approuvé.

La méthode retenue était la suivante : traduire, par une exposition aussi dense et claire que possible, les options scolaires et professionnelles offertes aux élèves à la fin des classes de 3e; la compléter par des notes multigraphiées plus longues et précises ; laisser cette exposition une semaine dans chaque C.E.G. où existe une classe de 3e en même temps qu'un choix de livres sur les carrières. Pendant cette semaine, deux conseillers d'orientation scolaire et professionnelle se rendraient deux fois dans la localité : une première fois pour les élèves et les maîtres, une seconde fois pour les parents.

L'exposition était composée de 4 panneaux de I,50 X I,50 m s'accrochant à une structure tubulaire Bercaire, facilement transportable, rapidement montée et démontée. Les projets de base de ces panneaux avaient été mis au point par les conseillers d'orientation; l'exécution en fut confiée à trois étudiants de l'École régionale des Beaux-Arts :
- un panneau insistait sur la nécessité d'une formation scolaire et professionnelle aussi approfondie que possible;
- un panneau schématisait les différentes orientations scolaires offertes aux élèves;
- un panneau réunissait les indications sur l'entrée immédiate dans la vie professionnelle et les débouchés scolaires régionaux;
- un panneau informait sur l'accès aux différentes écoles spécialisées à recrutement national.

Trois expositions identiques furent préparées afin que, compte tenu du rythme de rotation, il soit possible de couvrir l'ensemble du département au cours du Ier trimestre 1964, période la plus favorable aux résultats recherchés : informer les élèves à temps pour leur inscription dans les écoles de leur choix. Le calendrier des déplacements fut dressé de façon très précise.

Chaque exposition était accompagnée d'environ 50 livres sur les carrières, ce choix n'ayant pas d'autre ambition que de susciter des demandes.

Panneaux, tubes, caisses, étaient transportés par le bibliobus de la Bibliothèque centrale de prêt et les bibliobus de l'Association au cours de leurs tournées régulières ; l'exposition était montée soit dans une salle, soit dans un préau par les chauffeurs (fréquemment aidés par les élèves) : I/4 d'heure environ suffisait.

Le lendemain de cette mise en place, deux conseillers d'orientation procédaient auprès de chaque élève de 3e à une enquête d'intérêt et d'aptitude dont nous donnons 2 l'essentiel des résultats; quelques lignes avaient été réservées à des questions portant sur la lecture 3. Cette enquête poursuivait un double but : faire réfléchir l'élève et permettre de le mieux conseiller; obtenir des éléments susceptibles d'aider à l'établissement d'une politique efficace de conseil d'orientation auprès du public. Les conseillers d'orientation distribuaient ensuite trois circulaires : une de caractère général, commune aux jeunes gens et aux jeunes filles, les deux autres énumérant les débouchés scolaires offerts dans la région de Tours aux adolescents d'une part, aux adolescentes d'autre part, à leur sortie des classes de 3e. Une causerie d'ordre général situant les problèmes était faite à l'intention des maîtres et des élèves. Enfin une série d'entretiens plus particuliers clôturaient cette première visite.

Les parents étaient sensibilisés par les enfants qui en parlaient chez eux, par des tracts rédigés par les maîtres et largement distribués, par un entrefilet dans la presse locale. Ils étaient ainsi préparés à la conférence publique assurée un soir, généralement l'avant-veille du démontage de l'exposition. Dans la journée les deux conseillers se tenaient à nouveau à la disposition des élèves et des familles qui désiraient obtenir individuellement un complément d'information.

Quels ont été les résultats obtenus par cet ensemble d'actions coordonnées ?

L'attitude des autorités locales a été très encourageante. C'est ainsi que le Conseil général, à qui l'exposition avait été présentée et commentée par M. Carrère et nous-même avant sa mise en circulation, approuva cette initiative et alloua immédiatement une subvention couvrant les frais engagés 4.

L'accueil des maîtres et des élèves a été excellent. Si pour les élèves, il y a une sorte d'angoisse confuse devant l'incertitude des situations à choisir, accentuée par le désir de gagner rapidement sa vie, elle est tempérée par une sorte d'optimisme juvénile; mais les éléments d'information recueillis ont été des bases de réflexion fort bienvenues pour plus de 50 % des élèves. Les maîtres sont plus inquiets devant cette ignorance qu'ils partagent souvent - à leur corps défendant et malgré leurs recherches personnelles - et dont le poids est lourd à leur conscience; car ils se soucient fort, dans la très grande majorité des cas, de l'avenir de leurs élèves : les C.E.G. ne sont pas encore des usines à dispenser l'enseignement et le sort de chaque élève est suivi par les maîtres ou le directeur d'une façon toute personnelle, bien au delà de l'examen. Un seul directeur s'est montré peu favorable à l'entreprise lors de la mise en place de l'exposition; son opinion était toute différente lorsque nous sommes venus enlever les panneaux.

Le seul grief entendu a été le trop court laps de temps dont disposait chaque C.E.G. pour étudier l'exposition et prendre connaissance des livres. En fait cette brièveté même imposait aux directeurs une exploitation de ce matériel et le rendement a été certainement aussi bon dans ces conditions que si l'exposition était restée deux fois plus longtemps. Les demandes de livres ont été nombreuses ensuite.

En ce qui concerne les parents, les résultats ont été plus variables suivant les localités. Dans certaines, une salle de la mairie permettait de regrouper les parents intéressés par les aspects généraux de l'orientation scolaire et professionnelle, développés par les conseillers d'orientation complétés ensuite par des renseignements d'ordre plus personnel. Dans d'autres cas, ce sont surtout des demandes précises, fonction de cas personnels, qui ont été présentées. L'importance d'une information des parents sur ce point est grande puisqu'il apparaît que les parents guident leurs enfants dans le choix d'une carrière dans 30 % des cas en moyenne.

Enfin cette initiative a marqué, grâce à une action concertée dans un domaine où aurait pu jouer la rivalité mais qui s'est révélée en fait excellent terrain d'entente, l'éclatement des cloisonnements artificiels que dresse trop souvent notre structure administrative aux dépens de l'intérêt du public même qui devrait en être le bénéficiaire.

Dans cette modeste opération ont été associés les efforts des organismes suivants :
- le Centre départemental de documentation pédagogique qui a prêté les structures tubulaires;
- la Bibliothèque municipale de Tours qui a prêté les panneaux supportant l'exposition, et une partie des livres;
- la Bibliothèque centrale de prêt et l'Association des amis de la Bibliothèque centrale de prêt dont le personnel a transporté monté et démonté l'exposition, multigraphié les circulaires;
- les membres de l'enseignement qui, sous la bienveillante tutelle de M. l'Inspecteur d'Académie, offrirent leur collaboration;
- le Bureau universitaire de statistique en liaison avec le Centre d'orientation scolaire et professionnelle, dépendant lui aussi de M. l'Inspecteur d'Académie, qui assura la plus lourde charge : projet des panneaux, rédaction des circulaires, déplacements dans le département, conférences, conseils prodigués sans souci de la fatigue et du temps par les conseillers d'orientation sous l'impulsion de leur dynamique directeur.

L'esprit le plus coopératif a marqué cette entreprise décidée, mise au point, et réalisée en commun par des organismes administratifs divers, animés par le souci du Service public. Une synthèse harmonieuse a été réalisée : les enseignants ont reçu une information et une documentation qu'ils utiliseront désormais tout au long de l'année scolaire; les conseillers d'orientation ont établi ou rétabli des liens entre l'école, l'enfant, la famille.

Surtout, plus important encore à nos yeux, les intéressés, parents et enfants, ont recouvré la possibilité de déterminer eux-mêmes leur avenir en fonction de données plus objectives; ces adolescents ne seront des hommes au plein sens du mot, des citoyens actifs, que s'ils sont capables de juger, de se déterminer; et d'abord pour une profession qui emplira un tiers de leur existence. Il est nécessaire qu'ils connaissent leurs aptitudes, leurs goûts réels; cette prise de conscience est longue au cours de la période de maturation que représente la jeunesse 5; il faut les aider et cette aide doit être constante. Elle ne peut être que le fait d'un groupe coordonnant ses efforts pendant cette période.

La Bibliothèque centrale de prêt et l'Association de la Bibliothèque centrale de prêt, sans l'existence de laquelle ce projet n'aurait pu être réalisé, font maintenant partie d'un tel groupe qu'elles ont contribué à créer. Il n'est pas question d'évaluer l'incidence financière d'une opération d'orientation scolaire et professionnelle réussie : à quel prix estimer les joies personnelles de celui qui exerce la profession qui lui plaît, et l'harmonie économique d'une nation déchargée du poids d'un chômage structurel - le chômage technologique étant inévitable mais marginal - et des tensions d'emplois avec leur cortège de répercussions sociales, économiques, politiques ? Nous pouvons toutefois affirmer que le temps consacré à la préparation et à la mise en place de l'exposition, ainsi que la dépense représentée par l'acquisition des ouvrages concernant ce domaine, sont amplement justifiés par les résultats.

Utile pour la Nation, cette tâche, qui sera recommencée chaque année, sera certainement bénéfique aussi à la lecture publique rurale dans le département. Car l'adolescent se souviendra du rôle joué par la Bibliothèque centrale de prêt à cette période toujours angoissante d'un choix grave : la Bibliothèque centrale de prêt a révélé son efficacité non seulement dans le domaine de la lecture de loisir ou de divertissement mais plus encore pour la recherche d'une vie meilleure.

Annexe I

Lors de sa session budgétaire pour l'exercice 196I, le Conseil général d'Indre-et-Loire décidait de créer un bibliobus scolaire dans chacun des arrondissements de Chinon et de Loches. Cette décision marquait l'aboutissement de nombreux contacts avec les conseillers généraux au cours desquels l'exemple du bibliobus scolaire de Tours nous servait à démontrer que l'amélioration de la lecture des enfants d'âge scolaire dans le département était à la fois souhaitable et possible. De nombreuses solutions furent étudiées et finalement, la formule suivante fut retenue :

Les arrondissements de Chinon et de Loches seraient pourvus chacun d'un bibliobus, rayonnant à partir du chef-lieu d'arrondissement. Ces véhicules (des Citroën 1 500 kg allongés de 1,60 m), conduits par un chauffeur, desserviraient toutes les classes des arrondissements en permettant le choix direct des enfants sur les rayons, une sous-bibliothécaire étant chargée des opérations de prêt.

Le financement étant assuré par un certain pourcentage de l'allocation scolaire (6 % pendant chacune des 3 premières années; 5 % au cours des années suivantes), les livres acquis à l'intention de ces bibliobus ne devaient être que des livres pour enfants, ou des livres susceptibles d'aider les maîtres à préparer leurs classes.

La distribution commença en octobre 196I dans l'arrondissement de Loches, en janvier 1962 dans l'arrondissement de Chinon. Le lien entre l'Association des amis de la B.C.P. et la B.C.P. elle-même ne devant pas être distendu, l'organisation adoptée pendant la période de transition fut la suivante : les bibliobus de l'Association, étendant progressivement leurs rayons d'action, desservirent peu à peu un nombre croissant de communes auparavant ravitaillées par la B.C.P. Cette dernière, pour sa part, continuait à faire des dépôts dans la totalité de l'arrondissement de Tours et dans les communes des arrondissements de Loches et de Chinon non encore desservies par les bibliobus de l'Association. Les livres pour enfants, pour l'ensemble du département, sont achetés avec les fonds de l'Association et transportés aussi par les caisses de la B.C.P.; les livres pour adultes sont achetés sur le budget de la B.C.P. et distribués par les trois véhicules.

Les deux arrondissements (155 communes, 550 classes au total) furent entièrement desservis en juin 1963. De juin 1963 à juin 1964 la distribution des livres dans le département fut effectuée de la façon suivante :
- Arrondissement de Chinon et de Loches : passages toutes les 4 semaines des véhicules, choix individuel direct des élèves sur les rayons parmi les livres pour enfants; les dépositaires des dépôts adultes choisissent pour leurs lecteurs directement sur les rayons.
- Arrondissement de Tours : passage du bibliobus-caisses de la B.C.P. tous les 3 mois.

A compter d'octobre 1964, la formule est devenue la suivante :
- Arrondissement de Chinon, Loches : sans modification sauf en ce qui concerne les chefs-lieux de canton.
- Arrondissement de Tours : passage du bibliobus-rayons de la B.C.P. dans un certain nombre de communes suivant la formule des deux autres arrondissements : toutes les 4 semaines, choix individuel des enfants sur les rayons et des dépositaires pour adultes.

Dans les autres communes (75 dépôts), le renouvellement des livres se fait suivant la même méthode d'accès direct, mais tous les 3 mois seulement, grâce à un 3e bibliobus d'Association. Ce véhicule assure également, en stationnant un jour complet dans quatorze chefs-lieux de cantons (sur 26), le choix direct des lecteurs adultes sur les rayons; il passe régulièrement chaque mois depuis le Ier décembre 1964.

Annexe II

Nous ne donnons ici que les tableaux essentiels établis après dépouillement de la 2e page du questionnaire soumis aux élèves et accompagnés de quelques brefs commentaires.

Le choix est souvent net, précis, mais la fréquence de l'insuffisante connaissance du métier et des études qu'il exige est frappante. Par exemple de nombreux adolescents qui préparent l'École normale ignorent la durée des études, les diplômes préparés, les bourses possibles; les futures puéricultrices veulent s'occuper de bébés mais sans se demander ce qu'il faudra apprendre. Il y a également de nombreux miroirs aux alouettes : les vocables tels que « technicien, agent technique, électronicien », attirent beaucoup mais ne recouvrent pratiquement aucune représentation précise. Dans les carrières techniques, c'est naturellement l'électronique et le dessin industriel qui attirent; il y a peu de candidats à la mécanique générale, ou pour le bâtiment.

Un faible pourcentage envisage de longues études (correspondant à une ascension sociale marquée) : à part les nombreux choix pour le professorat, on trouve 5 vocations de médecins (4 garçons et 1 fille), 1 de vétérinaire, 7 d'ingénieurs, 2 de juristes, 1 de secrétaire d'ambassade.

Il n'y a pas de différence significative entre garçons et filles. Le tiers environ souhaite continuer des études générales au Lycée ou à l'École normale, où ils ne pourront entrer qu'en 2e M' ou 2e d'adaptation, n'ayant étudié qu'une langue. La plus grande partie désire cependant l'entrée dans un lycée technique en vue d'une formation professionnelle plus ou moins rapide : issus de milieux socio-économiques modestes, ils se sentent parfois mal à l'aise dans l'enseignement général et éprouvent la nécessité d'une formation technique solide qui fera d'eux des agents techniques ou des techniciens. Un pourcentage élevé (34 % pour les garçons, 29 % pour les filles) dépassent l'âge « normal » (moyenne française) ce qui explique certainement en partie le désir d'entrer rapidement dans la vie professionnelle.

Il fallait choisir 3 raisons, mais nombreux sont ceux qui en ont distingué 4 ou 5.

Pour les garçons le souci économique est dominant (3) ainsi que la promotion possible et la sécurité de l'emploi (8, 9); viennent ensuite le désir de contacts sociaux (7, 6). Les réponses I, 5, II, 4 ont été souvent choisies par les élèves désireux d'entrer dans l'enseignement; ceux qui ont le goût du risque sont peu réalistes (pilote, explorateur, etc...)

Pour les filles, le souci de bien gagner sa vie est également dominant (3), mais ensuite la distribution des choix est plus équilibrée.

Il semble que pour 1/3 des garçons et 1/4 des filles la décision soit très récente, prise sous la pression du temps et de l'entourage, plutôt que sous l'effet d'une réflexion systématique. Cependant c'est surtout pendant la classe de 4e (correspondant à peu près à 14 ou 15 ans) que le choix se fait le plus fréquemment. Les choix lointains dans le temps correspondent en général à des carrières bien définies : enseignement (surtout chez les filles), métiers de prestige (pilote, hôtesse, reporter...)

Il semble que la famille et l'entourage se préoccupent davantage de l'avenir d'un garçon que de celui d'une jeune fille : il s'agit là d'une tradition sociale des milieux modestes (la femme au foyer), de plus, l'éventail des métiers offerts aux garçons est plus varié et mieux connu que celui des débouchés féminins. Les organismes de documentation et d'information sont très peu consultés (B.U.S. et Centre d'O.S.P. n'atteignent pas le but qu'ils se sont proposé), journaux et radio sensibilisent parfois mais est-ce sous une forme valable? Reste l'énorme pourcentage de ceux et celles qui choisiront sans information précise, sans conseil judicieux.

Le refus concorde souvent avec une carrière dangereuse (pilote) ou « peu raisonnable » (hôtesse).

La différence entre garçons et filles est significative : l'adolescente, élève de C.E.G., envisage moins facilement que le garçon la poursuite d'études prolongées; souvent cela est dû au manque de connaissance des métiers nécessitant des études au-delà de vingt ans.

Deux catégories sont peu choisies (1,5) encore que les garçons manifestent leur goût de l'indépendance avec la réponse 5. La majorité des garçons choisit le travail industriel, se partageant également entre grande entreprise et entreprise nationalisée. Les filles optent résolument pour le fonctionnariat, souvent faute de penser à autre chose.

Question ouverte, permettant à l'adolescent d'exprimer librement ce qu'il désire. Les jeunes filles sont plus préoccupées du genre de métier qui peut leur être proposé, puisqu'elle envisagent moins facilement que les garçons la poursuite d'études prolongées.

En analysant de façon plus précise les renseignements demandés, nous trouvons :

Informations sur le métier :
- Des questions sur la forme du travail, le lieu d'exercice, les aptitudes requises, les conditions de vie.
- Des questions sur les avantages matériels (scolaires) ou moraux (prestige, considération).
- Des questions sur l'avenir du métier, son évolution, les possibilités de promotion qu'il offre et cela en proportion à peu près égale (garçons ou filles).

Iazformations sur les études :

Les questions les plus fréquemment posées sont, dans l'ordre d'importance :
Durée des études ................................................ 2I %
Écoles..... 20 %
Conditions d'entrée; niveau du concours ........................... 18 %
Débouchés, placement à la sortie de l'école ......................... 13 %
Conditions d'entrée, limite d'âge .................................. 7 %
Diplômes préparés .............................................. 6 %
Date des concours ............................................... 4 %
Programmes .................................................... 3 %
Bourses ........................................................ 3 %
Cours par correspondance ........................................ 1 %

Conseils d'orientation.

Il s'agit soit de demandes précises de conseils, soit de questions telles que le conseil s'avérait nécessaire (embarras de l'adolescent quant à la section à choisir, quant à la réussite possible, etc...).

Annexe III

Les quelques questions posées sur la lecture n'avaient pour but que de procéder à un essai de questionnaire; tout au plus pouvaient-elles aider à cerner le problème de la lecture des adolescents en milieu rural.

Le temps de loisir consacré à la lecture est très variable, sans qu'il apparaisse de différence significative entre filles et garçons; de 1 heure à 15 heures par semaine, la moyenne s'établissant aux alentours de 5 heures. Le temps de lecture des livres l'empoite sur celui des revues et journaux : 3 heures contre 2 heures.

Cependant ces temps - dont la répartition dans la semaine n'est que très rarement indiquée - apparaissent assez justement évalués lorsqu'on les compare au nombre de livres lus, qui oscille de 2 à 10 livres par mois, avec une moyenne de 4 livres : nous obtenons en effet 3 heures de lecture environ par livre, ce qui semble tout à fait raisonnable.

L'origine avouée des livres est intéressante : très peu sont empruntés à des camarades (10 %), les autres sont achetés (30 %) ou empruntés à une bibliothèque (60 %). Faut-il voir là un hommage poli à l'Association qui fournit en livres toutes les classes de C.E.G. ou l'expression de la vérité ? Nous penchons tout de même pour la seconde hypothèse. Et il n'apparaît pas de corrélation entre l'âge, ou la répartition des ouvrages lus dans les différentes catégories énumérées, d'une part, et, d'autre part, le mode par lequel les lecteurs se procurent les livres.

La répartition des romans en catégories fait apparaître, pour la première fois, des différences entre les garçons et les jeunes filles.

- Les classiques obtiennent un succès d'estime, mais sont en fait peu lus : 15 % en moyenne.

- Les romans psychologiques n'atteignent que 10 % chez les jeunes filles et 5 % chez les garçons.

- Les romans sentimentaux ont un beau succès auprès des jeunes filles (50 %) mais ne sont pas totalement écartés par les garçons (l'un d'eux ne lit que cela) : 10 %.

- Les romans d'aventures ont évidemment la cote chez les garçons (50 %) mais intéressent aussi les adolescentes (20 %).

- Quant aux policiers, assez lus par les garçons (20 %) ils sont également appréciés des jeunes filles (5 %) (à rapprocher du succès des « Club des cinq » chez les petites filles).

Ces pourcentages n'apportent rien de nouveau et sont confirmés par ce que les sous-bibliothécaires observent dans les bibliobus lors des choix des élèves de C.E.G. Plus révélateurs auraient pu être les choix indiqués dans la question ouverte sur les documentaires, si la question avait été bien comprise (ou mieux posée).

La géographie (c'est-à-dire plus précisément les voyages, l'étude des moeurs des habitants d'autres continents) est très goûtée par les garçons et les filles, de même que l'histoire. Mais alors que les jeunes filles s'y cantonnent pour la plupart (quelques-unes citent aussi : le tiicot, la couture, la médecine) les garçons montrent des goûts plus variés : le sport vient en tête, suivi de « l'actualité », des sciences (vulgarisation du genre Science et vie), des biographies (ou « aventures vécues »). Quant à la question sur les ouvrages de travail, elle n'a eu que 4 réponses...

En fait, ce dépouillement n'apporte rien de nouveau et se révèle insuffisant pour préciser l'état actuel de la lecture chez les adolescents de 14 à 17 ans; cela essentiellement pour trois raisons :
- Les préoccupations des élèves étaient orientées vers leur avenir.
- Les difficultés d'évaluation du temps passé à la lecture personnelle au milieu du temps consacré à la lecture d'étude.
- L'interprétation inattendue du mot « documentaires » que beaucoup ont traduit par « revues ».

C'est dire qu'une enquête, qui voudrait être utilisable, doit être indépendante de toute autre préoccupation et beaucoup plus détaillée : elle demandera beaucoup de temps et de précautions.

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Annexe II (1/9)

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Annexe II (2/9)

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Annexe II (3/9)

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Annexe II (4/9)

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Annexe II (5/9)

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Annexe II (6/9)

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Annexe II (7/9)

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Annexe II (8/9)

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Annexe II (9/9)

  1.  (retour)↑  SAUVY (Alfred). - Mythes et réalités sur l'emploi. (In : Le Monde 8, 9, 10 septembre 1964).
  2.  (retour)↑  Se reporter à l'annexe II.
  3.  (retour)↑  Se reporter à l'annexe III.
  4.  (retour)↑  Ceux-ci se montaient à 1 500 francs, prélevés primitivement sur le budget de l'Association des amis de la Bibliothèque centrale de prêt.
  5.  (retour)↑  JENNY (Jacques). - La Maturation sociale (In : Revue française de sociologie, 3e année, n° 2, avril-juin 1962, pp. 131-152).