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La Nouvelle Bibliothèque du Muséum national d'histoire naturelle

Gabrielle Duprat

La bibliothèque du Muséum est dans le monde la plus importante bibliothèque spécialisée dans les sciences naturelles, c'est-à-dire les sciences de la vie et celles de la terre. Elle a une longue histoire, liée au passé illustre du Jardin royal des plantes médicinales, fondé en 1635 par Guy de la Brosse, devenu en trois siècles un établissement de renom international, qui s'étend à Paris sur 30 hectares et occupe 2 000 personnes réparties en 23 laboratoires de recherches, sans parler de ses annexes en France et Outre-Mer.

La nouvelle bibliothèque, construite à l'emplacement du Cabinet du Roi, démoli seulement en 1935, est revenue à son point de départ, quand elle était logée à côté du modeste « cabinet de curiosités » que plusieurs générations de voyageurs et de naturalistes devaient enrichir. Après la Révolution, par suite de l'afflux des objets et des livres saisis dans les couvents et chez les émigrés dont profitèrent la bibliothèque et le Jardin du Roi, devenu Muséum, les collections d'histoire naturelle, trop à l'étroit, refoulèrent la bibliothèque dans un bâtiment tout proche, au premier étage de la maison de Buffon où elle fut hébergée provisoirement de 1822 à 1841 (plan A, n° 5). Elle s'installa ensuite dans un bâtiment construit en partie pour elle qui abritait aussi les collections d'herbiers et de minéraux; le célèbre architecte Rohault de Fleury fut l'auteur de cette longue construction de 300 mètres qui existe toujours, entre le Jardin et la rue de Buffon (plan A, n° 4). La première pierre en fut posée par le roi Louis-Philippe en 1833 et une médaille célébra cet événement. La bibliothèque, prévue pour 40 000 volumes, consistait en quelques bureaux exigus et en une grande salle, qui subsiste encore et que les lecteurs utilisèrent pendant plus d'un siècle, la trouvant pleine de charme, avec son balcon, ses boiseries de chêne clair patiné, ses reliures luisant doucement dans les armoires grillagées.

Dès 1873, hélas! un rapport de la Cour des Comptes constatait : «Il est urgent d'agrandir la bibliothèque du Muséum national de Paris ». L'agrandissement souhaité eut lieu en 1890, mais fut vite insuffisant car peu à peu la salle de dessin du rez-de-chaussée fut annexée, le bel escalier d'entrée à double révolution devint un magasin de livres, les caves, les greniers furent successivement occupés et aménagés, tant bien que mal. La bibliothèque dut fonctionner dans ce bâtiment jusqu'en 1963, mais dans des conditions de plus en plus difficiles pour le personnel et les usagers.

Après l'échec d'un projet de construction sur l'emplacement de la Halle aux Vins en 195I et comme il ne pouvait être question de supprimer des arbres, le Muséum, d'accord avec la Direction des bibliothèques de France, décida d'utiliser le seul terrain disponible et non planté dans l'enceinte du Jardin des plantes, le long de la rue Geoffroy-Saint-Hilaire, au dos de la Galerie de zoologie restée inachevée (plan A, n° I) et au pied du Labyrinthe, couronné du Belvédère construit par Buffon (plan A, n° 3). Le plan de situation (plan A) fait deviner combien il a été difficile d'utiliser ce terrain si peu propice à l'application des normes modernes en matière de construction de bibliothèques : il a fallu installer des moyens mécaniques de translation pour remédier à sa longueur.

La nouvelle bibliothèque a été entièrement construite et équipée sur des crédits ouverts à la demande de la Direction des bibliothèques de France; elle est l'œuvre de Mr Henri Delaage, architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux. Les plans définitifs n'ont pu en être établis qu'en 1958 lorsqu'eut été donné l'accord du service des Monuments historiques. La première ouverture de crédits date de septembre 1959; elle fut immédiatement suivie de la démolition d'une galerie qui reliait le grand bâtiment de zoologie (plan A, n° I) au Labyrinthe (plan A, n° 3). Les fondations furent alors entreprises; il fallut cinq mois pour creuser 18 puits et consolider les carrières du sous-sol. Le gros œuvre fut exécuté en un an et demi, de juin 1960 à décembre 196I. Un an et demi environ fut également nécessaire pour les aménagements intérieurs : installations électriques, téléphoniques et sanitaires, chauffage, tubes pneumatiques, tapis transporteur, ascenseur, monte-charges et monte-livres, recouvrement des sols et menuiserie.

L'inauguration put avoir lieu le 26 juin 1963, en présence de Mr Christian Fouchet, ministre de l'Éducation nationale et de Mr André Malraux, ministre d'État chargé des Affaires culturelles 1. Le déménagement des collections de livres et leur mise en place eurent lieu dans le courant de l'été de 1963 et certains travaux, comme la fin de l'installation téléphonique et l'organisation des services intérieurs, occupèrent le quatrième trimestre de 1963.

Le parti architectural.

Les bâtiments se composent de deux blocs, de hauteur inégale, ne communiquant que par un angle et très différents d'aspect par suite de leur destination. Le premier, haut de 14 mètres, est bâti sur un rectangle de 36 mètres sur 25, soit 900 mètres carrés; appuyé au sud sur la Galerie de Zoologie (plan A, n° I), il présente trois façades dont deux comportent les accès publics, l'une sur la rue Geoffroy-Saint-Hilaire, l'autre sur le Jardin des Plantes, et il abrite les salles de consultation aux premier et deuxième étages. Le second, haut de 22 mètres, qui longe la rue, contient sept niveaux de magasins de livres au-dessus d'un rez-de-chaussée assez bas dans sa partie nord à cause de la déclivité de la rue Geoffroy-Saint-Hilaire. Adossé à la Galerie de Zoologie (plan A, n° I), il n'a qu'une façade à l'ouest sur la rue, construite dans une pierre claire provenant des carrières de Villebois dans l'Ain. Il est bâti sur une étroite bande de terrain de 56 mètres de long, qui de 12 mètres s'élargit à 15 mètres vers le sud; il est terminé par un mur provisoire et sera prolongé de 38 mètres, ce qui nécessitera la démolition du pavillon Roland Bonaparte, dernier vestige du Cabinet du Roi.

Les installations techniques.

Dans le bâtiment de consultation, l'éclairage artificiel est assuré par des lampes à incandescence, encastrées dans le plafond et y formant d'agréables points lumineux ; un bon éclairage d'ambiance est ainsi obtenu, mais il est un peu faible et sera complété par des lampes individuelles sur les tables des lecteurs; le choix d'un modèle satisfaisant, à la fois efficace et discret dans ses proportions, a demandé de longues recherches. Les magasins de livres sont éclairés par des lampes à incandescence avec abat-jour qui donnent un bon éclairage. Dans les services techniques au rez-de-chaussée bas, où un éclairage artificiel et abondant est presque tout le temps nécessaire, les tubes fluorescents, plus économiques, ont été adoptés.

Comme les autres bâtiments du Muséum, la bibliothèque est raccordée au chauffage urbain, qui envoie de la vapeur à haute pression transformée en eau chaude dans une machinerie qui en assure la distribution dans les locaux. Dans le bâtiment de consultation, la chaleur est distribuée par des radiateurs bas situés, devant les fenêtres et surmontés d'une grille horizontale. Ils sont cachés par les meubles en allège, eux-mêmes protégés de la chaleur par une paroi d'amiante. Ce système semble insuffisant quand la température est basse, par suite de la grande surface des vitres et parce que les châssis métalliques sont rarement étanches, mais au point de vue esthétique, il a le grand avantage d'être invisible.

Le conditionnement d'air, pour des raisons d'économie, n'avait pas été prévu dans ces locaux, très différents puisque les uns sont presque aveugles comme les magasins et les autres très largement vitrés. Il s'ensuit que la ventilation et le chauffage sont délicats à régler pour avoir une température et surtout un degré d'hygrométrie satisfaisants dans les deux bâtiments.

Deux lignes téléphoniques et quarante-trois postes intérieurs suffisent aux besoins et atténuent les inconvénients inhérents à l'installation de la salle des périodiques et de la salle de lecture à deux étages différents ainsi qu'à l'étirement en longueur des magasins de livres.

Les deux bâtiments sont séparés par des portes coupe-feu, mais on peut regretter l'absence d'un système de détection d'incendie.

Bâtiment des salles de consultation.

Le bâtiment contenant les salles de consultation a son entrée principale au 38 de la rue Geoffroy-Saint-Hilaire, en face de la Mosquée de Paris. Il comprend un rez-de-chaussée haut, deux étages et un toit en terrasse. Un petit jardin qui l'éloigne de la rue contribue à atténuer les bruits de la circulation. Ses trois façades constituées par des murs-rideaux presque entièrement vitrés, sont ornées de panneaux d'émalit de couleur verte qui soulignent chaque étage. Cette disposition donne le maximum de lumière naturelle et permet de jouir d'une vue incomparable, à l'ouest sur les jardins de la Mosquée de Paris, au nord sur les pentes du Labyrinthe couvertes d'arbres et à l'est sur l'ensemble des allées et des parterres du Jardin des Plantes, jusqu'à la Seine et au-delà. Malheureusement ces avantages ont pour contre-partie, en hiver, une grande déperdition de chaleur par les surfaces largement vitrées. Les trois façades sont munies de stores intérieurs à lamelles orientables en aluminium; celle de l'ouest est, en plus, protégée du soleil par des stores extérieurs en toile, mais, en été, l'exposition à l'ouest reste pénible et, en l'absence de toute climatisation, il est difficile de se défendre de la chaleur.

Au rez-de-chaussée, la loge de la concierge-standardiste se trouve à droite (plan B, n°4) tandis que les pièces à gauche sont occupées par la Fondation Teilhard de Chardin (plan B, n° 5). Suivent un premier hall (plan B, n° 3) d'où part un large escalier vitré conduisant au centre des salles de consultation, puis un deuxième hall (plan B, n° I), de 238 m2 occupant toute la largeur du bâtiment, décoré à ses extrémités de deux très beaux tryptiques de Raoul Dufy évoquant en de vives couleurs les naturalistes et les explorateurs. Ces toiles peintes pour la nouvelle Singerie du Muséum en 1936, ont trouvé à la Bibliothèque une place définitive où elles sont mises en valeur. Le sol est couvert de dalles en terre cuite vitrifiée de Beugins (Nord) et de larges portes en glace donnent accès aux parterres du Jardin des Plantes. Une salle de conférences (plan B, n° 2) de 150 places complète le rez-de-chaussée. Ses murs sont couverts de flexwood chêne clair et le fond est décoré par l'agrandissement photographique d'une carte marine. De profondes armoires à portes coulissantes ont été aménagées dans l'un des murs et permettent le rangement des fournitures.

Les murs intérieurs du rez-de-chaussée, à l'exception du hall des Dufy et de la salle de conférences, sont couverts de panneaux de sapelli (acajou africain) encadrés de bandes d'aluminium mat, dont l'ensemble est agréable de couleur et donne une impression de confort. Ces mêmes panneaux qui sont amovibles ont été utilisés dans tout le bâtiment où ils se marient heureusement avec les poteaux de béton bouchardé laissés apparents le long des murs et aux quatre coins de l'escalier.

Au premier étage, l'entrée se trouve face au bureau de prêt (plan C, n° I) où un fichier rotatif de type « rolling » à deux roues groupe les fiches des livres empruntés et facilite leur contrôle. A droite, la salle des périodiques (plan C, n° 2) de 20 mètres sur 6 mètres, offre 24 places avec 6 tables de 1,80 m sur 1,40 m, entourées de 10 «présentoirs » verticaux de 1,20 m de hauteur en sapelli et plexiglas à trois étagères pour l'exposition des numéros récents de périodiques. Six « présentoirs » sont placés en allège devant les fenêtres et quatre autres en épi; ils permettent de disposer des périodiques sur 120 mètres. Les années courantes sont rangées dans des meubles spéciaux à portes coulissantes, hauts également de 1,20 m dont les rayonnages intérieurs, munis de séparations verticales amovibles s'adaptant aux dimensions des fascicules, donnent une grande capacité de rangement dans un minimum de place.

A gauche (plan C, n° 3) se trouvent un appareil de lecture de micro-films, un autre de photocopie automatique à la disposition des lecteurs, deux tables de travail et les fichiers pour les périodiques et les congrès comportant 112 tiroirs. Un tapis transporteur 2 passe entre la façade et les bureaux (plan C, nos 4 et 5) qui sont occupés par le service des périodiques et la préparation de la reliure. Au premier étage, 202 mètres de rayonnages sont disponibles pour les livres usuels.

C'est à cet étage également que s'ouvre la salle de la Grande Réserve, conçue dans une tonalité différente du reste de la bibliothèque. Le sol est couvert de carreaux en caoutchouc à damiers noirs et blancs, un balcon court à mi-hauteur, toute la pièce est tapissée et meublée de bois plaqué de frêne satiné qui forme un ensemble clair rappelant la couleur du vieux buis. Dans cette salle (plan C, n° 9), de 20 mètres sur 13, destinée à la consultation des manuscrits, des ouvrages précieux, des estampes et des médailles, et qui a été voulue assez somptueuse, est conservée la célèbre collection des « Vélins du Roi » au nombre de 6 ooo, commencée au XVIIe siècle et qui réunit des aquarelles de fleurs et d'animaux d'une grande valeur à la fois artistique et scientifique. Les 106 volumes reliés en maroquin aux armes du Roi qui les contiennent sont déposés à plat dans 16 armoires vitrées à portes coulissantes; les rayonnages du reste de la salle contiennent les volumes du fonds Chevreul et de la Réserve. Dans un grand meuble bas en épi à double face (4,25 m sur I,25 m) sont répartis dans 100 tiroirs tous les documents les plus précieux de grand format (portraits, plans et vues du Muséum, fonds de la fauconnerie). En allège, des meubles permettent le rangement, dans des hamacs suspendus, de plusieurs milliers de documents de petit format (portraits et iconographie du Muséum). Le fonds des médailles est conservé dans une armoire spéciale. Une grande table de consultation de 6,50 m sur 1,80 m, bien éclairée, est placée devant les fenêtres. A la paroi nord se trouvent adossées quatre vitrines murales d'exposition qui avoisinent le bureau de travail ayant appartenu à Buffon et son buste sculpté par Pajou. Deux très beaux globes de Coronelli, réductions des célèbres globes de Marly, l'un terrestre, l'autre céleste, dédiés au cardinal d'Estrées, construits à Venise en 1688, dont les piètements sont en bois doré, sont en cours de restauration et termineront l'aménagement de cette salle.

Le bureau du Conservateur en chef et son secrétariat sont placés entre la Réserve et la salle des périodiques. Une sortie de secours dans l'angle nord donne issue vers les serres contiguës et le Jardin.

Au premier comme au deuxième étage, les tables de lecteurs en sapelli sont couvertes de tissu plastique vert sombre; les meubles à usuels, le mobilier des bureaux, les fichiers, les cloisons mobiles sont assortis aux panneaux muraux de sapelli, l'ensemble adoucit l'austérité des poteaux de béton. Les bureaux ont été garnis de rayonnages également en sapelli et pourvus d'armoires à portes coulissantes pour le rangement des dossiers et des travaux en cours : l'ordre y est donc facilité. Les portes vitrées sont encadrées d'aluminium comme les panneaux des murs et des cloisons. Les chaises ont un siège en mousse de latex couvert de vinyl noir sur des pieds en métal laqué noir mat; elles sont peu visibles et confortables.

L'insonorisation a été très étudiée : tous les plafonds de ce bâtiment ont été revêtus de plaques absorbantes, un tapis de caoutchouc, noir veiné de blanc, recouvre le béton du sol, les cloisons mobiles sont formées de panneaux à double soubassement, supportant une double paroi de verre fixée par des joints de caoutchouc qui arrêtent toute vibration. De plus, les glaces le long de la rue sont très épaisses.

Au deuxième étage, la salle de lecture (plan D, n° 2) occupe un rectangle de 30 mètres de long sur 21 mètres au milieu duquel s'ouvre l'escalier central. Malgré la relative transparence de la cage d'escalier, vitrée au-dessus de 1,20 m - hauteur à laquelle règnent les parties basses de tous les vitrages des salles de consultation - la surveillance des lecteurs assis à l'est, au fond de la salle, n'est pas facile à assurer du bureau de distribution. Cent vingt-huit places sont réparties en 16 tables largement espacées, de 8 lecteurs. Celles-ci, au deuxième comme au premier étage, sont fixées au sol, ce qui présentera peut-être un inconvénient dans l'avenir, mais a l'avantage de dissimuler les fils électriques des lampes individuelles qui passent sous le plancher de béton.

A cause du nombre limité de places et de la valeur de certains usuels, il a fallu réserver la bibliothèque aux chercheurs pourvus de titres universitaires élevés et n'admettre que les étudiants du 3e cycle. Deux cent treize mètres d'usuels sont répartis dans des meubles sous allège devant les fenêtres et autour de l'escalier central. Les cartes géologiques et les documents de la photothèque y sont rangés dans des hamacs suspendus, accrochés dans des meubles en bois.

Les fichiers enfin, alignés à la hauteur des fenêtres, sont groupés en 4 blocs de 4,25 m de long, contenant 700 tiroirs. Chaque rangée de tiroirs est amovible et les piétements de 66 cm de haut en tube carré laqué noir mat donnent une impression de légèreté.

Chacun des étages comporte vestiaires et toilettes près de l'ascenseur, ce qui n'est pas sans poser de délicats problèmes de surveillance.

Bâtiment des magasins.

Le deuxième bâtiment se compose d'un rez-de-chaussée en contrebas de la rue Geoffroy-Saint-Hilaire; il est surmonté de 7 niveaux de magasins de livres, exposés à l'ouest comme nous l'avons dit. Ces niveaux sont éclairés par des fentes ouvrantes garnies de dalles de verre; chacune d'elle est munie en outre de pare-soleil extérieurs en béton. Les magasins se divisent eux-mêmes en deux parties bien distinctes, l'une pour les grands formats (plan C, n° 7) de 16 mètres de long, l'autre pour les formats courants de 40 mètres de long (plan C, n° 8). Les livres de sciences naturelles à cause des planches qui les illustrent sont souvent de grand format et la solution adoptée de les séparer n'a que des avantages, étant donné qu'à chacun des 7 niveaux, ils sont placés à proximité des salles de consultation. Les planchers renforcés, de 0,15 m d'épaisseur, supportent des meubles métalliques spéciaux de I,10 m de hauteur seulement qui laissent une grande surface plane très utile pour le rangement et la consultation. L'équipement intérieur de ces meubles permet le placement des ouvrages à plat sur des rouleaux ou des tablettes pouvant supporter 100 kilos, leur ensemble offre 1 085 mètres de longueur utile. Dans les grands formats ont été rangés : les livres de plus de 0,60 m de haut, ou très épais, anciens ou modernes, les cartes géographiques et géologiques, les affiches, les estampes et planches séparées, le fonds Pichot sur la fauconnerie, et les manuscrits qui sont ainsi bien isolés.

Dans le magasin des formats courants, c'est l'ossature métallique des rayonnages qui porte le poids du bâtiment; le sol est constitué par des dalles de béton triangulaires préfabriquées ce qui a simplifié leur pose. Les 40 mètres actuellement construits représentent 21 380 mètres de tablettes, soit de la place pour 7 à 800 ooo volumes. Les rayonnages sont en tôle d'acier et placés en épis perpendiculaires à la façade; des poteaux métalliques se dressent dans l'axe de tous les montants. Une allée principale de 1,30 m les partage tandis qu'une allée secondaire court le long de la façade. La hauteur libre entre les niveaux est de 2,27 m, la profondeur des épis de 0,50 m et la largeur du passage entre les épis de 0,75 m : ce sont des dimensions minima que l'expérience a révélé suffisantes. La hauteur du plafond permet en général cinq tablettes; elles sont évidées au milieu pour permettre l'aération. Les tablettes abattantes pour la consultation, placées un montant sur deux, sont très appréciées pour le rangement. A chaque niveau, trois postes téléphoniques ont été disposés pour faciliter la liaison avec les magasiniers.

Le déménagement des collections exécuté à dos d'homme et avec des chariots a duré 4 mois et a demandé une surveillance étroite et un gros effort de préparation et de rangement pour tout le personnel. On avait peine à croire que dans l'ancien bâtiment tant de livres parvenaient à tenir dans tous les recoins.

La répartition des fonds dans les sept niveaux a posé de nombreux problèmes. Pour les périodiques, qui comprennent 8 ooo cotes, avec un accroissement de 150 à 200 nouvelles cotes par an, il a fallu réserver les niveaux 1, 2 et 3, c'est-à-dire 9 kilomètres de tablettes en tenant compte de la vitesse d'accroissement de chaque périodique; de plus, systématiquement, une travée sur quatre a été laissée libre. Au niveau 2, le tapis transporteur dessert le bureau de prêt et la salle des périodiques, mais, passant à 3° centimètres du plafond, il fait perdre peu de place.

Au niveau 4, le fonds moderne (livres entrés depuis 1888) et les fonds spéciaux de bibliographies et de biographies sont à la hauteur de la salle de lecture, ce qui était indispensable; il est desservi par le 2e tapis transporteur. Comme le magasin de livres n'est pas terminé, on n'a pu ranger les ouvrages en commençant par le fond du magasin; pour éviter un déménagement ultérieur, il a fallu placer les ouvrages les plus anciens près de la salle de consultation. Au 5e niveau, le fonds ancien, avec les fonds Bonaparte, Orléans, Mandl, Linné, Cuvier, qui ne s'accroissent plus, ne posait pas de problèmes. Au 6e niveau, sont conservés les manuscrits et les archives du Muséum, au 7e niveau, le stock des publications du Muséum qui sont la précieuse monnaie d'échange de la bibliothèque.

Deux escaliers, l'un au début, l'autre au fond du magasin assurent les liaisons verticales naturelles entre le rez-de-chaussée et les sept niveaux.

Le rez-de-chaussée bas s'étend sur 56 mètres. A l'heure actuelle, il abrite le service de vente des publications du Muséum (plan E, n° 7), qui a une sortie sur le petit jardin devant l'entrée principale, puis deux services techniques importants, l'atelier de photographie (plan E, n° 8) de 15 mètres sur 7 mètres, divisé en cinq pièces et laboratoires, et l'atelier de reliure et de restauration qui a enfin un [local adapté à ses besoins (plan E, n° 8), de 20 mètres sur 7 mètres avec un box contenant une précieuse collection de fers à dorer. Le foyer du personnel (plan E, n° 8) divisé en réfectoire et salle de repos occupe l'extrémité du bâtiment. Ces salles longent toutes la rue Geoffroy-Saint-Hilaire; de l'autre côté de l'allée centrale sont logés la machinerie contrôlant le chauffage urbain, les relais du téléphone, la cabine électrique avec les transformateurs et la réserve des fournitures de la reliure. Ce rez-de-chaussée sera prolongé de 38 mètres en même temps que le magasin de livres.

Les liaisons.

Les liaisons entre les salles de consultation et le magasin de livres étiré en longueur ont été résolues par deux installations mécaniques qui se complètent.

La première consiste en un transporteur pneumatique pour les bulletins de demande de livres aspirés dans un tube plat de 85 millimètres sur 10 millimètres, de forme hélicoïdale; ils peuvent être reçus dans dix postes et parviennent à leur but en huit secondes. Ce système, déjà en service à la Bibliothèque royale de Bruxelles, étant parfaitement silencieux, est préférable aux bruyants systèmes à cartouche. La préparation de la fiche, assez délicate, est vite apprise, mais le bulletin de demande, qui doit être de très bonne qualité et spécialement façonné, est d'un prix élevé. Nous y avons remédié en acceptant au dos la publicité d'un éditeur. D'autre part, l'arrivée du bulletin de demande dans les magasins étant signalée seulement par l'allumage d'une lampe, son envoi doit être annoncé au magasinier du secteur intéressé par le téléphone intérieur pour réduire au minimum l'attente du lecteur. Pour nous, les avantages l'emportent sur les inconvénients.

La deuxième installation consiste en un tapis transporteur formé d'une courroie sans fin en tissu de nylon de 67 mètres de long et 4 centimètres de large. Un même tapis a été posé aux 2e et 4e niveaux correspondant aux salles de consultation (plan E, lettres A, D). A l'extrémité des magasins, une double batterie de monte-livres transporte verticalement les livres demandés dans des caissettes de polyéthylène de 42 centimètres de long sur 30 de large et 12 de haut, pouvant contenir 20 kilos de livres (plan E, lettre B). A la hauteur des étages des salles de consultation, la tablette de la benne du monte-livres bascule et déverse la caissette en la faisant pivoter de 90° sur le tapis transporteur qui se met en marche automatiquement. Celui-ci avance alors horizontalement de 60 centimètres à la seconde et la caissette parvient aux salles de consultation en 1 minute 45 secondes (plan E, lettre D). Ce système qui nous donne toute satisfaction est un prototype (planche n° 6).

Le retour des livres aux magasins se fait par les chariots traditionnels de trois modèles différents, par deux monte-livres et deux vastes monte-charges (2,10 m sur 1,98 m) situés à chacune des extrémités du magasin de livres (plan E, lettre C).

La Bibliothèque fut définitivement ouverte au public le 4 janvier 1964. Désormais le Muséum possède pour sa bibliothèque un cadre digne de ses richesses : 600 000 ouvrages, 8 000 collections de périodiques, 10 ooo estampes, dessins et aquarelles dont la célèbre collection des « Vélins du Roi », des cartes géologiques et géographiques, une photothèque, un fonds de médailles, des objets d'art. Dans ce nouveau bâtiment, grâce à la clarté de ses salles de consultation, à son cadre, à son mobilier, chaque lecteur, chaque usager trouve ainsi à proximité du Muséum et à quelques centaines de mètres du Quartier latin des conditions de travail que peuvent assurément lui envier bien des professeurs, des chercheurs, ou des étudiants dont les disciplines ne sont pas représentées ici 3.

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Plan A

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Plan B

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Plan C

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Plan D

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Plan E

  1.  (retour)↑  Les discours prononcés successivement lors de l'inauguration par MM. Roger Heim, directeur du Muséum, Julien Cain, directeur général des bibliothèques de France, et Christian Fouchet, ministre de l'Éducation nationale, ont été publiés in-extenso dans le Bulletin des Bibliothèques de France, n° 9-10, septembre-octobre 1963, pp. 361-373.
  2.  (retour)↑  Voir plus loin, p. 21, comment ont été résolus les problèmes de liaison.
  3.  (retour)↑  Les plans reproduits dans cet article figurent à une plus grande échelle dans L'Architecture française, n° 251-252, pp. 108-112.