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Deuxième Congrès international des sociétés de bibliophiles

A l'issue du premier Congrès international des bibliophiles, qui s'est tenu à Munich en 1959, de nombreux délégués avaient exprimé le vœu que le deuxième congrès eût lieu à Paris. La Direction générale des affaires culturelles et techniques du ministère des Affaires étrangères a bien voulu patronner cette manifestation. M. Julien Cain, administrateur général de la Bibliothèque nationale, directeur général des Bibliothèques de France, membre de l'Institut, a accepté d'en assumer la présidence et a chargé le Comité national du livre illustré français et son secrétaire général, M. Jacques Guignard, conservateur en chef de la Bibliothèque de l'Arsenal, d'en assurer l'organisation. Pour affirmer le caractère officiel et scientifique de cette réunion, il avait été décidé qu'elle s'adresserait essentiellement aux sociétés de bibliophiles et aux organismes constitués.

Le deuxième Congrès international des sociétés de bibliophiles s'est tenu à Paris du 28 septembre au 3 octobre 1961. Il a réuni 165 participants, représentant 12 pays (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, États-Unis, France, Italie, Madagascar, Monaco, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suisse). Les Français étaient au nombre de 90. Trois délégués des pays situés derrière le rideau de fer ont dû annuler leur voyage à la dernière minute, n'ayant pu obtenir les visas de sortie nécessaires.

A la séance d'inauguration, M. Jacques de Lacretelle, de l'Académie française a traité des rapports entre l'écrivain et le bibliophile. M. Julien Cain, dans son allocution de bienvenue aux congressistes, a précisé le rôle que peuvent et doivent jouer les sociétés de bibliophiles.

Dans le cadre des manifestations prévues, des séances de travail ont permis, chaque matin, d'examiner l'aide que les sociétés de bibliophiles peuvent apporter à l'étude de l'histoire du livre, qu'il s'agisse des manuscrits à peintures, des chefs-d'œuvre de la typographie ou de la reliure, ou encore de ces livres de luxe illustrés par des peintres-graveurs et tirés à un petit nombre d'exemplaires. D'autres communications ont envisagé les rapports que les bibliothèques, les musées du livre et les imprimeries d'État entretiennent avec les sociétés de bibliophiles. Ces communications formèrent un programme précis et homogène. Elles furent confiées à d'éminents spécialistes, tels que M. Robert Brun, inspecteur général des Bibliothèques, M. H. de la Fontaine-Verwey, directeur de la Bibliothèque de l'Université d'Amsterdam, M. Gustav Hofmann, directeur général de la "Staatsbibliothek" de Munich, M. Howard Nixon, conservateur au département des Imprimés au "British Museum", M. Roger Pierrot, conservateur au département des Imprimés à la Bibliothèque nationale et M. Léon Voet, conservateur du Musée Plantin-Moretus d'Anvers, et à plusieurs présidents de sociétés de bibliophiles, parmi lesquels M. Auguste Lambiotte, président de la Société des iconophiles et bibliophiles de Belgique et le comte de Ribes, président de la Société des bibliophiles français.

En outre, chaque après-midi, les participants ont eu l'occasion de visiter les expositions spécialement organisées à leur intention : à la Bibliothèque nationale par Mlle Brin (Les Livres imprimés du xve au XVIIe siècle et la pensée française), à la Bibliothèque de l'Arsenal par MM. Jacques Guignard et Jean-Pierre Seguin (Les Grands bibliophiles de l'Arsenal et les trésors de leurs collections), à la Bibliothèque Sainte-Geneviève et à la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet par Mme Wintzweiller et M. François Chapon (Bibliophiles et chefs-d'œuvre du passé et du présent). Les congressistes ont également visité le Musée des beaux-arts de la Ville de Paris (collection Dutuit) où ils ont été reçus par Mme S. Kahn et le Musée Condé à Chantilly, sous la conduite du Prince Raoul de Broglie et de M. Jean Longnon. D'autre part, M. Jean Furstenberg a offert une réception, au cours de laquelle il a présenté de précieuses reliures du XVIe siècle, faisant partie de sa collection.

Enfin, une importante exposition, réalisée sous l'égide du Comité national du livre illustré français, s'est tenue au Musée Galliera du 27 septembre au 5 octobre; elle a été consacrée aux éditions de bibliophile depuis 1945. Les plus grands noms de l'art contemporain ont été représentés, et auprès des grands maîtres disparus, Bonnard, Dufy, Léger, Marquet, Matisse, Rouault, on trouvait l'envoi des plus illustres artistes de notre temps, qu'il s'agisse de Chagall, Dunoyer de Segonzac, Miró, Picasso ou Villon, et aussi de tant de graveurs qui font de l'école de gravure actuelle la plus belle et la plus variée que la France ait jamais connue. Cette exposition a été complétée par une section de reliures qui réunissait une centaine de livres sortant des meilleurs ateliers parisiens.

Ce congrès a coïncidé avec d'autres manifestations intéressant les arts graphiques, notamment avec une exposition également présentée au Musée Galliera pour commémorer le 150e anniversaire de la Bibliographie de la France, et avec la Biennale de Paris au Musée d'art moderne, dont l'une des sections groupait les résultats d'un concours ouvert aux artistes âgés de moins de trente ans pour l'illustration d'un livre.

Au cours du banquet de clôture, M. Julien Cain a émis le vœu que fût créée une fédération internationale permettant d'établir des liens permanents entre les sociétés de bibliophiles du monde entier.