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Les Nouveaux bâtiments de la Bibliothèque Sainte-Geneviève

Guy de Valous

La Bibliothèque Sainte-Geneviève a, comme on le sait, inauguré le 18 avril 196I ses nouvelles installations dans les bâtiments dont la constante augmentation du nombre de ses lecteurs et surtout l'accroissement rapide de ses collections avaient rendu l'édification nécessaire.

Elle a eu l'heureuse fortune de se voir attribuer pour cette construction un terrain contigu antérieurement occupé par le Collège Sainte-Barbe. Celui-ci lui avait déjà rétrocédé un corps de bâtiment attenant. Ce corps de bâtiment construit par le frère de Henri Labrouste, l'architecte de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, avait été édifié en arrière et en équerre du bâtiment principal de la Bibliothèque Sainte-Geneviève. Cette aile, dont l'intérieur fut entièrement reconstruit et aménagé en 1954 et à laquelle on accède par le palier du grand escalier de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, valut à cette bibliothèque un accroissement de près de 5 kilomètres grâce à ses sept étages de magasins. Malgré tout, cette extension, si importante fût-elle, était encore insuffisante par rapport aux besoins de l'ensemble.

La nouvelle construction, dite Grande Extension, avec plus de 22 kilomètres, dote la Bibliothèque Sainte-Geneviève d'une longueur totale de près de 38 kilomètres de rayonnages destinés à loger ses collections existantes et à venir.

Ce bâtiment neuf, conçu et réalisé par l'architecte en chef des Bâtiments civils et palais nationaux André Leconte, se divise en deux parties dont l'une abrite la Bibliothèque nordique, une vaste salle des catalogues ainsi que divers services : manutention, reliure, et l'autre partie est réservée aux périodiques et à leurs quatre étages de magasins, les deux autres étant consacrés aux ouvrages. Une large passerelle réunit au niveau du premier étage de l'ancien bâtiment la salle de lecture à la nouvelle salle des catalogues et donne accès à une salle de bibliographie nouvellement installée dans l'aile de la Petite Extension attribuée en 1954 à la Bibliothèque Sainte-Geneviève (32 places). Un sous-sol, non encore utilisé, donnera une possibilité d'extension sur 603 m2. Il communique avec le sous-sol de la Petite Extension.

A chaque extrémité du nouveau bâtiment ont été installés, pour relier les six étages, un escalier, un ascenseur et deux monte-livres.

Les services de manutention et reliure (154 m2) sont, bien entendu, aménagés au rez-de-chaussée pour être accessibles de plain-pied par la cour située entre l'ancien et le nouveau bâtiment.

Au 6 de la rue Valette, se trouve la grande porte d'entrée des nouveaux bâtiments ouvrant sur le hall de l'escalier de la Bibliothèque nordique et des autres salles ou magasins. Des précisions techniques ont été données ailleurs 1 sur la construction et l'installation de ce nouveau bâtiment. Nous nous bornerons donc à en signaler ici quelques caractéristiques principales.

Il a fallu creuser à travers d'anciens restes de fondations du Collège Montaigu jusqu'à 7,50 m de profondeur pour trouver un sol dur, ce qui a provoqué l'exhumation de quelques rares tessons de poteries gallo-romaines, de vestiges de peintures murales de diverses époques, dont quelques photographies ont pu être prises par M. Fleury pour le compte de l'Association du Vieux-Paris, et même l'amorce d'une galerie.

Les nouvelles fondations ont été revêtues, à l'extérieur, en raison de la pente de la rue Valette, de produits hydrofuges. Les murs extérieurs ont été construits en briques creuses pour le dépôt de livres dont les rayonnages métalliques constituent l'ossature interne qui est liée aux poteaux extérieurs par des dalles armées formant plancher.

Ceux de la Bibliothèque nordique, dont l'ossature est en béton armé, sont en briques recouvertes de pierre de Chamesson; le décor et les petites fenêtres étroites du pourtour du bâtiment de Labrouste ont été prolongées sur la passerelle pour faire la transition avec le nouveau bâtiment dont le style plus sobre garde une ligne générale qui l'harmonise avec l'ancien.

Les fenêtres sont pourvues de cadres métalliques de modèles divers, celles des magasins de livres vitrées en thermolux teinté champagne pour protéger du soleil. L'isolation thermique de la toiture est obtenue par un matelas de laine de verre.

Le chauffage a été conçu pour assurer 12° à 14° dans les magasins et obtenir 21° à 22° au-dessus de la température extérieure par grands froids (- 5°) dans les salles publiques et les services.

L'éclairage artificiel est assuré par lampes à incandescence dans les magasins, les bureaux, les dégagements et les salles publiques (à l'exception de la salle des catalogues où l'éclairage est fluorescent).

Contre les risques d'incendie ont été installés des détecteurs thermiques dont les interrupteurs automatiques décèlent les « chocs thermiques » par signaux sonores et lumineux.

Enfin, la disposition verticale des étages de dépôts ne permettant pas l'usage de tapis roulants, la grande nouveauté réside dans l'adaptation au service de distribution de livres d'un système de balancelles employé jusqu'à ce jour seulement dans les installations industrielles. Une chaîne sans fin circule continuellement, entraînant des fourches qui accrochent au passage les bacs en matière plastique, présentés par un levier, où sont déposés les livres pris sur les rayons par les magasiniers des douze postes auxquels ont été expédiés, par tubes pneumatiques 2, les bulletins de demandes des lecteurs correspondant à leur secteur. Arrivé au lieu de distribution, chaque bac est arrêté tandis que la fourche, entraînée par la chaîne, continue sa course vers un nouveau chargement. La durée du circuit est de six à quinze minutes suivant que ce circuit est partiel ou complet. L'écueil auquel on s'est heurté pour ne pas alourdir les balancelles a eu pour résultat d'empêcher le transport, par ce moyen mécanique, des in-folio. Chaque balancelle peut contenir environ quatre in-octavo moyens ou deux ou trois in-quarto, suivant leur importance 3. On s'est efforcé de tempérer le bruit de la machinerie par divers procédés d'insonorisation plus ou moins efficaces. Il y aurait encore des progrès à souhaiter dans ce domaine.

En conclusion, tels qu'ils sont, les nouveaux bâtiments apportent une grande amélioration au fonctionnement de la bibliothèque. On ne peut évidemment pas escompter de nos jours que ces agrandissements suffisent à la vie d'une grande maison comme Sainte-Geneviève pendant un siècle, comme ce fut le cas pour le monument élevé par Labrouste en 1850, mais la Bibliothèque nordique peut espérer faire face à son développement normal pendant quinze à vingt ans, ce qui est déjà une longue période. Quant au reste de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, ses possibilités d'accroissement n'excéderont probablement pas une dizaine d'années. Peut-être faudra-t-il alors creuser un second sous-sol en utilisant les possibilités qui ont permis à une bibliothèque voisine, celle de la Faculté de droit, de construire en sous-sol deux étages de magasins, alors que la Bibliothèque Sainte-Geneviève n'a, en sous-sol, qu'un étage. Peut-être aussi sera-t-il possible alors de revenir au projet de l'architecte Danis qui proposait, dès 1935, d'édifier de nouveaux bâtiments sur l'emplacement des immeubles insalubres à exproprier de l'autre côté de la rue Valette dont un certain nombre ont déjà dû être évacués et étayés.

Illustration
Coupe horizontale

Illustration
Coupe verticale

  1.  (retour)↑  Notamment dans la revue : La Construction moderne, 196I, n° 3, pp. 32-40, ill., plans.
  2.  (retour)↑  Pour éviter le bruit, on a adopté des tubes plats en laiton étiré dans lesquels les fiches circulent sans cartouche. Les dimensions intérieures de ces tubes sont 85 X 10 mm.
    Le départ des tubes se situe dans un petit meuble placé au bureau central de distribution et ils cheminent vers tous les étages du magasin. Il y a un seul appareil d'expédition qui dessert par sept aiguillages les postes de réception. Le transport des fiches est assuré en pression par un petit groupe surcompresseur d'une puissance de 700 W assurant une vitesse de 10 ooo tr/mn avec une pression maximum de 70 g. Ce groupe se met en marche dès que l'on introduit une fiche dans l'appareil et s'arrête dès qu'il n'y a plus aucune fiche dans le tube.
    Le circuit complet du départ au point extrême après passage devant les sept postes de réception ne demande que sept secondes. On peut donc dire qu'en moyenne il est possible d'expédier une fiche toutes les trois ou quatre secondes. La fiche (de format 75 × 175 mm) est introduite dans la fente de l'expéditeur et il suffit d'appuyer sur un bouton pour qu'elle commence son rapide voyage.
    Un poste de réception des fiches est installé à chaque étage et possède un petit tableau lumineux à trois voyants qui signale l'arrivée de chaque fiche, soit à l'étage du poste, soit à l'étage au-dessus, soit à l'étage au-dessous. Un bouton d'extinction libère les voyants dès que la ou les fiches expédiées ont été retirées par le préposé. (Renseignements communiqués par l'installateur.)
  3.  (retour)↑  A la base du système de transport, il y a un convoyeur composé d'une chaîne sans fin supportée par des galets à billes roulant sur des rails en croix. C'est un long serpent, qui, à travers des gaines, traverse tous les bâtiments en partant du bureau central de distribution pour s'enfoncer dans le sous-sol, monter les sept étages par une gaine verticale, passer au-dessus du dernier plafond et revenir par une autre gaine verticale vers son point de départ après avoir desservi treize postes situés dans les magasins, chacun étant équipé d'un expéditeur pour l'envoi des livres et d'un récepteur pour leur retour.
    Pour que les livres effectuent ce trajet sans dommage, il fallait un instrument souple et l'on a choisi des balancelles qui peuvent recevoir des corbeilles en matière plastique dont les dimensions intérieures sont : 450 X 250 X 120. Chacune est étudiée pour recevoir un maximum de 12 kg en charge. Ajoutons que la corbeille, avant d'être saisie par le mécanisme qui la place sur la balancelle, est posée dans une case comportant un couvercle et le départ ne s'effectue que si le couvercle est fermé. Cela empêche de poser des livres en surnombre qui risqueraient de tomber pendant le parcours.
    A chaque étage, il y a deux postes de chargement et deux postes de déchargement. Aux postes de chargement, une signalisation indique au personnel qu'il faut venir chercher la corbeille. Un système de sécurité empêche qu'une corbeille soit déchargée, s'il y en a déjà trois qui attendent sur le chemin de roulement.
    Dans le sens aller, c'est-à-dire vers la salle, aucun dispositif de télécommande n'est utile. Les balancelles transportent les corbeilles jusqu'au poste central où elles sont disposées sur une table à rouleaux de réception en polyvinyle sur bagues en nylon et en dehors de tout le mécanisme général qui est enfermé dans une salle insonorisée.
    Par contre, dans le sens retour, c'est-à-dire de la salle vers les magasins, précisément vers les postes de déchargement qui s'y trouvent, il fallait un dispositif à mémoire qui enregistre la destination de la corbeille confiée au transporteur et communique au poste destinataire l'ordre d'en prendre livraison. C'est là que réside la principale originalité de l'installation. On a utilisé une mémoire électromécanique dans laquelle les ordres donnés par l'opérateur du poste central sont inscrits sur un organe synchrone du convoyeur lui-même. (Renseignements communiqués par l'installateur.)