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Littérature enfantine

De quelques classiques anglais

Marcelle Bouyssi

Les bibliographies anglaises et surtout américaines sur la littérature enfantine sont nombreuses et très bien faites. Malheureusement elles sont de peu d'intérêt pour nous, car la très grande majorité des ouvrages étudiés sont l'oeuvre d'auteurs de langue anglaise qui n'ont jamais été traduits en français. La réciproque est d'ailleurs encore plus frappante. Les éditeurs français font paraître beaucoup plus de livres d'enfants traduits de l'anglais que les Anglo-saxons en traduisent du français. Par exemple, dans une bibliographie très récente, celle de Phyllis Fenner : The Proof of the pudding, parue en 1957, on relève seulement six noms français : Louis Boutet de Monvel (Jeanne d'Arc), Jean de Brunhoff (Histoire de Babar), Alexandre Dumas (Le Comte de Monte-Cristo, Les Trois mousquetaires), Charles Perrault (Contes), Jules Verne (Michel Strogoff, L'Ile mystérieuse, Vingt mille lieues sous les mers) et Françoise Seignobosc (Noël pour Jeanne-Marie). Et encore est-ce l'un des répertoires qui en cite le plus. Notre première réaction est d'être surpris et un peu vexés de voir notre littérature enfantine si peu connue en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Comment, se dit-on, ils ignorent Le Petit Prince de Saint-Exupéry et les délicieux Contes du Chat perché de Marcel Aymé ? S'ils mettentLes Trois mousquetaires dans toutes leurs bibliographies, que ne songent-ils à certains Balzac ou George Sand ? Ils connaissent ce sympathique Babar l'éléphant, Bécassine ne pourrait-elle pas leur plaire ? Aux côtés de Charles Perrault pourraient prendre place Mme d'Aulnoy et Mme Leprince de Beaumont, les Contes du Petit-Château de Macé, qui iraient de pair avec Grimm et Andersen qui eux figurent sur toutes les listes. Pas un livre de la comtesse de Ségur qui pourtant chez nous se lit toujours de génération en génération avec la même assiduité. Elle est complétée avec bonheur par Marie-Thérèse Latzarus et Magdeleine du Genestoux. Ils connaissent assez bien Jules Verne : les héros de G. Toudouze, ceux de Boussenard plairaient certainement aux lecteurs de R. L. Stevenson, du capitaine Marryat, de Mayne Reid et de Ballantyne. André Demaison, René Guillot et leurs histoires d'animaux des tropiques font la balance avec les aventures de l'arctique de J. O. Curwood et de Jack London. Et Sans Famille qui irait si bien avec les romans de Dickens ? Eux qui aiment tant l'humour, ne seraient-ils pas sensibles à celui de Christophe dans La Famille Fenouillard, Le Sapeur Camember, L'Idée fixe du savant Cosinus? Benjamin Rabier et Samivel illustrent leurs histoires d'animaux avec autant de talent que Beatrix Potter les siens. Et d'auteur en auteur, de sujet en sujet, la liste des comparaisons s'allonge et le regret de constater cette ignorance réciproque devient de plus en plus aigu.

Faire mieux connaître aux uns et aux autres ceux des « classiques » de nos deux littératures qui n'ont jamais été traduits serait une oeuvre utile pour les éducateurs et les bibliothécaires de jeunes. Peut-être est-il opportun d'ouvrir la voie.

Pour commencer, il est un type très caractéristique de la littérature enfantine anglaise qui est encore très peu connu chez nous : c'est leur conception du merveilleux qui est tantôt étroitement mêlé au « nonsense », à cet humour fait de logique dans l'absurde, tantôt imprégné d'une philosophie, d'une métaphysique tout à la fois puritaine et poétique. Ce merveilleux se trouve dans des livres parfois signés de grands noms de la littérature anglaise. S'il en est très peu qui aient été traduits en français, est-ce parce que ce monde fantastique est moins bien saisi par l'esprit français ? On continue pourtant d'éditer en de multiples formats et chez des éditeurs variés Alice au pays des merveilles et La Traversée du miroir de Lewis Carroll, Peter Pan et Peter et Wendie de J. M. Barrie. Les Histoires comme çà de Rudyard Kipling continuent une honorable carrière, depuis longtemps, chez Delagrave, avec les illustrations de l'auteur. Trois volumes des aventures du Dr Dolittle de Hugh Lofting ont été traduits chez A. Michel; Le Vent dans les saules de Kenneth Grahame se trouve chez A. Colin. Quelques livres de la petite série des histoires d'animaux de Béatrix Potter avaient été traduits et édités à Londres chez F. Warne et Cie avec les illustrations en couleurs de l'auteur, et Gautier-Languereau vient de faire paraître cette année, dans la série des Albums merveilleux, la célèbre histoire de Pierre Lapin sous le titre Dix petits lapins. Cependant que la bonne traduction de Winnie-the-Pooh et de The House at Pooh corner de Alan Alexander Milne, parue il y a quelques années aux Presses de la Cité, avec les excellents dessins au trait de Shepard et sous les titres Histoire d'un ours comme çà et La Maison d'un ours comme çà est épuisée depuis un certain temps. Il s'agit pourtant de deux petits chefs-d'oeuvre.

Les Anglo-saxons sont imprégnés dès leur plus jeune âge de cette littérature et sans cesse, soit dans leurs livres, soit dans leur conversation, ils font allusion à tel ou tel livre d'enfant, citent telle phrase d'Alice ou de Taupe comme nous rappelons un alexandrin d'un de nos classiques du XVIIe siècle. William Pitt disait : « Ne me dites pas d'un homme qu'il parle avec bon sens; tout le monde peut parler sensément. Peut-il parler nonsense 1? » Aussi serait-il bon pour nous de mieux connaître ce genre essentiellement britannique afin de mieux les connaître et de mieux les comprendre. Il s'agit non seulement de littérature enfantine, mais de littérature anglaise tout court et d'une forme d'esprit essentiellement originale.

Pour commencer par un auteur très classique du XIXe siècle, il faut citer William Makepiece Thackeray, l'auteur de La Foire aux vanités, du Livre des snobs... En 1855, il s'est amusé à écrire une « pantomime pour le coin du feu » et pour les enfants : elle s'appelle The Rose and the ring : La rose et l'anneau. Elle est illustrée de dessins à la plume de Thackeray dans l'édition des classiques de Macmillan. C'est un conte humoristique dans lequel les noms déjà sont comiques. Nous sommes à la cour de Valoroso XXIV, roi de Paflagonia. Le prince Bulbo, roi de Crêm-Tartarie, conquérant de Rimbombamento, est prétendant à la main de la princesse Angelica. La rose et l'anneau sont deux talismans qui ont le pouvoir de rendre leurs possesseurs aimés de tous. A l'origine, la rose appartient au prince Bulbo, l'anneau au prince Giglio. Mais Giglio, amoureux d'Angelica, lui donne la bague. A la vue de Bulbo, porteur de la rose, elle s'en éprend, se dispute avec Giglio et jette l'anneau. Dès ce moment elle perd ses charmes aux yeux de ce dernier. La bague est ramassée par une vieille comtesse très laide, Gruffanuff, à qui Giglio promet aussitôt le mariage. On voit où tous ces changements de main des talismans peuvent mener. L'histoire est très amusante, d'une cadence rapide et finit bien entendu par les mariages des deux princes avec leurs deux princesses. Nous n'avons pas en France d'équivalent d'une comédie de ce genre pour les enfants et monter cette pantomime pourrait avoir du succès.

Vers la même époque, le « nonsense » trouve un spécialiste dans Edward Lear, né à Londres en 1812 et mort à San-Remo en 1888. Ses « limericks », petits couplets de cinq vers, illustrés par lui de dessins à la plume d'une naïveté voulue, sont une source inépuisable de rires pour les petits et les grands. Ils sont très difficiles à traduire car il faudrait pouvoir en garder la rime et ne pas rompre leur rythme :
Il était une Jeune Fille au menton
Fin comme une épingle, dit-on ;
C'est pourquoi elle l'aiguisa
Et d'une harpe fit l'achat
Et joua plusieurs airs avec son menton 2.

Le premier des « Books of nonsense » écrits par Edward Lear fut dédié, en 1862, à ses arrière-petits-enfants, petits-neveux et petites-nièces. Leur succès actuel prouve qu'il avait vu juste en pensant à la postérité. Les « limericks » sont suivis de dessins d'une botanique extravagante où les fourchettes fleurissent et où le latin de cuisine prend des airs faussement savants. Des poèmes plus longs complètent l'œuvre de cet humoriste. Plusieurs d'entre eux ont été mis en musique et sont très populaires. Il y a The Owl ant the Pussy-cat : le Hibou et la Minette, dont l'idylle prend naissance dans une barque vert-pois. L'Akhond de Swat :
« Qui, pourquoi, ou quel ou quoi
Est l'Akhond de Swat ? » nous laissera toujours dans l'incertitude quant à son essence véritable. Le Yonghy-Bonghy-Bo, lui, vivait sur la côte de Coromandel avec deux chaises, une demi-chandelle et un vieux pot sans son oreille. Son offre de mariage à Lady Jingle est une triste histoire qui ne peut faire couler que des larmes de rire. Et le Pobble avait autrefois des orteils comme tout le monde, mais il les perdit un jour en traversant le canal de Bristol, malgré son cache-nez et les recommandations de sa tante...

Le grand talent de comique d'E. Lear réside dans la parfaite harmonie entre le fond et la forme. Dans les « limericks » il présente des personnages absolument absurdes qui agissent comme des imbéciles. Par la répétition des mots et l'insistance de la rime, il complète la bêtise du personnage par la lourdeur de la cadence. Le dessin enfantin et caricatural qui accompagne chaque couplet rend un effet irrésistible. Les longs poèmes ont des rythmes variés suivant le sujet et témoignent d'une grande habileté de versificateur. L'Akhond de Swat, si gai par son assemblage de mots brefs et d'allitérations ne ressemble en rien à la lamentable élégie du Yonghy-Bonghy-Bo où le retour de mots obsédants rend un son infiniment nostalgique auquel on se laisse prendre.

Ce genre de « nonsense » sera repris un peu plus tard par le très savant mathématicien et maître de conférences au Collège de Christ-Church à Oxford, Charles Lutwidge Dodgson, quand il se mit à écrire pour les enfants sous le pseudonyme de Lewis Carroll. Tout le monde connaît en France Les Aventures d'Alice au pays des merveilles et La Traversée du miroir. Mais à peu près inconnu est le roman de Sylvie and Bruno qui est d'ailleurs resté longtemps sans être réédité en Angleterre, après un vif succès du vivant de l'auteur. Est-ce un livre pour les enfants ? Pour Lewis Carroll, oui. En réalité, il comprend deux histoires qui s'enchevêtrent. Il y a Sylvie et Bruno, deux enfants, qui passent continuellement du monde réel au monde des fées, souvent sous les yeux des autres personnages qui les voient disparaître soudain. Ce monde irréel est peuplé de gens absurdes, vivant dans un pays gouverné en dépit du bon sens. La foule y crie aussi bien « Moins de pain, davantage d'impôts! » que l'inverse. D'autre part, dans notre monde, se déroule une idylle très sentimentale, très victorienne, avec juste ce qu'il faut de roman noir, à l'usage, plutôt, des grandes personnes. C'est sans doute cette dualité qui a rendu le succès du livre difficile; il est touffu et les enfants risquent de s'y perdre. Quant aux grandes personnes, il faut qu'elles aient gardé assez de fraîcheur d'esprit pour apprécier la magie de ce monde féerique, d'une poésie extraordinaire et, à côté, l'absurdité des jeux de mots et des chansons. Tout ceci est très difficile à traduire. Cependant un certain nombre des poèmes se rencontrent dans des anthologies de l'œuvre de Lewis Carroll, ou dans des recueils de « nonsense ». Sa traduction ne serait peut-être pas rentable, ou pourrait tout aussi bien rencontrer un succès énorme. Sans doute, un jour, découvrira-t-on en Sylvie and Bruno un chef-d'œuvre méconnu...

Ce même « nonsense » se retrouve, très simplifié à l'usage des tout petits, dans trois petits livres illustrés de Leslie Brooke. Ils sont connus par coeur de tous les enfants de culture anglo-saxonne. Ce sont les Johnny Crow. Le premier de ces livres fut écrit « à la mémoire de mon père qui le premier parla du jardin de Johnny Crow et à mes fils pour lesquels j'ai relaté ces faits le concernant ». Le père de Leslie Brooke s'amusait en effet à commencer un vers et ses enfants devaient en trouver un second qui le complétât.

Johnny Crow est une corneille qui se fit un jardin et invita ensuite tous ses amis à une réunion. Une foule d'animaux se rend à la fête parés de leurs plus beaux atours :
... Et le Lion
Avait une cravate verte et jaune
Dans le jardin de Johnny Crow.
Et le Rat
Portait une plume au chapeau,
Mais l'Ours
N'avait rien sur le dos ! ...

Chacun a son caractère :
Alors la cigogne
Fit un discours philosophique
Jusqu'à ce que l'Hippopotame
Dise : « Ne demandez plus : Qui suis-je? »

L'action se réduit à peu de chose :
Puis la Grue
Fut surprise par la pluie
Dans le jardin de Johnny Crow.
Et le Castor
Crut avoir la fièvre,
Mais la Chèvre
Lui a dit :
« C'est la gorge seulement. »

Les illustrations sont de l'auteur, en couleurs bien entendu. Leslie Brooke, qui était aussi peintre, a illustré également un livre très amusant de Robert H. Charles, A Roundabout turn : Un tour du monde. C'est l'histoire d'un crapaud de la Lande d'Aldbury qui avait entendu dire que la terre était ronde et voulut le vérifier. Mais il n'avait pas de cheval pour entreprendre le voyage. Il apprend un jour qu'un manège de chevaux de bois est installé sur la place du village. Il y court, il y monte et retourne chez lui tout étourdi et enchanté :
Ronde? il dit, ma parole!
Ronde? dit-il, vous devriez la sentir tourner.
L'endroit le plus rond où jamais je fus !
Ronde ? gloussa-t-il, c'est ça !
Donnez-moi à boire une goutte de rosée
Et donnez-moi la Lande,
Elle est plate !

Si nous quittons le pur «nonsense » pour une féerie plus classique, il y a toute une littérature qui s'étend de la fin du XIXe siècle à nos jours, très spécifiquement anglaise et que nous ignorons à peu près complètement. Béatrix Potter nous est un peu connue pour ses « Petits livres » d'animaux qui ont été traduits chez F. Warne et Cie à Londres. La première en date est l'histoire de Pierre Lapin, écrite en 190I , d'abord sous forme de lettre destinée à amuser un petit malade. L'anecdote américaine suivante prouve combien il est populaire : « Un petit garçon tâchait de dire à sa mère le sujet de la leçon de l'École du dimanche. Il commença : « Pierre dit à Jésus » et il n'arriva plus à se souvenir. Un peu plus tard, il essaya encore et n'alla pas plus loin. A la fin il s'écria : « Eh bien ! que dirait un lapin ? ». Pierre pour les enfants, est un lapin 3. »

D'autres petits contes d'animaux suivirent, tous illustrés en couleurs de la main de l'auteur. Mais Beatrix Potter a écrit un ouvrage beaucoup plus important, follement amusant par sa fantaisie et qui s'appelle The Fairy caravan : La Roulotte enchantée. Il a été composé dans la région des Lacs et l'action se déroule dans cette campagne au charme si poétique :
« Comme je me promenais seule avec moi-même
Et me parlais à moi-même
Et moi-même me dis... »

C'est l'histoire de Tupenny, un cochon d'Inde qui vivait dans la ville de Marmelade peuplée de deux races de cobayes : ceux à poil ras et ceux à long poil, avec des favoris et marchant sur la pointe des pieds. Comme Tupenny a le poil ras et rare, il envie très fort les autres. Aussi ses amis décidèrent-ils un jour de lui acheter en commun une pommade capillaire chez des charlatans de foire. Le résultat est extraordinaire. Les poils poussent tant et tant que Mrs Tupenny a de quoi en bourrer tous les coussins, oreillers et traversins de la maison. Mais Tupenny, devenu un objet de curiosité, ne peut plus supporter cette vie. Il s'enfuit un beau jour et pendant son voyage les poils cessent de croître, heureusement. Il rencontre un cirque ambulant qui l'embauche à cause de sa magnifique toison. Et les aventures commencent avec les pérégrinations du cirque. Le cochon joue les éléphants pygmées dans les représentations, la marmotte est la princesse Xarifa, etc. Ce livre aurait très certainement un grand succès en France.

Beatrix Potter a également écrit Little pig Robinson : Le petit cochon Robinson, qui vivait, avec ses tantes Dorca et Porcas, « une existence prospère, uniforme et leur destinée était le lard ». Jusqu'au jour où le neveu Robinson partit en mer et aborda l'île où pousse l'arbre Bong. Toute robinsonnade, genre très classique, est à coup sûr un succès de librairie car les enfants ne s'en lassent jamais.

A côté de ces animaux fantaisistes, une famille d'enfants anglais a été créée par Edith Nesbit, pseudonyme de Mrs. Hubert Bland-Tucker, au début de ce siècle. Elle continue à faire la joie des jeunes lecteurs. Ce sont les Bastable, dont les aventures s'échelonnent sur plusieurs livres. L'originalité de l'œuvre est de conserver un milieu familial dans une atmosphère de féerie et d'humour. Ces Bastable sont cinq. Le thème est en général à peu près le même : il s'agit de découvrir un trésor caché dans les environs et un talisman aide les enfants dans leurs recherches. Ce talisman est souvent donné par un animal étrange, vieux de plusieurs milliers d'années, ou sorti des armoiries d'un blason... Le fantastique s'accompagne toujours d'un conformisme très britannique d'une famille d'enfants bien élevés d'un effet très amusant. Un de ces livres avait été traduit en français en 1906 et paru en fascicules dans Mon Journal sous le titre : La Fée des sables, adapté du roman anglais par Mme J. Heywood. A côté des Bastable, d'autres familles d'enfants du même genre peuplent les divers romans de Mrs. Nesbit qui sont nombreux et mériteraient de sortir de l'oubli.

Antérieur aux précédents auteurs, George Macdonald, né en 1824 et mort en 1905, fut un poète et un romancier écossais, fils de fermier calviniste. Avec lui un type bien particulier de livre d'enfant fait son apparition, continué de nos jours par Walter De La Mare. Il fut l'ami de Lewis Carroll, de Ruskin, de la veuve de Byron, des Burne-Jones. C'est à lui que Lewis Carroll apporta un jour son manuscrit de Alice's adventures underground qui devait devenir par la suite Alice in wonderland. C'était pendant l'été de 1862. A la suggestion de George Macdonald, sa femme le lut à haute voix à leurs enfants. Quand elle eut terminé, leur fils Greville, âgé de six ans, s'écria qu'il faudrait qu'il y en eût soixante mille volumes. Il n'est donc pas étonnant de retrouver le merveilleux dans l'oeuvre pour enfants de Macdonald. Il ne renferme pas du « nonsense » à la Lewis Carroll, qui n'est pas tellement absurde, car il cache souvent une métaphysique bien propre au professeur de faculté Charles Dodgson. Mais cette métaphysique se retrouve chez George Macdonald sous une autre forme et poétisée par l'esprit écossais. « Dieu est le Dieu de la Beauté, dit-il, la religion est l'amour du beau, et le ciel est la maison de la Beauté. » Il a écrit des contes de fées d'un genre classique. Ce sont The Princess and the goblin : La Princesse et le lutin, The Princess and Curdie : La Princesse et Curdie, The Light Princess, etc. La princesse Irène, par exemple, découvre un peuple de lutins vivant dans les cavernes d'une montagne. Ses aventures sont liées à celle de Curdie, le fils d'un mineur qui vient à son secours, puis une autre fois est sauvé par elle, etc. Mais il faut mettre tout à fait à part At the back of the North wind : Derrière le vent du Nord, qui est une oeuvre puissamment originale et envoûtante et que les adultes apprécient tout autant que les enfants à cause de ses résonances intérieures. C'est l'histoire d'un petit garçon que le vent du Nord vient chercher la nuit pour l'emmener dans ses tournées. Diamant est le fils d'un cocher, le vent du Nord une belle jeune femme brune. Au cours de ses voyages en sa compagnie, Diamant comprend petit à petit la mission du vent du Nord qui souffle toujours en vue d'une action déterminée, par exemple, pour couler le bateau qui transporte le fiancé d'une jeune fille. Il apprend aussi ce que veut dire : aller derrière le vent du Nord, une fois où il tombe gravement malade. Pendant les jours où il est sans connaissance dans son lit, il se trouve emporté par le vent du Nord aux confins du monde. Il passe à travers la jeune femme et se trouve dans une contrée étrange, silencieuse, où les êtres qui la peuplent ne se parlent pas et se contentent de se sourire quand ils se rencontrent. Ils grimpent souvent sur un arbre d'où l'on peut voir le monde, notre monde. Diamant y monte un jour, voit le pays qui s'étend devant lui et éprouve un désir intense de se retrouver à la maison. Il repasse à travers le vent du Nord et c'est sa guérison. Le livre est ainsi un mélange très poétique de symbolisme et de vie réelle très attachant. Ce petit Diamant, qui est sans défauts, n'a cependant rien de l'enfant modèle qui ennuie. Très vivant, il est en même temps irréel comme une fée. C'est un adorable petit garçon tout blond, tout frisé, qui vit si simplement dans sa perfection, qu'elle semble naturelle. Et quand il aura réussi à rendre tout le monde heureux autour de lui, il mourra une nuit, sans bruit dans sa mansarde, reparti derrière le vent du Nord. S'il fallait faire une comparaison avec une œuvre moderne, on penserait au petit Marcellino pan y vino.

Un des contes de George Macdonald reprend cette conception de la vie et de la mort. Il est très connu et s'appelle The Golden key : La clé d'or. Cette clé se trouve à l'endroit où l'arc-en-ciel touche le sol. Un petit garçon, à qui sa grand'mère a raconté cette légende, rêve d'atteindre cet endroit et de trouver la clé. Or il habitait aux confins du pays des fées et un jour où brille l'arc-en-ciel il se met en route. Il arrive au but et le spectacle est merveilleux. « Et comme il restait là, il devint encore plus merveilleux. Car dans chacune des couleurs qui était aussi grande que des piliers d'église, il pouvait vaguement voir des formes pleines de beauté, montant lentement comme sur les marches d'un escalier tournant. » Quand la lune se leva, l'arc-en-ciel disparut et le petit garçon trouva la clé. Il continue son chemin vers une chaumière habitée par une fée et où il rencontre une petite fille, Tangle. La fée les envoie à la recherche de la porte qu'ouvre la clé. Voyage mouvementé et féerique, pendant lequel ils vieillissent, puis rajeunissent. La porte les mène dans l'arc-en-ciel d'où ils peuvent voir la terre à leurs pieds et de beaux êtres de tous âges montaient avec eux dans les escaliers tournants. « Ils surent qu'ils allaient vers le pays d'où tombent les ombres. Et maintenant je crois qu'ils doivent y être. »

Ces histoires sont assez mélancoliques, mais l'enfant même le plus turbulent se laisse prendre au sortilège des histoires tristes et c'est sans doute la raison pour laquelle les livres de George Macdonald, avec leur cachet pré-raphaélite, séduisent encore les enfants, à la fois par le fond et par le style un peu désuet.

Walter De La Mare est un autre métaphysicien de l'enfance. Il a écrit : « Méfiez-vous des théories et des fichiers. La théorie est un mauvais maître et il y a une échappatoire secrète à toute classification adéquate 4. » Pour nous montrer le chemin de cette échappatoire, Walter De La Mare a écrit de délicieuses poésies pour les enfants et des aventures d'enfants ou d'animaux dans lesquelles la fantaisie et l'humour se donnent libre cours.

Peacock Pie fut publié pour la première fois en 1913. C'est un recueil de poésies enfantines qui fut suivi de About and Roundabout et Come hither, une anthologie baptisée « collection de rimes et poésies pour les jeunes de tous âges ». Certaines de ces poésies sont publiées dans la plupart des manuels scolaires d'anglais pour les classes de nos lycées de 6e et de 5e. Mais les œuvres en prose de Walter De La Mare n'ont jamais été publiées en français. La plus célèbre est l'histoire des Three Mulla Mulgars, écrite en 1910 pour être lue aux enfants de l'auteur. Les trois Mulla Mulgars sont trois petits singes, Thumb, Thimble et Nod, de sang royal, qui partent à la recherche de leur oncle Assassimmon, prince de la vallée de Tishnar. Le voyage a lieu pendant l'hiver, sous la neige, dans les montagnes glacées. Les singes ont heureusement une pierre magique qui les sauve plusieurs fois de la mort. On est tantôt dans une atmosphère de rêve dans des pays fantastiques, ou dans une atmosphère d'épouvante avec des squelettes, des fourmis dévorantes, des fantômes, ou encore dans une étrangeté créée par des mots forgés, des phrases en langage singe, etc. Et surtout ce monde métaphysique comme chez Macdonald. Le voyage vers Tishnar est la recherche du pays merveilleux où règne le bonheur éternel. Jusqu'au dernier moment le sens de Tishnar reste caché, le pays lui-même nous demeure inconnu. Les trois singes arrivent sur ses bords, mais nous restons sur la limite du merveilleux. Tishnar « signifie ce qui ne peut pas être pensé avec des mots, ou dit, ou exprimé. Ainsi tout le merveilleux monde secret et paisible au-delà des vies des Mulgars est Tishnar - le vent et les étoiles, aussi, la mer et l'inconnu infini. Mais ici ce n'est que le Beau des montagnes qu'il signifie ».

Nous voilà une fois encore mystifiés. Lewis Carroll nous avait amenés dans son monde souterrain ou à travers le miroir, à la suite d'Alice, pour nous montrer combien sont relatifs le temps, la taille, le mouvement ou la direction; George Macdonald escamote ses héros derrière une féerie symbolique; et Walter De La Mare, après nous avoir conduits jusqu'en vue de Tishnar et laissé entrevoir tout ce qu'il signifie, nous laisse sur l'autre bord : ici ce n'est que le Beau des montagnes... Ce livre, assez long puisqu'il a 272 pages, est donc un mélange d'enfantillage et d'aperçus philosophiques d'une portée qui va bien plus loin que n'en peuvent comprendre les enfants. C'est une sorte de synthèse du conte de fées et d'un Voyage du pèlerin de Bunyan transposé. Il surprend. Et toute l'oeuvre pour les enfants de Walter De La Mare présente cet aspect inquiétant d'un monde inconnu, souvent effrayant. Il y a, par exemple, ce conte appelé The Riddle : L'Énigme, dans lequel sept enfants vont vivre chez leur grand'mère. Ils disparaissent tour à tour dans le grand coffre de chêne d'une mansarde, sans que l'aïeule s'en soucie. « Bavardant avec agitation, sans articuler, toute seule, la vieille dame redescendit vers son fauteuil auprès de la fenêtre » quand le dernier de ses petits-enfants eut disparu. Les fous, les revenants, les fossoyeurs sont des personnages courants dans toutes ces histoires et il serait curieux de voir si Walter De La Mare rencontrerait en France le même succès qu'en Grande-Bretagne. Même lorsque l'atmosphère est plus comique, il reste un fond trouble de maladie et de mort, comme dans l'histoire de Sambo and the Snow Mountains : Sambo et les montagnes de neige. Elle raconte l'histoire d'un petit garçon noir qui rêve d'avoir la peau blanche. Il se fait passer un jour pour son maître, un médecin, auprès d'une très vieille dame malade qui habite dans un paysage de neige, en haut des montagnes où tout est blanc. Pour être blanc lui-même, il se trempe tous les jours dans un baquet de chaux. La vieille dame s'y laisse prendre et lui lègue en mourant tous ses biens. « Et pourtant, dans les années qui suivirent... un étrange désir rampait dans l'esprit de Sambo. Et il était saisi de la crainte de voir Satan venir à nouveau vers lui. Il s'approchait alors furtivement de son miroir, et confrontait, encore et encore,le visage crayeux et sans taches, avec des yeux aussi immobiles et sombres que du basalte.

« Oh, pour un seul instant, s'écriait une voix venue de l'intérieur comme du plus profond de son être, oh, pour un seul instant, être à nouveau noir. » Et pour faire taire la voix, Sambo cueillait quelques perce-neige et descendait et les déposait sur la tombe de sa vieille amie. »

Beaucoup plus gaie est l'oeuvre de Hugh Lofting qui, reprenant le « nonsense » sans arrière-pensée d'Edward Lear, a créé le populaire Docteur Dolittle. Celui-ci est né dans les tranchées de Belgique. « C'était durant la Grande guerre, écrit-il, et mes enfants, restés à la maison, me réclamaient des lettres - et ils les voulaient plutôt avec que sans dessins. Il était peu intéressant d'écrire du Front à des petits : les nouvelles étaient soit trop horribles, soit trop tristes. Et tout était censuré. Une chose cependant, qui s'imposait de plus en plus à mon attention, était la part considérable que les animaux jouaient dans la Guerre mondiale, et qu'à mesure que le temps s'écoulait, eux aussi semblaient devenir fatalistes... »

De là naquit le premier livre des aventures du Dr Dolittle qui abandonne la médecine pour soigner les animaux, apprend leur langage et part avec ses bêtes favorites au-devant d'aventures extraordinaires et d'un comique très spontané. Les trois premiers de ces livres ont été traduits en français chez Albin Michel et il est inutile d'en parler. Il resterait à traduire Dr Dolittle's circus : le cirque du Dr Dolittle, dans lequel les aventures du Docteur et de Sophie le phoque qu'il fait échapper du cirque pour qu'elle puisse aller rejoindre son mari font rire aux larmes. Il y a aussi Dr Dolittle's zoo, Dr Dolittle's garden, et enfin Dr Dolittle in the moon, le Dr Dolittle dans la lune, qui serait vraiment d'actualité. Il s'envole d'ailleurs sur le dos d'un phalène géant, ce qui a bien plus de charme que de s'embarquer dans une fusée à réaction.

Pour mémoire rappelons l'œuvre d'Alan Alexander Milne qui a déjà été traduite, mais qui est épuisée : Winnie the Pooh et The House at Pooh corner. Le « nonsense » y est subtil et toujours empreint d'une poésie charmante. L'ours en peluche Pooh, « de très petite cervelle », gourmand, toujours de bonne humeur, doucement philosophe, n'en est pas moins un poète qui adore se chanter des petits airs de circonstance, improvisés sur le champ :
Le Lundi, quand le soleil chauffe,
Je me demande très souvent :
« Est-il bien vrai ou pas du tout
Que qui est quel et quel est qui? »
Le Mardi, quand il grêle et neige,
En moi grandit le sentiment
Que l'on peut à peine savoir
Si çà est ci et ci est çà.
Mercredi, quand le ciel est bleu,
Et que je n'ai rien d'autre à faire,
Je cherche parfois s'il est vrai
Que qui est quoi et quoi est qui.
Le Jeudi, quand le gel commence,
Quand le givre scintille aux branches,
Comme on voit sans difficulté
Qu'ils sont bien qui - mais qui sont-ils 5?

Enfin citons pour terminer, la série des « Mary Poppins » qui viennent chronologiquement en dernier. Leur auteur est P. L. Travers, l'illustrateur Mary Shepard et l'on n'imagine pas l'un sans l'autre. Miss Phyllis Fenner, dans The Proof of the pudding, n'hésite pas à écrire : « C'est un des grands livres de notre époque ». Jean de Trigon, dans son Histoire de la littérature enfantine de ma mère Loye au roi Babar, lui consacre un article élogieux. Le premier volume de la série a été traduit chez Desclée de Brouwer mais doit être épuisé. Mary Poppins est une trouvaille et une réussite. Elle est nurse dans une famille de cinq enfants : Jeanne, Michel, les deux jumeaux et le bébé Annabel. Elle y est arrivée un jour de vent d'Est et repart quand le vent tourne, tout aussi mystérieusement. Ce sont ses séjours chez les Bland qui font l'objet de chacun des livres de la suite. D'où vient-elle? Du pays des fées certainement. Mais elle n'en est pas moins terriblement britannique, avec sa tenue toujours impeccable en toutes circonstances et sa sévérité toute d'une pièce envers les incartades de qui que ce soit. Si le gardien du parc s'imagine la démonter en se moquant d'elle, c'est lui qui est cloué sur place : « Je suppose, ajouta-t-il sarcastique, que vous êtes parente de l'Homme dans la Lune? » - « C'est mon oncle! » dit Mary Poppins calmement, tout en tournant le landeau des enfants dans le sentier qui menait au Coin sauvage 6. »

Il y a des réminiscences de Lewis Carroll dans les passages continuels du monde réel au monde féerique de tous les personnages qui s'en étonnent à peine. Ce pourrait être une critique, mais l'œuvre n'en est pas moins puissamment originale et mérite d'être largement connue.

Sur cette figure tellement typique de l'humour britannique s'arrêtera ce tableau d'une littérature enfantine si mal connue des enfants français. Si cet aperçu pouvait faire naître le désir de la traduire, nos livres d'enfants s'enrichiraient d'un genre tout à fait original.

Liste des auteurs cités

BROOKE (L. Leslie).

- A roundabout turn; poem by H. Charles. - London, F. Wame et Cie

- Johnny Crow's garden. - Id.

- Johnny Crow's new garden. - Id.

- Johnny Crow's party. - Id.

CARROLL (Lewis).

- The Complete works... - London, The Nonesuch press [1939].

DE LA MARE (Walter).

- A child's day. - London, Longmans.

- About and roundabout. - Id.

- Broomsticks. - Id.

- Come hither. - Id.

- Crossings. - Id.

- Down a down derry. - Id.

- The Dutch cheese. - Id.

- Flora. - Id.

- The Lord Fish. - Id.

- Memoirs of a midget. - Id.

- The Nap and others stories. - Id.

- The Three Mulla Mulgars. - Id.

- Peacock Pie. - Id.

- Songs of childhood. - Id.

LEAR (Edward).

- A Book of nonsense. - London, Routledge.

- Nonsense books. - London, Macmillan.

LOFTING (Hugh).

- Dr Dolittle in the Moon. - London, J. Cape.

- Dr Dolittle's caravan. - Id.

- Dr Dolittle's circus. - Id.

- Dr Dolittle's garden. - Id.

- Dr Dolittle's post office. - Id.

- Dr Dolittle's zoo. - Id.

- Porridge poetry. - Id.

- The Story of Mrs. Stubbs. - Id.
Trad. - L'Histoire du Dr Dolittle. - Paris, A. Michel.

- La Poste du Dr Dolittle. - Id.

- Les Voyages du Dr Dolittle. - Id.

MACDONALD (George).

- At the back of the North wind. - London, Macmillan.

- The Princess and the Goblin. - Id.

- The Princess and Curdie. - Id.

MILNE (Alan Alexander).

- A gallery of children. - London, Methuen et Cie.

- The House at Pooh corner. - Id.

- Now we are six. - Id.

- When we were very young. - Id.

- Winnie-the-Pooh. - Id.

Trad. - Histoire d'un Ours comme ça. - Paris, Presses de la Cité.

- La Maison d'un Ours comme çà. - Id.

NESBIT (Edith), pseud. de Mrs. Hubert BLAND-TUCKER.

- Five children and it. - London, Fischer Unwin.

- Five of us and Madeline. - Id.

- The House of Arden. - Id.

- Lays and legends. - Id.

- The New treasure seekers. - Id.

- The Old nursery stories. - Id.

- The Treasure seekers. - Id.

- The Wouldbe good. - Id.

POTTER (Beatrix).

- Appley Dapply's nursery rhymes. - London, F. Wame et Cie.

- Cecily Parsley's nursery rhymes. - Id.

- The Fairy caravan. - Id.

- Ginger and pickles. - Id.

- Little pig Robinson. - Id.

- The Pie and the Patty pan. - Id.

- The Roly poly pudding. - Id.

- The Story of a fierce bad rabbit. - Id.

- The Story of Miss Moppet. - Id.

- The Taylor of Gloucester. - Id.

- The Tale of Jemina Puddleduck. - Id.

- The Tale of Johnny Town-mouse. - Id.

- The Tale of Peter Rabbit. - Id.

- The Tale of Pigling Bland. - Id.

- The Tale of Squirrel Nutkin. - Id.

- The Tale of the Flopsy Bunnies. - Id.

- The Tale of the two Bad Mice. - Id.

- The Tale of Timmy Tiptoes. - Id.

- The Tale of Tom Kitten. - Id.
Trad. - Histoire de Jeannot Lapin. - Id.

- Histoire de la Famille Flopsaunt. - Id.
Trad. - Histoire de Noisy-Noisette. - Id.

- Histoire de Pierre Lapin. - Id.

- Histoire de Poupette à l'Épingle. - Id.

- Histoire de Sophie Canétang. - Id.

- Dix petits lapins. - Paris, Gauthier-Languereau.

THACKERAY (William Makepiece).

- The Rose and the Ring. - London, Macmillan.

TRAVERS (P. L.).

- Mary Poppins. - London, P. Davies.

- Mary Poppins comes back. - Id.

- Mary Poppins in the park. - Id.

- Mary Poppins opens the door. - Id.

Trad. - Mary Poppins. - Paris, Desclée de Brouwer.

  1.  (retour)↑  Don't tell me of a man's being able to talk sense; every one can talk sense. Can he talk nonsense ?
  2.  (retour)↑  There was a Young Lady whose chin
    Resembled the point of a pin;
    So she had it made sharp
    And purchased a harp
    And played several tunes with her chin.
  3.  (retour)↑  Fenner (P.), The Proof of the pudding. - New York, J. Day C°, 1957, p. 185.
  4.  (retour)↑  Beware of theories and pigeon-holes. Theory is a bad master, and there is a secret exit to every convenient pigeon-hole.
  5.  (retour)↑  Winnie the Pooh.
  6.  (retour)↑  Mary Poppins in the Park.