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La Nouvelle Bibliothèque municipale de Tours

René Fillet

Incendiée le 19 juin 1940, la Bibliothèque municipale de Tours put reprendre immédiatement son activité dans une salle de l'hôtel de ville. Malgré de nombreuses difficultés dues à la guerre, à l'exiguïté du local provisoire, aux successifs déménagements des magasins, à la rareté de certaines publications, M. Georges Collon, alors conservateur de la bibliothèque, s'ingénia à offrir aux étudiants et aux chercheurs la documentation indispensable, reconstitua les collections à un rythme rapide, organisa des expositions, en un mot fit véritablement renaître la Bibliothèque de ses cendres.

Cependant il n'est provisoire qui un jour ne touche à sa fin : le 26 novembre 1957, dix-sept ans après sa destruction, les portes du nouveau bâtiment érigé en bordure de la Loire s'ouvraient au public.

Vu du haut de la Tranchée de St-Symphorien, où s'ouvre de la Loire au Cher une remarquable perspective, cet édifice qui souligne à l'entrée Nord de Tours une des extrémités de la place Anatole-France s'intègre parfaitement dans le cadre de la rue Nationale reconstruite. Ce n'est qu'en s'en rapprochant que l'on est frappé de ses dimensions imposantes : 72 m de façade, 32 m de largeur, 30 m de haut 1.

Hors les manifestations solennelles, on y entre par deux portes s'ouvrant de chaque côté de l'escalier d'honneur et donnant accès dans le hall du rez-de-chaussée ; au centre de celui-ci une maquette de circulation permet aux lecteurs de se diriger facilement et de saisir d'un coup d'œil l'économie générale du bâtiment : un corps central, dont l'élan est souligné par les hautes verrières, flanqué de deux ailes. Celles-ci sont consacrées à la lecture publique : urbaine à l'Ouest - c'est la salle du prêt à domicile -, rurale à l'Est, domaine de la Bibliothèque centrale de prêt d'Indre-et-Loire. Le corps central s'élève au-dessus d'un sous-sol qui contiendra deux étages de magasins; il s'ordonne autour d'une quadruple colonne vertébrale, soulignée par sa couleur « rouge césar », formée par les trois cages de l'ascenseur du public, du monte-charge, des monte-livres, et par la gaine de ventilation.

Un large couloir nous mène au prêt à domicile; sur le mur de droite une grande fresque due à quatre élèves de l'École des beaux-arts de Tours symbolise la bibliothèque, fenêtre ouverte sur le monde : traitée en larges à plat elle représente un planisphère. Elle est éclairée par quatre des fenêtres de la salle de prêt dont nous sépare une cloison vitrée le long de laquelle sont placées deux vitrines. Dans celles-ci une exposition permanente : quelques revues : L'Illustration, L'Univers illustré, Le Théâtre, La Mode, La Nature, des journaux locaux, sont ouverts, rappelant les événements nationaux, politiques et littéraires, les dernières découvertes, la mode, la vie tourangelle il y a cent ans et cinquante ans; les pages en sont tournées tous les jours, renouvelant sans cesse l'intérêt.

Une deuxième porte vitrée franchie, nous voici dans une vaste salle, au sol de gerflex noir jaspé de blanc, aux murs bleus coupés par une immense baie qui occupe toute la largeur de la bibliothèque et par sept fenêtres; vingt et une colonnes soutiennent la terrasse dans laquelle sont ménagés six oculi qui dispensent au centre et au fond de la salle une abondante lumière. L'éclairage nocturne par tubes fluorescents fixés au plafond à 1 mètre de la baie et autour des oculi a les mêmes points d'émission lumineux que l'éclairage diurne : cette disposition a facilité la mise en place du mobilier.

Une large main courante canalise les lecteurs vers le bureau de prêt installé au centre de la salle; de forme circulaire, cinq personnes peuvent y travailler à l'aise, chacune disposant de part et d'autre de sa chaise tournante d'un emplacement pour les livres retenus par les lecteurs ou ayant besoin de réparation, et pour les dossiers nécessaires. C'est le système Browne qui est employé, chaque lecteur recevant lors de son inscription quatre pochettes dont deux sont destinées aux nouveautés, ainsi qu'un « guide » imprimé. La durée de prêt est de trois semaines, une semaine seulement pour les nouveautés. Le système Browne permet de sanctionner efficacement les négligents : non seulement une amende est perçue dans tous les cas de retard, mais lorsqu'il s'agit de nouveautés la pochette est confisquée et classée avec la carte d'inscription du lecteur. Les statistiques sont obtenues rapidement et facilement grâce à une formule très simple : sur une planchette légèrement inclinée sont vissés autant de compteurs 2 que de grandes divisions Dewey; à chaque prêt, l'employé appuie sur le compteur correspondant à la cote décimale et il suffit de relever chaque soir les chiffres et de remettre les compteurs à o; le geste est extrêmement rapide et cette solution épargne au personnel les longs et fastidieux classements des fiches de prêt que le nombre de sorties rendrait soit impossible, soit coûteux. Au bureau de prêt, des cartes pour la retenue des livres et des formules de « proposition d'achat » sont à la disposition des lecteurs; timbrées par leurs soins, elles leur seront envoyées par la poste dès que le livre aura été mis de côté ou acheté à leur intention.

Les livres restitués ou l'inscription prise, les lecteurs ont libre accès aux rayonnages qui, tous en épis, convergent vers le bureau de prêt en laissant entre eux de larges circulations; ce dispositif rayonnant a été adopté pour faciliter la surveillance, encore que celle-ci soit pratiquement impossible aux heures d'affluence. En chêne clair ciré, montés sur piètement métallique, les rayonnages vont de 0,45 m du sol à 1,90 m; tous les livres sont facilement accessibles. Ils sont rangés suivant la classification Dewey, les différentes catégories d'ouvrages étant clairement indiquées par des lettres en relief fixées sur les tranches des tablettes; les traductions sont groupées par pays. Trois rayons originaux :
- celui des nouveautés. Celles-ci se distinguent simplement par la couleur bleue de la feuille « date de retour ». Deux critères qui se juxtaposent déterminent les livres à placer dans ce rayonnage : la date de publication d'une part, le rythme des sorties d'autre part : dès qu'une nouveauté n'a pas été empruntée pendant trois semaines, la feuille bleue recevant la date de retour est remplacée par une feuille blanche et le livre classé avec les autres;
- celui des livres qui viennent d'être rapportés. Le chariot qui reçoit ces livres est placé au centre du bureau de prêt; il doit être déchargé plusieurs fois par jour et il est impossible de classer immédiatement les livres à leur place exacte; ils sont groupés dans ce rayon au cours de la journée et ceux qui restent sont classés le lendemain matin, de 9 heures à 10 heures, avant l'ouverture au public. Ce rayon apparaît d'ailleurs, comme une sorte de « présélection pour hésitants » : ils ont été empruntés, donc ils sont intéressants;
- celui des parents, où sont réunis des ouvrages sur l'hygiène prénatale, la puériculture, l'éducation, la psychologie enfantine, etc..., ainsi que quelques albums à l'intention des parents dont les enfants sont trop petits pour aller à la section « jeunesse » mais qui désirent leur montrer de belles images ou leur raconter des histoires. Le démarrage a été très long, le succès est encore relatif.

Dans des protège-revues en rhodoïd transparent fort, quarante journaux ou périodiques « grand public » sont placés sur neuf tables qui offrent également à ceux qui le désirent la possibilité de parcourir quelques pages du livre qu'ils hésitent à emporter.

Le fichier est très rarement consulté : on peut s'interroger sur sa nécessité lorsque les fiches des livres de la section de prêt figurent également au catalogue général de la bibliothèque.

Un magasin communique directement avec cette salle; il reçoit les livres retirés du prêt, ceux qui viennent de la reliure et attendent d'être recouverts de plastique à l'atelier ou d'être équipés en vue du prêt. Une partie de ce magasin sert à la section « jeunesse » qui occupe la salle Nord du rez-de-chaussée.

Pourquoi ce terme « jeunesse » ? Parce qu'elle est destinée aux lecteurs de 6 à 16 ans, l'usage de la salle de prêt à domicile n'étant autorisé qu'à partir de 16 ans; elle est ouverte en dehors des heures de classe de 16 h 30 à 18 h 30 tous les jours, le jeudi de 9 h 30 à 12 h et de 14 h à 18 h 30, tous les après-midi pendant les vacances.

Cette section est quasi autonome : enregistrement, catalogage, préparation des trains de reliure, équipement pour le prêt sont effectués par le personnel de cette section qui assure également le fonctionnement du bibliobus scolaire; ses activités : expositions, contes, etc... ont leur propre calendrier.

Dès que les enfants ont franchi la porte d'entrée, ils sont dans leur domaine : vestiaire, toilettes et lavabos, salle de l'heure du conte sont accessibles de la grande salle de 17 m sur II m dans laquelle quinze tables et quatre-vingt-huit chaises attendent les jeunes lecteurs. Pour entrer ou sortir il faut longer le bureau de prêt en U. C'est également le système Browne qui est en vigueur, deux pochettes seulement étant délivrées lorsque l'enfant a rapporté sa carte d'inscription signée par les parents; la durée de prêt est de quinze jours, un documentaire devant être obligatoirement emprunté si l'enfant sort deux livres à la fois : ce qui n'est pas considéré comme une brimade car très souvent ce sont deux documentaires qui sont librement choisis. Un « guide » est distribué lorsque l'inscription est définitive.

La partie ouest de la salle est destinée aux plus petits, cette affectation étant matérialisée par un épi : les rayonnages ont I,40 m de hauteur, les tables 0,60 m; c'est le domaine des albums. Dans l'autre partie, les livres sont classés suivant la classification Dewey; un important élément de rayonnage est consacré aux usuels, qui ont grand succès. Des lettres en relief piquées sur la tranche des tablettes guident les lecteurs. Deux panneaux de « panolac » perforé, peints en vert foncé, dans lesquels s'insèrent des présentoirs servent aux expositions 3; on utilise également les murs, au-dessus des rayonnages, pour y coller des photographies, des frises colorées en rapport avec l'exposition en cours. Une grande mappemonde permet aux enfants de suivre les déplacements de leurs héros à travers le monde. Le maniement du catalogue fait partie de l'éducation des lecteurs, mais la maîtrise est difficile à atteindre...

Les murs blanc-rosé, le chêne clair des rayonnages et des tables, le sol de gerflex jaune clair jaspé de blanc créent un ensemble clair et reposant, qu'égayent les couvertures des livres et les teintes vives du fil plastique tressé des chaises : le cadre est aussi jeune que ses usagers.

La salle de l'heure du conte peut recevoir de 50 à 60 auditeurs 4. Chaque jeudi, de 15 h à 16 h, les moins de 10 ans viennent écouter un conte animé par le flanellographe. Ce terme d'allure très technique désigne la chose la plus simple qui soit : un panneau de 5 m de long, tendu de flanelle bis, sur laquelle des personnages en flanelle de couleurs vives sont placés au fur et à mesure de leur intervention dans l'histoire; ils sont déplacés ensuite au gré de leurs aventures; le simple contact des deux tissus de flanelle suffit à assurer l'adhérence. Cette méthode « d'illustration » présente l'avantage de garder à la narration du conte le rythme qui permet au public de suivre. Le conte terminé, les petits écoutent 15 à 25 minutes de musique et cèdent la place aux plus grands. Pour ceux-ci différentes formules sont essayées, la meilleure jusqu'ici étant celle de la lecture des bonnes pages d'un livre 5. Enfin 2 heures par semaine sont consacrées à la musique : une heure avec programme imposé, une autre avec disques demandés par les enfants 6.

Depuis le mois de novembre 1958 un programme mensuel des activités de la section jeunesse est imprimé et distribué aux enfants; les parents se sont montrés satisfaits de cette formule.

Le nombre d'inscriptions et la cadence des prêts dépasse nos prévisions 7. Il est vrai qu'outre les enfants des écoles publiques, de nombreux élèves des écoles privées fréquentent cette section qui se révèle trop petite : même lorsqu'il vient seulement emprunter des livres, l'enfant s'attarde volontiers à lire sur place, séjourne plus longtemps que l'adulte. Autre problème : il faut chasser les parents - et plus encore les grands-parents! - qui voudraient être témoins de la joie de leurs enfants à l'heure du conte et prétendent les guider ensuite dans leur choix; dans ce dernier cas le désir d'autonomie des enfants nous est un précieux auxiliaire.

Pour nous rendre à la Bibliothèque centrale de prêt nous passons devant l'atelier, commun à la Bibliothèque municipale et à la Centrale de prêt. Dans ses 42 mètres carrés, les livres sont réparés 8 ou recouverts de plastique; le duplicateur et l'adressographe de la B.C.P. y ont leur place; une camera pour l'établissement de microfilms et une chambre noire, de petites dimensions mais suffisante, complètent l'équipement.

La B.C.P. a une entrée indépendante sur la façade Est du bâtiment. Trois bureaux en enfilade, mais indépendants puisque chacun d'eux s'ouvre sur un couloir, donnent sur la Loire; dans celui de la bibliothécaire un coin d'accueil est réservé aux dépositaires. Le couloir aboutit à la salle de manutention, proche du magasin. Sur un panneau la carte des circuits sur laquelle des punaises à têtes de couleur signalent les différents dépôts donne aux responsables une idée exacte du travail de la B.C.P. Magasin et salle de manutention sont séparés du garage par une cloison vitrée fermée par deux portes coulissantes 9; le bibliobus scolaire et la camionnette de la B.C.P. y tiennent à l'aise; un établi est installé entre deux colonnes; les bicyclettes et vélomoteurs du personnel y sont abrités. Là encore neuf oculi dispensent une abondante lumière.

Destinée primitivement à être un bureau, une quatrième pièce a été mise à la disposition du personnel des deux bibliothèques; celui-ci a créé une amicale qui y a son siège social 10. Certains employés habitant en dehors de Tours y déjeunent; tous peuvent venir y prendre une tasse de thé ou un verre de jus de fruits, s'y détendre quelques instants : je n'ai jamais eu à constater la plus minime exagération dans son usage. Les sièges sont ceux qui garnissaient le car avant qu'il ne soit transformé en bibliobus.

Le personnel dispose également d'un bloc sanitaire comportant deux douches, ainsi que d'un vestiaire où chacun des employés a une armoire personnelle.

Traversant ce vestiaire, nous arrivons au fumoir où les étudiants viennent fumer et bavarder après quelques heures de travail assidu. Il est installé en face de la loge du concierge, ce qui en rend la surveillance facile.

Nous nous retrouvons dans le hall d'entrée, après avoir parcouru l'ensemble du rez-de-chaussée de la bibliothèque.

Le long de la façade Sud, sous l'escalier d'honneur, une grille ornementale interdit l'accès de l'escalier qui descend à la salle contenant la réserve. Cette salle de 14 m sur 8 m est protégée par le cuvelage étanche du sous-sol qui l'entoure de toutes parts. Une longue vitrine horizontale court le long des deux parois latérales, à 1,30 m du sol; éclairée par des tubes fluorescents elle permet l'exposition des trésors de la bibliothèque. Deux rangées de casiers grillagés au-dessous et une rangée au-dessus de cette vitrine contiennent les volumes. En face de l'escalier une grande vitrine de 1,60 m de haut et de 3 m de long permettra des présentations spectaculaires.

L'ensemble des boiseries de chêne clair, l'éclat discret du grillage en laiton poli composent un cadre à la fois sobre et somptueux, digne écrin des manuscrits et livres précieux qui, sauvés de la destruction grâce à une réserve souterraine installée par M. Collon en 1940, y sont rassemblés.

Le grand hall du premier étage exprime fortement l'aspect monumental que l'on a entendu conférer à la bibliothèque, étant donné son emplacement. L'escalier d'honneur aboutit à une porte de belles dimensions, entrée des circonstances solennelles 11, au-dessus de laquelle une grande paroi vitrée éclaire le hall haut de II m. De chaque côté de celui-ci, deux volées d'escalier en encorbellement, dont l'échiffre de pierre s'oppose au gris léger de l'enduit falaisé; les 9 m qui séparent la grande porte de l'entrée de la salle sont coupés par huit marches qui occupent les 17 m de largeur. Les proportions sont grandioses.

Un bureau est placé entre les deux portes d'entrée de la salle de travail : c'est là que se font inscrire les lecteurs, qu'a lieu le contrôle de la concordance entre les livres sortis et les bulletins d'emprunt, la réception des livres restitués, la perception des éventuelles amendes; le pointage des entrées des lecteurs se fait à l'aide d'un compteur 12. A gauche et à droite des portes d'entrée, un vestiaire pour le public.

Entourant les deux escaliers de service, dont l'un est flanqué du monte-charge, l'autre des monte-livres, des éléments de faible hauteur (I,10 m) et une longue rangée de vingt fichiers rotatifs isolent l'aire de circulation des lecteurs de celle du personnel 13. Un de ces éléments reçoit les dernières acquisitions d'ouvrages de travail avant qu'elles ne soient classées dans les magasins.

A l'Est et à l'Ouest deux longues salles permettent d'accueillir 120 lecteurs répartis par tables de quatre places. Les chaises en bois courbé, recouvertes de tissu plastique lavable imitant le tweed, sont confortables. Entre les fenêtres, les rayonnages muraux contiennent 7 500 usuels classés systématiquement 14. Deux meubles à périodiques permettent de présenter dans un espace restreint (2,60 m de long, 2,10 m de haut) deux fois cent revues, toutes dans des protège-revues en rhodoïd transparent 15.

Les demandes de communication d'ouvrages du magasin sont établies sur des formules imprimées placées dans des distributeurs Rotatickets qui permettent d'établir en une fois le nombre de copies nécessaires. Elles sont transmises au magasin et les livres envoyés à la salle par les monte-livres. Difficultés ou contestations éventuelles sont rapidement réglées par une conversation engagée entre les surveillants et le magasinier grâce à l'interphone.

Dans la salle Nord, trois bureaux ont été installés : celui du bibliothécaire à à l'est, des bibliothécaires-adjoints à l'ouest; au centre sont effectués l'enregistrement, la dactylographie des fiches secondaires, la préparation des trains de reliure, les tâches administratives.

Le sol est recouvert de gerflex noir jaspé de blanc; les cages du monte-charge et des monte-livres sont rouge césar, la salle Est jaune soufre, la salle Ouest gris de Touraine, la salle Nord vert électrique. Le plafond est insonorisé par des plaques perforées en Isorel mou épais. L'éclairage diurne par les grandes verrières est excellent; le soir, des plafonniers contenant chacun deux tubes fluorescents assurent 200 lux sur les tables.

Au deuxième étage nous retrouvons la même disposition. Ces trois salles représentent le volant d'extension nécessaire pour faire face aux besoins de l'avenir; elles seront ouvertes aux lecteurs lorsque les effectifs estudiantins le rendront indispensable. Pour l'instant, elles servent de salles d'exposition.

Au troisième étage les magasins occupent la même surface que les salles de travail du premier étage. Equipés de rayonnages métalliques, ils sont éclairés par des oculi carrés, à raison de deux par travée. L'accès n'en est possible que par les escaliers de service ou le monte-charge.

Si l'on emprunte les escaliers réservés au public, le troisième étage se présente sous l'aspect d'un long couloir sur lequel s'ouvrent les portes de trois salles réservées aux sociétés savantes locales 16.

Elle disposent ici à la fois de salles de travail et de réunions pour leurs membres, et de magasins pour leurs collections; celles-ci sont ouvertes aux chercheurs dont les travaux méritent une considération particulière, qui ne trouveraient pas à la bibliothèque municipale les ouvrages qu'ils recherchent.

La discothèque est installée au quatrième étage. Il semble maintenant inutile de plaider l'admission des disques dans la cité des livres : ils y ont acquis droit de cité, du moins lorsqu'il s'agit de la bibliothèque municipale d'une ville de moyenne importance comme Tours.

Le prêt n'est pas autorisé, seule l'audition sur place est possible, et elle est généralement individuelle. D'autres bibliothèques s'orientent vers d'autres formules : il sera intéressant de confronter les expériences dans quelques années.

L'auditeur n'a pas accès au disque : il doit consulter le fichier. Celui-ci est long à établir si l'on veut pouvoir répondre à toutes les questions; il y a un catalogue auteurs où sont réunis en un seul ordre alphabétique les musiciens, paroliers, poètes, librettistes, écrivains; un catalogue interprètes groupant : chanteurs, récitants, solistes, chefs d'orchestre, chorales, etc...; un catalogue d'instruments, allant de l'aguidigbo au violoncelle; un catalogue par pays avec subdivision par siècles; un catalogue alphabétique des genres.

Le lecteur transmet le numéro du disque à l'employé qui va le chercher au magasin, à quelques mètres de là. Les disques sont classés verticalement, par maison d'édition, suivant pour chacune l'ordre du catalogue de l'éditeur. C'est la méthode la plus simple. Pendant cette recherche l'auditeur s'est assis dans l'un des sept fauteuils de l'une des cabines d'audition 17; l'employé place le disque sur l'une des six platines et la met en communication avec les écouteurs du fauteuil choisi; l'auditeur règle la puissance et écoute, lisant en même temps s'il le veut le dos de la pochette ou le livret que de plus en plus fréquemment les éditeurs joignent aux disques.

Lorsque trois auditeurs ou plus veulent entendre le même disque, ils occupent l'autre cabine d'audition où un simple électrophone suffit à leur donner satisfaction.

Il est impossible, dans le cadre de cet article, de se livrer à une analyse des disques demandés, des goûts du public suivant les âges, des catégories sociales, etc... : cela justifierait à soi seul un article. Mais les résultats obtenus sont fort intéressants 18.

Au cinquième et dernier étage : l'auditorium. En réalité c'est plus un belvédère qu'un auditorium : ce quadrilatère de vitres, de 14 m de côté, entouré d'un promenoir, permet de contempler un des plus beaux paysages de la Loire.

Cent vingt places assises s'offrent aux mélomanes qui entendront, une fois par semaine de décembre à mars, un concert de musique enregistrée. Des conférences y ont déjà eu lieu.

Cette salle devrait permettre à la Bibliothèque de jouer le rôle de centre d'activité culturelle pour lequel elle a vocation. Les associations à but culturel sont toujours à la recherche de locaux pour leurs réunions; elles hésitent souvent à faire venir un conférencier de talent parce que les frais de location d'une salle publique sont élevés; leurs programmes s'en ressentent, et par voie de conséquence l'attrait qu'elles exercent, l'action qu'elles peuvent avoir. Il y a là une tâche de coordination à mener à bien.

Quelques précisions doivent être fournies pour que cette présentation de la Bibliothèque municipale de Tours soit aussi complète que possible.

Le sol est en pierre de Comblanchien dans toutes les aires de circulation du public : halls, escaliers, auditorium, salle de la réserve; l'entretien en est facile; le fait que ce revêtement soit relativement bruyant n'a que peu d'inconvénients.Dans les salles du rez-de-chaussée et du premier étage, c'est un revêtement vinylique qui a été choisi, de 1,6 mm d'épaisseur, collé directement sur le ciment. Dans les bureaux de la B.C.P., au deuxième étage, à la discothèque, dans les escaliers de service, c'est un linoléum de 4 mm qui a été collé directement sur la chape de ciment. Il est encore trop tôt pour se livrer à une comparaison entre ces deux derniers revêtements.

La bibliothèque n'a pas de cheminée : le chauffage est assuré par la chaufferie de l'îlot voisin. Trois moyens sont utilisés. Dans tout le bâtiment, sauf aux sous-sols, une grille de chauffage noyée dans le sol assure une température ambiante agréable; le réglage est assuré par thermostats et horloge régulatrice. Dans la partie Nord des salles, dans le grand hall, des convecteurs assurent le tiédissement de l'atmosphère dans les périodes transitoires où le chauffage de sol est coupé, ou un appoint de calories en période de grand froid. Dans les sous-sols et la salle de la réserve, c'est un véritable conditionnement d'air qui a été installé.

Les communications entre les bureaux et les salles ouvertes au public sont assurées par le téléphone. L'interphone relie les magasins et les salles de travail : c'est un procédé pratique, puisqu'il permet au magasinier de répondre où qu'il soit dans les rayons sans l'obliger à revenir à un point fixe comme dans le cas du téléphone.

La mise en route d'une bibliothèque ne s'effectue pas sans que des imprévus surgissent, quelque nombreuses qu'aient pu être les études préalables : la réalité est mouvante, dynamique, ne se laisse pas enfermer dans les plans préétablis.

Le problème de circulation du public n'a pas été résolu d'une façon aussi satisfaisante que cela aurait été souhaitable; c'est l'envers du décor, au sens strict du mot : le caractère monumental du bâtiment a eu pour conséquence la recherche de circulations à « effet architectural » à partir du hall du rez-de-chaussée. Certes les salles peuvent être fermées indépendamment les unes des autres, mais à partir du moment où la bibliothèque est ouverte, l'accès des étages supérieurs est possible. La surveillance est difficile et il a été nécessaire de prendre des sanctions pour arriver à un résultat satisfaisant.

D'autres problèmes sont posés par le succès même de la bibliothèque; il convient de s'en réjouir, mais cela n'évite pas la recherche des solutions :
- à la section de lecture publique il a fallu acheter des quantités énormes de livres, et cependant les rayonnages sont toujours désespérément vides 19
De plus il y a des heures de pointe et si la méthode Browne est excellente à certains points de vue, elle impose au lecteur un temps d'arrêt de quelques secondes lorsqu'il rapporte le livre emprunté (il faut rechercher la fiche de prêt pour retrouver la pochette qui doit être remise à l'emprunteur); l'effet cumulatif de ces quelques secondes suffit à donner naissance à des files d'attente aux heures d'affluence. Ce phénomène doit être éliminé car il mécontente le lecteur, à juste titre d'ailleurs : le temps dont il dispose pour venir emprunter un livre à la bibliothèque ne doit pas être inutilement perdu à faire la queue, mais plus intelligemment utilisé à choisir dans les rayons. Pour supprimer les files d'attente il sera nécessaire de s'orienter vers des méthodes qui accélèrent les opérations au retour des livres; il en existe, elles seront à mettre à l'essai;
- la « salle des jeunes » est trop petite : en semaine elle contient facilement ses usagers mais le jeudi devient le jour le plus redouté du personnel de ce service 20. La seule solution possible est l'ouverture d'annexes de quartiers; c'est dire qu'elle est à longue échéance. En attendant que faire ? Il est pourtant impossible de limiter les entrées, ou de chasser un enfant qui a remué un peu brusquement sa chaise pour lui faire céder la place à un autre qui attend dans le hall.
- Autre problème : celui des adolescents. A partir de quatorze ans ils ne viennent pas à la salle des jeunes : cette appellation n'a pas eu raison de leur amour-propre choqué par le fait qu'ils y seraient en contact avec de plus jeunes usagers. Or, si l'on considère que la section de lecture publique ne leur est ouverte qu'à partir de 16 ans, que la salle de travail n'est accessible qu'à ceux qui sont au moins en seconde, il apparaît bien que les adolescents sont défavorisés. C'est ce que nous a fait constater une délégation de moins de 18 ans... La solution a été trouvée, elle est en cours de réalisation matérielle, peut-être pourra-t-elle fonctionner à partir de janvier 1959 (si toutefois les relieurs suivent) : des 586 m2 de la salle de prêt à domicile, il est possible de séparer par une simple cordelière tendue entre quelques colonnes, un espace de 135 m2 qui sera entièrement réservé aux lecteurs de 14 à 18 ans. Ils auront là des tables pour travailler, des usuels, des ouvrages de lecture publique qui offriront toutes garanties aux parents. Un « reader's adviser » assurera la surveillance, conseillera adolescents et adultes, les opérations matérielles de prêt se feront au bureau actuel.

Il est encore d'autres problèmes, par exemple celui de l'extension des heures d'ouverture pour les étudiants, au moins pendant l'hiver. Mais s'ils sont aussi délicats à résoudre, ils sont moins urgents et il nous faut, dans les circonstances actuelles, parer au plus pressé.

Aussi, après un an de fonctionnement dans des locaux jugés par beaucoup trop vastes, dans un édifice critiqué comme somptueux, il semble bien que l'on puisse conclure que, si l'on construit un bâtiment neuf pour une bibliothèque, les dimensions des salles ne seront jamais trop importantes, le confort sans ostentation n'éloigne personne, un emplacement hors du centre d'une ville n'est pas toujours aussi dirimant qu'on le pense.

Il apparaît également que dans le cas d'une bibliothèque municipale des modifications dans l'utilisation primitivement prévue des salles peuvent devenir très vite indispensables. Aussi pensons-nous qu'il serait bon que les sujétions architecturales inévitables laissent cependant la plus grande souplesse d'articulation possible aux nécessités fonctionnelles : le béton ne doit pas corseter étroitement, car une bibliothèque vivante est une création continue.

Illustration
Plan

  1.  (retour)↑  Cette construction, œuvre de MM. Patout et Dorian, a été financée pour une part grâce aux dommages de guerre auxquels donnait droit l'ancienne bibliothèque entièrement détruite, pour une autre part, sur des crédits complémentaires très importants fournis moitié par la ville, moitié par la Direction des bibliothèques de France.
  2.  (retour)↑  Il s'agit de compteurs de duplicateurs « Ronéo » ; ils peuvent être acquis indépendamment de l'appareil. Chacun d'eux est muni d'un petit levier qui en permet la manœuvre.
  3.  (retour)↑  Du 25 novembre 1957 au 31 octobre 1958 les expositions suivantes ont été réalisées : Les Métiers; Les Enfants dans le Monde; Les Fleurs; Les Vacances; Les Sports.
  4.  (retour)↑  Elle mesure 6 m × 7 m. L'acoustique étant mauvaise, il y a été facilement remédié en tendant une toile sur un châssis de bois de 0,15 m scellé dans le mur; cette simple toile à matelas damassée recouvre toute une paroi et supprime les réflexions sonores.
  5.  (retour)↑  Par exemple : Saint-Exupéry, Vol de nuit. - Berna, Le carrefour de la pie,- J.-K. Jérôme. Trois hommes dans un bateau. - Vérité, Tempête sur Hong-Kong. - Kaestner, Émile et les détectives, etc...
  6.  (retour)↑  Lorsque le programme est imposé, les disques sont commentés, parfois accompagnés de projections d'images par un épiscope (par ex. dans le cas de musique folklorique). Du 25 novembre 1957 au 31 octobre 1958, 1 669 auditeurs enfants ont écouté 195 disques.
  7.  (retour)↑  Les inscriptions ne sont ouvertes et le prêt n'est autorisé que depuis le 15 septembre 1957 au 15 novembre il y avait 1 089 enfants inscrits et au cours du mois d'octobre 3 785 livres avaient été prêtés.
  8.  (retour)↑  Le matériel « Orpo-Planax » se montre particulièrement précieux pour ces travaux.
  9.  (retour)↑  La température dans le garage est de 8°; de 17° dans la salle de manutention.
  10.  (retour)↑  Article 3 des statuts définissant les buts de l'association :
    - permettre au personnel des deux bibliothèques de se mieux connaître en dehors des relations administratives. Pour ce faire, organiser des fêtes familiales, sorties, promenades éducatives, etc... ;
    - prendre part au nom du personnel aux joies et aux peines de chacun;
    - poursuivre toute activité susceptible de créer, de resserrer les liens d'amitié au sein de la grande famille des employés de ces bibliothèques par la création d'un service d'entr'aide.
  11.  (retour)↑  Cf. la page de couverture de la brochure intitulée : Introduction à une visite des bibliothèques françaises, diffusée par les soins de la Direction des bibliothèques de France.
  12.  (retour)↑  Cf. ci-dessus, p. 884, n. I.
  13.  (retour)↑  Cf. une vue de ces fichiers dans l'Introduction à une visite des bibliothèques françaises, p. 27.
  14.  (retour)↑  Le catalogue topographique des usuels est établi sur un registre à bandes mobiles Kalamazoo, dont le maniement est extrêmement pratique.
  15.  (retour)↑  Cf. Bleton (Jean). - Local et mobilier (Instructions sommaires pour l'organisation et le fonctionnement des bibliothèques publiques, IV), pl. h.-t. VIII.
  16.  (retour)↑  Les collections des sociétés savantes, abritées dans l'ancienne bibliothèque, ont également brûlé en 1940; les sociétés retrouvent donc leur situation antérieure.
  17.  (retour)↑  Cf. Bleton (Jean), op. cit., pl. h.-t. I.
  18.  (retour)↑  La discothèque est ouverte de 16 h à 19 h, cinq jours par semaine; elle a été fermée du 15 juillet au 30 septembre 1958. Du 25 novembre 1957 au 31 octobre 1958, 6.667 auditeurs ont entendu 3.197 disques.
  19.  (retour)↑  En un peu moins d'un an 4.058 lecteurs inscrits; la courbe mensuelle des prêts est passée de 9.078 en décembre 1957 à 16.068 en octobre 1958; 1.300 livres ont été prêtés le 13 novembre. Quoiqu'il y ait place pour 5 personnes au bureau de prêt, 3 employés seulement travaillent à ce service
  20.  (retour)↑  . La section jeunesse a été fermée du 20 juillet au 15 septembre; il y a eu 24.980 entrées du 27 novembre 1957 au 31 octobre 1958; 554 entrées le 6 novembre, 636 livres prêtés le 13 novembre.