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Les Lacunes de l'édition scientifique française (Suite)

Sciences humaines et sociales

Pour l'ensemble des sciences humaines et des sciences sociales des lacunes signalées sont importantes et graves : elles affectent à la fois les éditions de textes et les instruments de travail (traités, manuels, dictionnaires, bibliographies, etc...).

Sciences philologiques. - En ce qui concerne les textes quelques remarques d'ordre général s'imposent. Tout d'abord, il y aurait lieu en principe de distinguer les éditions scolaires des éditions savantes. L'expérience montre toutefois que les premières sont utilisées à défaut des secondes.

Autre observation d'ordre général présentée par M. Josserand, conservateur en chef du département des imprimés de la Bibliothèque nationale : le problème des lacunes en matière de textes littéraires n'est peut-être pas aussi grave en réalité qu'il paraît au premier abord. Il s'agit d'un domaine où les éditions anciennes conservent souvent leur valeur et la prospection des librairies d'occasion permet presque toujours aux bibliothécaires des bibliothèques d'étude de se procurer les textes indispensables.

Acquisitions d'ouvrages d'occasion, utilisation d'éditions scolaires, constituent des palliatifs valables. Le problème des lacunes n'en reste pas moins entier, et les bibliothécaires comme les enseignants insistent avec énergie sur la nécessité d'amorcer des collections nouvelles ou d'accélérer le rythme de publication de celles qui sont en cours, afin de doter les sciences linguistiques et philologiques d'un équipement comparable à celui dont bénéficient d'autres disciplines.

Antiquité gréco-latine. - Il existe des collections de textes très précieuses; « nous déplorons, dit toutefois M. Calmette, que la collection Budé ne paraisse pas à un rythme plus rapide, n'élargisse pas son programme. Que n'a-t-elle l'ampleur et la vitalité de la « Loeb classical Library »? Les auteurs se plaignent aussi : un manuscrit prêt en 1950 n'est plus à jour en 1955 si l'impression traîne cinq ans. Cette dernière observation est confirmée par M. de Tournadre (conservateur de la Bibliothèque de l'Université d'Aix-Marseille) : « il est déplorable que tant de textes d'auteurs ne soient pas encore publiés comme dans les collections Loeb et Teubner, alors que beaucoup de manuscrits sont prêts ». Et M. de Tournadre regrette l'absence des éditions de textes grecs et latins commentés du type de l'ancienne « editio major » de chez Hachette. Le même regret s'exprime dans la réponse de M. Guinard, conservateur de la Bibliothèque de l'Université de Bordeaux : « les hellénistes estiment que la France a besoin d'une collection donnant des auteurs grecs et latins une édition du genre de la collection Teubner et Weidmann, le grand intérêt de la collection G. Budé, dont ils ne contestent nullement la valeur, résidant surtout dans ses traductions ».

M. Martin, bibliothécaire de l'Ecole normale supérieure, constate que « rien n'a remplacé les grandes éditions de la fin du XIXe siècle, ni même les éditions Hachette scolaires qui fournissaient de bons instruments de travail et mériteraient d'être révisées et réimprimées. La réédition de l'Odyssée par Bérard et Goube (Paris, 1953, Collection Guillaume Budé) est malheureusement une exception et dans la plupart des cas il faut se contenter de textes vieillis et épuisés en librairie... ». Exprimant ses regrets que la collection Budé ne comporte pas de commentaires, M. Martin observe également que nous manquons d'éditions comparables à celle d'Ovide par Fraser (London, Macmillan, 1929, 5 vol.) ou de Properce par Rothstein (Berlin, Weidmann, 1920-24, 2 vol.). Il constate enfin que la Collection Budé ne fournit pas d'édition de textes tardifs comme ceux de Polybe par exemple. - « Il est souhaitable, dit M. Le Chapelain, que la collection des Classiques Garnier pour le grec (textes et traductions) s'accroisse notablement. »

Même indigence en ce qui concerne l'histoire littéraire et M. Le Chapelain fait observer par exemple que l'Histoire de la littérature grecque d'A. et M. Croizet (Paris, de Boccard, 6 vol.) est déjà ancienne, et Mlle Giraud (conservateur de la Bibliothèque de l'Université de Poitiers) range ces ouvrages parmi les grands manuels qui devraient être entièrement « repensés ». Regrettons avec elle l'absence d'une littérature grecque et latine analogue au Handbuch der Altertumswissenschaft (München, Beck, 1886) qui en raison de la langue est d'ailleurs inaccessible à la majorité des étudiants.

La traduction de la Syntaxe latine de Blatt (Précis de syntaxe latine. - Lyon, Paris, I. A. C. [1952]), « ouvrage qui, selon M. Calmette, introduit la perspective historique dans la description du latin de l'Age d'or », comble sans doute une lacune mais il faudrait, suggère M. Martin, publier une métrique grecque.

Enfin les bibliothécaires d'université savent combien font défaut les lexiques indispensables aux étudiants et M. Calmette, signalant l'apparition d'un dictionnaire français-grec dû à une société d'agrégés, en démontre l'insuffisance par rapport à l'ancien Bailly.

Exprimons, au passage, nos regrets que la réédition du Du Cange (Glossarium mediae et infimae latinitatis... Ed. nova... T. I. - Graz, Akad. Druck u. Verlagsanstalt [1953]), qui comble une lacune en ce qui concerne le latin du Moyen âge, ne soit pas malheureusement une entreprise française.

Parmi les autres instruments de travail, signalons que d'après M. Martin, « un bon atlas historique serait bien utile : celui des Presses universitaires de France (1936-1937, Collection Clio) est incomplet et dépourvu d'index. Ce manque est d'autant plus sensible que l'édition Budé des Discours politiques de Démosthène ne s'accompagne d'aucun index ». M. Martin souhaiterait également un manuel de bibliographie grecque analogue à celui d'Herescu pour le latin (Bibliographie de la littérature latine. - Paris, Belles-Lettres [1943], et il observe que le manuel de Masqueray (Bibliographie pratique de la littérature grecque, Paris, Klincksieck [1914]), est vieilli.

Il est fait état, dans plusieurs réponses, des instruments de travail absolument indispensables dont il faudrait envisager une mise à jour, comme le Daremberg et Saglio (Dictionnaire des antiquités grecques et romaines. - Paris, Hachette, 1877-1919. 5 t. en 9 vol.) et le Pauly-Wissowa (Real-Encyclopädie der klassischen Altertumswissenschaft. - Stuttgart, Metzler, 1893-1940).

Nous reproduisons enfin le vœu de Mme Messonnier qui désirerait voir accorder une attention particulière à la philologie post-classique et byzantine. « Ce ne sont pas seulement, dans ce domaine, les textes qui font défaut (La « Collection byzantine » de Budé se réduit à 4 titres), mais il manque également :
- un dictionnaire grec post-classique et byzantin,
- un manuel d'études byzantines d'initiation,
- une encyclopédie géographique, historique, bibliographique contenant également tous les termes se rapportant aux institutions, à l'archéologie, à la vie intellectuelle et matérielle ».

Linguistique et Philologie françaises. - Dans ce domaine, qui devrait faire, semble-t-il, l'objet d'une sollicitude particulière, les lacunes sont surprenantes. On ne s'étonnera pas de voir les bibliothécaires et les enseignants regretter qu'on laisse à l'étranger le soin de publier certains classiques français et déplorer d'autre part l'interruption de collections d'un intérêt capital.

Les médiévistes ne sont guère favorisés : « La Société des anciens textes, précise M. Calmette, est restée en sommeil de 1940 à 1953. Les « Classiques français du Moyen âge » paraissent au ralenti. Nous restons tributaires d'éditions scandinaves, américaines, spécialement pour les inédits. »

« C'est une entreprise qui n'est plus française - elle est suisse - constate encore M. Calmette, qui continue à fournir le plus grand effort pour l'édition de textes français modernes. Les « Textes littéraires français », de Droz, alignent, depuis 1945, 57 titres, la « Société des textes français modernes » 7 seulement ». Pour M. Vernière, professeur à la Faculté des lettres d'Alger, « il est urgent de développer au maximum les collections des : « Textes français modernes » et la « Collection des Belles lettres ». Il est inadmissible de constater les lenteurs et la rareté des publications ». « Il ne paraît plus rien des collections savantes d'auteurs français publiées par la maison Champion : Mérimée, Stendhal, etc. - Rien, constate M. Martin, n'a vraiment remplacé les collections du siècle dernier à quelques exceptions près : le La Bruyère de Servais (Paris, Hachette, 1890 -) et le Rabelais de Lefranc (Paris, Champion, 1912). On souhaite à Clermont-Ferrand la réédition des « Grands écrivains de la France » (Hachette, 1862 →). »

Plusieurs réponses font allusion aux Œuvres complètes et M. Calmette estime qu'à cet égard nous sommes relativement favorisés. Il y a lieu toutefois d'exprimer de sérieuses réserves : « les textes de la Pléiade deviennent aujourd'hui des textes de référence. Nous devons en tenir compte, nous, bibliothécaires, sans en être ravis; ce ne sont pas des éditions pour la lecture en bibliothèque 2 ». M. Martin adresse sans doute à cette collection, comme à celle des Belles lettres, des critiques de fond : « Les publications des Belles lettres, et celles de la Nouvelle revue française - Collection de la Pléiade - sont faites sans doctrine préalable ; tantôt il s'agit de simples instruments de lecture, tantôt d'éditions vraiment scientifiques : par exemple, le Montesquieu, et le Stendhal des Belles lettres, le Mallarmé, le Proust, l'Apollinaire de la « Collection de la Pléiade ». Aussi faudrait-il avant tout pouvoir rééditer les grands textes en un travail collectif qui tînt compte des plus récents travaux ». Il est juste d'ajouter que cette critique est valable pour la quasi-totalité des collections.

Nous jugeons utile de faire une place à tous les vœux exprimés au sujet de rééditions ou de réimpressions de textes classiques. Toutefois, les réserves préliminaires que nous avons présentées doivent être répétées ici : la consultation des catalogues d'occasion et des offres de la Bibliographie de la France s'impose et l'on ne peut déclarer « introuvable », précise M. Josserand, telle collection d'œuvres complètes de Bossuet, d'un prix accessible et que l'on peut se procurer très facilement.

Font défaut, d'après les spécialistes de l'Université de Grenoble :
- pour le XVIe siècle : Le Cymbalum mundi de Bonaventure des Périers; les Œuvres poétiques de Marguerite de Navarre;
- pour le XVIIe siècle : des oeuvres de poètes lyriques comme Saint-Amant et Théophile de Viau.

Un effort particulier devrait être tenté, à l'avis de Mme Messonnier, pour les écrivains du XVIIIe siècle : pour l'Emile de Rousseau, par exemple, il n'existe pas d'édition critique. Une édition des œuvres diverses de Marivaux serait opportune et, ajoute Mme Messonnier, « il n'y a pas eu d'édition correcte depuis 1781 d'œuvres telles que : « Le Cabinet du philosophe, L'Indigent philosophe, L'Anticipation du neveu de Rameau... et de pièces capitales dans l'histoire de la critique littéraire française, telles que : Les Pensées sur la clarté des discours, première expression consciente d'une esthétique de la suggestion (1719), qui restent complètement inconnues, faute d'avoir été réimprimées. Il faudrait en outre une édition scientifiquement établie de Voltaire, et une de Diderot qui rassemblerait en les ordonnant ses articles de l'Encyclopédie, éditions qui tiendraient compte des résultats récents de la recherche ». Nous trouvons des vœux analogues exprimés dans les réponses de M. Vernière, professeur de littérature française à la Faculté des lettres d'Alger, qui considère comme indispensable « la réédition de Diderot (depuis l'ouverture du fonds Vendeul), de Rousseau, dont aucune édition critique n'est accessible, de Montesquieu, l'édition Masson n'étant pas un texte de travail ».

Pour le XIXe siècle, les suggestions sont nombreuses. A Grenoble, elles concernent le Daphné d'Alfred de Vigny, Le Génie du christianisme et Les Martyrs de Chateaubriand, presque toutes les œuvres de Michelet (dont Mme Gauthier propose également une réédition), les Poésies de Marceline Desbordes-Valmore, les œuvres des Parnassiens.

Relevons, dans la liste établie par Mme Gauthier des rééditions ou des réimpressions souhaitables : Balzac (la collection Conard étant la seule complète, la collection de la Pléiade n'étant pas critique), Sainte-Beuve, les Goncourt, Michelet, Lamartine. On souhaite également l'achèvement de l'édition Baldensperger de Vigny en cours chez Champion. Plusieurs œuvres de George Sand (Consuelo, Lettres d'un voyageur) sont actuellement introuvables, signale d'autre part Mme Marix-Spire.

On demande à Clermont-Ferrand la publication plus rapide de la correspondance de Sainte-Beuve éditée et annotée par Jean Bonnerot et de celle de Mérimée.

En ce qui concerne l'histoire littéraire peut-on signaler des insuffisances? Mme Gauthier semble être la seule à souhaiter la publication d'une histoire littéraire du type de la Cambridge history of English literature (Cambridge, Univ. Press, 1907-27, 15 vol.).

L'enquête fait apparaître diverses suggestions relatives aux instruments de travail, en particulier une grammaire destinée aux étudiants en lettres non spécialistes de grammaire, réclamée par M. Martin. Mais c'est surtout à la création d'un équipement très différencié de dictionnaires qu'il est le plus souvent fait allusion. Nous avons déjà signalé dans la partie générale cet « inventaire de la langue », préconisé par M. Calmette, et fait état des réserves exprimées à propos de la réédition et de la révision du Littré. Mme Kravtchenko réclame un dictionnaire commode de l'ancien français, et l'achèvement du Dictionnaire de la langue française du XVIe siècle de Huguet (Paris, Champion, 1925) est souhaité à Limoges. - « Il serait bon, déclare d'autre part, M. Martin, de rééditer le Dictionnaire de l'Académie de 1694 comme on l'avait fait en 1911. » Mlle Giraud souhaiterait, pour sa part, l'édition d'ouvrages de référence divers, répondant à des conceptions nouvelles : un dictionnaire de thèmes et de motifs littéraires qui pourrait reprendre sur un plan élargi le répertoire contenu dans : Bibliography of comparative literature de Baldensperger et Friederich (Chapel, Hill et Genève, Droz, 1950) et d'autre part un dictionnaire du vocabulaire de l'histoire littéraire avec état des questions et bibliographies, comparable sous réserve de toutes les mises au point qui s'imposent au Reallexikon der deutscher Literaturgeschichte de Merker et Stammer (Berlin, de Gruyter, 1925-31, 4 vol.). On aimerait également voir encourager l'édition de bons lexiques d'auteurs anciens dont un bon nombre reste à faire, de lexiques d'auteurs français, et là, dit Mlle Giraud, « le travail est à peine ébauché ». Un vœu analogue est présenté par Mme Gauthier et M. Martin.

A Mlle Giraud, spécialiste de la bibliographie littéraire, on doit diverses suggestions concernant des ouvrages isolés de référence et de documentation sur des sujets bien délimités :
- répertoire détaillé de périodiques littéraires du XVIIe au XIXe siècle comportant : notice historique, liste des fondateurs et collaborateurs, table analytique;
- répertoire des manuscrits de textes littéraires avec indication des dépôts publics et éventuellement privés où ils sont conservés;
- répertoire du même genre pour les éditions originales des textes littéraires ou les rééditions importantes.

M. Desgraves, déplorant les déficiences de l'édition contemporaine en matière de bibliographie littéraire (bibliographie des éditions d'un auteur et des études consacrées à cet auteur), fait observer qu'il n'existe à sa connaissance aucune bibliographie complète des auteurs du XVIe au XVIIIe siècle. En effet, Thieme (Bibliographie de la littérature française, 1933) et ses continuateurs (Paris, Droz, 1930-39; 1940-1949) ont pris pour point de départ l'année 1800. Le Manuel de la littérature française moderne de Lanson (Nouv. éd. - Paris, Hachette, 1921), malgré les richesses de sa documentation est loin d'être exhaustif. Le Manuel de bibliographie littéraire pour les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles et son supplément (Paris, Vrin, 1939) publié par Mlle Giraud, couvre la période de 1935 à 1945. On peut, à partir de 1945, recourir au dépouillement publié par M. Rancœur, dans la Revue d'histoire littéraire de la France. Malgré l'existence de cette bibliographie dont il n'est pas question de nier le mérite et la qualité, on se trouve un peu dépourvu lorsqu'il s'agit d'aborder l'œuvre d'un auteur. Faute de bibliographies exhaustives, le chercheur est contraint de recommencer des dépouillements déjà entrepris par ceux qui l'ont précédé sans être sûr de ne pas laisser dans l'ombre tel ou tel ouvrage essentiel à la poursuite de ses recherches et M. Desgraves donne un exemple précis de cette incertitude à propos de la bibliographie de Montesquieu et termine son exposé, que nous ne pouvons malheureusement pas reproduire intégralement ici, en souhaitant, pour Montesquieu, la publication d'une bibliographie exhaustive et d'un corpus de textes littéraires ou biographiques le concernant au XVIIIe siècle. Il ajoute que de « nombreux chercheurs ont amorcé ce travail et la Bibliothèque municipale de Bordeaux conserve des notes de J. Delpit, de R. Céleste, etc., susceptibles d'apporter une intéressante contribution générale à une telle entreprise ».

L'intérêt croissant qui se manifeste d'une façon générale pour les mises au point apparaît également dans le domaine littéraire et on ne s'étonnera pas que l'on souhaite à Grenoble un manuel d'études de philologie française présentant un état présent des questions de linguistique française et particulièrement de phonétique « qui devrait être tenu à jour périodiquement ».

Nous ne serons pas non plus surpris de voir Mlle Bruchet insister sur une lacune déjà décelée par la Commission nationale de bibliographie : « en littérature française nous manquons de bibliographie courante rapidement tenue à jour. Il faut actuellement se référer aux bibliographies données dans la Revue d'histoire littéraire de la France dont le dépouillement représente en moyenne deux ans de retard sur la publication des ouvrages ou articles cités 3 ». Ce vœu rejoint celui de M. Desgraves en faveur d'une « publication périodique refondue tous les cinq ou dix ans », constituant une bibliographie satisfaisante de la littérature française classique. Une observation de Mme Marix-Spire concernant les difficultés de l'information sur les auteurs français vivants rejoint les préoccupations exprimées à la Commission nationale de bibliographie.

Linguistique et littérature étrangères. - « Relevons, disait M. Calmette dans son rapport initial, un effort heureux pour les textes allemands et anglais. Les éditions bilingues, inaugurées par Koszul il y a trente ans, si appréciées, répondent à un besoin. » La « Collection bilingue des classiques étrangers » (Aubier, Ed. Montaigne), critique et annotée, est importante pour les textes anglais. Il y aurait lieu, selon les avis exprimés à Limoges et, bien entendu, dans des universités méridionales comme Bordeaux et Toulouse, d'accélérer la publication de la série consacrée aux textes espagnol-français et italien-français, et Mme Gauthier fait observer d'autre part qu'une série russe-français est extrêmement demandée. - « On regrette, déclare Mlle Arduin (conservateur de la Bibliothèque de l'Université de Toulouse), le manque de publication d'une bonne collection de textes espagnols dans le genre des « Textes français modernes ».

M. Mironneau insiste sur l'intérêt que présenterait « une collection ou tout au moins un ensemble d'ouvrages consacrés à l'étude de langues étrangères analogues à la célèbre collection Otto-Gaspey-Sauer. Il est facile de trouver de bons ouvrages pour l'étude de l'allemand, de l'anglais, de l'italien, de l'espagnol, du russe... mais il est extrêmement difficile pour quelqu'un qui désire s'initier à une langue vivante appartenant à un domaine moins habituel de trouver les manuels d'études nécessaires (grammaires et exercices). Il est difficile pour le public non initié aux recherches bibliographiques de connaître les ouvrages sérieux. Souvent il n'en n'existe qu'à l'étranger... Souvent ils sont épuisés, difficiles à obtenir... Souvent aussi les meilleurs ouvrages sur le sujet existent dans la collection « Méthode Otto-Gaspey-Sauer » (par exemple pour le portugais). Mais il est épuisé, ou bien l'on ne peut se procurer, et encore avec beaucoup de peine, qu'une édition publiée en langue allemande... » Plusieurs suggestions à retenir en ce qui concerne l'allemand : M. Le Chapelain souhaiterait pour la littérature allemande la publication d'un manuel succinct comme l'excellente Histoire de la littérature allemande de Mme Bianquis publiée dans la Collection A. Colin (3e éd., Paris, 1950).

M. Kolb se défendant de méconnaître les mérites de la Bibliothèque de philologie germanique (Paris, 1942 →) fait observer que des éditions largement commentées des auteurs du Moyen âge allemand inscrits aux programmes de licence et d'agrégation faciliteraient la préparation pour les étudiants qui seraient ainsi dispensés d'avoir à traduire préalablement les commentaires des Deutsche Klassiker de Pfeiffer et Bartsch (Leipzig, 1872-1880,12 vol. - N.F. Wiesbaden, F. A. Brockhaus, 1954 →). Il souhaiterait également une grammaire du moyen haut allemand.

Art et archéologie. - En ce qui concerne l'archéologie « il nous manque un traité de l'archéologie du sol qui paraît rester l'apanage des Anglais », constate M. Calmette. Cependant que Mme Gauthier suggère l'élaboration d'un traité général de préhistoire. A Paris, à Limoges et Clermont-Ferrand, on s'accorde à regretter que le Dechelette-Grenier (Manuel d'archéologie. - Paris, Picard, 1924-1934) ne soit pas arrivé à son terme.

De nombreuses suggestions sont présentées en ce qui concerne l'histoire de l'art.

Souhaitant l'élaboration de recueils de textes de différente nature, Mlle Giraud propose « l'édition de documents intéressant l'histoire de l'art aux différentes époques, antiquité, Moyen âge, temps modernes, dans la ligne du Recueil de textes relatifs à l'histoire de l'architecture au moyen âge (XIIe et XIIIe siècles) de V. Mortet (Paris, Picard, 1911-1929, 2 vol. - Collection de textes pour servir à l'étude et à l'enseignement de l'histoire).

L'absence de grands traités est souvent déplorée : « l'Histoire de l'art d'André Michel est périmée, constate M. Calmette. Qu'avons-nous à opposer à la Pelican history of art (Melbourne, London, Baltimore, Penguin Books, 1953 →) qui reprend sur un plan plus simple la formule des Propylaen Kunstgeschichte (Berlin, Propylaen Verlag, 1925 →) » - Des regrets analogues sont formulés par M. Guinard qui souhaite « une grande histoire de l'art français en 15 ou 20 volumes du type de Ars Hispaniae (Madrid, Plus ultra, 1947) de l'Oxford history of English art (Oxford, Clarendon Press, 1949) ou la Storia dell'arte italiana (Milano, Hoepli, 1900-1941, 25 volumes) de Venturi, et M. Guinard précise que « chaque volume ou série de volumes serait consacré à une époque déterminée à l'intérieur de laquelle seraient passés en revue tous les aspects de notre art national, y compris les arts appliqués ». La même entreprise est préconisée à Limoges « avec une contribution internationale très large de spécialistes ».

Le domaine de l'iconographie paraît également négligé : « Cette science, estime Mlle Giraud, si nous excluons le magistral ouvrage de Réau actuellement en cours (Iconographie de l'art chrétien. - Paris, P. U. F. 1955), ne semble pas avoir donné lieu en France à des travaux systématiques et susceptibles d'assurer une solide base de travail. On aurait grand profit à prévoir utilement une sérieuse iconographie hagiographique modernisant le travail du Père Cailher (Les Caractéristiques des saints dans l'art populaire. - Paris, Boussielgue frères, 1867, 2 vol.) et une iconographie par thème considérée dans l'ordre chronologique et à travers les techniques diverses. Une étude spéciale d'iconographie devrait selon Mme Gauthier être réimprimée : il s'agit de l'ouvrage de G. Millet, Recherches sur l'iconographie de l'Evangile aux XIVe et XVIe siècles (Paris, Fontemoing, 1916. Bibliothèque des écoles françaises d'Athènes et de Rome).

Une réimpression de l'Art byzantin de Pierce et Tyle (Paris, 1934, 2 vol.) est souhaitée à Limoges où l'on propose pour l'Histoire de l'art byzantin de Diehl et Ebersolt (Paris, Van Oest, 1933-36, 3 vol.) une refonte sur le type de Otto von Falke : Kunstgeschichte der Seidenweberei (Berlin, Wasmuth, 1921).

L'équipement en dictionnaires biographiques est jugé insuffisant. « La nouvelle édition du Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de Benezit (Paris, Gründ, 1948 →) comble une lacune, constate M. Le Chapelain, mais elle ne peut être comparée au Thieme et Becker (Allgemeines Lexikon... - Leipzig Seemann, 1911-1950. - 37 volumes) et le Dictionnaire biographique des artistes contemporains (1910-1930) d'Edouard Joseph (Paris, Art. et Edit., 1930-34, 3 vol. et suppl. 1937) est encore plus modeste. »

Diverses suggestions sont présentées en ce qui concerne les branches de l'histoire de l'art et l'on préconise, à Bordeaux, des collections de monographies. « Une lacune importante serait comblée, indique M. Guinard, par la création de collection de monographies consacrées aux artistes français. Il ne s'agirait pas d'albums à usage du grand public, où quelques belles reproductions sont accompagnées d'un commentaire de caractère littéraire, ni même de livres plus sérieux comme ceux des « Grands artistes » ou des «Maîtres de l'art », qui, par suite de leur volume restreint, ne peuvent jouer que le rôle de présentation de l'œuvre d'un artiste. Chaque volume constituerait une édition savante faisant le point des connaissances sur un artiste déterminé, sa vie, son œuvre dont serait donné le catalogue complet, et à la partie documentaire la bibliographie serait particulièrement développée. Cette collection devrait s'attacher en premier lieu aux artistes secondaires trop négligés jusqu'à présent sur qui il est souvent malaisé d'obtenir une documentation satisfaisante. »

Pour l'architecture, on souhaite, à la Bibliothèque municipale de Limoges, une collection de monographies sur les architectes avec reproduction de plans et l'on propose également de développer des collections de monographies sur les sculpteurs classiques et contemporains, d'accélérer la collection publiée par exemple chez Tisné.

Mlle Giraud préconise un atlas monumental de la France qui « devrait comporter, outre les cartes, des textes explicatifs ».

Mme Gauthier suggère enfin, en ce qui concerne la collection de monographies de peintres, de donner à propos de tel ou tel artiste « plutôt l'aspect complet d'une de ses œuvres, qu'une anthologie de l'œuvre complète (Exemple : Giotto. La Capella Scrovegni, 2a éd. - Bergamo, Istituto italiano d'arti grafiche, 1938). »

Mme Gauthier souligne l'intérêt que présenterait la collection des photographies de manuscrits français à peinture prises par M. Porcher, conservateur en chef au Département des manuscrits de la Bibliothèque nationale, « sous forme de collections à fascicules par souscription ou fondation d'une société ».

Elle suggère enfin la publication de collections de monographies très poussées sur des aspects particuliers des arts mineurs, comme, par exemple, la céramique, la porcelaine, sur le type : Faber monography of pottery ou sur le type de la collection « Œil du Connaisseur » (Paris, P. U. F.). Sujets d'études proposés : glyptique, ivoires, bronzes, tissus, tapis, etc...

Nous sommes pauvres dans le domaine de la musique, constate enfin M. Le Chapelain, malgré l'Encyclopédie de la musique de Lavignac (Paris, 1913-31, 11 vol.).

Les musicologues peuvent à bon droit considérer comme insuffisant le dictionnaire de Riemann (Dictionnaire de musique. 3e éd. - Paris, Payot, 1931), dit encore M. Le Chapelain, qui considère également comme trop vieux le dictionnaire de Clément et Larousse 4 (Dictionnaire des opéras... - Paris, Larousse, 1905).

Il nous manque, selon M. Vaillant, « un grand dictionnaire musical tel que, par exemple, actuellement en Allemagne; Die Musik in Geschichte und Gegenwart (Kassel und Basel, Bärenreither, 1949), dictionnaire d'une qualité incomparable ». L'édition d'un dictionnaire de musique du niveau de Grove (Dictionary of music and musicians. 4th ed. - London, Macmillan, 1940. - 6 vol.) est également suggérée à Poitiers.

Autre observation de M. Vaillant. « Il serait souhaitable de procéder à une réédition de la traduction française des Principes d'orchestration de Rimsky-Korsakoff (Berlin, Ed. russe de musique, 1914) introuvable actuellement. Depuis le traité, trop théorique, de Vincent d'Indy (Cours de composition musicale, 3e éd. - Paris, A. Durand, 1912) il nous manque également un bon traité de composition musicale. »

Sciences historiques.

Histoire générale. - L'interruption des grands recueils et des grandes collections de textes indispensables aux historiens est vivement ressentie dans les bibliothèques d'étude. On ne saurait trop insister sur la nécessité, soulignée dans de nombreuses réponses, d'éditer ou de rééditer des textes intéressant l'enseignement et la recherche.

Dans son rapport initial M. Calmette observait « qu'on n'imprime guère de textes historiques en France en dehors de quelques publications officielles... ». Cette insuffisance est particulièrement sensible dans le domaine de l'histoire de France et il en sera question plus loin, mais elle affecte l'histoire générale proprement dite. « Alors que le XIXe siècle, observe M. Gras, ou plutôt la période de 1840 à 1914, avait maintenu pour l'histoire un certain équilibre entre les publications de textes et les synthèses, l'époque actuelle semble négliger les éditions de textes, œuvre certainement plus aride, de diffusion plus restreinte, qui a besoin de plus forts subsides des pouvoirs publics, mais qui permet ou tout au moins facilite les futurs travaux de synthèse. » Pour Mlle Arduin, c'est la réédition de textes déjà parus dans les collections existantes qui est désirée plutôt que des collections de textes nouvelles. Cette opinion n'est pas unanime. Si elle souhaite la réimpression de volumes épuisés des Archives de l'Orient chrétien (Bucarest, 1948. Publications de l'Institut français d'éditions byzantines), Mme Gauthier voudrait aussi voir se développer une collection bilingue de textes d'historiens arabes ou de traductions françaises à l'usage des historiens, des archéologues, etc... La collection G. Budé est ici encore mise en cause et Mme Gauthier signale la lenteur du rythme de publication des textes byzantins créant « un déséquilibre au bénéfice du domaine occidental ». M. Kolb, de son côté, exprime ses regrets de voir publier ailleurs qu'en France les Basilicorum libri LX (Groningen, Djakarta, S'Gravenhage, 1953→).

Les exigences de l'enseignement paraissent appeler, d'autre part, la réimpression ou la réédition de volumes épuisés dans la « Collection de textes pour servir à l'étude et à l'enseignement de l'histoire » (Paris, Picard, 1886-1925, 50 vol. in-8°).

On ne s'étonnera pas de voir la part faite dans les réponses aux grands traités historiques dont on s'accorde à déplorer la lenteur de publication : le « piétinement » de l'Histoire générale de Glotz (Paris, P. U. F., 1925→) est signalé par M. Calmette et par M. Guinard. M. Le Chapelain ne réussit pas à compléter les deux collections qu'il possède, « les tomes les plus souvent demandés n'ayant pas été réimprimés »... « Il est regrettable de constater, poursuit M. Le Chapelain, qu'un ouvrage collectif d'une importance aussi considérable ne figure même plus au catalogue spécial des grandes collections publié par les Presses universitaires de France. »

A côté des grands traités, on souhaiterait évidemment voir se développer, pour les étudiants, des manuels historiques. « Il nous manque une histoire du Moyen âge, comparable à la Cambridge medieval history (Cambridge, Univ. Press, 1911-36,8 vol.) », déclare Mlle Giraud, et Mme Gauthier réclame une collection en français de manuels d'histoire et de géographie politique des nations étrangères d'un niveau bibliographique plus poussé que ceux qui existent (par exemple : Maurois, Histoire d'Angleterre. -Paris, A. Fayard, 1937). La même observation est présentée par M. Vaillant.

A côté des textes, des traités et des manuels, les lacunes de l'édition en ce qui concerne certains instruments de travail sont énergiquement dénoncées et, en premier lieu, l'absence des dictionnaires historiques à jour. Il a déjà été question à propos de la philologie classique d'une remise à jour éventuelle du Daremberg et Saglio et du Pauly-Wissowa : « Un dictionnaire historique général... semble faire défaut », observe Mlle Bruchet. Mme Gauthier préconise : « un dictionnaire historique à jour avec bibliographie sommaire, soit une réédition duBachelet du type « Hilfs Wörterbuch » à l'usage des chercheurs ou des étudiants du diplôme ». - « Se référer à l'ancien Dezobry et Bachelet, fort désuet (Dictionnaire général de biographie et d'histoire, 14e éd. - Paris, Delagrave, 1922, 2 vol.), n'est pas un moyen scientifique de recherche, estime Mlle Bruchet; dans l'état actuel des études historiques, nos étudiants ont besoin d'un ouvrage de référence dans l'ordre alphabétique des sujets, de consultation commode ; si les éditions Letouzey spécialisées rendent d'incomparables services par leur valeur d'érudition, nous ne disposons d'aucun dictionnaire historique général commode ».

Les lacunes en ce qui concerne la biographie universelle ont déjà été signalées sur le plan général. Rappelant ici l'intérêt qu'elle présente pour les historiens, souhaitons, avec Mme Gauthier, l'élaboration d'un dictionnaire biographique avec bibliographie.

Le défaut d'atlas historique est cruellement ressenti. MM. Kolb et Vaillant l'envisageraient volontiers [sur le type du Putzger (Historischer Schul-Atlas... 58. Aufl. -Bielefeld, Velhagen Klasing, 1940). « On regrette, observe M. Calmette, que l'édition française ne nous procure pas une édition du Grosser historischer Weltatlas (München, Bayerischer Schulbuch Verl., 1953), une œuvre d'une valeur exceptionnelle dont nous possédons le tome consacré à l'antiquité, œuvre collective d'historiens allemands. Nous n'avons rien en France à mettre en regard. » « La carence en atlas est véritablement affligeante », affirme Mlle Giraud, qui signale parmi les lacunes les plus criantes « un atlas du monde antique et un atlas du monde féodal ».

On signale également à Poitiers la nécessité de remettre à jour ou de refondre certains répertoires comme le Trésor de la chronologie d'histoire et de géographie de Mas-Latrie... (Paris, V. Palmé, 1889), et le Répertoire des sources historiques du Moyen âge d'Ulysse-Chevalier. (Biobibliographie. - Paris, A. Picard, 1903-1907 et Topobibliographie. - Montbéliard, Soc. anonyme d'impr. montbéliardaise, 1894-1903).

Particulièrement familier aux usagers des bibliothèques municipales, l'Armorial général de Rietstap (2e éd. Gouda, Van Goor Zonen, 1884-1887, supplet I-VII 1904-1906), signalé comme devant faire l'objet d'une indispensable refonte, est heureusement en cours de réédition.

Quant à l'équipement bibliographique, si l'on s'accorde à reconnaître les qualités de la collection « Clio », elle est, selon M. Vaillant, trop savante et trop compliquée pour les étudiants. Il manque à ceux-ci un manuel d'initiation aux études historiques où les bibliographies seraient réduites aux ouvrages essentiels sur chaque question.

Histoire de France. - On pourrait s'attendre au moins à ce que l'histoire de France occupe dans les préoccupations des éditeurs une place privilégiée, mais il n'en est rien. On jugera particulièrement regrettable certaines des lacunes signalées, en ce qui concerne notamment les éditions de textes si florissantes autrefois.

Sans doute, remarque M. Calmette, la « Société de l'histoire de France », restée en sommeil depuis 1940, a publié, en 1950, le Journal de Pierre de Paschal. La « Collection des classiques de l'histoire de France », chez Picard, a donné cependant 5 volumes depuis 1950. Les Chartes du Forez accroissent la collection Richard qui s'est enrichie de 5 fascicules. Toutefois, M. Gras déplore l'arrêt à peu près complet de la « Collection de documents inédits relatifs à l'histoire de France 5 » (Paris, Impr. nationale, 1835). Certes, les ouvrages déjà commencés sont continués ou bien on y travaille (Recueil des Chartes de l'Abbaye de Cluny, 1876), mais aucun titre n'apparaît. Parmi les vœux présentés à Limoges, figure la reprise de la « Collection de documents inédits sur l'histoire économique de la Révolution française » (Paris, 1906 →) 1.

On sait l'intérêt que présentent pour l'historien les mémoires et les recueils de correspondances ; leur importance est soulignée à Limoges, où l'on souhaite voir naître « des publications de ce genre intéressant l'histoire politique, administrative ou religieuse ». On apprécierait, selon M. Vaillant, l'achèvement des publications restées en souffrance, comme les Mémoires des Intendants (Paris, I, 1881, Coll. de doc. inédits sur l'histoire de France) et le Journal d'Hardy, les Mémoires de l'Abbé de Veri, les Lettres de Mme de Maintenon, éd. Langlois (Paris, 1935 →), le Recueil des instructions aux ambassadeurs (Paris, 1884 →). « Quant aux documents inédits dont la publication serait désirable, ajoute M. Vaillant, leur quantité est telle qu'il est impossible d'en donner une liste même sommaire et que, cette liste une fois dressée, les moyens manqueraient pour effectuer la publication. »

On s'étonnera peut-être de voir certains estimer encore valable l'Histoire de France de Lavisse. Toutefois Mlle Arduin note qu'on en demande le remplacement et elle dénonce, pour l'histoire de France, l'absence de manuel commode.

D'indispensables instruments de travail font également défaut. Le Dictionnaire topographique de la France (Paris, Imprimerie nationale, 1861. - Publications du Comité des travaux historiques et scientifiques), devrait, selon Mme Gauthier, être accéléré et renouvelé.

Nous avons déjà indiqué, dans la partie générale, l'absence de répertoires biographiques à jour.

Ajoutons que l'on souhaiterait à Grenoble la continuation du Dictionnaire des parlementaires français (1789-1899) de A. Robert (Paris, Bourloton, 1891, 5 vol.).

Graves insuffisances en ce qui concerne les bibliographies. A Dijon, dans les deux bibliothèques de Grenoble, à Limoges et à Poitiers on insiste sur les lacunes que présentent les Sources de l'histoire de France de Molinier-Hauser-Bourgeois (Paris, A. Picard, 1901-1935) et Mlle Giraud fait observer que « cet ouvrage s'arrête en fait à 1715, et il ne semble pas que l'on songe à mener à terme ce travail ». D'ailleurs, selon M. Gras, une mise à jour des volumes déjà parus s'impose : « cette révision n'a été faite que pour la Révolution ».

MM. Desgraves, Vaillant et Kolb regrettent les lacunes que présente une publication bibliographique bien connue des historiens : le Répertoire bibliographique de l'histoire de France, publié par P. Caron et H. Stein (Paris, A. Picard, 1923-34), couvre les années 1920 à 1935, mais il ne fait pas le lien avec le Répertoire méthodique de l'histoire moderne et contemporaine de la France (Paris, Société nouvelle de librairie et d'édition, 1899, interrompu en 1914). De plus, le Caron a cessé de paraître en 1935. La récente reprise de ce répertoire par les soins du C. N. R. S. (Bibliographie annuelle de l'histoire de France du Ve siècle à 1939. Paris, 1956 →) a choisi comme point de départ l'année 1955, laissant une nouvelle et importante lacune de vingt ans entre 1935 et 1955. Observant que « ces lacunes très regrettables peuvent être partiellement comblées par les bulletins critiques publiés par la Revue historique, ou encore, en ce qui concerne le Sud-ouest, par la bibliographie annuelle, publiée par les Annales du Midi, à partir de 1948, M. Desgraves aborde le problème de la documentation historique régionale qui préoccupe également les membres de la Commission nationale de bibliographie 6.

La création d'une bibliographie critique courante de l'histoire de France est suggérée à Grenoble.

Sciences religieuses. - Ici encore un effort semble devoir être fait, selon M. Vaillant, pour les textes et collections de base. « Le besoin d'une nouvelle Patrologie se fait depuis longtemps sentir. Celle de Louvain en cours de publication ne dépassera pas Bède le Vénérable. »

M. Kolb regrette que des publications comme le Vetus latina (Freiburg i. Br., 1949 →) et le Corpus Christianorum (Turnholti, typ. Brapols, 1953 -) aient échappé à l'édition française.

« Que dire, demande Mlle Giraud, du rythme de publication du Registre des Papes (Paris, 1883) publié sous la direction de l'Ecole française de Rome? »

Certains répertoires indispensables aux spécialistes de l'histoire religieuse sont épuisés : Mme Gauthier cite, parmi « les sources spéciales » dont elle souhaite la réimpression anastaltique, plusieurs volumes des Archives de la France monastique, le Recueil des chartes de l'Abbaye de Cluny (802-1300) par Bernard et Bruel (Paris, 1876-1903, 6 vol.). Pour améliorer l'équipement des chercheurs en ce qui concerne les ordres religieux il faudrait, selon Mlle Giraud, rééditer le Dom Cottineau (Répertoire topo-bibliographie des abbayes et prieurés. Mâcon, Protat, 1936-38) avec corrections, compléments et, bien entendu, mise au point de la bibliographie). Si nous passons aux grands traités, nous retrouvons dans les observations de M. Sansen ces mêmes préoccupations de textes de base : « Fliche, Martin et leurs collaborateurs ont donné leur Histoire de l'Église (Paris, Bloud et Gay, 1938 →) de consultation assez facile, souvent utile mais dont les derniers volumes ne paraissent pas rapidement. Ce travail était assez considérable pour mériter que des textes nombreux souvent cités et discutés en détail dans les traités figurent en appendice, voire même sous forme de volumes séparés. Il n'en est rien, et on ne les retrouve souvent que dans Acta apostolicae sedis (Roma, Pustet, 1910 -), de toute façon avec difficulté, à l'exception de quelques encycliques très connues qui ne correspondent pas aux recherches de niveau universitaire ». En ce qui concerne la conception même du « grand traité » l'imposant travail de Fliche et Martin donne prise à certaines critiques : « Il serait souhaitable de disposer, nous dit M. Vaillant, d'une histoire de l'Église, qui ne soit pas celle de la Papauté. Par ailleurs, les éditions Letouzey continuent la publication de l'Histoire des conciles de Hefele (Paris, 1907 →) mais celle-ci attend toujours son volume le plus actuel, celui qui concernera le Concile du Vatican. » Ajoutons que même achevée, cette histoire restera toujours un ouvrage un peu touffu où l'esprit de synthèse ne domine pas, de sorte que Letouzey aurait intérêt à établir des éditions moins complètes où les grandes lignes se dégagent plus facilement et qui correspondraient bien aux réalisations de cet éditeur sur des sujets voisins.

Si l'on quitte le domaine du Christianisme pour aborder les grandes synthèses religieuses, on sera sans doute d'accord avec M. Sansen pour constater que « les intruments de travail sont très rares et incomplets, tel le traité Mana » (Paris, P. U. F., 1944 -) d'ailleurs interrompu, comme le fait remarquer Mme Gauthier. « L'édition française, ajoute M. Sansen, n'a jamais témoigné à cet égard de l'effort d'entreprise et de la curiosité d'esprit qui anime certaines publications étrangères. »

La nécessité de renouveler et de compléter les instruments de travail se fait tout particulièrement sentir dans le domaine des sciences religieuses. Il serait opportun, selon M. de Tournadre, de hâter la publication du Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, et M. Le Chapelain estime qu'au rythme actuel c'est la fin du siècle qui en verra l'achèvement. Défendant l'intérêt du lecteur d'un niveau plus moyen, M. Vaillant souhaiterait d'ailleurs un dictionnaire moins « volumineux ».

Il manque, nous [dit enfin Mlle Giraud, un dictionnaire hagiographique d'une haute tenue scientifique.

Géographie. - On pouvait peut-être considérer comme satisfaisants, il y a quelques années, les traités et manuels dont pouvaient disposer les géographes : la Géographie universelle de Vidal de La Blache (Paris, A. Colin, 1927 →) et le Traité de géographie physique d'E. de Martonne (Paris, A. Colin, éd. rev. 1948-1950), travail considérable, pouvaient alors satisfaire les spécialistes d'une science, qui s'est depuis plus qu'aucune autre, renouvelée.

Où en sommes-nous aujourd'hui? : « Je ne dirai pas, précise M. Calmette, que la Géographie universelle de Vidal de La Blache est immédiatement à refaire. La géographie semble traverser une crise, on ne récrirait probablement pas Vidal de La Blache d'une manière très différente en ce moment. Mais le traité d'E. de Martonne est insuffisant. Ce sont des traités spéciaux qui sont appelés à le remplacer. Nous saluons la publication de la géomorphologie de Derruau (Précis de géomorphologie. - Paris, Masson, 1956 →). Une climatologie nous manque. »

M. le Chapelain souhaiterait toutefois une réédition de la plupart des ouvrages de la Géographie universelle; le premier volume paru, les Iles Britanniques de Demangeon, est déjà vieux de 30 ans (1927). La collection « Orbis » (Paris, P. U. F. 1947→), n'est pas à la portée des étudiants qui ont fait moins de deux ans d'études spéciales de géographie et, puisqu'il est question des étudiants débutants, constatons, avec M. Calmette, que nos manuels de géographie « sont souvent des monstres, trop succincts pour le supérieur, ce qui est normal, mais incompris par l'abus de termes techniques, ils sont trop savants pour le premier degré ».

Il faudrait un ouvrage intermédiaire entre les petits dictionnaires et celui de Vivien de Saint-Martin (Paris, Hachette, 1877-1895, 7 vol. et suppl. I, II, 1897) beaucoup trop vieux et trop considérable.

Mais que dire des atlas? On considère à Clermont que « tous les atlas généraux de géographie sont actuellement à très petite échelle; rien n'est comparable dans ce domaine aux magnifiques cartes de l'Atlas van tropisch Nederland qui devrait servir de modèle pour un atlas général en plusieurs volumes, mais ceci ne pourrait sans doute être réalisé que dans le domaine international, par l'Unesco par exemple ».

« Pour les pays non français, dit Mme Kravtchenko, nous sommes réduits aux atlas scolaires ou aux atlas étrangers; l'Atlas Vidal de La Blache, qui a été réédité depuis, n'est pas à jour; l'Atlas international Larousse (Paris, 1950) ne rend pas les services d'un bon atlas. »

Bien que la Commission nationale de bibliographie n'ait pas signalé de graves lacunes dans le domaine géographique nous noterons, d'après Mme Gauthier, qu'une refonte de Esquisse d'une bibliographie des bibliographies géographiques de Elicio Colin (Paris, 1943, multigr.) serait désirée.

Sciences anthropologiques et ethnologiques. - Sur cette question qui lui est familière, Mlle Oddon nous fait part des observations ci-après : « il n'existe pas en France de manuel théorique d'anthropologie dans son sens le plus large ni d'ethnographie proprement dite. Aucun ouvrage d'ensemble du type de celui de Kroeber, par exemple (Anthropology. - New-York, Harcourt, Brace and C° [Cop. 1923]). Les ouvrages de Deniker (Les Races et les peuples de la Terre, 2e éd. - Paris, Masson, 1926) , Buschan (Illustrierte Volkerkunde. -Stuttgart, Stecker u. Schröder, 1922-1926) sont périmés; d'autres sont à la fois périmés et incomplets parce qu'axés sur un point de vue (Montandon. - L'Ologénèse culturelle. - Paris, Payot, 1934). Quant à l'Espèce humaine de l'Encyclopédie française (T. VII, 1936) de l'aveu même des collaborateurs, les chapitres en sont dépassés et insuffisants... » La solution préconisée est celle d'un manuel confié à un spécialiste mais rédigé en collaboration. « M. Levi-Strauss a élaboré plusieurs plans de ce genre mais n'a pu trouver d'éditeur : c'est pourquoi les chapitres déjà rédigés ont donné lieu à des publications séparées (par exemple Denise Paulme. - Les Civilisations africaines. - Paris, P. U. F., 1953 ; et Henri Lehmann. - Les Civilisations précolombiennes. - Paris, P. U. F., 1953) dans la collection « Que sais-je? ». Il s'agissait dans ce cas, non d'un manuel d'ethnologie théorique, mais d'une série d'études régionales, qui auraient été coiffées d'une étude générale synthétique. Les spécialistes français se récusent lorsqu'on leur propose un semblable travail, et d'autre part les éditeurs craignent de ne pas couvrir leurs frais. Il y a en effet peu de chaires d'ethnologie en France, tandis que les universités américaines ont des milliers d'étudiants. »

Autres lacunes : un ouvrage d'ensemble sur l'art primitif (par exemple une mise à jour de : Boas. - Primitive art. - Oslo..., Inst. for Sanmenlignende Kulturforsking, 1927) ; un ouvrage d'ensemble sur l'ethnologie musicale, sur la science de la linguistique, etc.

Sciences économiques. - « On manque, dans ce domaine, constate M. Vaillant, de manuels et d'ouvrages de vulgarisation. Peut-être aurait-on, à l'heure actuelle, quelques difficultés à les rédiger, et faudra-t-il attendre quelques années. » Toutefois on critique à Toulouse la réédition de l'ouvrage de Sée (Histoire économique de la France... - Paris, 1939-1942, 2 vol.), aujourd'hui dépassé, et les spécialistes consultés à Grenoble préconisent l'élaboration d'une histoire des doctrines économiques, valable pour la période antérieure au XVIIIe siècle qui est très mal traitée dans les ouvrages existants.

Au niveau des manuels et des ouvrages de vulgarisation, on voudrait également à Grenoble que soient couverts des sujets tels que l'histoire de la monnaie ou encore l'histoire des prix (200 à 300 pages).

L'Economique de Samuelson figure heureusement parmi les rares traductions de manuels citées par M. Calmette (Paris, A. Colin, 1953) et elle apporte « la meilleure initiation à la technique de l'analyse économique moderne ».

Sciences juridiques. - Les vœux exprimés concernent ici encore l'élaboration de recueils et la publication de textes de base. Par exemple, suggère Mlle Giraud, celles de « textes littéraires du Moyen âge » intéressant l'histoire des institutions juridiques. C'est à Poitiers également que l'on aimerait voir constituer un recueil des planches paléographiques de textes et de documentation juridiques, enfin un corpus de coutumes complétant le Bourdot de Richebourg (Coutumier général. - Paris, P. Gosselin, 1724), beaucoup restant encore inédites.

En philosophie du droit, estime Mme Kravtchenko, nous n'avons presque aucun ouvrage et peu d'auteurs. Il faudrait des rééditions d'ouvrages étrangers pour revivifier les doctrines françaises.

Mme Kravtchenko note également que la collection « Les systèmes du droit contemporain » que dirige R. David, ne traite normalement que des sources et techniques du système juridique.

Dans les diverses branches du droit, certaines insuffisances seraient à signaler. « Il n'existe pas, selon M. Vaillant, de bon Manuel d'histoire du droit privé, celui de Brissaud (Paris, de Boccard, 1935) est indigeste et ancien. Il faudrait, pour illustrer ce manuel que nous appelons de nos vœux depuis tant d'années, un recueil de textes choisis s'y rapportant. »

Les spécialistes grenoblois réclament un traité de droit comparé, moins succinct que celui d'Arminjon, Nolde et Wolff (Paris, Pichon, 1949-1951, 3 vol.). Il y a sans doute des progrès : « un traité original a paru dans le domaine du droit, nous dit M. Calmette, c'est le Traité de droit commercial d'Hamel, où le droit commercial se définit dans son esprit propre, au-dessus des traditions civilistes ».

Les réponses appellent également des études monographiques ou comparatives en droit social, y compris la Sécurité sociale (Mme Kravtchenko).

Plus nettement orientés vers le Moyen âge, les voeux de Poitiers concernent notamment un lexique des termes juridiques des chartes médiévales, là où le Du Cange est insuffisant.

Enfin les bibliographies juridiques devraient être complétées sur certains points. La continuation du Grandin (Bibliographie des sciences juridiques, économiques et sociales. - Paris, Sirey, 1925 -) est désirée à Grenoble, « bien qu'il ne soit pas sans défaut », dit-on à Poitiers, où l'on souhaite une bibliographie courante du droit. Pour Mlle Giraud, l'histoire du droit français, par exemple, n'a rien d'analogue à Jura, Napoli, 1950 →), ni d'ailleurs à Caes et Henrion pour le droit romain (Collectio bibliographica operum ad jus romanum pertinentium. - Bruxelles, Office international de librairie. - 1949-1950. 2 vol.).

(A suivre.)

  1.  (retour)↑  Voir : B. Bibl. France. 2e année, n° 4, avril 1957, pp. 271-291.
  2.  (retour)↑  Voir : B. Bibl. France. 2e année, n° 4, avril 1957, pp. 271-291.
  3.  (retour)↑  Il semble toutefois que les étudiants apprécient souvent la qualité de présentation des volumes de la Pléiade, trouvent plaisir à les consulter et les traitent avec respect.
  4.  (retour)↑  Une amélioration a été toutefois réalisée dans la période récente.
  5.  (retour)↑  Signalons toutefois que l'ouvrage de Loewenberg - Annals of opera 1597-1940, 2e éd. - Cambridge, 1943, rend moins indispensable la publication d'une édition française.
  6.  (retour)↑  Publications du Comité des travaux historiques et scientifiques.
  7.  (retour)↑  Où l'on avait envisagé un index cumulatif des grandes revues régionales.