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Les Systèmes de sélection

Paule Salvan

Paul Poindron

La nécessité de documenter rapidement les chercheurs sur un sujet déterminé a, de longue date, conduit les bibliothécaires à donner tous leurs soins aux catalogues matières. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, certains pouvaient estimer le problème résolu grâce aux progrès rapides de la classification « détaillée ». Personne alors, n'était en mesure de prévoir l'accroissement massif de la production documentaire, les complexités de la spécialisation, la nécessité de rassembler très rapidement la bibliographie d'un sujet, particulièrement impérieuse dans certains domaines scientifiques et techniques.

La classification détaillée, dans une large mesure, continue d'apporter aux chercheurs une aide précieuse. Dès la fin du XIXe siècle, toutefois, elle appelait des perfectionnements que la Classification décimale universelle s'efforça d'introduire dans le système Dewey primitif : assouplissement donnant la possibilité aux chercheurs d'aborder les sujets à divers points de vue, évolution vers une sorte de syntaxe de la classification, etc. Il faut reconnaître ces progrès dont les catalogues et les bibliographies ont bénéficié. Plus tard, Ranganathan, essayant d'aboutir à une théorie plus consciente, devait fonder la classification sur des principes rigoureux dont certains systèmes anciens ont fait leur profit pour réaliser de notables améliorations.

La classification traditionnelle, toutefois, établissant une hiérarchisation assez rigide des concepts, ne se prêtait pas aisément à toutes les recherches. Elle s'est révélée notamment insuffisante en ce qui concerne les domaines interdisciplinaires. Pour l'urbanisme, par exemple, il est certain que la subordination à l'architecture ne peut que gêner le sociologue ou l'hygiéniste qui aborde, d'un autre point de vue que l'architecte, le problème de la construction des villes. Mais, même dans le cadre des disciplines dont la structure est plus simple et comporte moins de marges d'interférence, la classification détaillée, si elle permet par une technique appropriée de la notation, d'indiquer deux ou trois points de vue, est insuffisante à traduire les multiples relations qui peuvent exister entre les sujets très divers.

Il est juste d'ajouter que les instruments de travail établis suivant un classement alphabétique de matières - qu'il s'agisse des catalogues, des index ou des bibliographies - conservent souvent leur valeur pratique.

Toutefois, le catalogue alphabétique de matières a fait l'objet de critiques dont certaines sont justifiées. Il est incontestable qu'établi en fonction d'une langue donnée, il ne se prête guère aux échanges d'information sur le plan international. D'autre part, il n'exprime que très imparfaitement les rapports entre les divers sujets. On lui a reproché également de ne pas être assez objectif et de ne pas traiter équitablement toutes les notions contenues dans un document. Ce reproche nous paraît moins justifié, la multiplication des fiches de base permettant de faire un sort à tous les aspects essentiels qui peuvent être retenus dans l'analyse du sujet.

A partir de quel moment l'importance de la documentation rend-elle les fichiers difficilement consultables et justifie-t-elle la mise en œuvre de techniques de sélection?

Ranganathan estimait, en 1951, qu'au delà d'un million de fiches la recherche d'un appareillage s'imposait 1.

En réalité, on a souvent constaté que les exigences de la documentation sont très variables suivant les domaines envisagés. Chaque entreprise est un « cas d'espèce ». Mais il est bien certain que, pour certains centres, le nombre de documents à enregistrer prenait des proportions inquiétantes et la nécessité s'imposait de rechercher une solution pratique, soit dans le cadre de la classification traditionnelle, soit sur des voies résolument nouvelles.

Nous examinerons ici succinctement les procédés de sélection les plus connus laissant de côté, bien qu'ils ouvrent d'intéressantes possibilités pratiques, certains systèmes de sélection visuelle, par exemple ceux qui utilisent des cavaliers et des curseurs de couleurs comme le système « Synoptic » bien connu des bibliothécaires.

Les systèmes de sélection manuelle et en particulier les fiches perforées ont apporté une solution valable soit pour des chercheurs isolés soit pour des services travaillant sur une gamme restreinte de spécialités.

Certains de ces systèmes comportent une fiche par caractéristique, d'autres comportent une fiche par document - les perforations correspondant à des caractéristiques données du document.

Les systèmes que nous allons exposer ci-après dans lesquels on établit une fiche par caractéristique ont, bien entendu, un lien évident avec le catalogue alphabétique des matières. On doit établir également un rapprochement avec le système Uniterm 2 : rappelons que dans ce système il est établi une fiche par sujet, les documents qui traitent de ce sujet étant désignés par un numéro d'inventaire inscrit dans l'une des colonnes de la fiche. La sélection est visuelle c'est-à-dire que si l'on recherche un document traitant de deux sujets déterminés on confronte les fiches correspondantes pour déceler les numéros qui sont communs aux deux. Ce système prétend éliminer l'arbitraire et la subjectivité tout en limitant l'encombrement des fichiers.

Les systèmes dits « optiques » ou à « sélection visuelle » utilisent une fiche par caractéristique (les caractéristiques choisies pouvant être : année de publication, nom d'auteur, éléments du sujet, etc...) La fiche porte des lignes de coordonnées et chaque emplacement est réservé à un document, soit dans un « carré », soit à l'intersection des lignes.

Au fur et à mesure de l'arrivée des documents, et après analyse du contenu permettant d'en dégager les caractéristiques, on perfore les fiches correspondant à ces caractéristiques. La place de la perforation correspond au numéro d'inventaire du document.

Si l'on superpose les fiches correspondant aux caractéristiques recherchées et si on les examine à la lumière, on décélera des trous lumineux : ils correspondent aux documents qui possèdent en commun les caractéristiques recherchées.

Le premier système de fiches surimposables 3 remonte à 1923 (Brevet français Borgeaud et Liber n° 565 475 - 24 avril 1923) : c'est le système actuellement désigné sous le nom de Sphinxo et exploité par Détectri. Les possibilités en ont été développées en France par G. Cordonnier. Un système analogue fut élaboré en Angleterre par W. E. Batten.

Chaque fiche a naturellement une capacité limitée, en ce qui concerne le nombre de documents analysés. Le système Batten comportait à l'origine des fiches d'une capacité de 400. L'emploi des fiches Hollerith standard a porté ce nombre à 800. Le poinçonnage se pratique au moyen d'un équipement spécial.

Nous insisterons ici sur les systèmes français qui font actuellement l'objet d'expériences dans divers organismes. Le système Sphinxo 4comporte des fiches de 1 000 cases (format 145 × 270) ou 2 000 cases (format 270 X 270) où l'on pratique des perforations de 3 mm de diamètre.

M. G. Cordonnier a apporté au système de sélection visuelle d'ingénieuses améliorations : la fiche Sélecto (Microdoc 5) format 150 × 210 comporte actuellement 3 variantes permettant : 2 000, 8 000 et 14 000 perforations (anciennement 12 500). Elles s'effectuent, non pas au centre du carré mais à l'intersection des lignes horizontales et verticales. Une disposition en dents de scie des lignes verticales permet de prévoir une capacité de 5 000 documents sur une fiche du format plus réduit (82 X 178) internationalement adopté pour la mécanographie (fig. 1). Un appareillage très simple est prévu, comportant un appareil à perforer les fiches et un cadre de lecture. La perforation est de 1 à 2 mm pour les fiches « 2 000 », 1 mm pour fiches « 5 000 » et « 8 000 », et 0,8 mm pour les « 14 000 ».

M. Cordonnier étudie actuellement l'utilisation de fiches en matière plastique d'une capacité de 10 000 et de 20 000 documents. Lorsque le nombre de documents est supérieur, on peut ouvrir des fichiers successifs et utiliser des fiches de couleurs différentes ou plus simplement les distinguer par une perforation variable sur une ligne supplémentaire.

Plusieurs centres utilisent le système Sélecto. Le Centre national de la recherche scientifique l'a adopté pour son service de traductions 6 : chaque fiche (de format 210 X 150) comporte 12 500 points d'intersection.

L'organisation réalisée à l'Institut des Fruits et Agrumes Coloniaux 7 sur les conseils de M. G. Cordonnier, pour le traitement des livres, périodiques et microfilms conservés au centre de documentation, est particulièrement intéressante : l'emploi des fiches Sélecto est combiné avec la classification à coordonnées multiples élaborée par M. G. Cordonnier. Les fiches sont établies et perforées en plusieurs exemplaires, afin que des jeux en soient adressés à certains services des territoires français d'outre-mer.

Actuellement un centre international s'organise en prévoyant l'emploi d'une reproductrice permettant de diffuser à de nombreux abonnés des collections successives de fichiers Sélecto dès leur achèvement, et cela en liaison avec l'abonnement à une publication bibliographique.

Dans les divers systèmes qui seront définis ci-après chaque document qui entre fait l'objet d'une fiche sur laquelle doivent être enregistrées toutes les caractéristiques essentielles présentées par le document.

La fiche comprend deux zones a) une zone descriptive, sur laquelle on inscrit en clair les notices catalographiques ou bibliographiques; b) une zone sélective présentant une ou plusieurs rangées de perforation destinées à l'enregistrement des diverses caractéristiques.

On peut utiliser soit des fiches à pré-perforations marginales soit des fiches à pré-perforations centrales (également désignées sous le nom de pré-perforations jointes) mais la capacité de la fiche (divers formats ou divers systèmes de perforation) entraîne toujours une limitation en ce qui concerne le nombre de caractéristiques qu'il est possible d'enregistrer sur une même fiche.

Une perforation peut correspondre directement soit à une lettre soit à un chiffre, soit à une caractéristique du document exprimée en clair sur le bord de la fiche (exemple : « Traduction en français »), Toutefois afin d'exploiter au maximum les possibilités du système on adopte généralement un code (lettres ou chiffres); chaque symbole du code correspondant à une combinaison de perforations.

Les fiches à pré-perforations marginales 8 (fig. 2) sont connues de longue date. Réservées primitivement aux usages commerciaux, elles ont gagné la documentation d'abord aux États-Unis 9 : système Keysort Mc Bee, par exemple.

Chaque fiche comporte une rangée simple ou double de perforations équidistantes, le plus souvent disposées sur les quatre côtés de la fiche, et généralement réparties suivant des zones qui correspondent à telle ou telle série de caractéristiques. Suivant le code choisi, on encoche telle ou telle perforation. Il existe des codes numériques utilisant 4 symboles (1, 2, 4, 7) permettant d'opérer un classement rapide. Un code sélectif couramment appliqué en documentation, utilise 6 symboles (X, 0, 1, 2, 4, 7). L'encochage de deux trous permet d'obtenir la série de chiffres de 0 à 9. L'utilisation de plusieurs zones permet d'obtenir les dizaines, les centaines, etc. Le 0 est directement obtenu avec une seule encoche, les autres chiffres par une combinaison d'encoches : pour former 1, on encoche X et 1; pour former 2, on encoche X et 2; pour former 3, on encoche 2 et 1; pour former 4, on encoche X et 4; pour former 5, on encoche 4 et 1, etc...

On utilise également, parfois sur une même fiche, des codes alphabétiques disposés en triangle 10 (code pyramidal).

Lorsque l'on veut sélectionner les documents possédant les mêmes caractéristiques on passe successivement ou simultanément des aiguilles dans les perforations correspondant aux caractéristiques recherchées. Une secousse permet de faire tomber les fiches intéressant la documentation que l'on veut recueillir. Les divers fabricants ont mis au point un appareillage spécial : dans le cas le plus simple une pince pour pratiquer les encoches, et des aiguilles ou broches pour opérer la sélection.

Le système de sélection à perforations centrales 11 utilise des fiches pré-perforées comportant des trous rangés en lignes ou répartis sur la carte suivant la codification prévue. En élargissant les trous, on pratique des fentes horizontales ou verticales, la position des fentes dans les zones correspondant à des chiffres ou des lettres. A titre d'exemple, le système Sélectri mis en service au Centre d'études et de documentation paléontologiques, 3 place Valhubert, Paris 5e, comporte des fiches pré-perforées, divisées en zones correspondant à un pré-classement (fig. 3). On pratique, dans les diverses zones, des fentes horizontales ; une trieuse est utilisée pour la sélection : des aiguilles sont passées dans les trous correspondant au chiffre recherché, la trieuse est ensuite renversée à 90°, ce qui entraîne le glissement sur les fentes évidées des fiches intéressant la documentation recherchée.

Les systèmes de cartes perforées utilisées avec un outillage mécanique permettant de provoquer automatiquement les perforations ont commencé à gagner le domaine de la documentation : Machines I.B.M., Bull, Remington Rand, Samas. Ces machines ont été conçues pour la statistique.

A titre d'exemple les cartes I.B.M. actuellement en usage comportent 80 colonnes de chacune 9 perforations numérotées de 0 à 9; 2 lignes de perforations supplémentaires (X et Y) sont prévues en tête de la fiche. Chaque chiffre correspond directement à sa valeur; pour les lettres on utilise les perforations 12 prévues dans les 2 zones supérieures et dans la rangée 0 et chaque lettre équivaut à 2 perforations (exemple : A = X + 1 ...).

La carte est divisée en zones. Le nombre de colonnes attribué à une zone est variable : il est établi suivant les besoins de l'organisme. Une fois établi il demeure fixe pour l'ensemble des cartes.

Pour la sélection documentaire, on utilise une interclasseuse 13. Un appareillage de ce genre est en cours d'expérimentation au Gmelin Institut. Pour interroger la machine on se sert d'une carte maîtresse que l'on a perforée pour y transcrire à leur place les éléments du code correspondant aux caractéristiques recherchées.

L'interclasseuse possède deux canaux d'alimentation primaire et secondaire. La carte maîtresse sert à régler la machine qui enregistre l'indicatif perforé sur la carte maîtresse. Les cartes à sélectionner sont introduites dans le canal primaire et sont explorées électroniquement, celles qui correspondent à l'indicatif recherché sont retenues dans un magasin spécial. 14 000 cartes par heure sont ainsi explorées. L'utilisation du canal secondaire permet de doubler le nombre et de consulter 28.000 cartes par heure, à condition que les positions du code ne soient pas supérieures à 16. Une trieuse permet de classer les cartes sélectionnées suivant un ordre numérique ou alphabétique. La tabulatrice alpha-numérique transcrit enfin les indications perforées en un texte lisible (chiffres et lettres). Une bibliographie par nom d'auteurs ou par sujets peut être dressée.

Un perfectionnement est apporté par la machine I.B.M.-101. Il n'est plus utile, sauf en ce qui concerne les éléments de référence, de réserver une zone à une famille de caractéristiques. Celles-ci peuvent être enregistrées dans un ordre quelconque. Seul le nombre de colonnes pour une même zone reste fixe. Si le nombre de zones que peut contenir la carte s'avère insuffisant, une deuxième carte peut être utilisée, mais l'opération est plus complexe. Pour éviter de faire défiler la totalité des cartes et réaliser une économie de temps, un pré-classement est opéré.

Sauf erreur de notre part, les machines à cartes perforées quelle qu'en soit la marque, et à l'exception d'un type déjà ancien (Specia-Rhône-Poulenc), auquel travailla le Dr Samain 14 n'ont pas été utilisées en France à des fins documentaires. Un tel appareillage exigeant la connexion de plusieurs appareils est onéreux. Pour être rentable, il demande une utilisation courante.

Les systèmes photographiques sont en cours d'expérimentation. Des essais utilisant la microcopie ont été tentés. Jusqu'à présent il est difficile d'en tirer des conclusions générales. Théoriquement, l'avantage très appréciable d'un tel système est de permettre l'enregistrement sous faible volume des documents et leur sélection. L'idéal qu'il tente de réaliser est d'assurer : a) la conservation des documents.; b) l'identification des documents recherchés; c) la reproduction de ce document pour le chercheur.

Le « Rapid-Selector » créé selon les principes de Vannevar Bush par R. Shaw au Département d'agriculture à Washington utilise les microfilms 35 mm. La partie gauche du microfilm porte l'analyse du document ; la partie droite la codification correspondante.

Les symboles du code sont exprimés par une combinaison de rectangles transparents et opaques. Une cellule photoélectrique explore le microfilm à déroulement rapide et lorsqu'elle rencontre la combinaison intéressant le document recherché, l'analyse est automatiquement photographiée. Ce système demeuré à l'état de prototype ne permet de sélectionner que sur une seule caractéristique.

Un Français le Dr J. Samain a mis au point un appareil apparenté au « Rapid Selector 15 ». Cet appareil comporte une microfiche (72 X 45 mm) par document (fig. 4). Chaque fiche est divisée en deux parties, la zone A est réservée à la référence et à l'analyse. La zone B est réservée aux coordonnées du document (notions-clés et repères bibliographiques), au maximum 20 par document. Chaque coordonnée est représentée, d'après un code comportant un préclassement par un nombre de 5 chiffres enregistrés, par un jeu de carrés transparents et opaques, sur l'une quelconque des 20 rangées parallèles que comporte la zone B. On photographie la fiche d'analyse et, au moyen d'un clavier spécial, on effectue la combinaison opaque et transparente correspondant au code. Les microfiches sont conservées dans un meuble spécial. Un sélecteur est utilisé pour extraire de l'ensemble des microfiches toutes celles qui comportent une ou plusieurs coordonnées recherchées. On règle l'appareil sur le numéro correspondant à la sélection requise. Les microfiches défilent à la vitesse de 600 par minute dans un appareil de lecture qui les explore grâce à une cellule photoélectrique. Lorsque cette cellule rencontre le chiffre sur lequel l'appareil est réglé, la fiche correspondante tombe dans la case réceptrice. Pour accélérer le travail de sélection, on fait autant de microfiches qu'il y a de notions domiminantes, et l'on ne fait porter la sélection que sur les microfiches correspondant à la dominante à laquelle se rattachent les coordonnées recherchées.

Actuellement, il faut procéder par sélections successives, mais M. Samain, envisage des sélections réglées simultanément sur 5 notions différentes.

Il y a lieu de noter que le coût de l'équipement est inférieur à celui des machines à cartes perforées.

Un autre système, signalé en novembre 1954 au Congrès de Cleveland 16 est le système Minicard Kodak qui n'est pas encore sur le marché.

Le Minicard est de format 16 X 32 mm et peut recevoir 12 images de 21,6 X 31,6 dans le rapport de 60 à 1. La sélection se fait suivant un procédé assez voisin du Filmorex. L'intérêt réside dans la possibilité de reproduire intégralement des articles de 12 pages. La sélection s'effectue à la vitesse maximum de 1800 microfiches à la minute.

Si grandes que soient les possibilités offertes par certains appareillages ci-dessus mentionnés, il n'est pas encore possible de formuler des conclusions positives. On peut d'ailleurs se demander si des solutions révolutionnaires ne sont pas offertes par les calculatrices électroniques ou électromagnétiques, dont le dernier modèle le plus rapide et le plus complet « l'ordinateur 704 », est la machine la plus puissante du monde.

Si plusieurs appareillages de ce type sont en service aux États-Unis, le premier exemplaire européen est actuellement présenté à Paris, et on doit procéder à des essais en liaison avec ceux qui sont prévus aux États-Unis dans le cadre de l'Institut européen de calcul scientifique. Théoriquement des possibilités presque illimitées sont offertes tant en ce qui concerne les données que les documents. Les données sont introduites en numération binaire soit directement à partir du langage courant soit par l'intermédiaire d'un code alphabétique ou numérique.

On utilise, pour l'entrée et la sortie des résultats, des cartes perforées ou mieux des bandes magnétiques. 900.000 mots, c'est-à-dire 32.400.000 chiffres binaires peuvent être enregistrés sur les 730 m d'une bobine de 13 mm d'épaisseur et de 26 cm de diamètre que l'ordinateur lit à la vitesse de 90.000 chiffres binaires ou 15.000 chiffres décimaux à la seconde. La vitesse approximative est de 42.000 opérations à la seconde.

Nous avons envisagé jusqu'à présent le problème de la sélection mécanique sous son angle purement technique. Il va de soi que sous l'angle intellectuel il est loin d'être résolu. La machine idéale conserve les informations, puis les identifie, pour les sélectionner. Mais la machine ne répondra correctement que si la question est clairement formulée, ce qui suppose au moment de l'enregistrement la désignation sans équivoque possible de la caractéristique recherchée : sujet ou sujets, données bibliographiques, descriptives etc...

Quel langage employer? Les caractéristiques peuvent elles s'exprimer en clair? Une telle solution ne doit pas être rejetée à priori. Fiches Uniterm, fiches surimposables, sont établies, par exemple suivant des caractéristiques qui peuvent être désignées dans les termes du langage courant. Ceci suppose l'emploi d'une terminologie constante, l'élimination de termes vagues, de synonymes. On peut y parvenir dans les sciences exactes plus aisément que dans les sciences humaines et dans les sciences économiques et sociales où les termes en apparence synonymes peuvent exprimer des nuances qu'il est indispensable de respecter. Les recherches conduites par les partisans du système Uniterm leur permettent d'élaborer une sorte de vocabulaire de base dont ils vantent les avantages pratiques. Mais la question n'est pas simple : supposée acquise la normalisation de la terminologie dans une langue donnée, resterait à la réaliser sur le plan international.

La mise au point d'un code comporterait d'évidents avantages et cette question est à l'ordre du jour. Un langage conventionnel, utilisant lettres, signes et chiffres, comportant des mots sans ambiguïté et une syntaxe précise permettrait en principe une normalisation satisfaisante sur le plan international et même sur le plan national. Mais, dira-t-on, la classification détaillée ne se présente-t-elle pas comme une sorte de langage universel? Certaines recherches de Ranganathan entre autres ne tentent-elles pas de définir la classification analytico-synthétique en fonction d'une application éventuelle à la sélection mécanique 17?.

La même préoccupation conduit les recherches de M. G. Cordonnier. On concilie ainsi la « systématique » chère aux partisans de la classification traditionnelle avec la mise en œuvre d'une sélection mécanique. Avantage pratique non négligeable : si le système de classification est satisfaisant, on réalise un groupement rationnel des indices relatifs au même sujet. On limite les recherches à telle division ou subdivision. La C.D.U. est effectivement employée en liaison avec les machines à sélection 18.

Jusqu'à présent toutefois, l'application d'une classification de type traditionnel aux machines actuellement conçues pose des problèmes malaisés à résoudre. Les techniciens, d'autre part, souvent indifférents à la hiérarchisation des notions codifiées, ont été souvent séduits par le principe d'un code indépendant de toute classification. Le système Zatocoding, s'écartant délibérément des méthodes antérieures a résolu d'une manière originale le problème du code : les caractéristiques reçoivent des chiffres pris au hasard et il y a superposition partielle des symboles utilisés pour désigner différents concepts 19.

Il semble que de nombreux systèmes reviennent actuellement sinon à la classification traditionnelle, du moins à un pré-classement sommaire qui permet de limiter les recherches : c'est ainsi que le système Samain tel qu'il fonctionne à l'Institut du Cancer à Villejuif emploie une cinquantaine de notions choisies et classées dans un ordre assez empirique commode pour les médecins. Chaque classe est désignée par un numéro à deux chiffres. Par exemple, le n° 13 est attribué à l'étiologie. Chaque numéro du code comprend cinq chiffres dont les deux premiers correspondent à la classe. Par exemple : 13021 = étiologie - généralités. Autrement dit les trois chiffres qui suivent l'indication de la classe permettent d'indiquer 999 notions distinctes sans classement préalable, ce qui est pratiquement suffisant pour la documentation intéressant le cancer.

Les divers codes dont il vient d'être question s'appliquent à des entreprises limitées de caractère national. Il serait tentant de mettre à l'étude un système valable sur le plan international. Inutile de dire qu'une telle étude est d'une redoutable complexité.

James W. Perry, Allen Kent et Madeline M. Berry ont tenté de définir un code 20 alphabétique cette fois, dont les principes s'écartent des systèmes traditionnels de notation et impliquent le rejet de la classification conventionnelle, considérée comme trop rigide. Ce code a été étudié pour permettre, notamment, la transcription, non seulement des références bibliographiques, mais d'analyses rédigées en style télégraphique et comportant un développement appréciable. Autrement dit, on se proposait de créer un langage valable pour une machine et ne faisant appel, en aucune manière, au jugement et à l'imagination : langage mnémonique formé de la combinaison de trois consonnes. Exemple : B-CT = Bactéria. Les relations « analytiques » sont exprimées par des voyelles qui s'intercalent entre les consonnes en apportant une nuance particulière. Par exemple. la voyelle 1 désignant une partie de ce que désignent les trois consonnes, on aura : M-CH = machine; MICH = piston ou partie d'une machine. Les auteurs du système ont également étudié la transcription de ce langage alphabétique en symboles géométriques. Le code se complète de signes indiquant le début, la fin d'une analyse, etc... Certaines critiques ont été adressées au système; l'une des plus importantes lui reproche d'être fondé sur l'emploi de l'anglais.

Les problèmes linguistiques sont loin d'être résolus, comme d'ailleurs les problèmes techniques, et la question des machines et celle des codes ont été mises à l'ordre du jour de la conférence qui doit se réunir, en 1958, à Washington.

L'organisation de la documentation en fonction de ces techniques nouvelles retient actuellement l'attention sur le plan national et international.

Divers organismes, en particulier le Centre national de la recherche scientifique, l'Union française des organismes de documentation étudient cette question. Le Centre d'études de Saclay envisage la réorganisation de ses services compte tenu des possibilités ainsi offertes.

Des études bien documentées paraissent dans les revues consacrées aux techniques et à la recherche. Un article de M. de Grolier a traité ce problème dans la revue Automation 21. Le Docteur Brygoo, dans un supplément du Bulletin de l'Institut Pasteur 22 envisage le problème de la documentation scientifique et l'usage des machines électromagnétiques à l'échelon des signalisations bibliographiques, préconisant la création d'un « centre national de triage et de ventilation » qui fournirait à ses correspondants, « sous forme de listes de références classées chronologiquement par périodiques ou méthodiquement par matières selon le cas, la documentation signalétique susceptible de les intéresser ».

Soulevée par M. H. Laugier, représentant de la France au Conseil consultatif de l'Unesco, la question des « méthodes révolutionnaires de bibliographie et de documentation » a figuré à l'ordre du jour d'une réunion du bureau du Comité consultatif international de bibliographie. Un rapport a été demandé à M. Coblans. Il vient de paraître sous le titre : Des méthodes nouvelles de diffusion des connaissances 23; il est complété, en ce qui concerne les sciences sociales, par un rapport de Miss Barbara Kyle que publie la Revue de la documentation 24. Ces deux rapports sont soumis à une large enquête internationale.

La Fédération internationale de Documentation qui, sous l'impulsion de son président Alexander King, attribue une grande importante à l'étude des problèmes posés par M. Coblans, a depuis plusieurs années une commission de « sélection » qu'anime le professeur Pietsch, directeur « du Gmelin Institut für anorganische Chemie». Elle vient de publier dans le cadre de son Manuel de reproduction et de sélection un chapitre consacré à la sélection auquel nous avons eu au cours de cet article l'occasion de nous référer maintes fois.

Sous le patronage de la F. I. D., l'Aslib a organisé en mai 1957 à Dorking (Surrey) une réunion d'experts à laquelle ont participé plusieurs français notamment M. G. Cordonnier, et M. E. de Grolier. L'U. F. O. D. avait organisé le 4 mai une réunion préparatoire. Les conclusions de la conférence de l'Aslib ont été rapportées les 28 et 29 juin.

Ces problèmes seront évoqués lors de la prochaine réunion de la F. I. D. à Paris en septembre prochain (16 au 22 sept.). Ils sont au programme de l' « International conférence on scientific information » 25 qui doit se tenir à Washington en novembre 1958. Cette conférence, sous le patronage de la « National science foundation », de la « National academy of sciences » et de l' « American documentation institute », se propose de faire le point de la situation comme l'avait fait, en 1948, la Conférence sur l'information scientifique, tenue à Londres par la « Royal Society », et l'année suivante, 1949, la Conférence internationale sur l'analyse des documents scientifiques organisée par l'Unesco.

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Fig. 1

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Fig. 2

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Fig. 3

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Fig. 4

  1.  (retour)↑  Ranganathan (S. R.). - Classification, codification et appareillage de recherches. - Paris, Unesco /NS /SL3, 1951. - 56 p. multigr.
  2.  (retour)↑  Taube (Mortimer) et alii. - Studies in coordinate indexing. - Washington, 1953-1956. - 3 vol.
    Une brève description du système est donnée dans : F.I.D. La Haye. - Manuel de reproduction et de sélection de documents. - La Haye, 1957. - 31 cm (publication à feuillets mobiles), 724.41/F1.
  3.  (retour)↑  F.I.D. Manuel... 744.43/E1.
  4.  (retour)↑  Détectri, 68, rue de Richelieu, Paris-2e.
  5.  (retour)↑  Microdoc, 5, rue du Pont-Lodi, Paris-13e.
  6.  (retour)↑  Voir : B. Inf. Dir. Bibl. France. 4e année, n° 11, pp. 340-344 et F.I.D. Manuel... 744.431/F1.
  7.  (retour)↑  F.I.D. Manuel... 744.43 /E3.
  8.  (retour)↑  Artec : Paramount, 12, rue Barbette, Paris-3e.
    Compagnie Française des fichiers modernes : Rapidtri, 178, rue de Vaugirard, Paris-15e.
    Détectri : Statitex, 68, rue de Richelieu, Paris-2e.
    Mécanalyse : Keysort, 108, avenue du Maine, Paris-14e.
  9.  (retour)↑  Casey (R. S.) and Perry (J. W.). - Punched cards. Their applications in science and industry. - New York, 1951.
  10.  (retour)↑  F.I.D., Manuel... 744.23 /F2-3.
  11.  (retour)↑  Sélection, 6, rue Auguste-Comte, Vanves (Seine).
  12.  (retour)↑  La perforation peut se faire automatiquement avec un appareil électronique à partir d'un trait d'un crayon spécial tracé sur la carte.
  13.  (retour)↑  F.I.D., Manuel...746.111 /E1 et suivantes.
  14.  (retour)↑  Les travaux du Dr Samain sur la sélection avaient été orientés par une communication de M. Joland Mayor, ingénieur chimiste sur les possibilités de mécanisation de recherches bibliographiques, présentée au Congrès mondial de la documentation, Paris, 16-21 août 1937 (Textes des communications: pp. 230-235).
  15.  (retour)↑  La plus récente étude du Dr Samain est celle publiée dans l'Onde Electrique, 36e année, n° 352, juill. 1956, pp. 670-675, fig.
  16.  (retour)↑  Décrit en 1955 dans American Documentation, n° 6, pp. 18-30, dans un article de A.-W. Tyler et W. L. Myers et J. W. Knipers publié sous le titre : The Application of the Kodak Minicard équipment to problems of documentation.
  17.  (retour)↑  Ranganathan, op. cit.
  18.  (retour)↑  F.I.D. Manuel... 724.3.
  19.  (retour)↑  Le système Zatocoding emploie des fiches à perforations marginales (marge supérieure). Il est admis dans ce système particulier que, au cours de la sélection, un matériel indésirable est entraîné, suivant un certain pourcentage, estimé insignifiant avec la documentation recherchée. Voir : F.I.D. Manuel... 744.24.
  20.  (retour)↑  Perry (James W), Kent (Allen), Berry (Madeline M.). - Machine literature searching... with a foreword by Jesse H. Shera. - New-York, Western resérve University press, Interscience publishers (1956). - 26 cm, XII-162 p., fig.
  21.  (retour)↑  La Mécanisation de la recherche documentaire (In : Automation..., déc. 1956, pp. 107-110; janv. 1957, pp. 19-21).
  22.  (retour)↑  Suppl. au n° 1, t. 55, janv. 1957, 35 p.
  23.  (retour)↑  Bulletin de l'Unesco à l'attention des bibliothèques. Vol. 11, n° 7, juill. 1957, pp. 153-179.
  24.  (retour)↑  Vol. 24, 1957, n° 3 [12 p.].
  25.  (retour)↑  Informations F.I.D. 7e année, 1957, n° 2, pp. 5-15, publie le programme de la conférence.