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Un nouvel exemplaire du prospectus de l'encyclopédie

Claude Sibertin-Blanc

En 1950, lors de l'enquête 1 menée dans les bibliothèques de province à l'occasion du bi-centenaire du lancement de l'Encyclopédie, il avait été très difficile de découvrir, avant l'exposition organisée l'année suivante à la Bibliothèque nationale 2, un exemplaire du prospectus rédigé à l'intention des souscripteurs de ce Dictionnaire dont Diderot et ses collaborateurs allaient faire, en même temps qu'une machine de guerre contre les « préjugés », l'une des plus grandes entreprises de la librairie française.

Or, la mise à jour du supplément au Catalogue des manuscrits de la Bibliohèque Inguimbertine de Carpentras, en vue de son impression, nous a permis de découvrir récemment un nouvel exemplaire de ce prospectus. Il se trouve inséré au milieu d'autres pièces imprimées et manuscrites réunies dans un recueil formé peu de temps avant la mort du fondateur de notre bibliothèque, Mgr d'Inguimbert, évêque de Carpentras, il y aura, le 6 septembre prochain, exactement deux cents ans.

Ce recueil in-folio portait la cote M. 378 dans le fonds ancien des imprimés où il avait d'abord été placé, et, le prospectus n'ayant pas été mentionné dans le catalogue de ce fonds ancien, cela explique pourquoi il avait échappé aux recherches lors de l'enquête de 1951.

Protégé à l'intérieur du recueil dont il forme la pièce n° 4, son état actuel est excellent. Il faut seulement déplorer que le relieur ait trop rogné, comme il arrive souvent, la marge inférieure et coupé ainsi par le milieu une ligne d'écriture manuscrite ajoutée par le fournisseur (libraire ou autre intermédiaire ou souscripteur) de Mgr d'Inguimbert, dont nous n'avons pu, de ce fait, reconstituer le nom. On lit seulement encore : « Si vous vous déterminés à souscrire prévenés Mr... »

Mgr d'Inguimbert, par négligence ou par méfiance, ne souscrivit d'ailleurs pas à l'Encyclopédie, car le « Livre des délibérations de la Bibliothèque de cette ville de Carpentras » nous a conservé, au f. 44, à la date du 24 août 1773, le procès-verbal de la séance où fut décidé l'achat d' « un exemplaire de l'Encyclopédie en 28 vol. in-fol. édition de Paris, relié en veau » que M. Fabre, libraire d'Avignon, offrait « de donner au prix de 1.112 livres roy » et qui fut retenu par « lesdits seigneurs assemblés... l'ayant vu et s'étant assurés que le dit ouvrage étoit en bon état ». Il avait donc fallu que 22 ans se fussent écoulés depuis l'annonce du Dictionnaire pour que les administrateurs, certes fort orthodoxes bien qu' « éclairés », de la Bibliothèque Inguimbertine reconnussent la nécessité de cette acquisition.

Mais ils se gardèrent bien de l'inscrire au catalogue et le même « Livre des délibérations » f. 66 verso, relatant la séance du 3 février 1778, a enregistré la décision suivante, suffisamment révélatrice pour pouvoir se passer de commentaire :

« Les Seigneurs administrateurs de la Bibliothèque étant informés qu'il arrive quelque fois que des jeunes gens demandent à lire dans la Bibliothèque le Dictionaire Ancyclopédique [sic] et autres livres deffendus; considérants qu'il convient d'empecher les abus à cet égard, ont unanimement délibéré que lc Dictionaire Ancyclopédique et autres livres deffendus seront enfermés dans une des chambres de la Bibliothèque, ou autrement seront fermés à clef, pour n'être remis qu'à ceux qui par état sont visiblement au cas de les lire, ou qui présenteront une permission en düe forme de lire les livres deffendus. »

  1.  (retour)↑  Les Amis des lettres, organisateurs de l'enquête, firent alors réimprimer (Impr. Nat. 1950) le Prospectus d'après l'exemplaire de la Bibliothèque municipale de Reims.
  2.  (retour)↑  Trois exemplaires du prospectus furent alors retrouvés à la Bibliothèque nationale.