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Les Expositions dans les bibliothèques françaises au cours des cinq dernières années

Jacques Lethève

La Campagne internationale des musées, dont l'Unesco a pris l'initiative, doit permettre d'attirer l'attention d'un large public sur le rôle que peuvent jouer ces établissements dans la vie contemporaine. Il est évident que les bibliothèques ne sauraient échapper au bilan qui va être ainsi dressé : si leur fonction est plus complexe que celle des musées, elles se rapprochent de ces derniers par plus d'un aspect et un tableau des expositions dont l'initiative est venue des bibliothèques au cours de ces dernières années confirmerait qu'elles ne le cèdent en rien aux musées dans le rôle éducatif assigné à de telles manifestations 1.

Il est possible qu'ici ou là ce rôle soit encore mal compris. Mais la gamme offerte par des réalisations qui vont des grandes expositions de la Bibliothèque nationale jusqu'aux modestes présentations de telle bibliothèque de petite ville, est déjà remarquablement riche, même si l'on estime que le champ ouvert à l'imagination et à l'activité des bibliothécaires peut encore s'élargir.

Une objection vient tout de suite à l'esprit. S'ajoutant à sa mission essentielle, qui est d'assurer aux lecteurs la communication des fonds, les expositions ne vont-elles pas réduire encore le temps et les moyens d'un personnel déjà surchargé ?

La valeur de l'objection ne doit pas faire oublier deux raisons au moins qui militent en faveur des expositions et les justifient suffisamment. D'un côté -du côté si l'on veut de la lecture publique - exposer des livres, c'est leur attirer des lecteurs et par conséquent amener à la lecture un public plus large et plus divers. De l'autre côté - et cette fois les bibliothèques de conservation sont avant tout visées -, l'exposition est pratiquement le seul moyen de montrer à tous certains fonds précieux. De même que les musées sont destinés à procurer à chacun la libre contemplation des chefs-d'oeuvre de l'art, on ne peut limiter l'accès des trésors de bibliothèques à quelques privilégiés. Exposer des livres rares, des estampes ou des manuscrits précieux dont la valeur et la fragilité imposent qu'on ne les livre à la consultation qu'à titre tout à fait exceptionnel, c'est tout de même faire participer le public à des richesses qui lui appartiennent comme un patrimoine collectif. Le type même d'une présentation de ce genre, ce sont les deux expositions que la Bibliothèque nationale a consacrées en 1954 et 1956 aux manuscrits à peintures français conservés habituellement loin de la lumière et des mains maladroites 2.

Il y aurait beaucoup à dire, il est vrai, sur cette forme d'exhibitions où des manuscrits et des livres se trouvent transformés en objets de vitrine. C'est le cas de penser au mot d'André Malraux qui considère le musée comme une « confrontation de métamorphoses ». De même en effet qu'avant d'être une pièce de musée le tableau était un ex-voto ou un portrait, de même le livre a d'abord été destiné à être lu et feuilleté. Placé sous vitrine, un manuscrit ouvert à une page déterminée fait un peu penser au papillon dans la boîte du naturaliste. Du moins remédie-t-on en partie à cet inconvénient en changeant à intervalles réguliers les feuillets visibles; d'autres expériences ingénieuses consistent à compléter la présentation par la reproduction photographique d'autres feuillets 3.

Même ainsi « métamorphosés », les trésors des bibliothèques nous offrent des richesses dont la seule contemplation est incontestablement un objet de culture. Leur domaine va de la page imprimée à l'estampe, et à l'extrême limite au dessin, en passant par le manuscrit, l'illustration, la reliure. Les objets proposés doivent être pourtant choisis car il ne peut guère être question de montrer des dos de livres ou même les plats d'ouvrages imprimés dans des éditions courantes. Il pourrait même paraître inutile d'offrir sous verre les éditions anciennes d'un texte qu'une édition banale permet de mettre entre toutes les mains, ou le manuscrit d'une œuvre qui a été publiée. Mais le livre-objet peut nous toucher de deux manières. Il possède une beauté propre qui tient à la qualité de la typographie, à la grâce des fers de sa reliure, à l'intérêt des gravures : et chacun sait que les plus beaux livres ne recèlent pas toujours des textes fondamentaux. Mais un beau livre est une manifestation de l'histoire du goût. Et puis, sans être le moins du monde une œuvre d'art, le livre sous vitrine peut nous toucher encore par son pouvoir suggestif : il est une pièce d'histoire, un exemplaire unique, l'ouvrage de chevet de quelque personnage connu; et si pauvre soit-il d'apparence, il peut témoigner pour une forme particulière de civilisation.

Le mérite esthétique ou historique propre à des pièces isolées peut enfin se trouver considérablement renforcé par leur regroupement provisoire. Des ensembles reconstitués font revivre la personnalité d'un amateur ou d'un collectionneur; la multiplicité de pièces isolément médiocres montre l'étendue d'un thème, la diffusion d'une idée. La confrontation de documents habituellement dispersés permet des études qui auraient été impossibles. Pour reprendre l'exemple des grandes expositions de manuscrits à peintures, la juxtaposition de manuscrits appartenant à plusieurs dizaines de bibliothèques en France ou à l'étranger a permis des identifications, facilité des comparaisons que même les spécialistes n'avaient pu faire dans le seul rapprochement de leurs souvenirs.

Aussi la science bénéficie-t-elle de présentations de ce genre quand elles sont préparées avec le soin nécessaire, après les recherches auxquelles le personnel scientifique des bibliothèques sait apporter tout à la fois son érudition et son ingéniosité. « Pour tout un secteur de l'érudition française, écrivait M. Julien Cain, à propos de l'exposition Anvers, ville de Plantin et de Rubens 4, cette exposition sera un stimulant et une leçon ». Et à propos de l'exposition Victor-Hugo à la Bibliothèque nationale : « Le rassemblement de tant de documents autour de ceux que Victor Hugo a légués à la Bibliothèque nationale donne à cette exposition toute sa signification. Il favorisera, nous le souhaitons, au moment où l'œuvre de Victor Hugo entre dans le domaine public, des études nouvelles qui l'éclaireront davantage » 5.

Aussi les catalogues qui accompagnent la plupart des expositions importantes, non seulement en éclairent pour le visiteur de passage la signification, mais les notices, les descriptions, les références qu'ils contiennent sur des ensembles de documents exceptionnellement réunis, en font des instruments de travail dont la valeur dure bien au delà d'un rassemblement provisoire 6.

Si la culture historique et la culture esthétique trouvent leur profit dans des expositions qui mettent en valeur des trésors de bibliothèques, d'autres expositions susceptibles à l'occasion des mêmes bienfaits, répondent pourtant à des intentions très différentes. Ce sont celles dont le but avoué ou secret est d'attirer à la lecture et par conséquent à la bibliothèque, le plus grand nombre de lecteurs possible. Une salle d'exposition est plus largement ouverte qu'une salle de lecture et son accès nécessite moins de formalités. La publicité qui annonce l'exposition fait connaître le chemin de la bibliothèque à ceux qui l'ignoraient encore. Celui qui hésite à ouvrir un livre, pourra jeter un œil moins paresseux sur ceux qu'on lui offre au mur ou dans des vitrines, et si l'on sait suffisamment accaparer son attention et éveiller sa curiosité le visiteur d'aujourd'hui sera le lecteur de demain. Si l'on comprend l'importance des bibliothèques populaires, si l'on veut qu'elles deviennent pour toutes les catégories sociales une « maison aux portes ouvertes 7 », il faut piquer la curiosité des indifférents par des thèmes d'expositions empruntés le plus souvent à l'actualité, et par le chemin d'images, de photographies, d'objets appropriés, mener au livre dont la lecture permet d'étendre ses connaissances et de nourrir ses réflexions. Les bibliothécaires du moindre groupement professionnel ou syndical, ceux des bibliothèques d'entreprises qui veulent toucher un public souvent rebelle à la lecture, connaissent ces problèmes, et d'intéressantes réussites ont été réalisées dans ce domaine grâce à des présentations limitées mais suggestives 8.

Est-ce dire que le résultat corresponde toujours aux efforts déployés? Il faudrait des statistiques difficiles à établir sur des programmes limités et des enquêtes encore plus délicates pour connaître la proportion exacte des lecteurs nouveaux que chaque exposition a permis d'attirer. Les visiteurs d'ailleurs ne viennent pas toujours aussi nombreux qu'il serait souhaitable. Aussi complète-t-on l'exposition, chaque fois que cela est possible, par des manifestations telles que des conférences, des lectures ou des concerts étroitement rattachés à son sujet. L'organisation de visites-conférences, les facilités données aux milieux scolaires ou aux groupements de jeunes travailleurs apportent aussi de bons résultats. A côté d'indifférents irréductibles, plus d'un jeune qu'on a amené sans désir et sans joie, sera surpris et attiré, reviendra spontanément et connaîtra désormais le chemin de la bibliothèque.

Les grandes expositions elles-mêmes, celles qui commémorent le souvenir de personnages connus du grand public, écrivain ou artiste, celles encore qui par la beauté des pièces présentées offrent un intérêt spectaculaire indiscutable, n'ont pas toujours les visiteurs qu'elles méritent.

De toute façon, les problèmes de présentation ne doivent pas être tenus pour secondaires. Aux qualités d'érudition, à l'étendue de la recherche, doit s'ajouter le goût. Un entassement de documents précieux, des gravures mal encadrées, de beaux ouvrages rapprochés sans ordre, enlèvent une part de son attrait à une exposition. L'harmonie de l'ensemble et du détail, le caractère accueillant du local, la mise en valeur et en lumière des pièces essentielles sont des éléments importants de l'attraction sur le public. Et qu'on ne croie pas que la valeur intrinsèque ou scientifique des pièces présentées suffira toujours à l'attirer. Une exposition doit retenir et plaire pour que le visiteur s'y sente à l'aise, qu'il ait envie de s'y attarder et qu'il y envoie ensuite ses amis. Un des hommes qui ont au cours de ces dernières années présenté dans les musées parisiens quelques-unes. des expositions qui ont eu le plus de succès - M. André Chamson - disait dans une interview récente : « Je crois que pour toucher le grand public, il faut qu'une exposition réponde à la fois au goût de la connaissance et au goût de la délectation 9. » Or la délectation ne vient pas obligatoirement de la contemplation d'une pièce précieuse : elle peut naître aussi sûrement de documents plus modestes mais parfaitement présentés.

Dans ces questions de présentation, il faut bien reconnaître que les conservateurs de bibliothèques sont généralement moins favorisés que leurs collègues des musées. Les crédits affectés à ces expositions sont presque toujours des plus limités et le matériel peu varié. Les vitrines plates à supports de bois ou à double inclinaison du type pupitre sont le plus souvent en usage. Des vitrines hautes ou inclinées, encastrées dans l'épaisseur des murs ou formées de simples glaces juxtaposées sans bordures réalisent des présentations plus modernes. Un effort dans ce sens a été récemment obtenu à Bordeaux pour la nouvelle salle d'exposition. Plus récemment encore, en 1956, la ville de Noyon a fait exécuter pour un manuscrit particulièrement précieux, l'Évangéliaire de Morienval, une sorte de coffre-fort mobile qui allie la sécurité à une présentation ingénieuse 10.

Sans vouloir concurrencer les réalisations des étalagistes, il faut reconnaître que l'utilisation des projecteurs spéciaux mettant en valeur un objet dans un coin sombre, soulignant de leurs pinceaux une pièce précieuse peut améliorer l'ambiance générale et donner un aspect plus accueillant à une exposition 11.

Mais si l'absence d'un matériel vraiment spécialisé n'a jamais entravé sérieusement les efforts des bibliothécaires, plus grave est bien souvent le problème des locaux. La plupart des expositions se trouvent logées tant bien que mal dans des vestibules d'accès ou dans la salle de travail elle-même. Peu de bibliothèques françaises possèdent en effet une salle réservée aux expositions; on en trouve seulement dans des bâtiments de construction relativement récente, Reims et Toulouse, où les plans initiaux les ont destinées à cet usage; d'autres ont pu être aménagées dans des locaux anciens : c'est le cas à Lyon et à Versailles (salons dits des Puissances). C'est le cas également à Bordeaux où, tout récemment (1955), la Bibliothèque municipale a récupéré une belle salle voûtée sur le Musée lapidaire voisin. Rappelons pour mémoire les deux galeries superposées de la Bibliothèque nationale : la Galerie Mazarine dont la somptuosité convient à merveille à certaines expositions, mais paraît un peu écrasante pour d'autres; la Galerie Mansart dont le décor de pierre met en valeur les gravures qui y sont le plus souvent présentées puisqu'elle est en même temps la galerie d'introduction au Cabinet des estampes.

Cette dernière galerie ouverte seulement en 1946, peut d'ailleurs figurer au nombre et aux côtés des réalisations récentes. La Direction des bibliothèques les encourage et les fait adopter dans les plans nouveaux. Parmi ces réalisations, il faut citer encore la salle de la Bibliothèque de Colmar réinstallée dans un couvent en 1948, salle ouverte sur le cloître qui permet à cette bibliothèque une série presque ininterrompue d'expositions. En 1951 était ouverte une nouvelle galerie à la Bibliothèque de Limoges. En 1954 on a inauguré une salle provisoire d'exposition à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg. La nouvelle Bibliothèque de Douai (1955) comporte une salle réservée aux réunions et aux expositions; la Bibliothèque universitaire et municipale de Clermont-Ferrand en cours d'agrandissement, vient d'ouvrir cette année une salle spéciale. Enfin des salles d'exposition sont prévues dans les bibliothèques en cours de construction ou de reconstruction : Sainte-Geneviève à Paris, Brest, Strasbourg, Rennes, Bibliothèque nationale d'Alger, Tours enfin où une salle spéciale doit abriter le « trésor », c'est-à-dire le fonds ancien précieux qui a seul échappé aux destructions de 1940.

Un bilan sommaire des principales expositions organisées au cours des cinq dernières années va nous permettre de montrer qu'en utilisant le plus souvent les « moyens du bord », les conservateurs et les bibliothécaires ont su donner à cet aspect de notre vie professionnelle une variété et quelquefois un éclat bien dignes des bibliothèques françaises. Nous y verrons la diversité des types d'expositions et la multiplicité des prétextes choisis 12Un premier groupe peut être constitué par les expositions dont l'objet et le sujet sont en même temps le livre. On montre alors le livre pour son caractère intrinsèque, qu'il s'agisse de mettre en valeur des fonds précieux ou de faire connaître les problèmes historiques ou techniques. Souvent l'occasion d'exposer les trésors a été provoquée par une date importante dans la vie de la bibliothèque, anniversaire ou inauguration de nouveaux locaux. C'est ce qui s'est produit à Nantes en 1953 pour le bicentenaire de sa fondation, à Tarbes la même année pour le 150e anniversaire de sa fondation, à la Bibliothèque Sainte-Geneviève qui a célébré le cinquantenaire du fonds scandinave. Pour le 20e anniversaire de son nouveau bâtiment, Toulouse a montré en 1955 vingt années d'acquisitions. D'autres villes ont présenté au public tout ou partie de leurs trésors dans des circonstances moins exceptionnelles : Sens (1952), Saint-Omer (en 1952 et en 1953), Besançon (fonds Grandvelle, 1953), Douai où la bibliothèque a joint ses richesses à celles du musée en 1953, Soissons (manuscrits, livres et reliures précieuses, 1954), Tours (manuscrits, 1954), Nantes (manuscrits et livres illustrés, 1955), Marseille (en liaison avec les archives, 1955), Clermont-Ferrand (1956), Le Havre (1956).

Dans d'autres occasions, on cherche à initier le public à l'art même du livre, soit en lui faisant découvrir un ensemble de pièces précieuses ou, d'une façon plus didactique, en réunissant des documents qui retracent les techniques de la typographie, de l'illustration ou de la reliure. Tantôt l'exposition porte sur l'histoire du livre à travers les âges, comme à Troyes en 1954, où des reproductions complétaient les originaux; tantôt elle est limitée à un pays, à une époque ou à une technique : livre illustré du xve siècle à Colmar (1952), livres royaux provenant de la bibliothèque de Marie-Antoinette (Périgueux, 1953), typographie lyonnaise aux xve et XVIe siècles (Lyon, 1955), Plantin et l'imprimerie tourangelle aux xve et XVIe siècles (Tours, 1955), Papiers de garde et ornements du livre (Mulhouse, 1955), Procédés photomécaniques (Reims, 1955), exposition graphique (Metz, 1955), Reliures de différentes époques : Louis XII à Louis XV (Saint-Germain-en-Laye, 1955), Renaissance-Louis XIV (Lyon, 1955), reliures anciennes confrontées avec les reliures modernes de la Société de la reliure originale (Bibliothèque nationale et Nice, 1953), technique et histoire de la reliure (Fougères, 1956).

Les expositions réservées aux manuscrits à peintures attirent toujours un très grand nombre de curieux : ceux-ci ont pu être satisfaits au cours de ces cinq dernières années riches en présentations de ce genre, puisque outre les deux grandes expositions de la Bibliothèque nationale (1954 et 1956) qui ont couvert le champ complet du manuscrit français du VIIe au XVIe siècle, on a pu voir encore : dix siècles d'enluminure à Toulouse en 1954, les manuscrits du Mont-Saint-Michel à Avranches (1955), les manuscrits de l'époque romane à Albi (1955), les plus beaux manuscrits de Chantilly (1956) 13.

D'autres ensembles de livres ne sont plus axés sur l'histoire mais sur la production d'un pays ou d'un groupement. C'est le cas des expositions consacrées aux livres scientifiques d'Israël (Sainte-Geneviève, 1955), au livre contemporain en Italie (Nice, 1953; Cannes, 1955), en Espagne (Bordeaux, 1955), au Mexique (Sorbonne, 1955), en U. R. S. S. (Sorbonne, 1956), au livre d'art américain moderne (Bibliothèque nationale, 1955), aux publications de l'Unesco (Limoges, 1955). C'est le cas encore d'une section de l'édition qui préoccupe à juste titre les bibliothécaires, celui du livre d'enfants. A côté d'une présentation d'illustrateurs contemporains spécialisés dans ce genre d'ouvrages (Heure joyeuse de la ville de Paris, 1952), quelques villes ont réuni des exemplaires de cette littérature qui correspond à un type de lecteurs particulier et spécialement difficile à satisfaire ; on peut citer les expositions de Nice (1952 et 1954), Confolens (1954), Bordeaux et Tours (1955), mais il faut mettre à part la vaste confrontation internationale présentée à Paris (Bibliothèque nationale) en 1952 sous l'égide de l'Unesco parce qu'elle était la première d'une pareille ampleur et parce qu'elle permit de comparer la production de quarante et un pays 14.

L'entrée d'un fonds important, à la suite d'un don ou d'une acquisition, peut donner lieu également à une présentation au public : on a pu voir en 1952, les manuscrits de Diderot provenant du fonds Vandeul à la Bibliothèque nationale, les acquisitions récentes du Muséum d'histoire naturelle, le fonds Hansi, imagier de l'Alsace, à Colmar, les livres sur Jeanne d'Arc du don Barry Bingham à Orléans, le legs J. Bousquet à Carcassonne; en 1953, les dessins de l'architecte Labrouste, au Cabinet des estampes, les livres et gravures de G. Doré (legs Vautier) à Cherbourg ; en 1954, le fonds George Sand de la donation Lauth-Sand (Bibliothèque historique de la Ville de Paris); en 1955, les manuscrits et les papiers d'André Gide à la Bibliothèque Doucet.

Le domaine des bibliothèques comportant toute la gamme des productions graphiques s'étend naturellement à l'estampe. Celle-ci joue un rôle variable mais important dans des expositions de différents types en fournissant la base des documents iconographiques. Mais elle peut être présentée pour elle-même et c'est un des points par où, tout en restant dans son domaine, la bibliothèque rejoint de plus près le musée.

Le Cabinet des estampes à cause de son rôle unique à l'échelon national se doit de célébrer les grands anniversaires de l'histoire de la gravure. C'est ainsi qu'il vient, en 1956, d'assumer la contribution française à l'année Rembrandt, tout comme il l'avait fait précédemment pour Goya 523 et Daumier 15. Il se doit aussi de rendre hommage à des artistes moins consacrés mais qui ont apporté tous leurs soins à constituer leur œuvre gravé dans les collections nationales. Des anniversaires tout proches ou déjà plus lointains ont donné l'occasion d'évoquer, en 1953 Forain et Steinlen, en 1954 Laboureur, en 1955 André Derain et Jean Frélaut 16. Deux artistes encore vivants ont été en outre l'objet, en 1955, d'une exposition de leurs gravures : H. de Waroquier et Picasso. Dans ce dernier cas, comme d'ailleurs dans celui de Derain, la Bibliothèque nationale répétant des cas antérieurs, entre autres, ceux de Daumier en 1933 et de Toulouse-Lautrec en 1951, présentait l'œuvre gravé de ces artistes comme un complément indispensable aux expositions de peintures organisées au même moment par les Musées nationaux ou par le Musée des arts décoratifs.

C'est enfin un graveur étranger, Zorn, qui avec la collaboration de la Suède, fut l'objet d'une commémoration en 1952.

Chaque mois de janvier, le Cabinet des estampes présente aussi depuis plusieurs années une sélection des cartes de voeux gravés, encourageant de cette manière le renouveau d'une forme particulière de la petite estampe. Il reste également dans son rôle - car la connaissance de la gravure est liée à celle du dessin - quand il abrite, à titre exceptionnel, comme en 1952, une sélection de dessins du xve au XIXe siècle, prêtés par le Musée Boymans de Rotterdam.

En dehors de ces expositions consacrées à des graveurs isolés, le Cabinet des estampes a présenté durant cette période deux expositions d'un caractère assez nouveau : réunir cinq siècles d'affiches illustrées c'est en effet reculer largement dans le temps l'histoire la mieux connue de cette forme de l'image, présenter « Un siècle de vision nouvelle » (1955), c'était montrer pour la première fois par une confrontation directe des œuvres la transformation que l'avènement de la photographie a apportée à la vision des artistes.

Certaines bibliothèques provinciales ont consacré de leur côté quelques expositions à des présentations d'estampes. Citons parmi les artistes, dont les oeuvres ont été exposées : en 1952, Rouault et son Miserere (Colmar), en 1952, Dufy (Rouen), Louis Jou (Arles); en 1954, Toulouse-Lautrec (Nice) et Maurice Denis (Saint-Germain-en-Laye); en 1955, Dunoyer de Segonzac (Nice). Et parmi les ensembles consacrés à l'estampe : les graveurs mulhousiens (Mulhouse, 1952, 1953 et 1955), gravures et dessins d'artistes contemporains (Châlons-sur-Marne, 1955), graveurs de notre temps (Epernay, 1956), les estampes japonaises (Limoges, 1954, exposition organisée par l'Unesco), la gravure contemporaine en Suède (Perpignan, 1953 ; Reims, 1955). Enfin par des reproductions cette fois et non plus par des originaux, quelques bibliothèques ont célébré le cinquième centenaire de Léonard de Vinci en 1952 et 1953 (Mulhouse, Troyes, Tours, Châtellerault).

En dehors de ces manifestations, il est des circonstances qui justifient une exposition. C'est le cas de réunion de congrès ou de sociétés scientifiques; elles donnent une bonne occasion de présenter à des spécialistes des documents dont un public plus large peut également profiter. Citons à Grenoble, le Congrès des sociétés savantes en 1952 où furent montrés les plus beaux manuscrits de la bibliothèque, et l'exposition organisée à l'occasion des Journées stendhaliennes en 1955; à Toulouse, six siècles de droit toulousain, évoqués pour les Journées internationales de l'histoire du droit et des institutions en 1952; enfin la « Présence du Portugal à Toulouse » pour des Journées franco-portugaises en 1956; à Bordeaux « La Guyenne sous les rois d'Angleterre » pour le Comité français des sciences historiques en 1952; des livres anciens hollandais présentés en 1954 pour la semaine universitaire franco-hollandaise (une exposition identique eut lieu dans les mêmes conditions à Bordeaux), des ouvrages musicaux montrés à l'ouverture de la saison lyrique et des livres italiens du XIVe au XVIIIe siècle pour la semaine culturelle franco-italienne en 1955. Lyon a montré des documents notariaux pour le Congrès des notaires (1955), Châlons-sur-Marne des documents précieux à l'occasion de la visite de la Société Jean Bodin (1954), Chalon-sur-Saône les manuscrits provenant de l'abbaye de La Ferté pour la réunion de la Société des sciences de Saône-et-Loire en 1953, la Bibliothèque nationale des manuscrits et des estampes pour le Congrès augustinien, Rennes des ouvrages divers pour le Congrès arthurien, Auxerre ses plus belles pièces pour la réunion de l'Association des bibliothécaires français en 1954, Albi « La vie intellectuelle à Albi jusqu'à la Révolution » pour le congrès de la Fédération des sociétés académiques du sud-ouest en 1955.

En dehors même des réunions savantes, de nombreux types de manifestations donnent l'occasion de faire participer la bibliothèque à la vie locale et d'accroître son rayonnement. C'est ainsi que le Festival musical d'Aix-en-Provence s'est accompagné d'expositions diverses : en 1952, le livre illustré aux XVIIe et XVIIIe siècles, en 1954, les manuscrits et livres illustrés du XVIe siècle, en 1955, le livre français du xve siècle à nos jours. Il en fut de même pour le festival d'art dramatique de Nîmes (Joséphin Péladan, 1952), pour le festival musical de Besançon (documents de musique ancienne du xie au XVIIIe siècle, 1954). A Tours les moyens de transport et la médecine en Touraine (1952), des livres et des objets persans (1954) furent montrés pour la « Grande semaine »; Dijon fit en 1952 et 1953 des expositions au moment de la Foire aux vins, Sens en 1954 (le xixe siècle à Sens) pour la Foire-exposition.

Mais à ces occasions strictement limitées dans le temps et l'espace, s'ajoutent celles qui naissent d'anniversaires et de commémorations de caractère national. Les bibliothèques se prêtent particulièrement à la célébration des grands écrivains : manuscrits, lettres, éditions originales forment en quelque sorte la matière première de ce genre d'exposition, et le bibliothécaire les trouve souvent dans ses propres fonds. Si dans une bibliothèque de faible ou de moyenne importance, l'évocation d'un écrivain est une incitation majeure à la lecture de ses œuvres, quelques-unes des expositions organisées par la Bibliothèque nationale ou par d'autres grands établissements se placent sur un plan beaucoup plus général : elles constituent un apport qui peut être décisif à l'histoire littéraire et l'essentiel en demeure, grâce aux catalogues qui fixent l'éphémère. Lorsqu'aux documents manuscrits ou imprimés d'un aspect toujours un peu austère, on peut adjoindre des documents iconographiques (gravures, dessins, photographies ou même peintures), le caractère évocateur de l'exposition se trouve considérablement amélioré. On a même tenté de montrer les sources plastiques de l'écrivain : ce genre de rapprochement qui avait été fait pour Balzac à la Bibliothèque nationale en 1950, a été réalisé de nouveau pour Zola en 1952, pour Mérimée en 1953, pour Nerval en 1955; les résultats en sont extrêmement suggestifs et peuvent servir de point de départ à de nouveaux travaux 17. Lorsque l'écrivain est en même temps un artiste, il est possible d'obtenir un ensemble très attrayant : c'est ce qui a été tenté à la Bibliothèque nationale en 1952 avec les dessins de Victor Hugo et, en 1956, avec les aquarelles et les gravures de Paul Valéry.

Quels ont été les principaux écrivains célébrés dans les cinq dernières années? En dehors des expositions de la Bibliothèque nationale, certains d'entre eux furent présentés en province et les expositions les plus intéressantes sont souvent celles qui, organisées dans la ville natale ou dans un important lieu de séjour de l'écrivain, apportent à sa connaissance des éléments plus particuliers. Citons en 1952 Bossuet (Meaux), Gresset (Amiens), V. Hugo (B. N., Blois, Toulouse, Châtellerault), E. Zola (B. N., Aix-en-Provence); en 1953, Thibaut IV le chansonnier (Troyes), Rabelais (B. N., Troyes, Angers, Tours, Cherbourg, Montpellier), P. Mérimée (B. N.), Mme de Noailles (B. N.); en 1954, Guez de Balzac (Angoulême), Joubert (B. N.), H. de Balzac (Cherbourg), Lamennais (B. N.), G. Sand (B. N., Châteauroux), Rimbaud (B. N.), A. France (Tours), Paul Fort (Reims), Saint-Exupéry (B. N.) 18; en 1955, Malherbe (B. N., Aix), Saint-Simon (B. N.), Montesquieu (Bordeaux), G. de Nerval (B. N., Soissons), Sainte-Beuve (B. N., Boulogne-sur-Mer), Tocqueville (Cherbourg), Baudelaire (Montluçon), J. Vallès (Le Puy), J. Verne (Amiens, Cherbourg), Alain (B. N.), P. Claudel (Cherbourg), J. Cocteau (Troyes), et parmi les écrivains étrangers, Cervantès (Pau), Andersen (Ste-Geneviève) et Verhaeren (B. N.); en 1956, Tristan L'Hermitte (Limoges) et P. Valéry (B. N.).

D'autres commémorations sont consacrées à des événements ou à des personnages de l'histoire; leur évocation fait moins directement appel aux livres, mais surtout aux autographes, aux documents iconographiques, aux pièces d'archives aussi, ce qui donne l'occasion d'une utile collaboration avec les Archives nationales ou locales. C'est ainsi qu'ont été évoqués entre autres les personnages et les évènements suivants : en 1952, Gustave Eiffel (Dijon); en 1953, Saint Bernard (Dijon et Châlons-sur-Marne), Henri IV (Pau, La Rochelle, puis Cherbourg en 1954), le Dr Roux (Confolens), Dix siècles d'histoire bretonne (Fougères), l'Histoire du commerce à Paris (Bibliothèque de la Chambre de commerce de Paris); en 1954, Arles antique (Arles), le 12e Centenaire de l'abbaye de Jumièges (Rouen), le Pape Urbain IV (Troyes), la Maison de Polignac dans l'histoire (Le Puy), la Paix d'Amiens (Amiens); en 1955, Colbert (Reims); en 1956, Franklin (B. N.).

La musique et les musiciens, sans doute parce que rien ne vaudra jamais un concert pour leur rendre hommage, ont été l'objet d'un nombre très limité de manifestations. Pourtant on devine ce que pourra être une exposition Mozart, telle que celle qui doit être célébrée à la fin de cette année à la Bibliothèque nationale. Entre 1952 et 1956, on ne peut guère citer que les suivantes : Dix ans de ballets à l'Opéra (Bibliothèque de l'Opéra), Pelléas et Mélisande (1952), André Levinson (1954), Anna Palovna et la danse de son temps, la Argentina (1956).

Nous évoquions en commençant la diversité des prétextes qui peuvent donner lieu à une exposition. En dehors des principaux groupes indiqués jusqu'ici, une liste complète des expositions au cours de ces cinq dernières années soulignerait l'habileté des organisateurs dans le choix des thèmes. Ici ce sont les coutumes ou les sites locaux qui sont évoqués : la faïencerie (Sarreguemines, 1952), le costume alsacien (Colmar, 1954), le Quercy (Cahors, 1954), le vieux Brest (Brest), le Sundgau pittoresque (Mulhouse, 1954). Tantôt on profite de la saison pour montrer la représentation de la chasse (Arles, 1952) ou celle de Noël dans les livres, les manuscrits, les gravures (Amiens, Pau, Cherbourg, 1952), ou les cartes de vœux (Limoges, 1954). Quelquefois même il s'agit de sujets encore plus généraux : le mobilier (Troyes, 1952), la mer (Fécamp, 1953), l'enfant dans l'art (Cherbourg, 1953), oiseaux et fleurs, le carnaval (Colmar, 1954), images de fleurs (Museum d'histoire naturelle, 1954), l'art des fleurs au Japon (Châtellerault, 1956).

Où placer enfin une manifestation comme celle qui, sous le titre Anvers ville de Plantin et de Rubens, a été montrée à la Bibliothèque nationale en 1954? Reconstituant en partie l'atmosphère si savoureuse du Musée Plantin-Moretus, elle était une présentation à la fois de l'art du livre, de sa technique, de l'histoire et de l'art anversois à l'époque de l'apogée du grand port.

L'énumération de manifestations si diverses ne donne qu'une idée incomplète de l'activité des bibliothèques françaises en matière d'expositions. Aux expositions préparées sur place, il faudrait ajouter les expositions circulantes, organisées par un service central et transportées de ville en ville. Ces expositions d'un type particulier offrent à parts égales des avantages et des inconvénients : si elles facilitent le travail du bibliothécaire, elles diminuent son mérite ainsi que l'apport original des ressources locales; la circulation des documents écarte toute pièce précieuse, mais la présentation faite une fois pour toutes, permet une mise au point beaucoup plus sûre. Nous citerons tout d'abord la série d'expositions organisée par le Comité français du livre illustré dont le siège est à la Bibliothèque nationale mais qui fonctionne en liaison avec les illustrateurs.

Composées principalement de défets de livres de luxe, ces expositions consacrées au livre contemporain n'ont d'ailleurs pas une structure absolument fixe, et souvent les bibliothécaires qui les accueillent, les complètent par des pièces prélevées sur leurs propres fonds ou des présentations de reliures et d'ouvrages anciens. Elles ont été reçues en 1952 à La Rochelle, Troyes, Niort, Albi et Toulon; en 1953, à Cannes, Toulouse, Saintes, Fontainebleau, Aurillac et Montauban; en 1954, à Limoges, Châteauroux, Bourges, Blois, Brest, Quimper, Soissons; en 1955, à Tours et Alger. Du même ordre sont les expositions de gravures contemporaines, dues au Comité national de la gravure française : elles ont eu lieu en 1952 à Dijon, Besançon, Nîmes et Montpellier, et en 1953 à Reims. Enfin le type même de l'exposition circulante est l'exposition itinérante biblique qui avait été organisée par l'Alliance biblique de France et la Société biblique belge et qui a été reçue successivement, en 1952, à Nice, Aix et Nîmes; en 1953, à Toulouse, Marseille, Toulon, Grenoble et Saint-Etienne; en 1954, à La Rochelle, Poitiers et Bordeaux.

Ce dernier exemple n'offre pas le seul cas où les bibliothèques ouvrent leurs locaux à des organismes étrangers. C'est encore marquer l'importance de la bibliothèque que de la rendre accueillante à des sociétés ou collectivités diverses, dont les membres seront les lecteurs de demain et quelquefois des donateurs. C'est ainsi que la Bibliothèque nationale ouvre traditionnellement chaque année ses galeries au Salon des peintres-graveurs et, depuis 1946, au Salon national de la photographie dont les œuvres enrichissent ensuite les collections du Cabinet des estampes. En 1953, elle a reçu l'exposition des livres illustrés de la Société de bibliophiles : « Le livre contemporain ». Certaines autres bibliothèques ont abrité des expositions de peintures : Saint-Germain en 1952 et 1953; Meudon en 1953 et 1954; Mazamet et Epernay en 1952; Argenteuil, Evreux, Soissons (dessins d'enfants), Châlons-sur-Marne, Limoges en 1954. D'autre part Montluçon en 1956. Reims, Meudon, en 1953, Châlons-sur-Marne en 1954, ont ouvert leurs portes à une présentation de photographies. Orléans et Toulouse en 1953, Colmar en 1955 à des expositions concernant la poste ou les timbres.

Enfin ce tableau serait incomplet si l'on n'évoquait les expositions auxquelles les bibliothèques françaises ont participé par le prêt de pièces plus ou moins nombreuses, sans qu'elles les aient organisées elles-mêmes. Il s'agit souvent de manifestations dont l'initiative est due aux Archives, à l'échelon national ou départemental, ou aux Musées, nationaux ou municipaux, musées d'art, d'histoire ou musées techniques 19; dans d'autres cas, ce sont divers organismes historiques, publics ou privés qui se trouvent à leur origine. Lorsque les Archives présentent une exposition sur Bossuet ou sur Marie Stuart, lorsque le Musée de Versailles fait revivre Marie-Antoinette ou le Musée d'art moderne, les artistes du groupe des « nabis », il est normal et pratiquement indispensable que les bibliothèques soient présentes par le prêt de livres, de manuscrits, de reliures ou de gravures. Il en va de même lorsque est évoqué à Vienne dans une vaste exposition internationale, le théâtre européen des origines à nos jours, ou lorsque l'art français sous tous ses aspects est présenté à Tokyo. Et on ne peut que se réjouir de voir montrer au delà de nos frontières le livre illustré grâce au Comité national, au Vénézuéla, ou la gravure française moderne à Londres et à Edimbougr, à Madrid et à Lisbonne, à Tunis et à Mexico et dans une vingtaine de grandes villes des États-Unis.

Ce sont là quelques exemples pris au hasard parmi plusieurs centaines. Les grandes bibliothèques provinciales et parisiennes, et a fortiori la Bibliothèque nationale, apparaissent comme de vastes réserves de documents graphiques où viennent puiser tous ceux qui veulent enrichir de pièces rares une exposition sur n'importe quel sujet. De tels prêts doivent pourtant être conciliés avec les nécessités de la conservation, et leur multiplication ne saurait aller sans inconvénient grave. Nous ne pouvons aborder ce point qui préoccupe les conservateurs de nos grandes collections, mais déborde le cadre de cet article.

Il fallait pourtant évoquer le réseau d'échanges et de collaborations qui s'est tissé sur le plan national et même sur le plan mondial entre tous les détenteurs des témoins de notre culture. Qu'on le veuille ou non, il s'agit d'un fait pour lequel on peut souhaiter une meilleure coordination mais contre lequel on ne saurait totalement s'élever. Les richesses de nos bibliothèques figurent ici au premier rang et dans la mesure où leur protection reste assurée, il faut se réjouir de les voir toucher un public de plus en plus large. Bien sûr, on doit souhaiter que, sollicité par tant de spectacles offerts de toutes parts, l'homme de notre temps ne se contente pas d'une curiosité superficielle. Mais le livre n'est-il pas le chemin qui mène à la réflexion et à la méditation personnelle sans lesquelles il n'existe pas de véritable culture?

  1.  (retour)↑  Les problèmes des expositions dans les bibliothèques ont fait jusqu'ici l'objet de peu d'études. Nous ne connaissons guère que l'intéressant article de M. Francesco Barberi : Mostre nelle biblioteche (In : Accademie e biblioteche d'Italia. 21e année, 1953, n° 1).
  2.  (retour)↑  Naturellement on a renoncé aux expositions permanentes, bien plus préjudiciables aux documents graphiques qu'aux peintures. Le Cabinet des estampes eut pendant le XIXe siècle et jusqu'en 1904 une présentation fixe de quelques-uns de ses chefs-d'œuvre; il utilise les murs de la nouvelle salle de travail (1946) pour présenter des expositions consacrées aux principales acquisitions ou à différents thèmes. La Galerie Mazarine a abrité longtemps (jusqu'en 1924) une exposition permanente de manuscrits et de livres précieux.
  3.  (retour)↑  C'est ce qui a été fait par exemple à Milan à la Bibliothèque Trivulziana (F. Barberi, art. cité).
  4.  (retour)↑  Cf. Bibliothèque nationale. Paris. - Anvers, ville de Plantin et de Rubens. Catalogue de l'exposition organisée à la Galerie Mazarine (mars-avril 1954). [Introduction de Julien Cain.] - Paris, Bibliothèque nationale, 1954. - 21 cm, pp. 7-13.
  5.  (retour)↑  Cf. Bibliothèque nationale. Paris. - Victor Hugo, exposition organisée pour commémorer le cent cinquantième anniversaire de sa naissance [Introduction de Julien Cain]. - Paris, Bibliothèque nationale, 1952. - 21 cm, pp. V-XII.
  6.  (retour)↑  Nous ne pouvons citer tous les catalogues des expositions signalées dans cet article : il faudrait y consacrer un long article bibliographique. La valeur de la plupart d'entre eux est d'ailleurs reconnue.
  7.  (retour)↑  La formule est employée en Allemagne : « Haus der offenen Türen ». Cf. Zentralblatt für Bibliothekswesen, sept. 1948, p. 260.
  8.  (retour)↑  On en trouvera des exemples dans l'article de M. Foncin : Les bibliothèques d'entreprises comme centres de culture (In : Association des bibliothécaires français, Bulletin d'informations. N° 21, nov. 1956).
  9.  (retour)↑  A. Chamson, dans Connaissance des arts, 15 juin 1952, p. 12.
  10.  (retour)↑  A Moulins, une présentation exceptionnelle va être adoptée pour la Bible de Souvigny. Une présentation ingénieuse de livres, comportant un matériel léger et réalisée en Espagne, est décrite dans : Exposiciones bibliogriincas temporales, una solución funcional al problema (In : Dirección general de archivos y bibliotecas. Boletín. 1956, n° 36, pp. 219-222).
  11.  (retour)↑  Concernant l'éclairage, une juste mesure doit être gardée pour éviter le chauffage des documents. Sur cette question, voir les travaux du « Comité international de l'I. C. O. M pour les techniques de musées » et en particulier la brochure : Utilisation des lampes fluorescentes dans les musées, 1953. On pourra s'inspirer aussi de l'article de Merry Cohn : L'éclairage des galeries de tableaux, dans Musées et collections publiques de France. N° 53, oct. 1955, pp. 225 sq.
  12.  (retour)↑  Ce bilan n'est pas complet; nous n'avons pas essayé d'y faire tenir une liste absolument intégrale des expositions entre 1952 et 1956. L'annonce de celles-ci figure depuis 1952 dans le Bulletin d'informations de la Direction des bibliothèques de France et depuis 1956 dans le Bulletin des bibliothèques de France. Pour la période 1945-1951, on peut consulter : La Bibliothèque nationale pendant les années 1945-1951, Rapport présenté... par M. Julien Cain. - Paris, 1954. Rappelons aussi : J. Lethève, Les Expositions dans les bibliothèques en 1951 (In : A. B. C. D. N° 5, 1952, pp. 128-132)
  13.  (retour)↑  Toulon a également présenté une exposition de fac-similé de manuscrits en 1955.
  14.  (retour)↑  Elle était accompagnée de livres anciens appartenant à la Bibliothèque nationale.
  15.  (retour)↑  Gavarni a été également célébré par la Bibliothèque nationale en 1953 et à Pau en 1954.
  16.  (retour)↑  Les expositions Forain et Frélaut furent présentées ensuite sans changement important, la première au Musée de Reims, la seconde au Musée de Nancy. Steinlen a été par ailleurs commémoré à Mulhouse en 1955.
  17.  (retour)↑  Dans un ouvrage récent (Créations en littérature. - Paris, Hachette, 1955, p. 43). M. Jean Pommier indique que l'exposition Balzac, organisée en 1950 à la Bibliothèque nationale, a été l'une des sources de son cours sur Balzac et les artistes, professé au Collège de France en 1951.
  18.  (retour)↑  Saint-Exupéry avait déjà été évoqué à Grasse en 1952.
  19.  (retour)↑  En dehors de prêts réciproques, la liaison avec les musées est d'ailleurs fréquente : la bibliothèque de Fougères a accueilli l'exposition organisée par le service éducatif des musées, mais c'est au Musée de Marseille qu'ont été présentés les trésors de sa bibliothèque. Et on citerait vingt exemples.