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La Bibliothèque musicale recomposée : nouvelles pratiques, nouveaux espaces

18e Congrès de l’ACIM – Caen, 12 et 13 mars 2018

Nathalie Castinel

Les deux journées du 18e Congrès de l’ACIM se tenaient cette année à Caen, dans la toute récente bibliothèque Alexis de Tocqueville (conçue par l’agence de l’architecte Rem Koolhaas et inaugurée le 14 janvier 2017).

Explorer, faire comprendre et connaître, favoriser la pratique amateur : la musique n’est pas liée à son support

La première journée a débuté par les discours d’ouverture. Pour Olivier Tacheau (directeur des bibliothèques de Caen la Mer), les bibliothèques concentrent les thématiques au cœur de la société : la musique en fait partie. Marc Pottier (représentant Joël Bruneau, maire de Caen) a remercié les différents partenaires 1 qui ont permis la tenue de ces journées. Sabrina Le Bris (DRAC Normandie) a rappelé le rôle des bibliothécaires musicaux, en première ligne sur la question de la dématérialisation et de ses conséquences sur le métier et la société en général. Nicolas Blondeau (président de l'ACIM – Association pour la coopération des professionnels de l'information musicale) s’est félicité du record d’affluence (plus de 150 participants), preuve que la thématique retenue cette année est bien au cœur des préoccupations des bibliothécaires musicaux. Il a retenu 4 axes de réflexions : design de service et aménagement des espaces, accompagnement des pratiques amateurs, ancrage des bibliothèques musicales dans les territoires, et enfin, liens entre bibliothèques musicales et partenaires locaux.

Lors de la première intervention, Guillaume Kosmicki nous a fait partager son regard de musicologue sur les discothèques, en tant qu’usager et formateur. « Épaté par la connaissance et l’ouverture des professionnels sur l’actualité musicale », il constate toutefois, de la part des bibliothécaires, une forte demande en formation autour de la musique.

Du design de service à l’aménagement des espaces

Olivier Tacheau a organisé la première table ronde autour des problématiques : interrogation, accompagnement, conception de nouvelles pratiques et intégration des usagers dans ces nouvelles pratiques.

Amandine Minnard a présenté le réaménagement du pôle Musique de la médiathèque José Cabanis. Le mélange des supports par genre musical procure une meilleure logique dans l’accès aux collections. Les bornes d’accès aux ressources numériques ont été remplacées par un accès sur les ordinateurs, pour multiplier les connexions. Le déplacement des revues Art, Cinéma, Musique, maintenant mieux visibles, a entraîné un accroissement des prêts. Des espaces de valorisation ont été créés. Entre 2010 et 2017, trois pianos ont été achetés et sont plébiscités. Depuis 2015, la médiathèque prête des instruments, en accès indirect (malgré les fiches de présentation, une meilleure valorisation de ce service est en réflexion). L’implantation d’une Music Box avec station MAO, à l’entrée du pôle, favorise la pratique et la création musicale. Un comptoir à vinyles a été mis en place suite au regain d’intérêt pour ce support. Enfin, la gestion des collections a été repensée : accroissement et désherbage se font dans la même proportion.

Colette Buhan-Thébaud a ensuite exposé la réorganisation du pôle Musique-Cinéma, dans le projet de rénovation globale de la bibliothèque de Cherbourg, située au cœur d’un pôle comprenant également un musée et une salle de concert. Placé à l’entrée de la bibliothèque et servant de « produit d’appel », l’espace totalement décloisonné était agréable pour la circulation mais bruyant.

Le public a répondu favorablement à une sonorisation au moyen d’enceintes de qualité. Des boîtes d’écoute avec casque permettent l’accès direct à différents supports. Des séparations, par des mobiliers peu élevés ou par des voilages, ont créé des zones plus intimes : franc succès pour ces « petits salons » parfois détournés de leur destination d’origine. La diversification des collections et des services a facilité la pratique amateur : prêt d’instruments, présentés sur des racks visibles ; allègement visuel de la présentation des collections de CD grâce à une réserve vitrée.

En amont, les professionnels ont discuté avec l’architecte d’intérieur de la problématique de présentation des collections dans un contexte de dématérialisation. Bilan : une augmentation des publics jeunes et sociologiquement plus défavorisés, mais une baisse des publics habituels.

Clémence Morel a évoqué, avec humour, la réécriture du projet musique de la bibliothèque de Dunkerque, de 2016 à 2018. Dans la précipitation, une collection de CD avait été mise en place à proximité du Conservatoire, sans coordination et au moment où ce support tombait en désuétude, collection répartie par la suite dans les bibliothèques du réseau.

Pour le projet actuel, le cahier des charges est clair : créer un lieu fédérateur, dans une bibliothèque de centre-ville attendue depuis vingt ans, avec une charte documentaire « solide, populaire, rajeunie ». L’espace Musique sera visible dès l’entrée du bâtiment, à proximité du café, de l’espace Image et de l’auditorium. Un salon de musique pourra servir de lieu d’animation. L’idée est de faire coexister différentes pratiques culturelles en partant des usagers et non des collections, en travaillant sur le terrain avec les partenaires locaux et les usagers, en proposant du nouveau sans chercher à rentrer en concurrence avec l’offre Internet et dématérialisée.

L’avant-projet de la Médiathèque musicale de Paris a été présenté par Vincent Tordjman. Des plans représentant la progression de la réflexion permettaient de faire comprendre comment s’élabore un projet qui doit « s’effacer derrière l’usage », vu du côté du designer-architecte d’intérieur.

Olivier Tacheau a conclu en soulignant combien la matérialité des supports restait prégnante et le zonage très fort à l’intérieur d’une invariable, les quatre murs de la bibliothèque : comment envisager la modularité tout en respectant les contraintes budgétaires ? Il a réaffirmé que la musique n’était pas liée à son support : elle existe et survit. Les propositions inventives des bibliothécaires feront vivre ces « troisièmes lieux».

Quatre ateliers servaient d’interludes avant la deuxième table ronde :

• L’animation musicale et sonore à destination des enfants (animé par Dora Balagny)

• Le désherbage des collections (Marc Crozet)

• Design de service et nouvel aménagement des espaces (Damien Poncet)

• Quelles compétences pour quels services sur place et à distance ? (Thomas Vernet et Geneviève Nancy).

Accompagner les pratiques musicales amateurs

La fin d'après-midi rassemblait, autour d’Élizabeth Giuliani – qui s'appuyait sur un ouvrage coordonné par Philippe Le Guern – des intervenants eux-mêmes musiciens.

À travers les questions : « Quelles pratiques musicales ? », « Quel vivier ? Où se trouve-t-il ? », « Pourquoi accompagner les pratiques musicales amateurs ? Comment ? », Adélaïde Kientzi a interrogé différents acteurs de projets : DEMOS (Philharmonie de Paris), NHF Orchestra (pôle des écoles de musique de Strasbourg), le festival Scène locale organisé par Larsen local (réseau des médiathèques de Strasbourg), les ateliers de MAO et Orchestronique (orchestre éphémère sur tablettes numériques – bibliothèque André Malraux, Strasbourg 2015). Le constat est mitigé : la musique reste cloisonnée dans les genres, ces projets ne rassemblent pas tous les publics. L’accompagnement doit-il s’adapter à une demande ou faut-il offrir des services pour créer la demande ?

François Lemarchand a évoqué la création d’un local de répétition dans une réserve de la médiathèque d’Agneaux, ouvert 24h/24. Cette expérience, basée sur la confiance et la liberté, a permis de déceler un vivier de groupes qui ont pu se produire dans le cadre de la programmation de la médiathèque. Un luthier est régulièrement intervenu pour apprendre aux musiciens à régler les instruments, à effectuer de petites réparations. Après l’engouement du début, François Lemarchand a constaté une baisse de l’utilisation du local au fil des ans. La mise en place d’une radio qui diffuserait les enregistrements collectés de ces groupes locaux est en projet.

Benoît Noël nous a fait partager l’aventure des Scènes ouvertes, initiée en 2011 par la médiathèque de Fougères qui disposait d’un bel auditorium. Les partenariats avec un studio d’enregistrement, des éducateurs et le conservatoire de musique (classe de musiques actuelles) ont permis de capter un public jeune, dans un rapport de confiance, et de programmer trois fois par an des créations et des concerts. L’interférence avec le public de la médiathèque n’est pas flagrante, et la coexistence de ces deux mondes a tout de même permis de changer le regard porté sur les ados.

Cette seconde table ronde a été suivie de l’assemblée générale de l’ACIM. Le buffet dînatoire, dans le hall de la bibliothèque ambiancé par un set de Digital Cosmic Disco, a permis de prolonger les échanges.

Les bibliothécaires au cœur du dispositif musical :
offre documentaire, action culturelle

Le forum des bibliothécaires musicaux a démarré la seconde journée par une session de posters, présentations légères de projets et de dispositifs, de retours d’expérience, pour faciliter les échanges entre participants, en parallèle de la rencontre des bibliothécaires musicaux et discothécaires de Normandie.

Lydia Belmekki, Catherine Benod et Benjamin Sausin, élèves conservateurs de l’INET, ont ensuite présenté leur rapport de stage « Quelle stratégie musicale pour la bibliothèque départementale du Bas-Rhin » (2017). Les scénarios proposés (faire du lien grâce à la musique, assurer l’équilibre du territoire, accompagner la création musicale et l’éducation artistique et culturelle) sont particulièrement pertinents et constituent une excellente synthèse de toutes les problématiques abordées lors de ces journées.

La troisième table ronde « Bibliothèque musicale et territoire : offre documentaire et action culturelle en réseau », était modérée par Sylvie Guézennec.

Laurent Noblet a fait un tour d’horizon de l’offre de la médiathèque départementale du Morbihan : presque la moitié des 240 bibliothèques est équipée de CD ; vingt d'entre elles ont été choisies pour tester, sur deux ans, l’offre numérique en ligne proposée par 1DTouch. La médiathèque propose un kit d’outils d’animation autour du vinyle, une exposition d’instruments de musique du monde et des mallettes Festival. Les choix de programmation musicale sont faits avec le SMAC, en encourageant les propositions des bibliothécaires. La médiathèque a organisé une journée professionnelle sur les offres audiovisuelles en ligne, précédée d’une journée de lancement avec concert. Elle propose également une programmation « Musique en médiathèque » et un festival : « Les enfants Lalala ».

Ces actions s’appuient sur un réseau de partenariats comprenant le SMAC, le service des Arts vivants et visuels du département, la SACEM, l’Association musicale en milieu rural. Le bilan : « espoirs désenchantés de l’offre en ligne », dus sans doute à un déficit de médiation. En revanche, les actions musicales, créatrices de rencontres et de dynamiques nouvelles, ont amené des retours très positifs.

Agnès Rouveyrol a exposé les actions développées au sein du service Livre et Lecture du département du Vaucluse : accompagnement autour de l’offre documentaire et numérique pour mieux intégrer la musique au sein de la lecture publique ; desserte du réseau en Musibus ; des expositions, des valises, une animation du portail en ligne (coups de cœur), des animations ponctuelles et locales et des formations thématiques pour les personnels. L’offre musicale a apporté un nouveau public, mais Agnès Rouveyrol regrette que la musique ait quasiment disparu dans le nouveau projet du service.

Fabrice Carrière a présenté le dispositif « Normandie Bib’live : des concerts en médiathèque », intégré aux actions culturelles de la médiathèque départementale de l’Eure pour encourager le développement d’une offre culturelle autour des collections, valoriser la musique en réponse à la baisse des prêts et supporter la création artistique locale. Ce dispositif se déploie en deux volets : organisation de concerts pour le public en bibliothèques et valorisation d’un fonds d’artistes de la scène normande, identifié dans les collections de la médiathèque.

La Sonothèque Normandie, partenaire, valorise les œuvres discographiques de la scène actuelle et passée, propose une écoute en ligne gratuite d’artistes de la région (sur une borne d’écoute), « patrimonialise » les musiques actuelles et prend en charge les contrats d’artistes pour les concerts. L’organisation des concerts se fait sous forme d’appels à projets à destination des bibliothèques (cahier des charges : genres diversifiés, rencontres, lieux adaptés, sessions acoustiques). En 2017, six concerts ont rassemblé un public de 290 personnes. Pour 2019, quinze bibliothèques sont susceptibles d’accueillir des concerts.

Cyrille Michaud a exposé le schéma du réseau des bibliothèques musicales de Lyon, dont l’importance implique disparité des fonds, des moyens, des publics et des politiques documentaires. Les dispositifs mis en place par les bibliothécaires s’adaptent aux publics (grands écarts entre les quartiers). Parmi les axes principaux de la politique culturelle : la valorisation et la médiation, notamment autour du numérique. Un organigramme complexe ne facilite pas la transversalité avec les réseaux et limite la coordination : la BML vient en appui des 40 bibliothèques partenaires sur le territoire métropolitain et intervient sur le réseau musical lyonnais. Les actions du service musical de la BML s’articulent autour des fonds (mémoire des musiques lyonnaises avec les missions suivantes : conserver, documenter, faire découvrir), des artistes locaux (show cases, festival) et des partenaires (disquaires, salles, radios). Une intégration du fonds « Mémoire des musiques lyonnaises » est en projet dans Numelyo, ainsi qu’une exposition, « Lyon Capitale du rock, 1978-1983 ». Cyrille Michaud insiste sur la nécessité de la médiation autour de l’offre numérique et sur la pédagogie nécessaire auprès des élus.

Iris Mattrat, en introduction de la quatrième table ronde, « La bibliothèque musicale et ses partenaires », questionnait le besoin de partenariat.

La médiathèque Quai des mondes (Mondeville), présentée par Anne Faruel, dispose de beaux atouts : un auditorium bien équipé, un budget correct, le soutien d’un puissant média local et des régisseurs des scènes partenaires. La médiathèque a développé des partenariats « naturels » (école de musique, Orchestre de Normandie) « par connaissance » : une politique plus spontanée que réfléchie. Les répétitions ouvertes de l’Orchestre de Normandie sont le lundi, jour de fermeture de la médiathèque ; les Impromptus et Sornettes musicales – où se produisent les élèves de l’école de musique – ou encore le festival Punk ont l’avantage de drainer des publics différents, mais qui coexistent sans vraiment se rencontrer. Quels projets construire avec ces partenaires ?

Adrien Philippe et Christophe Laisné ont présenté l’association Tft Label / Radar Musique dont la vocation est de donner de la visibilité à des artistes normands en devenir : représentation d’artistes, production de disques labélisés TFT, aide à la diffusion d’artistes autoproduits et de labels partenaires, organisation de concerts, publication d’un fanzine, Webradio.

Le service Action culturelle du réseau des bibliothèques de Caen – présenté par Sophie Macé – est une cellule transversale organisée pour l’accompagnement et le soutien méthodologique aux projets, le développement de nouvelles formes d’actions avec des partenaires hors du champ culturel. Il reçoit de nombreuses sollicitations depuis l’ouverture de la bibliothèque Alexis de Tocqueville. La programmation musicale s’inscrit dans l’agenda culturel ; la multiplication des partenaires permet la diversification des styles musicaux, le croisement des approches (poésie, littérature, musique) et des types d’actions : prestation de services avec TFT, concerts pédagogiques avec le Cargö (projet conçu avec atelier, concert, projection, conférence, en vue de mélanger différents publics et de valoriser les collections).

Sylvie Morin, responsable de l’action culturelle au Cargö, a exposé le dispositif d’accompagnement des groupes amateurs : un Tremplin, un centre d’information avec une offre de formation (gestion de projets culturels, technique : sonorisation, MAO, réglage d’instruments), des studios de répétition et d’enregistrement.

Jean-Claude Lemenuel a résumé les quatre missions du FAR, agence musicale régionale : la formation, l’accompagnement, la ressource et, en transversalité, une mission sur le développement des pratiques et des publics. Les bibliothèques peuvent solliciter le FAR pour l’organisation de conférences en lien avec leur programmation, des formations in situ pour renforcer l’identité musicale de l’établissement et l’aide à un travail sur la valorisation des fonds. L’agence propose des journées d’information (outils législatifs et conseils pour l’organisation d’événements). La Gazette du FAR, diffusée dans les médiathèques, peut valoriser leurs actions. Pour connaître les agences régionales ressources, il renvoie à la Plate-Forme interrégionale d’échange et de coopération pour le développement culturel.

« La musique n’est pas soluble dans le numérique » 3

En guise de conclusion, Nicolas Beudon relève que la musique est un prisme qui permet d’envisager des sujets transversaux : les questions débattues lors de ces journées vont au-delà du champ de la musique. L’« interdiction » édictée par Nicolas Blondeau (plusieurs fois citée avec humour par les intervenants) d’utiliser le mot « innovation » a été un appui pour s’autoriser à utiliser le mot « pertinence », plus nuancé, qui, dans un contexte d’une dématérialisation souvent éloignée de la réalité de terrain de la plupart des collègues, permet mieux de tâtonner, de conserver l’ancien quand il est approprié, de revenir en arrière, de faire des propositions originales : « Il n’y a pas de choix binaire. »

La notion d’expérimentation est ressortie de différentes interventions : il n’y a pas d’offre miracle. Le CD décline mais est toujours utilisé ; le numérique, tant fantasmé, ne se substitue pas au CD. On mélange les genres, avec les moyens du bord, on bricole. Les projets doivent se définir à un moment donné, dans un lieu donné, avec des personnes données.

La re-matérialisation a souvent été évoquée lors les ateliers, avec notamment la mise en valeur des supports de la musique (coffrets de CD, tables de présentation, instruments…). Faire de la musique en bibliothèque marque un retour à une certaine matérialité : celle vécue par les usagers, les bibliothécaires, avec un retour de l’importance du ressenti, du sensoriel.

Enfin, l’importance des pratiques amateurs est une fin en soi qui fait sens dans les médiathèques : « Faire de la place pour les amateurs, considérés comme une collection à part entière. »

Nicolas Blondeau a clôturé ces journées, en donnant rendez-vous à Lyon pour le 19e Congrès en 2019, en partenariat avec la Bibliothèque municipale de Lyon et l’Enssib. L’occasion également de fêter les 30 ans de l’Association.

  1.  (retour)↑  Journée d’études organisée par l’ACIM, en partenariat avec le réseau des bibliothèques de Caen la Mer, le groupe français de l’AIBM, le groupe ABF Normandie. Avec la participation de Normandie Livre et Lecture, de la Bibliothèque départementale du Calvados, du FAR et avec le soutien du ministère de la Culture.
  2.  (retour)↑  Philippe Le Guern, En quête de musique : questions de méthode à l’ère de la numérimorphose, Hermann, 2017.
  3.  (retour)↑  Merci à Élizabeth Giuliani pour sa formule.