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« Bibliothèque et numérique : vers des espaces de création et de participation »

Journée d’étude ABF Bretagne – 26/11/2015 – Rennes

Perrine Helly

Brigitte Pennec

Après un premier rassemblement autour d'un café, la journée a commencé de façon dynamique, puisque les participants étaient invités directement à participer à un atelier ou à visiter les stands sur le forum.

La main à la pâte :
des ateliers pour démystifier la « technique »

L'atelier « grainothèque » a fait prendre conscience aux sceptiques de l'intérêt pour les bibliothèques de s'emparer de la problématique des semences, qui n'est qu'un des aspects de la lutte pour le partage et la réappropriation par les citoyens de ce qu'on appelle les « biens communs ».

L'atelier Bibliobox a permis aux participants de vérifier que le dispositif était tout à fait abordable d'un point de vue technique, et d'approfondir les conditions de réalisation d'un projet lié à la Bibliobox : il faut prévoir un argumentaire pour convaincre les élus d'acheter le matériel, proposer un projet qui s'appuie sur la/une communauté d'usagers, prévoir une scénographie, une signalétique et une animation sous forme d'atelier si l'on veut que le public s'empare de l'outil.

L'atelier MakeyMakey s'est déroulé en deux temps : d'abord, la présentation du kit qui contient une carte de commandes simples (clic gauche de souris, touches simples du clavier) et des câbles de différentes couleurs que l'on peut relier à des objets de son choix (citrons, bananes, pâte à modeler...) Ensuite, l'animatrice a montré aux participants où ils pouvaient se procurer en ligne l'émulateur et les jeux « rétro » (Pacman entre autres), suffisamment simples dans leur conception pour être compatibles avec le système et qui ne nécessitent pas l'acquisition d'une licence.

Un dispositif Makey Makey en bibliothèque publique a l'atout de pouvoir être monté de façon assez rapide et simple (en proposant un jeu préparé par les bibliothécaires dans un espace assez visible) car il attire assez naturellement les plus jeunes, intéressés par l'aspect ludique, et leurs parents qui redécouvrent des jeux de leur enfance.

Quant à la 3D, que ce soit Minecraft ou l'imprimante 3D, elle permet d'impliquer les usagers en leur montrant de façon très concrète que la bibliothèque change et que l'image qu'ils en avaient est peut-être à réactualiser.

Le forum : un regard sur l'innovation en action

En parallèle aux ateliers, une heure était laissée aux participants pour déambuler dans le « forum », composé de 8 stands présentant des réalisations innovantes diverses. On regrette que ce créneau horaire ait été trop bref pour prendre connaissance de l'ensemble des dispositifs présentés.

On retiendra de ce forum l'activité militante des bibliothécaires de l'INSA de Rennes en faveur de la protection des données personnelles, avec des « cryptoparty » qui permettent de changer le regard des étudiants sur la bibliothèque mais aussi de faire évoluer la DSI de l'établissement en l'impliquant dans le projet (première bataille : leur demander d'ouvrir temporairement un réseau de wifi anonyme pour la tenue de l'événement..).

Par ailleurs, d'autres projets ont permis de montrer des exemples concrets de projets menés avec les techniques présentées en atelier :

- La « machine à poèmes » a été réalisée en une semaine à la médiathèque d'Ercé-près-Liffré (35) par 16 élèves de primaire avec Makey Makey et Scratch.

- Le Rheucraft est une façon de mobiliser les jeunes utilisateurs de la commune autour de bâtiments fantasmés et réalisés en collaboration avec le jeu de construction virtuelle Minecraft. La bibliothèque permet alors de tisser du lien social autour des créations réalisées par ses usagers : les bibliothécaires du Rheu ont ainsi remarqué que même en laissant à leurs habitués la possibilité de jouer à distance à Rheucraft, ceux-ci continuaient à se déplacer pour jouer majoritairement sur place avec d'autres joueurs.

- La valise « Cultures numériques » créée par la Médiathèque départementale d'Ille-et-Vilaine et qui comprend différents robots (Mindstorms lego, Dash and dot etc...) mais aussi les dispositifs « Makey Makey » et « touch boards » (ou barres conductives). Certains de ces robots peuvent être télécommandés à distance en bluetooth grâce à une application Ipad. Cette valise peut être prêtée aux bibliothèques du département sur projet.

- La machine à lire/Echooo : ce dispositif a été créé par la Bibliothèque de Mondevert (35). Grâce à un petit dispositif « Makey Makey » relié à un ordinateur portable et à une sélection de livres, il est possible d'en écouter des extraits. Cette installation peut permettre de valoriser des espaces jeunes.

- L’expérience d’un réseau d’échange de compétences avec Steeple avec qui la médiathèque municipale de Languidic (35) a monté un partenariat

La synthèse : numérique & bibliothèques dans le territoire

Xavier Galaup, directeur de la BDP du Haut-Rhin et grand témoin de la journée, a proposé en début d'après-midi une synthèse de ces ateliers et mise en perspective les découvertes de la matinée en relation avec les missions structurantes des bibliothèques sur leur territoire.

La question de l'avenir des bibliothèques est envisagée avec l'élargissement exponentiel de leur offre: grainothèques, jeux de construction virtuelle, imprimantes 3D… « jusqu'où les bibliothèques sont-elles prêtes à aller pour exister ? » s'est interrogée une participante.

Xavier Galaup est parti de cette première impression que les bibliothèques se réinventent tous azimuts avant tout pour « faire moderne », et dans la logique qu'élargir leur offre leur permettra d'élargir également leurs publics. Il invite chaque établissement à se repositionner dans la logique globale de son territoire et à ne pas oublier que nous ne sommes pas les seuls dépositaires de l'action culturelle.

Cette première réflexion permettra de repenser les possibilités ouvertes dans le contexte particulier de chaque établissement : veut-on tout faire ? Répondre à tous les besoins de la collectivité ? Avec quel niveau de qualité ?

L'ouverture à des partenariats et l'inclusion du bibliothécaire dans une communauté appellent un changement de posture : le bibliothécaire, de prescripteur, devient un facilitateur, celui qui crée les conditions pour que les usagers s'emparent de la bibliothèque et de ses ressources.

Enfin, il rappelle que le fonctionnement d'internet, avec la notion d'échange de « pair à pair », est quelque part indissociable de la logique « pirate » et que cet ingrédient est nécessaire : l'interaction, l'échange doivent primer sur la validation et la bureaucratie. C'est ce type d'intelligence collective qu'il faut privilégier en faisant évoluer nos organisations.

Remix vs. Lab : des démarches innovantes en bibliothèques

Eric Pichard, de la médiathèque des Champs Libres, a conclu la journée par un panorama d'initiatives diverses et novatrices conduites par des bibliothèques.Il nous invite à considérer cette promenade et les réflexions qui l'accompagnent comme un champ de possibles et non pas comme de la prospective ; en effet, qui pouvait prévoir en 2009 les « remix », « fablab » et autres « bibliobox » ? On ne sait donc pas de quel bois 2020 sera fait, et il s'agit pour les bibliothèques de se donner les moyens de réagir et de s'adapter dans un monde en constante évolution, afin de faire partie de la première vague des innovations et non pas des raccrocheurs tardifs…

On découvre ainsi tout une « bibliodiversité » avec des réalisations suprenantes : ateliers d'écriture et d'auto-publication (avec la machine « bookspresso »), potagers attenants à la bibliothèque et partiellement gérés et animés par les bibliothécaires, espaces « bidouille » laissés à la libre disposition des enfants de quartiers défavorisés...

Ces espaces de co-création s'inscrivent dans la durée, contrairement au concept de Biblioremix qui est plus événementiel. Inspiré des « hack-a-thon » et des « museomix », le Biblioremix rassemble sur un temps très court (1 à 2 journées) des bibliothécaires, des usagers et des experts « facilitateurs », le biblioremix vise à produire très rapidement un prototype visant à illustrer une idée de service ou d'amélioration du service de la bibliothèque. Le prototype pourra alors être repris par la communauté et amélioré lors de futures itérations, ou bien mis à disposition des décideurs de la bibliothèque pour monter un projet plus approfondi.

Les biblioremix et autres bibliomix se multiplient actuellement dans toute la France.

Quels sont les points communs entre Fablabs et biblioremix ? Eric Pichard en en cite quatre.

- Le pair à pair et la pérennité du réseau, qui permettent à une communauté de capitaliser la connaissance et l'information produites et de les redistribuer rapidement.

- La capacitation et « empowerment » : les amateurs experts (« proam ») se multiplient.

- La « do-ocratie » ou le pouvoir du faire : la bibliothèque met à disposition les ressources matérielles et humaines pour réaliser une idée; les décisions sont prises au coup par coup et l'erreur est autorisée.

- La remise en cause des monopoles et positions dominantes des experts d'autrefois : les bibliothécaires aussi peuvent se retrouver en risque d' « uberisation ».

Il termine en présentant un outil utile pour intégrer son établissement dans le cycle de diffusion exigeant et toujours plus rapide de l'innovation : le « design thinking ». Cette méthode, inspirée du milieu des designers web qui se sont dotés dans les années 1990 d'outils pour développer leurs sites web comme des espaces virtuels fluides et adaptés aux usagers, a trouvé son expression avec la sortie d'un guide «  design thinking for librarians » ,qui sera traduit prochainement en français.