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Un exemple de « toilette humaniste » d’un vieil outil

Les Auctores octo morales de Jean Régnier et Thibaud Payen (1538)

Martine Furno

Ma contribution se propose d’examiner la fabrication, les contenus et la signification d’un livre publié à Lyon en 1538, dernier item d’une longue série d’impressions dont la première remonte à 1485. Le cas des Auctores octo morales me semble en effet très représentatif d’une production lyonnaise scolaire, présente dès l’incunable, et de la manière dont les imprimeurs du XVIe siècle ont cherché à l’adapter aux attentes nouvelles d’un public désormais formé aux grandes idées humanistes.

Les Auctores octo morales : présentation du recueil

Les Auctores octo sont un recueil, comme leur nom l’indique, de huit textes, recueil dont le titre et la forme ont pu changer d’un éditeur à l’autre et d’une époque à l’autre : Auctores octo, Auctores octo morales, Auctores (octo) cum glosa en sont les différentes variantes possibles.

Les textes ainsi réunis sont huit textes versifiés, à visée scolaire, destinés à faire apprendre le latin et la morale aux enfants par la mémorisation, puisque ces textes devaient être sus par cœur, apprentissage favorisé par la forme métrique. Ces textes sont des poèmes médiévaux, ou antiques dans une de leur forme médiévale, tous à forte consonance pédagogique ou religieuse. La plupart ont circulé de façon indépendante, avant d’être rassemblés en recueil, à l’époque du manuscrit ; certains, principalement les Distica Catonis et les Fables d’Ésope, continuent évidemment d’avoir une vie propre parallèle au recueil, à l’époque de l’imprimé. Ces huit textes sont les suivants :

  • Les Distica Catonis, collection de préceptes moraux en vers, attribuée à Caton l’Ancien, qui certainement n’a rien à y voir ; on trouve aussi parfois ce texte sous le titre de Dicta Catonis. Vraisemblablement tardo-antique, ce recueil de sentences versifiées en distiques commence à circuler peut-être dès le IIIe siècle après Jésus-Christ. Il a connu un immense succès, est resté un texte inusable pour l’école tout le long du Moyen Age, et un des textes les plus imprimés, avec les Fables d’Ésope, aux premiers temps du livre scolaire.
  • Le Faceti libellus, ou le Facetus, texte peut-être du XIIe siècle, très en vogue encore dans toute la fin du XVe siècle, est un texte sur l’art de se tenir à table ; ce texte est parfois doublé d’un commentaire intitulé Phagifacetus, de Reiner l’Allemand, ou Reinerius Alemanus, à ne pas confondre avec Jean Régnier dont nous parlerons plus bas.
  • Le Theodoli libellus, parfois intitulé Theodoli Ecloga. Attribué à Théodule, évêque de Syrie au Ve siècle, ou à Gottschalk d’Orbais (IXe siècle), ce poème en hexamètres léonins de 344 vers met en scène un berger païen et une bergère chrétienne qui disputent, dans le contexte de l’éclogue, des vertus et des vices de l’une et l’autre religion.
  • Le De contemptu mundi attribué en général à Bernard de Cluny, parfois à Bernard de Clairvaux, est un texte du XIIe siècle en hexamètres dactyliques sur le mépris des plaisirs et du monde.
  • Les Floreti dogmata, préceptes moraux versifiés, sont attribués aussi à Bernard de Cluny.
  • Les Alani parabolae d’Alain de Lille (XIIe siècle) sont un recueil de paraboles en forme hexamétrique, à forte valeur exégétique et morale.
  • Les Fabellae Esopii sont données dans les Auctores octo en général dans leur version dite de Gautier l’Anglais, adaptée de l’original au XIIe siècle.
  • Enfin, les Thobiae gesta de Matthieu de Vendôme sont un épylion à sujet biblique, en hexamètres dactyliques, du XIIIe siècle.

La version standardisée du recueil, pour le contenu et l’ordre des textes, s’établit à la fin du XVe siècle avec les premiers imprimés. Comme souvent dans ce domaine par rapport au manuscrit, l’impression a un effet de fixation : les incunables répètent la forme du premier d’entre eux et figent un recueil qui jusqu’alors avait des marges de variation possible. Ce recueil est très représentatif des besoins pédagogiques de cette fin de XVe siècle : on verra que ces incunables ne sont pas des impressions humanistes, que les textes eux-mêmes ne relèvent pas de la pédagogie humaniste docte, mais le manque d’autres textes pédagogiques modernes pour le latin leur permet de jouir encore d’une grande diffusion.

Les Auctores octo et l’imprimé : la période incunable

Les impressions incunables de ce recueil sont une spécialité lyonnaise : Lyon est en effet quasiment le seul lieu d’impression de ce livre à cette période, à l’exception de deux impressions angoûmoises et d’une à Pampelune ; toutes les autres qu’on peut dater sont lyonnaises, soit quinze éditions répertoriées entre 1485 et 1498, ce qui représente un franc succès de librairie 1. Le rythme se ralentit par la suite : on ne trouve que six éditions de 1504 à 1511, puis les reprises par Thibaud Payen en 1534, 1536 et 1538 sur lesquelles je reviendrai.

Ces éditions incunables, en caractères gothiques, sont le plus souvent des Auctores octo cum glosa, ce qui n’est pas le cas par exemple des éditions angoûmoises de 1491 et 1492 qui présentent le texte seul. La glose, anonyme pour ce que j’ai pu en lire, est parfois autour du texte, selon les habitudes du manuscrit médiéval, parfois elle suit le texte au fur et à mesure, en le fragmentant et en empêchant sa lecture continue. Il s’agit là d’éditions d’étude pour les maîtres ou les clercs, puisque certains passages de ces gloses s’adressent directement ad praelatos qui aliorum extirpant vitia, « aux prélats qui extirpent les vices d’autrui » 2. Ces gloses sont souvent illustrées, en conséquence, de passages bibliques ou des Pères de l’Eglise. D’autres textes peuvent être joints en compléments aux textes de base du recueil : le Phagifacetus évoqué plus haut, mais aussi des poèmes de louange des auteurs, ou des poèmes sur les manières de table notamment.

Les éditions du XVIe siècle et le travail de Thibaud Payen

La forme du livre : un livre humaniste

Les premières éditions du XVIe siècle, même si la typographie s’aère et devient plus aisée, ne touchent guère au fond : le recueil reste le même, accompagné des mêmes gloses s’il y en a.

Thibaud Payen propose une première édition du recueil en 1534 ; je n’en ai vu que des descriptions, mais il s‘agit d’une édition à laquelle Jean Régnier n’a pas participé. Le titre, légèrement nouveau par rapport aux habitudes antérieures, fait déjà mention d’un travail philologique avec des « auteurs… récemment revus », auctores… postremo recogniti, même s’il est difficile de mesurer exactement quelle peut être cette révision. Il signale aussi deux appendices qui seront encore dans l’édition de 1538 :

  • Autores || Poetae octo cum Appendici||bus, nonnullorumque opusculorum locuple||tatione postremo recogniti. Scilicet. || Catonis disticha Moralia. || Faceti libellus. || Theoduli duellum. || De contemptu mundi || Floreti dogmata || Alani Parabole || Esopi fabelle || Thobie gesta || Accessit etiam punctorum formula, || cum regimine in mense seruando || M.D.XXXIIII.

Le livre est repris en 1536 avec le même titre, en attendant que l’édition de 1538 offre les dernières nouveautés (fig.1) :

  • AVTORES || OCTO MORALES, || cum appendicibus non contemnendis || quorum nomina ex sequenti disces || pagella, emaculatiores quam ante-||hac prodierint unquam, Ioannis || Raenerii opera. || Hic accessit punctorum formula, cum|| Regimine in mensa seruando. || [marque] || LVGDVNI, || Apud Theobaldum Paganum, || [filet] || M. D. XXXVIII.

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Fig. 1. Auctores octo morales, Lyon, Thibaut Payen, 1538. BDL, cote 1R 35513. Page de titre. © Bibliothèque Diderot de Lyon

Le nouveau titre se veut résolument moderne et humaniste : contenu publicitaire fort et souligné (« avec des appendices qui ne sont pas à mépriser, mieux corrigés qu’ils n’ont jamais été », appendicibus non contemnendis, emaculatiores quan antehac prodierint unquam), et présence d’un curateur humaniste connu au moins dans la communauté lyonnaise, Jean Régnier. Ce titre reflète en effet la volonté de Payen de faire basculer ce livre ancien et médiéval dans l’univers scolaire humaniste moderne. On verra qu’on ne peut pas dire du travail de Payen qu’il est d’une grande scientificité, mais il présente toutes les caractéristiques capables de rendre le livre vendable à un lectorat scolaire de 1538, pour lequel le type de l’incunable est désormais périmé et hors de mode. La preuve en est Gargantua lui-même : lorsque Rabelais évoque les apprentissages hors d’âge et ridicules de son géant, il y évoque les Auctores octo : « puis luy leut le Donat le Facet, le Theodolet, et Alanus in parabolis: et y feut treze ans et six moys » 3. D’évidence, pour continuer de vendre les Auctores à d’autres que Gargantua, il faut changer au moins l’apparence des choses, à défaut d’en changer véritablement le fond.

La forme du livre poursuit cette réfection dans le même sens que le titre : la typographie est aérée, le texte en italiques, ponctuellement accompagné de quelques marginalia qui ne sont pas que des rubriques, mais aussi des annotations légères. Le texte est entouré d’éléments complémentaires et valorisants : au début, comme une sorte d’escorte aux Distica Catonis, un poème de Foucaud Monier, régent de l’université de Poitiers qui a publié les Auctores octo à Angoulême en 1491 et 1492 ; à la fin, un De modo punctuandi, suivi d’un colophon, et sur le verso de ce dernier feuillet, un Regimen mensae honorabile, héritage de certains poèmes sur la convenance à table que l’on trouve accompagnant le Facetus, comme on l’a dit. Cette dernière page est d’ailleurs habilement présentée comme une sorte de planche regroupant visuellement dans un même schéma les différents préceptes (fig.2).

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Fig. 2. Auctores octo morales, Lyon, Thibaut Payen, 1538. BDL, cote 1R 35513. Page [248]. © Bilbiothèque Diderot de Lyon

Le De modo punctuandi, présent dès l’édition de 1534, veut lui aussi porter un air de modernité. Ce texte anonyme est en fait la reprise du chapitre trente-sept de l’Artis oratoriae epitoma de Jacobus Publicius, publié pour la première fois à Venise en 1482 4. Traité de rhétorique et de mémoire, le texte de Publicius a beaucoup circulé dans le dernier quart du XVe siècle, et on peut le dire à la fois moderne en 1480, et déjà archaïque dans les années 1535, comme en témoigne l’extrait utilisé par Régnier. Il s’agit en effet de décrire brièvement les « huit sortes génériques de ponctuation selon les modernes », octo punctuandi species generales secundum modernos, mais ces moderni ont bien une saveur d’autrefois. L’exemple final de periodus est une phrase oratoire de facture classique mais qui évoque un dominum abbatem nostrum, et on rencontre aussi dans ce texte un dictator à l’intonation duquel il faut être attentif pour transcrire la ponctuation correcte, et qui évoque les scriptoria du manuscrit médiéval autant que les salles de classe 5. Enfin, la rédaction même comprend un certain nombre d’expressions grammaticales de facture encore médiévale plutôt qu’émanant d’un latin humaniste imitatif du classicisme antique.

Du point de vue typographique, ces deux pages sont d’ailleurs composées sans grand soin : plusieurs fois le texte est quasi incompréhensible dans la mesure où manquent les signes propres de la ponctuation qui devaient illustrer la liste, et le lecteur se trouve parfois devant des phrases obscures : « Virgula recta cuius loco nunc punctum exiguum facimus sic fit inter substantiua uel adiectiua » 6, où le sic n’est suivi de rien, ni surtout du signe de ponctuation qui aurait permis d’illustrer le propos. De même si la première phrase qui explique que la uirgula iacens, c’est-à-dire le tiret dans notre typographie contemporaine, ou double tiret dans la typographie de Payen, « doit toujours se situer à la fin de la ligne où le mot n’est pas entier », semper debet in fine lineae situari ubi dictio non sit completa (ce qui est le cas in situ, puisque si-tuari est effectivement coupé en fin de ligne), dans la suite du discours et à la fin de la ligne suivante, Vnde illud animadver||tendum est ne syllaba unquam diuidatur in fine lineae 7, animadvertendum qui est coupé en fin de ligne ne comporte pas de uirgula iacens

Ce manque de soin n’est d’ailleurs pas le propre de ces deux dernières pages : le texte comporte un certain nombre de coquilles, et il semble bien qu’il confirme par là son statut de petit livre scolaire vite fait, pour être vite vendu…

La garantie humaniste : la personne de Jean Régnier

Pour donner cependant à tout cela la touche humaniste la plus certaine, il fallait trouver un garant et une autorité incontestable et contemporaine, fournie par la personne du curateur du texte, Jean Régnier, nom estimé dans le milieu de l’imprimerie savante lyonnaise à cette période.

Ioannnes Raenerius, ou Jean Régnier, ou encore Raynier, est un médecin, éditeur et commentateur de textes. Né en Anjou, il est actif surtout à Lyon entre 1532 et 1568, où il est aussi lié au milieu poétique et aux éditions de Gryphe, puisque on retrouve sa trace dans des échanges épigrammatiques avec Nicolas Bourbon et Gilbert Ducher, poètes édités par Gryphe en 1538. Gesner lui attribue dans le catalogue consacré à S. Gryphe dans les préfaces des Pandectes, un Βραχύπλεγμα, ou « bref discours », « sur les louanges de Raymond Pellisson et de la ville de Chambéry », dont je n’ai pas retrouvé de mention plus explicite ni plus précise 8.

Il a aussi écrit des poèmes, dont une églogue intitulée Mopsi et Nisae Lugdunensium μεταμορφώσεις. Ce poème semble avoir eu au moins deux éditions : l’une dans un groupement de bucoliques d’auteurs divers, Bucolicorum Autores XXXVIII, Basel, Oporin, 1546 9, et une édition antérieure, dans ce qui est peut-être un recueil de poèmes de Régnier, dont un exemplaire est répertorié dans le catalogue de la British Library : Mopsi et Nisae Lugdunensium μεταμορφώσεις, etc., in-4°, Lugduni, 1541 10. Il a aussi participé à un recueil de poèmes pour François I, publié par Étienne Dolet en 1539.

Outre cette activité d’auteur, Jean Régnier a eu aussi une activité d’éditeur de textes, toujours à Lyon, particulièrement entre 1538 et 1540. En dehors des Auctores octo, il a procuré une édition des Elegantiae de Valla pour Gryphe, une édition des Elegantiae de Dati pour Dolet, une édition des Distica d’Andrelini pour Payen, et des classiques latins ou grecs comme Aristote, Boèce, Ovide et Suétone. Enfin, il a participé à des éditions de textes médicaux, qui sont sa discipline d’origine 11.

Le travail effectué sur les Auctores octo consiste à leur donner, par une annotation ponctuelle, une touche humaniste, sans gommer leur fonction moralisante et scolaire. Dans l’idée, ni Régnier ni son imprimeur n’innovent véritablement : ils suivent l’exemple de quelques grands humanistes des années 1490-1510 qui ont déjà utilisé certains de ces classiques de la morale scolaire. En effet en 1492, alors qu’il est enseignant à Lyon, Josse Bade fait paraître chez Trechsel des Siluae morales, recueil comportant douze livres composés pour les neuf premiers d’extraits d’auteurs divers, classiques et modernes, comme Horace ou Battista Spagnoli, sur des sujets moraux. Le dixième livre est un De moribus mensarum de Sulpizio Verulani, version moderne d’une tradition pédagogique ancienne, et les deux derniers livres sont une édition commentée des Moralia Catonis et des Parabolae Alani, deux des huit Auctores morales traditionnels. De même, Érasme s’est intéressé aux Distica Catonis qu’il a édités et commentés : Josse Bade devenu imprimeur donnera quelques éditions des Distica avec les deux séries de scholies, celles d’Érasme et les siennes. C’est peut-être d’ailleurs d’une édition de ce type dont Régnier s’est servi pour cette partie du texte 12.

La touche humaniste et savante passe d’abord par quelques remarques qui font allusion à l’établissement du texte et au travail philologique, souvent sur le modèle des deux maîtres dont j’ai parlé. Ainsi, dans les notes des Distica Catonis, Jean Régnier signale quelques passages où il a fait des choix de texte et les conforte par ces garants, ou en propose d’autres : en I, 5 [p. 4], il imprime Si vitam inspicias, hominum, si denique mores et commente Ascensius hanc huius carminis dicit ueram esse electionem, où je pense qu’il faut probablement lire lectionem, en corrigeant une des nombreuses coquilles de l’impression 13. De même, en III, 20 [p.10], il imprime Coniugis irate, noli tu uerba timere, mais précise en note Erasmus legendum arbitratur, Coniugis irate nolito uerba timere, sans toutefois expliquer son propre choix qui est la reprise du texte traditionnel 14. Par ces remarques de type philologique, Régnier veut donc montrer que ce texte a été traité comme un « grand texte » si je puis dire, et que l’édition présente toute garantie de sérieux et de fiabilité.

Plus généralement, quand elle ne comporte pas d’éléments philologiques, l’annotation peut présenter plusieurs visages. Elle peut consister d’abord en éclaircissements du texte principal, qu’il s’agisse d’expliquer des allusions mythologiques ou des expressions obscures : par exemple potest praebere lyaeum glosé en marge par lyaeum id est vinum (lyaeum, c’est-à-dire « vin »), ou les deux vers Non ita subuectos rota surgens tollit in altum / quin urgens illos rursus ad ima ferat 15 glosés en marge par Fortuna instabilis 16. D’autres notes se résument à des préceptes moralisants visant l’élève et l’école, comme ce commentaire qui rappelle la nécessité de l’assiduité et de la stabilité : au vers d’Alain de Lille Non discunt quicumque scholas ubicumque frequentant, Régnier ajoute en marge Nota : scholasticus debet esse constans 17. Parfois la moralisation est plus générale : toujours en commentaire à Alain de Lille, la sententia In medio iacet uirtus vient doubler le vers Est uia qua virtus inter utrunque docet 18.

Mais la marque la plus clairement humaniste dans ces notes est la présence, comme illustrations ou références explicatives, de citations classiques qui remplacent les citations bibliques ou des Pères que l’on trouvait dans la glose encore médiévale des incunables (fig.3). Ces références classiques sont cependant très hétérogènes, à tout point de vue : Régnier cite les auteurs les mieux répandus dans le milieu scolaire, comme Virgile, Cicéron, Horace, Salluste ou Ovide, mais aussi les plus difficiles et moins connus, comme Perse. Il peut citer aussi bien des passages à la notoriété éculée, comme le Concordia paruae res crescunt, discordia autem maximae labuntur de Salluste qui est une sententia extrêmement courante dans tout le Moyen Âge, même si elle n’est pas toujours rendue à Salluste 19, et des passages moins fréquentés de Cicéron ou Virgile. De même, ces passages peuvent être cités très précisément, comme celui de Perse en II, 27 20, ou de manière beaucoup plus approximative. Régnier par exemple donne à Horace la paternité du célèbre mens sana in corpore sano qui revient à Juvénal 21, et déclare d’Ovide un texte inexact, qui est la conflagration d’un passage d’Ovide et d’un passage d’Horace 22. Ces approximations ne sont pas à proprement parler étonnantes dans un ouvrage de cette sorte, bien d’autres en comportent tout autant : mais en les replaçant dans leur contexte, celui de l’impression rapide d’un petit ouvrage pédagogique, on peut aussi faire crédit du meilleur à Jean Régnier. Sans pouvoir le démontrer absolument, je pense en effet qu’il est probable que les citations les plus érudites, les moins connues, qui sont aussi souvent les plus exactes, proviennent de ses connaissances et de ses travaux personnels ; les autres, passées presque en proverbes, ont pu être rassemblées avec plus de hâte, ou peut-être par d’autres, moins qualifiés et moins soigneux. Rien ne dit effectivement que Régnier, qui a déjà de nombreuses autres activités, a tout contrôlé de cette petite édition ; il est clair en tout cas qu’il n’a pas tout relu ou vérifié…

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Fig. 3. Auctores octo morales, Lyon, Thibaut Payen, 1538. BDL, cote 1R 35513. Pages 114 et 115. © Bibliothèque Diderot de Lyon

Conclusion

Nous avons avec ce livre un exemple très caractéristique de la manière dont le mouvement humaniste peut toucher un large public, même de façon marginale. La réfection même du livre telle que Payen l’a voulue pour différencier son impression de celles des incunables montre qu’il y avait, y compris à ce niveau élémentaire, un public prêt à acheter des manuels, et désireux d’en avoir de modernes et conformes aux nouvelles idées 23. La vente même de ce livre contenant des textes pour certains célèbres mais non classiques (vente avérée puisque l’édition de 1538 est la troisième chez le même imprimeur) prouve cependant qu’il faudra encore un peu de temps avant que le mouvement humaniste soit réellement ancré dans la pédagogie du latin. Cet habillage moderne d’un vieux mannequin montre bien toute la réputation et l’effet de mode dont jouit le mouvement humaniste, et toute la difficulté qu’il a encore, avant 1550, à sortir d’un univers savant pour se diffuser plus largement vers la classe bourgeoise et commerçante. Celle-ci pourtant ne demande apparemment qu’à suivre l’élan de nouveauté, et si elle ne le fait que partiellement encore, c’est plus faute d’instruments adaptés que d’envie.

Annexe I – Petite bibliographie sur les Auctores octo

Avesani Rino, Quattro miscellanee medioevali e umanistiche : contributo alla tradizione del Geta, degli Auctores octo, dei Libri minores, e di altra letteratura scolastica medioevale, Roma, Ed. Di storia e letteratura, 1967 (Note e discussioni erudite, 11).

Boldrini Sandro, Uomini e bestie : le favole dell , testo latino con una traduzione-rifacimento del ’300 in volgare toscano, Lecce, Argo, 1994.

Clare Lucien, « Que savoir vivre c’est savoir manger : les contenances de tables prêchées aux moines par l’évêque de Mondoñedo », dans Les traités de savoir-vivre en Espagne et au Portugal du Moyen Age à nos jours, éd. Rose Duroux, Université de Clermont-Ferrand II. Centre de recherches sur les littératures modernes et contemporaines, Univ. Blaise-Pascal, 1995, p. 69-92.

Disticha Catonis, Recensuit et apparatu critico instruxit Marcus Boas, Opus post Marci Boas mortem edendum curavit Henricus Johannes Botschuyver, Amsterdam, North Holland Publisher, 1952.

Favreau Robert, « L’université de Poitiers et la société poitevine à la fin du Moyen Age », The Universities in the late Middle Ages, éd. Jozef Ijsewijn, Jacques Paquet, Leuven, Leuven University Press, 1978 (Mediaevalia Lovaniensia), p. 549-583.

Goldschmidt E. P., Medieval texts and their first appearance in print, New York, Biblo and Tannen, 1969.

Grendler Paul, Schooling in Renaissance Italy: Literacy and Learning, 1300-1600, Johns Hopkins University Press, 1989.

Pepin R., An English translation of Auctores octo, a medieval reader, Lewiston, Ny, Edwin Mellen Press, 1999.

Teodulo, Ecloga. Il canto della verità e della menzogna, éd. Francesco Mosetti Casaretto, Firenze, SISMEL-Edizioni del Galluzzo, 1997 (Per verba. Testi mediolatini con traduzione, 5).

Wadsworth James B., Lyons, 1473-1503: the beginnings of cosmopolitanism, Cambridge, Mass., Mediaeval Academy of America, 1962.

Witt Ronald G., In the footsteps of the ancients: the origins of humanism from Lovato to Bruni, Leyde et Boston, Brill, 2003.

Annexe II – liste des éditions datées et répertoriées des Auctores octo (1485 – 1538)

1485 Lyon Jean du Pré

1488 Lyon Jean du Pré

1489 Lyon Jean du Pré

1490 Lyon Johannes Fabri (Jean Faure dit Farfant), 23 janvier 1490 (Baudrier 10, p. 335)

1490 Lyon Jean du Pré

1491 Engolismae [Angoulême] s. t. [Petrus Alanus et Andreas Calvanus]

1492 Engolismae Petrus Alanus et Andreas Calvanus

1492 Lyon J. Lambillon

1492 Lyon Mathias Huss

1493 Lyon Perrin Le Masson et Jean Boniface

1494 Lyon Perrin Le Masson et Jean Boniface

1494 Lyon Mathias Huss

1495 Lyon Jean I de Vingle (Baudrier 12, p. 199)

1496 Lyon Pierre Mareschal

1496 – 1497 Lyon Pour Jean Baschelier et Pierre Bartelot (Baudrier 12, p. 10)

1498 Lyon Jean Ier de Vingle (Baudrier 12, p. 204)

1498 Lyon s. t.

1499 Pampilonae [Pampelune] Arnaldus de Brocar

1504 Lyon Jacques Arnoullet (Baudrier 10, p. 23)

1505 Lyon Pierre Mareschal (Baudrier 11, p. 509)

1507 Lyon Jean Ier de Vingle (Baudrier 12, p. 212)

1507 Lyon M. Boillon

1509 Lyon Thomas de Capane

1511 Lyon Jean de Platea.

1534 Lyon Thibaut Payen (Baudrier 4, p. 214)

1536 Lyon Thibaut Payen (Baudrier 4, p. 216)

1538 Lyon Thibaut Payen (Baudrier 4, p. 217)

1538 Lyon Mathieu Bonhomme (Baudrier 10, p. 206)

Annexe III – Bibliographie de Jean Régnier

Œuvre propre

Βραχύπλεγμα « sur les louanges de Raymond Pellisson et de la ville de Chambéry », ?

Poèmes édités dans Nicolas Bourbon, Nugarum libri octo, Lyon, Sébastien Gryphe, 1538 ; et dans G. Ducher, Epigrammaton libri duo, Lyon, Sébastien Gryphe, 1538.

Francisci Valesii Gallorum regis fata... (carmen) Stephano Doleto Gallo Aurelio autore (Carmina P. Toleti, J. Raenerii, G. Durandi, B. Anuli, A. Molinii, J. Bertrandi), Lyon, Étienne Dolet, 1539.

Mopsi et Nisae Lugdunensium μεταμορφώσεις, etc. Lugduni, Apud Ioannes Franciscum de Gabiano, 1541 ; réédité dans Bucolicorum Autores XXXVIII, Bâle, Oporin, 1546.

Activité d’éditeur – Textes pédagogiques et/ou sur la langue latine

Elegantiae de Valla

Laurentii Vallae Elegantiarum latinae linguae libri sex. De Reciprocatione sui et suus libellus eiusdem. Ad ueterum denuo codicum fidem ab Ioanne Raenerio emendata omnia

Lyon, Sébastien Gryphe, 1540

Lyon, Sébastien Gryphe, 1544

Lyon, Thibaut Payen, 1554

Lyon, Antoine Gryphe, 1566

Elegantiae de Agostino Dati (1428-1478)

Elegantiarum linguae latinae praecepta, cum familiari Jodici Clichtovei ac Jodoci Badii Ascensii enarratione, nunc demum ab Ioanne Raenerio diligenter recognita... [Ioannis Sulpitij Verulani De Epistolarum compositione..., Regulae elegantiarum Francisci Nigri, Guarini Veronensis Ars diphthongandi, De eadem Georgii Vallae compendium...]

Lyon, Étienne Dolet, 1539

Disticha de Publio Fausto Andrelini

Disticha Publii Fausti Andrelini,... cum Ioannis Mauri Constantiani enarrationnibus, quae ab Joanne Raenerio... recognita sunt omnia

Lyon, Thibaut Payen, 1539

Lyon, Thibaut Payen, 1549

Activité d’éditeur – Éditions de classiques latins ou grecs

Porphyre, Aristote (Boèce) (Textes grecs)

Quinque uocum, quae Praedicabilia Porphyrii ad Chrysaorium nuncupantur, liber, Boethio Seuerino interprete. Item Praedicamentorum Aristotelis liber, eodem Boethio interprete. Omnia... ad graeca exemplaria collata et breuibus marginalibus scholiis illustrata, idque opera Ioannis Raenerii

Paris, Christian Wechel, 1541

Aristote (Boèce)

Dialectica. Aristotelis philosophorum facilè principis libri omnes, qui quidem extant, ad Dialecticen spectantes, Boëthio Seuerino interprete, ad uetera exemplaria cum Latina, tum Graeca ab Ioanne Raenerio optima fide collati, diligenterque recogniti, cum scholijs ab eodem, studiosis profuturis, in margine adjectis

Lyon, Thibaut Payen pour Antoine Vincent, 1542

Lyon, Sébastien Gryphe, 1543

Lyon, Mathias Bonhomme pour les héritiers d’Antoine Vincent, [s.d.]

Ovide

Metamorphoseon hoc est transformationum, libri XV, cum breuissimis in singulas quasque fabulas Lathantii Placidii argumentis... Omnia... ab Ioanne Raenerio denuo recognita

Lyon, Michel Dubois pour Antoine Vincent, 1555

Anvers, Christophe Plantin, 1566

Lyon, Jean Marcorel pour Bartholomé Vincent, 1568

Lyon, Antoine Gryphe, 1585

Lyon, Pierre Rigaud, 1609

P. Ovidii Nasonis metamorphoseon libri XV, ab Andrea Naugerio castigati, et Vict. Giselini et Ioannis Raenerii scholiis illustrati

Rouen, David du Petit-Val, 1623

Rouen, la Veuve Robert de Rouves, 1633

Suétone (et autres auteurs associés)

XII. Caesares... [Ausonius poëta de XII. Caesaribus. Jo. Baptistae Egnatii de Romanis principibus. Scholia Joannis Raenerii. Ed. Erasmus]

Lyon, Etienne Dolet, 1541

Activité d’éditeur – Médecine

Mesue le jeune (médecin arabe)

De morbis internis curandis liber unus. D. Ioanne Mesue Damasceno medico authore. Accessit Petri Aponi... ad Mesuen cum uocum Arabicarum... interpretatione ab Ioanne Raenerio adiecta…

Lyon, Jean Frellon pour Antoine Vincent, 1551

Denis Fontanon

De Morborum internorum curatione libri quatuor, Dionysio Fontanono... Authore. Adiectis ab Ioanne Raenerio... morborum causis &signis, ex Galeno, Paulo Aegineta, atque Aetio desumptis

Lyon, Jean Frellon, 1549

Lyon, Jean Frellon, 1553

Lyon, Antoine Vincent, 1560

Symphorien Champier

Castigationes seu emendationes Pharmacopolarum... ac Arabum Medicorum... a ... Symphoriano Campegio in quatuor libros... diuisae... Quibus adiungitur Officina Apothecariorum

Lyon, Jean Crespin alias du Carre, 1532

  1.  (retour)↑  Voir la liste de ces éditions en annexe. Mon inventaire s’appuie sur la Bibliographie lyonnaise d’Henri Baudrier, Lyon-Paris, 1895-1952, sur le Catalogue des incunables des bibliothèques de la Ville de Lyon de Marie Pellechet, Paris, Delaroche, 1893 et sur le Catalogue collectif de France : http://ccfr.bnf.fr/portailccfr/jsp/index.jsp
  2.  (retour)↑  Édition de Lyon, 1490, Johannes Fabri, glose aux Distica Catonis, I, 9-10.
  3.  (retour)↑  François Rabelais, La Vie très horrificque du grand Gargantua, ch. XIV, « Comment Gargantua feut institué par un sophiste en lettres latines ».
  4.  (retour)↑  Iacobi Publici artis oratoriae epitoma, ars epistulandi, ars memoratiua, Venetiis, Erhardus Ratdolt, 30 novembre 1482 ; pour consulter une très belle numérisation de cet ouvrage, voir le lien : http://www.lluisvives.com/FichaObra.html?Ref=12047&portal=1
  5.  (retour)↑  De modo punctuandi : Planus uero punctus fit in fine orationis perfectae, tametsi dictatoris animus ad sequentem ulterioremque sententiam pendeat. « Le point ‘plat’ se trouve à la fin d’un discours totalement achevé, même si l’esprit de celui qui dicte est tourné vers la phrase qui suit plus loin. »
  6.  (retour)↑  « La virgule droite à la place de laquelle nous faisons aujourd’hui un petit point de cette façon se trouve entre des substantifs ou adjectifs. »
  7.  (retour)↑  De modo punctuandi : iacens uero uirgula semper debet in fine lineae situari ubi dictio non sit completa. Vnde illud animaduertendum est ne syllaba unquam diuidatur in fine lineae, ita quod altera pars syllabae eiusdem sit in principio sequentis. Nam sicut syllaba uno spiritu est indistanter proferenda, ita etiam indiuisibiliter est situanda. [La uirgula iacens doit toujours se situer à la fin de la ligne où le mot n’est pas entier ; d’où il faut prendre garde de ne jamais couper une syllabe en fin de ligne de sorte que la seconde partie de la même syllabe se retrouve au début de la ligne suivante. Car de la même façon qu’une syllabe doit être prononcée d’un seul souffle sans arrêt, elle doit être placée de la même façon sans être divisée.]
  8.  (retour)↑  Voir sur ce texte M. Furno, « Le catalogue des publications de Sébastien Gryphe dans la préface du livre XII des Pandectes de Conrad Gesner : catalogue d’imprimeur ou catalogue de savant ? », dans Quid novi ? Sébastien Gryphe à l’occasion du 450 anniversaire de sa mort, acte du colloque de Lyon, 23-25 novembre 2006, sous la direction de Raphaële Mouren, Villeurbanne, Presses de l’Enssib, 2008, p. 33-56.
  9.  (retour)↑  En habes, lector, Bucolicorum autores XXXVIII, quotquot uidelicet, a Vergilii aetate ad nostra usque tempora, eo poematis genere usos, sedulo inquirentes mancisci in praesentia licuit. Farrago quidem eologarum CLVI, mira cum elegantia, tum uarietate referta, nuncque primum in studiosorum iuuenum gratiam... collecta, Basileae, ex off. J. Oporini, 1546, 799 p., 8°.
  10.  (retour)↑  Si ce livre est bien un recueil de textes de Régnier et non un recueil du même type que le livre de 1546, peut-être comprend-il aussi le Βραχύπλεγμα dont rien ne dit s’il s’agit de prose ou de vers.
  11.  (retour)↑  Voir en annexe une bibliographie complète de cet auteur.
  12.  (retour)↑  Voir Siluae morales cum interpretatione Ascensii, Lyon, J. Trechsel, 1492. Bade publie les Distica avec les commentaires d’Érasme en 1515 ; puis avec ses commentaires et ceux d’Érasme à Caen pour Michel Augier en 1517. Il publiera trois fois ce double commentaire sur sa propre presse en 1523, 1527 et 1533. Voir Philippe Renouard, Bibliographie des œuvres et des impressions de Josse Bade Ascensius, Paris, E. Paul et fils eet Guillemin, 1908, tome 2, p. 264-266.
  13.  (retour)↑  « Ascensius dit que c’est là la vraie lecture de ce distique. » À vrai dire, le commentaire de Bade à ces deux vers comporte une très longue explication morale, et le seul élément textuel y est le suivant : Ordo est : si inspicias id est scruteris uitam hominum denique si inspicias mores hominum, cum tu culpas alios. Nemo uiuit sine crimine. (Silvae morales, Lyon, J. Trechsel, 1492, f. CLXVIv). La répétition de hominum et sa mise en facteur commun peuvent justifier la présentation entre virgules dans l’édition de Régnier.
  14.  (retour)↑  Le commentaire fort misogyne d’Érasme à ce passage se termine par la remarque : Pro noli tu, legendum arbitror nolito. [À la place de noli tu, je pense qu’il faut lire nolito.] Edition consultée : Cologne, J. Soter, 1523 (Bibliothèque municipale de Grenoble, F 668 Res).
  15.  (retour)↑  « La roue en se redressant entraîne vers le haut ceux qui étaient sous elle, non sans les pousser de nouveau vers le bas en se retournant. »
  16.  (retour)↑  Alain de Lille, p. 109 (lyaeum) et p. 114 (fortuna).
  17.  (retour)↑  Alain de Lille, p. 121. Texte : « Ils n’apprennent pas, ceux qui fréquentent des écoles un peu partout. » Commentaire : « L’élève doit être constant. »
  18.  (retour)↑  Alain de Lille, p. 126. Commentaire : « La vertu se tient dans le milieu. » Texte : « C’est la voie par laquelle la vertu enseigne l’entre-deux. »
  19.  (retour)↑  Distica Catonis, I, 35 [p. 6] : Ne dubites cum magna petas, impendere parua. Glose marginale : Sallustius : Concordia paruae res crescunt, discordia autem maximae labuntur. [= Salluste, De Bello Iugurthino, 10, 6 : nam concordia paruae res crescunt, discordia maxumae dilabuntur. « Par la concorde, les petites choses croissent, mais les plus grandes disparaissent par la discorde. »]
  20.  (retour)↑  Distica Catonis, II, 27 [p. 8] : Quod sequitur specta, quodque imminet ante uideto. Glose marginale : Deum siue omnipotentem, qui omnia uidet ; uel deum, scilicet Ianum, qui quatuor oculos habere dicitur. Persius O Iane a tergo quem nulla ciconia pinsit. [= Perse, 1, 58 : o Iane, a tergo quem nulla ciconia pinsit]. Texte de la glose : « Deum siue omnipotentem, qui voit tout. Ou dieu, comme Ianus, dont on dit qu’il a quatre yeux. Perse : O Ianus, à qui une cigogne n’a jamais tapé dans le dos. » Cette expression imagée est l’équivalent en français du geste « faire les cornes à quelqu’un » pour lui jeter un mauvais sort.
  21.  (retour)↑  Distica Catonis, II, 31 [p. 8] : Somnia ne cures; nam mens humana, quod optat / Dum uigilat, sperans, per somnum cernit idipsum. Glose marginale : Flaccus, Orandum est ut mens sana in corpore sano. [= Juvénal ; 10, 356 : orandum est ut sit mens sana in corpore sano]. Texte : « Ne te soucie pas du sommeil. Car ce que l’âme humaine souhaite tandis qu’elle espère, éveillée, elle le voit précisément pendant le sommeil. » Commentaire : « Horace : il faut prier pour un esprit sain dans un corps sain. »
  22.  (retour)↑  Distica Catonis, III, 17 [p. 10] : Quod merito pateris, patienter ferre memento / Cumque reus tibi sis, ipsum te iudice damna. « Ce que tu subis justement, souviens toi de le supporter avec patience, et lorsque tu es coupable envers toi-même, condamne-toi toi même en te prenant pour juge. » Glose marginale : Ovidius. Quae uenit indigne poena dolenda venit, ut prodesse uolunt, aut delectare poetae. [= Ovide, Heroides, 5, 8 : quae uenit indigno poena, dolenda uenit, « un châtiment qui vient indignement vient pour être pleuré », et Horace, Ars poetica, 333 : aut prodesse uolunt aut delectare poetae, « les poètes veulent ou qu’une chose soit utile, ou qu’elle plaise ».] La conflagration des deux passages donne sous la rédaction de Régnier un texte quelque peu décousu : « un châtiment qui vient indignement vient pour être pleuré, de même que les poètes veulent qu’il soit utile, ou qu’il plaise ».
  23.  (retour)↑  C’est là aussi une différence avec les éditions incunables de ce type de textes, qui sont plutôt destinées aux maîtres et enseignants, comme les Siluae de Bade.