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La Bibliothèque, agitateur pédagogique

Le mardi, tous debout !

Louise Daguet

Le cycle hebdomadaire Mardi Debout, proposé aux étudiants de l’université de Reims Champagne-Ardenne, est le fruit de la collaboration étroite entre la bibliothèque universitaire,

l’UFR de lettres et sciences humaines et le Crous.

Tous les mois, un thème est décliné chaque mardi, de 12 h à 14 h, sous la forme de conférences, projections, petites scènes théâtrales et rencontres avec des éditeurs et des écrivains. Alors que débute sa troisième saison, Mardi Debout a déjà réuni plus de 2 000 participants…

Un projet collaboratif

La bibliothèque conçoit et coordonne entièrement le cycle Mardi Debout, de la recherche des intervenants à l’animation des séances (présentation des participants et des films, animation du débat en fin de séance), en passant par la campagne de communication. Mardi Debout, c’est aussi l’occasion pour la bibliothèque de tisser des partenariats tant au sein de l’université qu’avec des interlocuteurs extérieurs.

L’UFR a fait du cycle une option ouverte à tous les étudiants de licence sous l’intitulé « Culture participative », et apporte également un soutien financier au projet. Le Crous accueille les séances dans son centre culturel, équipé pour les projections, et assigne un technicien à chaque séance. Le cycle se tient ainsi dans un lieu neutre, hors des salles symboliquement dédiées au travail : ni salle de cours, ni salle de lecture. Les thèmes annuels sont proposés par la bibliothèque, puis discutés, précisés et validés avec les différents partenaires. Les conférences sont filmées par le Service universitaire du numérique, permettant ainsi aux étudiants d’accéder aux captations des interventions auxquelles ils n’auraient pas pu assister.

Le projet a également permis à la bibliothèque de nouer des liens avec des instances non universitaires telles que le Goethe-Institut, le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information (CLEMI) ou encore les Amis du Monde diplomatique, tout en renforçant les relations avec les scènes artistiques locales. Le centre dramatique national de Reims – la Comédie – a ainsi offert des lectures de textes faites par les acteurs de son collectif. La scène nationale le Manège, dédiée aux arts du mouvement, a animé une séance autour de la danse contemporaine, suivie le soir par un spectacle auquel les étudiants pouvaient assister gratuitement, les places à tarif réduit étant financées par l’UFR de LSH. La plupart des étudiants inscrits à cette sortie assistaient pour la première fois à un spectacle de danse contemporaine.

Mardi Debout donne la parole aux étudiants, tant dans la salle que sur la scène, lors de séances animées par les associations étudiantes. Ces séances, qui rencontrent un grand succès, sont pour les étudiants-orateurs l’occasion de prendre la parole face à un auditoire inconnu et nombreux, tout en problématisant l’action entreprise au sein de l’association. Les contours des conférences sont précisés tout au long de la préparation avec la bibliothèque qui apporte surtout un soutien moral quand approche l’heure de l’intervention. Certaines ont donné lieu à la réalisation de courts métrages ou de séquences d’interviews auprès d’étudiants étrangers à la façon de la rubrique « Ce qui me manque » de l’émission Karambolage  1.

Esprit critique et recherche informationnelle

Mardi Debout est né de la volonté de proposer aux étudiants un lieu et un temps de débat au sein du campus. Éclectique et interdisciplinaire, le cycle souhaite favoriser l’esprit critique, susciter l’interrogation des étudiants en multipliant les approches, les points de vue et les formes culturelles. À la projection répond le débat, prolongé par la forme artistique courte et les conseils bibliographiques. L’utilisation de différents médias, de sources variées, permet certes de donner une multiplicité de tons aux séances, mais également de rappeler aux participants que l’esprit critique se développe autant dans les fauteuils de cinéma et de théâtre que sur les bancs des amphithéâtres.

À la façon de Monsieur Jourdain, les étudiants se forment à la recherche informationnelle sans le savoir, au-delà de la séance obligatoire de présentation des ressources de la bibliothèque. Les documents et bases de données, réunis dans une bibliographie thématique mensuelle, sont présentés hors les murs chaque mardi, mis spécialement en valeur au sein des espaces de la bibliothèque, puis sont ici problématisés. Le recul vis-à-vis de l’information se fonde sur la critique des films présentés et contextualisés, de la voix des chercheurs venus d’autres champs disciplinaires, et des formes artistiques qui interrogent de façon indirecte le quotidien étudiant.

Le programme s’inscrit dans l’actualité : l’environnement, le monde du travail, le genre ou encore l’information et les fake news ont été quelques-uns des thèmes abordés au cours de ces premières saisons.

L’appropriation des codes du débat public, de la prise de parole et de l’argumentation sont les trois objectifs pédagogiques de l’option Culture participative. La séance se divise ainsi en deux temps, réservant au moins une demi-heure d’échange avec la salle pour les conférences, 15 minutes pour les projections. Mardi Debout espère être un lieu d’échange et d’intelligence collective dans lequel chacun ose prendre la parole, et un lieu où apprendre son « métier d’étudiant », en tissant des liens entre les médias et en élargissant l’horizon disciplinaire.

Comme toute option, celle-ci s’achève par un partiel. C’est alors un texte argumenté, s’appuyant sur les conférences, projections, articles, podcasts et spectacles prolongeant le cycle, que les étudiants, à la façon d’éditorialistes, doivent écrire.

Les copies sont rédigées sur table en temps limité et corrigées par la bibliothèque, la responsable de la formation des usagers étant intégrée au titre de ses missions à l’équipe pédagogique de l’UFR et investie des modalités d’enseignement et d’examen de cette option. Ces évaluations reflètent une réelle implication des étudiants : chronologies, auteurs et citations à l’appui, la majorité des textes rédigés reposent sur des arguments choisis et pertinents, mettant en lien les différents intervenants, soulignant parfois leurs contradictions, illustrant leurs propos par des exemples tirés des projections.

Mardi Debout – Les retours des étudiants

Au-delà du nombre croissant de participants – certaines séances en rassemblent plus d’une centaine – et des discussions informelles, des enquêtes ont été réalisées à la fin de chaque semestre afin de recueillir des avis plus tangibles, permettant d’adapter les thèmes des années suivantes ainsi que le déroulé des séances, et de prendre en compte les remarques et suggestions.

C’est ainsi aux étudiants que nous laissons la parole, en clin d’œil à cette culture que nous espérons toujours plus participative :

« Une très bonne activité qui permet d’apprendre des choses sur des sujets que l’on ne connaît pas. Je recommande et j’encourage pour les années suivantes. »

« J’ai beaucoup aimé l’initiative de cette option, elle représente un réel intérêt en phase avec l’actualité. »

« Des séances enrichissantes avec de nombreuses conférences et films qui permettent de découvrir une facette du monde d’aujourd’hui. »

    Changer la représentation de la BU

    La bibliothèque participe ainsi à l’animation du campus tout en valorisant ses collections et en pratiquant une formation documentaire masquée.

    En devenant une option de l’UFR de LSH, Mardi Debout contribue à faire évoluer les représentations de la bibliothèque, tant auprès des étudiants qui associent la chargée de projet à un membre de l’équipe pédagogique, qu’auprès des enseignants-chercheurs qui assistent aux séances, encouragent leurs étudiants à participer, suggèrent des thèmes et proposent même de se prêter à l’exercice de l’animation de débats. La bibliothèque apparaît comme un partenaire naturel de l’enseignement et de la recherche universitaire que le cycle Mardi Debout contribue à vulgariser. Suite à la collaboration étroite avec l’UFR de LSH, la BU a été inscrite dans les maquettes de la licence « Arts du spectacle vivant » au sein des enseignements disciplinaires, et dispose de huit heures de travaux dirigés pour épauler les étudiants dans le versant recherche de leurs gestions de projets.

    1.  (retour)↑  La rubrique « Ce qui me manque » de l’émission d’Arte Karambolage se compose d’une séquence d’environ 1 minute 30 pendant laquelle une personne étrangère vivant en France ou en Allemagne évoque un objet, une coutume ou un plat de son pays.