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Une architecture de relations

Les enjeux du récit architectural

badia berger architectes

Programme ouvert sur la ville, une bibliothèque est un symbole éminemment démocratique. Ce statut si particulier en fait un outil privilégié du projet urbain contemporain, un moteur d’urbanité à la fois dynamique et attractif. Pour autant, le programme même de bibliothèque est en évolution constante. À l’heure de la numérisation et de la dématérialisation de l’information, certains questionnent désormais son utilité. C’est bien vite oublier l’importance de l’espace sensible pour la vie collective et son apprentissage. Une bibliothèque est bien plus que les livres qu’elle contient. Espace partagé et vécu, elle tisse un lien social indispensable. Conscient de la responsabilité qu’implique ce programme, l’architecte doit en concilier les enjeux, tout en proposant une vision spatiale de ce nouveau lieu.

La vision spatiale d’un équipement ne peut se réduire à une addition des contraintes. Le projet, à la fois déductif et inductif, a pour objet de proposer un « tout », contenu et représenté par une forme architecturale.

L’architecte propose un récit, fruit d’une histoire, d’une culture, de savoirs théoriques et techniques accumulés.

Chaque architecte a sa manière de le conduire. À notre sens, il doit être un récit, nourri par le dialogue, accessible mais savant, poétique mais rationnel, attentif aux usages, mais ouvert sur l’avenir et soucieux de l’évolutivité du bâtiment.

Voilà autant d’ambitions qui guident notre démarche et dont nous présenterons ici les traductions spatiales.

Nous identifierons leurs récentes évolutions dans des programmes hybrides.

Nous détaillerons le projet de la bibliothèque universitaire des sciences de l’université de Versailles Saint Quentin, afin de faire le point sur les spécificités de ce petit Learning Center.

Projet dont il est important de souligner la forte dimension collaborative tant avec l’équipe de bibliothécaires qu’avec la région Île-de-France commanditaire.

À cette occasion nous nous devons d’insister sur le rôle primordial de nos différents interlocuteurs dans la conduite des différents projets présentés ici. Notamment celui des bibliothécaires souvent très sensibilisés à l’architecture, qui nous ont beaucoup aidés à mieux appréhender ces projets dans leurs complexités.

Le récit architectural

Contexte et singularité : recherche d’urbanités

La prise en compte du réseau des espaces publics – la manière dont l’équipement en bénéficiera et, a contrario, comment il les qualifiera – est notre premier questionnement.

Pour être compris, nous avons pour coutume de dire que nous « tirons les fils » de la cartographie présente et passée aussi loin que possible dans le temps et l’espace.

Nous cherchons à comprendre la situation urbaine dans laquelle le projet va s’inscrire, l’histoire qui l’a modelé, les potentialités utiles à son avenir. Nous voulons faire parler le contexte, saisir comment il peut nourrir le projet, et ce que le projet peut lui apporter en retour.

La forme, la matérialité, l’écriture de nos projets sont donc d’abord en tension avec leur lieu d’accueil, par le dialogue, le lien, l’échange.

Pourtant, cette démarche n’implique ni mimétisme ni effacement, et le projet sera à la fois situé, spécifique et singulier.

Recherche de visibilité
par la simplicité de la forme générale

Nous recherchons des formes simples et claires qui expriment la vocation publique du bâtiment dans le dispositif urbain.

Les bibliothèques, à notre sens, même si elles sont parfois pour les raisons évoquées précédemment très visibles dans la ville, doivent conserver une forme de simplicité.

Leur budget ne leur permet pas des architectures expérimentales et démonstratives.

Par contre, la simplicité formelle et constructive traduit une pensée sur la rationalité de la structure et de l’espace.

Qualité essentielle pour garantir la flexibilité à long terme du bâtiment.

Pour rendre cette simplicité remarquable, intrigante, poétique, nous nous appuyons sur la précision du dessin, la recherche de matériaux, voire la couleur.

Photo 1 (avec plan de masse) – Deville-lès-Rouen (Seine-Maritime) :
la bibliothèque constitue la place de la mairie.

La commune ouvrière s’étire le long d’une ville-rue ; la bibliothèque prévue à « l’alignement de la rue » servait une forte demande de la ville en faveur d’un espace urbain exprimant la centralité.

Notre réponse, compte tenu de la modestie du programme, implante l’équipement perpendiculairement à la voie, en contradiction avec le plan d’urbanisme, afin de matérialiser plus fortement la façade.

Ce projet a été lauréat du grand prix d’architecture et d’urbanisme Auguste Perret en 2002.

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Photo 1. © badia berger architectes

Photo 2 (avec plan de masse) – Fresnes (Val-de-Marne) :
la bibliothèque devient la porte du parc municipal.

Initialement prévu à l’alignement de la rue, nous avons déplacé le bâtiment à l’entrée du parc municipal, traversé de part en part par une circulation piétonne publique intérieure et extérieure ouvrant des vues sur les plateaux. L’enjeu était de revaloriser le parc qui n’avait pas de façade urbaine claire et de placer l’équipement dans un écrin végétal.

La richesse du contexte est valorisée par la simplicité du volume Les espaces intérieurs sont conçus dans une liberté qui contraste avec la géométrie extérieure.

La richesse des matériaux, l’étrangeté des percements de l’attique lui donnent sa singularité.

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Photo 2. © badia berger architectes

Recherche de textures et de saveurs
par la forte matérialité de la façade

La matérialité est un enjeu particulièrement sensible de l’architecture des bâtiments publics.

Il s’agit de faire dialoguer le bâtiment et son environnement dans un rapport visuel et tactile. Inscrire au mieux le projet dans son contexte, tout en assurant sa pérennité, sa singularité, sa forte identité.

Pour cela, nous privilégions des matériaux naturels : bois, pierre, cuivre, verre, béton. Des matériaux qui, marqués par un sens concret, sont immédiatement appropriables par tous.

Nous faisons fréquemment pénétrer les matériaux extérieurs à l’intérieur, afin d’effacer la limite de la façade pour faciliter l’entrée.

Photos 3 et 4 – Mantes-la-Jolie (Yvelines) : ENM

Dans cette école de musique qui comporte une petite bibliothèque, comme à Fresnes la rigidité apparente des volumes simples est accompagnée de matériaux très qualitatifs : pierre, cuivre, verre et bois à l’intérieur.

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Photo 3. © s. Lucas

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Photo 4. © s. Lucas

Photos 5, 6 et 7 – Versailles (Yvelines) : BU

La peau en aluminium est soigneusement calepinée pour former une carapace qui pénètre dans l’accueil et les failles comportant les circulations [voir l’encadré spécifique à la fin de l'article].

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Photo 5. © David Boureau

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Photo 6. © David Boureau

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Photo 7. © Takuji Shimmura

Effacer la limite avec l’espace public
par la transparence des façades

L’équipement public se veut être le prolongement de l’espace public, un espace ouvert. Cette porosité rejoint l’idéal de modernité démocratique partagé à la fois par les commanditaires, les usagers et les architectes. En cela, le verre et la transparence en général constituent un enjeu fort de l’architecture contemporaine. Plus qu’un matériau, le verre est devenu le manifeste d’une certaine conception du monde.

La transparence apparaît comme le moyen de dépasser la dualité intérieur/extérieur. Cette dématérialisation de la façade au profit d’une architecture « ouverte » est caractéristique de la production contemporaine.

Pour autant, la montée en puissance des questions relatives au développement durable, et particulièrement celles liées à la lutte contre la consommation d’énergies, interroge la validité de ce choix constructif.

Pour y palier, en premier lieu nous recherchons l’application de règles de « bon sens » : privilégier l’orientation, la protection solaire, la ventilation naturelle, obtenir une base saine avant de doter le bâtiment de technologies complexes onéreuses destinées à corriger ses défauts.

C’est pourquoi l’effet de transparence est aujourd’hui au centre de questionnements comme la notion de filtres apportés par des brise-soleil, des résilles, ou des conceptions dites « peau intelligente ». La recherche d’un compromis équilibré entre aspiration à la transparence et rationalité constructive et énergétique est un enjeu important de l’évolution de l’architecture des équipements publics.

L’équipement traduit à la fois son appartenance à la cité des Sorbiers, mais rayonne en s’ouvrant vers la commune, il marque son autonomie tout en étant totalement imbriqué dans le socle de l’îlot. De fait, il ne disposait que d’une façade pour exister, coincée entre une brasserie et un commissariat de police.

Réunir les publics

Effacer les limites intérieures par la continuité de l’espace

Notre interprétation du programme prend en compte les spécificités de chaque espace-fonction mais les inscrit dans un milieu qui les intègre.

Brouiller les limites fonctionnelles à l’intérieur du bâtiment, pour favoriser la fluidité des parcours, la rencontre des publics, la découverte, la surprise, a nécessairement des conséquences sur la manière d’interpréter le programme.

La qualité des vides est fondamentale dans cette démarche. Il est nécessaire de respecter un certain nombre de règles afin de favoriser au maximum l’ouverture entre les espaces et leur fluidité : multiplier les parcours possibles et ne jamais se limiter à un seul pour mettre en relation deux niveaux. Créer horizontalement des liaisons visuelles entre les différents espaces et verticalement entre les différents plateaux.

Offrir une liberté dans le fonctionnement implique un souci particulier et la mise en place de principes de distinction des espaces garantissant le contrôle et le calme d’espaces de travail.

Photos 8 et 9 (avec plan de masse) – Chevilly-Larue (Val-de-Marne) :
un équipement vitrine et une continuité des espaces.

L’implantation de la bibliothèque est liée à la revalorisation du grand ensemble de logements sociaux des Sorbiers alors en difficulté. La bibliothèque constitue la vitrine de l’intervention urbaine en cours mêlant dans un îlot logements, commerces, parkings.

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Photo 8. © David Boureau

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Photo 9. © David Boureau

Photo 10 – Limeil-Brevannes (Val-de-Marne)

La bibliothèque de Limeil-Brévannes (études en cours) se développe dans un continuum spatial à rez-de-chaussée. Des patios éclairent le cœur du plateau et permettent de délimiter les sous-espaces, tout en offrant des possibilités de déambulations. Le contrôle visuel de l’ensemble est assuré depuis la banque située à l’entrée.

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Photo 10. © badia berger architectes

Organiser les secteurs
dans un milieu baigné par la lumière

« Un homme avec un livre se dirige vers la lumière. Une bibliothèque commence comme cela » (Louis Kahn, Space, Order and Architecture).

La lumière relève du sensible, elle instaure un certain rapport au monde, à l’humain.

Dans une bibliothèque, il ne s’agit pas simplement d’éclairer des produits. Au-delà de sa capacité à révéler l’architecture des espaces, la lumière est un confort essentiel pour l’usager.

Notre travail architectural porte donc fondamentalement sur la « captation » de la lumière naturelle, sa maîtrise, sa redistribution entre les différents espaces.

Les saisons et les heures de la journée, l’orientation et l’inclinaison de l’ouverture sont déterminantes pour obtenir un éclairement de qualité. L’environnement du bâtiment est à prendre en compte : relief du terrain, végétation, constructions voisines pouvant engendrer des masques…

Pour ce faire, les ouvertures de façades s’accompagnent d’un travail fin sur des dispositifs de réflexion qui renvoient la lumière vers l’intérieur des espaces.

De la même manière, les solutions d’éclairage zénithal se révèlent extrêmement précieuses. Elles fournissent le meilleur éclairement naturel, permettant une captation étendue, une conduite et une redistribution simples entre les plateaux.

Lumière venue du ciel qui permet également de réunir les publics autour d’un atrium.

Photo 11 – Chevilly-Larue (Val-de-Marne) :
une verrière zénithale permet d’éclairer le dernier plateau.

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Photo 11. © David Boureau

Photos 12 et 13 – BU Versailles (Yvelines) :
les sheds au-dessus du plateau haut.

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Photo 12. © David Boureau

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Photo 13. © David Boureau

Effacer la coupure verticale entre les niveaux par l’atrium

La taille du programme, la surface au sol disponible, conduisent fréquemment à superposer les fonctions.

Dans cette logique de superposition, la transversalité de l’atrium permet une mise en communication fonctionnelle et relationnelle. Parcours, découvertes et regards croisés.

Il n’est pas, pour nous, un simple espace de distribution, mais plutôt une manière d’organiser la cohabitation des fonctions en abolissant les planchers et les murs.

L’atrium est une manière d’articuler les espaces.

Abolissant les limites traditionnelles, il est un espace de synergie architecturale et programmatique.

Photo 14 – Suresnes (Hauts-de-Seine)

La bibliothèque de Suresnes est située dans un contexte urbain très dense. Nous ne souhaitions pas ouvrir trop largement les façades afin de préserver la sérénité des lieux face à des vis-à-vis de logements proches, de même il convenait de ménager l’intimité de ceux-ci.

Le programme se dispose autour d’un atrium progressant par paliers successifs vers les espaces les plus calmes, et desservis par une rampe.

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Photo 14. © badia berger architectes

Photo 15 – Fresnes (Val-de-Marne) :
l’atrium autour duquel s’articulent les plateaux.

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Photo 15. © badia berger architectes

Photo 16 – BU Versailles (Yvelines) : une faille latérale sur toute la longueur du bâtiment met en communication trois niveaux.

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Photo 16. © Takuji Shimmura

Permettre la rencontre et le travail
par la différenciation des ambiances

Nous cherchons à conduire le promeneur de manière fluide, en ménageant continuité, vues lointaines, transparences, en organisant le parcours, sans donner le sentiment de franchir un seuil. Les transitions sont matérialisées par des diaphragmes, des pincements.

La différenciation des ambiances (avec le confort acoustique) est donc l’une de nos priorités. Nous l’abordons par l’architecture et notamment au travers de la relation des espaces de travail aux paysages extérieurs.

Les espaces de travail profitent de vues particulières, différentes de celles des plateaux, si possible sur des espaces calmes – jardins par exemple – ou bien d’un éclairement zénithal.

De manière générale, la couleur est très peu utilisée, les ambiances sont produites par des jeux de volumes et de lumière.

Le corps du lecteur est ainsi engagé par des sensations. Afin de ménager des lieux propices au calme, des attitudes sont suggérées par la hauteur libre sous plafond plus basse, les matériaux plus absorbants, par le mobilier qui induit la détente ou la concentration.

Cette différenciation doit rester légère pour ne pas s’opposer à l’évolution des utilisations du bâtiment.

Photo 17 – Fresnes (Val-de-Marne)

Le programme, dès 1998, mettait au cœur de sa vocation la formation, et donc les espaces de travail collectifs et individuels pour les adultes (formation professionnelle) et les adolescents.

La conviction du bibliothécaire nous a sensibilisés à l’importance croissante de ces fonctions, que nous avons par la suite toujours proposé de développer.

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Photo 17. © badia berger architectes

Photos 18, 19 et 20 – Chesnay (Yvelines)

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Photo 18. © David Boureau

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Photo 19. © David Boureau

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Photo 20. © David Boureau

Les espaces de travail collectifs sont installés dans des « boîtes » en suspend au-dessus des plateaux. Isolées mais largement vitrées, elles sont contrôlées depuis les banques.

Photo 21 – Versailles (Yvelines) : les postes de travail
sont proposés dans de multiples configurations.

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Photo 21. © David Boureau

Le mobilier et la signalétique :
des choix à mettre en cohérence avec l’architecture

Le sens donné à l’espace doit être accompagné par les choix de mobilier et de signalétique.

Nous privilégions des matériaux intérieurs bruts, résistants, qui expriment l’idée que le bâtiment est un outil, destiné à une certaine neutralité. Il y a parfois des craintes exprimées par les bibliothécaires : que la bibliothèque soit triste, notamment si les mobiliers ne sont pas assez colorés ou que les usagers se perdent si la signalétique n’est pas assez présente.

Si le projet est bien partagé par tous ses concepteurs, architectes et bibliothécaires, il ne devrait pas y avoir de difficulté à faire confiance à l’espace et à la lumière pour désamorcer ces réticences, et éviter ces vibrations et surcharges qui vont entrer en contradiction avec la fluidité et la lisibilité recherchées.

La densité des rayonnages reste une question sensible, qui nécessite que les bibliothécaires trouvent le juste équilibre entre leur désir de convivialité des espaces et les hauteurs installées.

Au final, nous avons constaté que l’espace apaisé, c’est-à-dire fluide, lumineux, discrètement meublé, est compris et apprécié par tous.

Trois exemples de collaboration avec les bibliothécaires pour les choix de mobiliers (plans et simulations, rédaction des cahiers des charges, analyse des offres des fournisseurs, réception des installations) :

Photo 22 – Chevilly-Larue (Val-de-Marne)

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Photo 22. © David Boureau

Photo 23 – Versailles (Yvelines)

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Photo 23. © Takuji Shimmura

Photo 24 – Cergy-Pontoise (Val-d’Oise)

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Photo 24. © Takuji Shimmura

Le travail particulier de l’Installation d’une bibliothèque
dans un bâtiment patrimonial

L’idéal serait que le programme et le projet dans un bâtiment existant soient élaborés simultanément. Malheureusement, les procédures ne le permettent pas réellement. La programmation risque de se révéler incompatible avec une bonne utilisation des potentialités de l’existant.

Il faut donc effectuer une lecture approfondie du bâtiment, de ce qui peut être démoli, ce qui doit être conservé, et comprendre ce qui fonde sa cohérence et sa valeur patrimoniale. Ce faisant, il y a toujours plusieurs projets possibles, mais tous nécessiteront des capacités d’adaptation et d’imagination pour trouver des modalités de fonctionnement et des propositions spatiales qui permettent les bons arbitrages.

Ce type de projet nécessite un dialogue particulièrement étroit entre bibliothécaires et architectes car il faut, pour aboutir, envisager ensemble plusieurs scénarios et les apprécier simultanément du point de vue de leurs fonctionnalités et de leurs qualités spatiales.

Photos 25, 26 et 27 – Gonesse (Val-d’Oise)

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Photo 25. © badia berger architectes

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Photo 26. © Chalmeau

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Photo 27. © badia berger architectes

Une maison de maître et ses dépendances agricoles se délabraient doucement. Situées en plein centre-ville, il y avait urgence à revaloriser ce patrimoine. Le bâti comportait tous les ingrédients d’un projet d’envergure, la maison est située entre cour et jardin et offre l’image d’un hôtel particulier.

Le programme de bibliothèque incluait un espace d’exposition, des archives municipales et un auditorium. Notre réponse porta sur un respect strict du patrimoine, tant dans sa forme (les espaces nobles abritent la bibliothèque) que dans son fond (les dépendances sont allouées aux fonctions annexes).

Le surplus d’espace devant être apporté fut concrétisé par la création d’un volume cubique permettant de retourner le bâtiment vers la ville.

Nouveaux programmes : l’équipement hybride

Le cas de Visages du Monde
à Cergy-Pontoise (Val-d’Oise)

Il est fréquent de voir s’imbriquer ou voisiner des programmes culturels distincts : médiathèque et salle de spectacles notamment.

Ici, afin de matérialiser le centre d’un nouveau quartier, la municipalité a décidé la création d’une vaste place, parvis d’un équipement d’un nouveau genre, qui rassemble des communautés urbaines multiples autour du thème des arts numériques :

– une salle multifonction pour des spectacles de danse, musique, théâtre, ainsi que pour des expositions d’art, avec une cloison mobile permettant d’ouvrir la salle sur le hall ;

– une médiathèque disposée sur deux niveaux reliés par l’escalier hélicoïdal ;

– un pôle d’art numérique avec des espaces d’artistes en résidence ;

– un pôle de danse ;

– une mairie annexe pour les besoins administratifs des habitants du quartier ;

– des salles associatives pour la Maison du quartier ;

– des bureaux administratifs ;

– un café ouvrant sur la place, traduisant l’osmose attendue entre ces deux espaces ;

– un artiste résident dans un studio d’enregistrement.

L’équipement, ouvert tous les jours, est prévu pour favoriser les projets communs.

Photo 28 : façade pricipale sur la place,
la médiathèque se situe sur deux niveaux à gauche.

Nous avons conçu un volume simple, marqué par un attique unificateur en dessous duquel la transparence de la façade, ponctuée de translucidités et d’un écran, expose son activité culturelle dans un dialogue continu avec la place du Nautilus et la vie du quartier.

À l’intérieur, les volumes ont été disposés afin de mettre en relation les différentes fonctions, en développant la transparence et en utilisant le grand hall en atrium comme point d’articulation. Depuis le hall, on peut apercevoir l’ensemble des fonctions du bâtiment, chacune identifiable par une couleur spécifique permettant une compréhension facile de leur organisation. Une signalétique novatrice, lumineuse et sonore, guide les visiteurs à travers le bâtiment, participant également à sa spécificité de lieu d’art numérique.

À l’intérieur, nous avons recherché un espace lisible et attractif, organisé, tout en étant un espace décloisonné, offrant des parcours variés et des opportunités d’isolement.

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Photo 28. © Takuji Shimmura

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Organigramme de la médiathèque

Photo 29 : l’atrium, hall central qui dessert tous les équipements,
la bibliothèque visible au premier étage.

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Photo 29. © Takuji Shimmura

Photo 30 : inauguration en 2013.

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Photo 30. © Takuji Shimmura

Ainsi, nous pourrions résumer ces travaux par la recherche d’une architecture de relations et non de limites. Relations au monde extérieur et relations entre mondes intérieurs.

Cette démarche nous permet de dégager les fondements solides du projet, appropriables par tous : un récit commun.

La passion de notre monde contemporain pour les images, ce qu’elle suppose de réduction de notre imaginaire et de capacité d’abstraction, affecte profondément l’architecture.

Il est courant que des images, des métaphores, des signes facilement compréhensibles, soient appréciés au-delà de leur valeur. Car bien qu’elle s’impose à nous, l’architecture reste une discipline souvent méconnue.

À chacun de nos projets, nous avons proposé aux bibliothécaires de dialoguer autour des thèmes de notre récit architectural : urbanité, simplicité, matérialité, transparence, fluidité, lumière, ambiances.

Préoccupés par la fonctionnalité comme par la spatialité, les bibliothécaires ont souvent été pour nous des interlocuteurs précieux, capables de comprendre l’étendue et la complexité du projet architectural, nourrissant le dialogue et l’échange.

Spécificités de la bibliothèque universitaire :
le cas de la bibliothèque des sciences
de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Un bâtiment greffé
le long du cheminement des étudiants

Sous la stricte surveillance du château, qui limite toute émergence, s’étend le campus universitaire de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines  1. Ce dernier est implanté sur une ancienne propriété classée, appartenant jadis à la famille Panhard, constructeurs d’automobiles. Des bâtiments des années soixante se sont installés en couronne autour du « cœur historique », formé par le pavillon Panhard et son parc boisé. Discrets, ils ne parviennent pas à donner une identité forte au campus. Les terrains de sport, du fait des déblais et remblais qu’ils ont occasionnés, interrompent la structure ancienne du parc sans lui redonner de cohérence. Le site est aujourd’hui coupé en deux : entre le parc en pente à l’est et les vastes terrains de sport à l’ouest.

La bibliothèque universitaire, posée à cheval sur cette limite, articule les deux espaces. Le bâtiment ne constitue pas une masse qui couperait définitivement le site en deux, mais une mise en communication, une médiation entre les deux versants du campus.

Le projet n’a pas de façade principale, il est fédérateur des multiples aspects du site. Depuis sa position centrale, son caractère multidirectionnel a été réalisé par l’imbrication de trois volumes à quatre orientations différentes (nord, sud, est, ouest), entrecoupés de failles permettant des prises de lumière et des transparences entre le parc et le terrain de jeux.

Ces trois volumes distincts expriment les trois parties du programme : l’accueil, les services et les salles de consultation. La forme devient ainsi l’expression de notre perception du programme, du site contrasté et de la réactivité aux exigences d’un bâtiment peu consommateur d’énergie (quasiment autonome) et soucieux du confort lumineux et thermique.

À la différence d’une bibliothèque municipale, la bibliothèque universitaire est un outil moins chargé de symbolique, où la fonctionnalité et l’efficacité prennent le pas sur la représentativité urbaine.

Une forme simple
structurée par les prises de lumière

Le parallélépipède est déduit des contraintes du terrain. Ce sont les façades et le squelette structurel découpés pour prendre la lumière et l’amener au cœur du projet qui en déterminent les variations.

La structure intérieure amplifie l’idée d’une architecture organique en suspendant le plancher haut aux poutres. Le franchissement de grande portée libère les plateaux. L’intérieur et l’extérieur communiquent. Les façades sont résultantes de cette mise en relation. Elles sont un intérieur montré.

Une matérialité forte

Tout le projet repose sur un principe d’échanges entre l’intérieur et l’extérieur. Le bâtiment, comme une carapace nervurée en aluminium habillant le corps en béton brut, organise et articule les espaces et les prises de lumière. La carapace est articulée par les failles vitrées qui, sur le toit, deviennent sheds.

Nous avons vu que la bibliothèque municipale requiert une façade d’entrée transparente. Ici, la façade d’entrée plein sud est opaque, assumant une certaine représentativité en mettant en scène un dispositif de récupération d’énergie passive qui témoigne de sa vocation scientifique et de l’attachement de l’université à la haute qualité environnementale.

La façade côté est, totalement ouverte sur le bois, est naturellement protégée de l’ensoleillement par un rideau d’arbres. Lisse et rectiligne, elle permet à ceux qui cheminent en la longeant de découvrir les deux plateaux de consultation et offre aux lecteurs un tableau végétal.

À l’opposé, la façade ouest est structurée par des alvéoles qui reprennent les sheds de toitures et apportant de la lumière tout en se protégeant de l’ensoleillement. Elle permet des vues biaisées et lointaines. La façade nord est percée selon la disposition des carrels. Enfin, la façade sud, façade de l’entrée ou mur Trombe (du nom du physicien qui a inventé le principe) est constituée par un voile de béton lasuré en bleu nuit devant lequel est posée une plaque de verre sérigraphié. La lame d’air qui circule entre les deux est chauffée par le soleil et récupérée pour contribuer au chauffage du bâtiment. Les risques de surchauffe sont gérés par l’auvent qui porte ombre l’été, mais pas l’hiver.

Fluidité des parcours

Le fonctionnement intérieur de la BU se veut évident : deux grands plateaux libres reliés par le hall à un niveau intermédiaire, d’où partent les escaliers. Les points d’accueil ont été mis en valeur par leur accessibilité et leurs ambiances conviviales. À travers un jeu sur la géométrie, un plateau libre suspendu vient créer des demi-niveaux. Ainsi la visibilité, la lisibilité et la fluidité des espaces sont totales – la souplesse d’organisation des secteurs également.

Ambiances / mobilier / couleurs / signalétique

Les ambiances intérieures sont déterminées par la lumière naturelle et les cadrages visuels sur le paysage.

Les carrels et les salles de travail collectives sont regroupés sur le tympan nord. De faible hauteur, ils se superposent par deux dans la hauteur d’un niveau de plateau.

Les déclinaisons de verts et de bleus du mobilier sont comme des reflets des arbres et du ciel provenant de l’extérieur, qui varient en fonction de la lumière, évoquant également le côté métallique du bardage extérieur.

Seule la signalétique apporte un contrepoint de couleur vive.

  1.  (retour)↑  Voir aussi dans ce dossier l’article de Marie-Estelle Créhalet, « Une architecture pour (se) construire : la BU des sciences de Versailles ».

  1.  (retour)↑  Voir aussi dans ce dossier l’article de Marie-Estelle Créhalet, « Une architecture pour (se) construire : la BU des sciences de Versailles ».