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Médiathèque et Conservatoire, la triple entente

L’expérience du Trente à Vienne (Isère)

Joseph Belletante

Prenez un cube de 5 étages de haut et de 3 500 mètres carrés. Découpez-le en trois parties, trois blocs, à l’intérieur desquels vous faites entrer une médiathèque municipale sur trois étages, un conservatoire musique et danse sur les deux restants, et un auditorium d’une centaine de places à l’entrée du bâtiment.

Déposez-le au cœur d’une ancienne caserne militaire devenue espace économique en construction, ajoutez un parvis digne de ce nom, appelez ce cube « Pôle culturel », donnez-lui un titre qui reflète le découpage en trois et son adresse, au numéro 30, et vous obtenez « Le Trente », à Vienne (Isère), inauguré le 16 janvier 2012.

L’hébergement commun « médiathèque/conservatoire » n’a pas toujours été au menu de l’équipement HQE (haute qualité environnementale) de cette ville de 30 000 habitants, dont le projet remonte au début des années 1990, mais qui a peiné à aboutir, faute de lieu adéquat pour exister et de caves gallo-romaines à perte de sous-sol.

L’ancienne bibliothèque était dotée d’un beau bâtiment central du XIXe siècle partagé avec les musées municipaux, pour environ 400 m² de surface (sans CD, ni DVD), tandis que l’ancien conservatoire hébergeait des locaux loués à l’hôpital de Vienne, à l’état très dégradé, difficilement compatibles avec l’exercice de ses missions et l’accueil d’élèves de tout âge et de tout niveau.

Le projet architectural du Trente a, par contre, totalement fondé sa proposition sur une circulation de fait entre les deux établissements culturels et sur certains espaces communs, dont la salle de spectacle et une salle de musique assistée par ordinateur (MAO), placée directement dans la médiathèque. Les deux équipes ont travaillé ensemble et séparément avec le maître d’œuvre en amont du projet. Certaines propositions, comme un escalier central reliant directement les structures, n’ont cependant pas été retenues au final.

Le résultat, très satisfaisant au demeurant, n’avait sans doute pas assez pris en compte la singularité de chacune des institutions et des personnels y travaillant, ce qui a engendré un véritable travail d’ajustement pour tisser des liens sur le long terme au niveau des collections, de l’animation, des partenaires et des publics entre 2012 et 2014 afin d’aboutir à une véritable collaboration de terrain, une fructueuse complicité.

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Schéma en coupe du bâtiment du Trente. Agence Graph&lign’

Une alliance qui ne va pas forcément de soi

Se projeter dans un nouveau lieu à dominante musicale quand on travaille depuis des années sur des matières différentes touchant à la médiation, la pédagogie pour le conservatoire et les collections pour la bibliothèque, n’est pas chose aisée. Cet accord institutionnel a été préparé sur le fond par les équipes en place, et sans doute idéalisé par les programmateurs du bâtiment, qui l’ont imaginé comme une évidence alors qu’il contient aussi dès le départ, et pour des raisons structurelles du moins, des motifs de décalage.

La construction du bâtiment constituait ainsi déjà pour chacun des établissements une chance importante de développement de leurs activités et de leurs publics. Un objectif suffisamment fondamental pour ne pas inclure dans tous les étages de la réflexion ce partenariat d’espaces et de missions. À l’ouverture du Trente, la médiathèque et le conservatoire se sont donc d’abord concentrés sur la compréhension du nouveau terrain qui était le leur, sur leurs manques et leurs atouts, avant d’envisager les procédures et les projets communs à mettre en œuvre pour répondre aux ambitions affichées du lieu.

Le conservatoire a gagné dans ce déménagement une qualité de locaux exemplaire, des salles de travail très agréables et bien insonorisées, sans pour autant obtenir une marge d’accueil d’élèves supplémentaire par rapport à l’ancien bâtiment, en centre-ville. La jauge maximale prévue de 650 élèves sur trois cycles de cours a été légèrement dépassée pour atteindre 700 aujourd’hui. L’accent a été mis sur un organigramme perfectionné avec une division en deux pôles (Musique et Danse), six départements en musique (Formation musicale, Instruments polyphoniques, Vents, Cordes, Interventions en milieu scolaire, Voix et jazz/percussions), trois disciplines en danse (danse classique, contemporaine et jazz).

Le conservatoire met aussi en avant l’éveil (à nouveau musique et danse), les pratiques collectives et amateurs, la culture musicale, et accueille des classes à horaires aménagés musique du CE1 à la 3e (CHAM, classique ou jazz) issues d’une école primaire et d’un collège de la ville, permettant aussi à ceux et celles qui le souhaitent des aménagements d’horaires scolaires pour la danse.

La bibliothèque, de son côté, a bénéficié de collections étendues avec la création d’un secteur Musique, danse, cinéma – absent de l’ancienne localisation –, et a réussi à presque tripler en deux ans le nombre d’abonnés actifs à l’établissement principal, passant de 2 500 environ à plus de 7 000 (avec une majorité de publics familiaux). Les espaces supplémentaires (auditorium du conte de 40 places, salle de formation, salle MAO, auditorium de 110 places) ont aussi permis de multiplier les manifestations pour arriver à plus de 150 par an, organisées par des bibliothécaires vaillants et polyvalents.

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Le secteur Musique, danse, cinéma de la médiathèque. © andyparant.com

La vie des équipes sur place a dès lors rapidement permis de constater une série de divergences pratiques quand à l’utilisation du bâtiment. Le rythme de participation au lieu est en effet très différent d’une structure à l’autre. Les professeurs du conservatoire, une quarantaine au total (à temps plein ou temps partiel), sont engagés chacun dans des temps pédagogiques selon un volume horaire très hétéroclite et partagent parfois leur travail entre différents établissements musicaux, ce qui limite leur passage quotidien au Trente. Leur présence irrégulière dans le bâtiment contraste avec celle des bibliothécaires qui passent l’essentiel de leur temps de travail au sein du Trente, à l’accueil, dans les espaces publics ou dans les bureaux du personnel.

Dès lors, les moments de rencontre privilégiés entre les équipes sont difficiles à instaurer, a fortiori quand les horaires d’ouverture aux publics des lieux sont différents, en rapport avec les fonctionnements respectifs des structures, ce qui ne simplifie pas non plus la tâche du visiteur. Plus symboliquement, la salle dédiée à la restauration et à la relaxation des personnels profite quasi exclusivement aux bibliothécaires, contrairement à ce qui avait été imaginé par l’architecte et la collectivité. Aucune animosité ne règne entre les équipes : il a simplement fallu installer un espace pour les professeurs au conservatoire, plus pratique pour eux, plus en harmonie aussi avec leurs réunions journalières et leurs horaires spécifiques (entre 12 h et 14 h par exemple).

Chaque structure a ainsi organisé/réorganisé ses espaces de façon à regrouper par moments sa propre équipe et il arrive que les professeurs et les bibliothécaires se croisent très peu, ou que certains ne se rendent que très rarement dans l’établissement des autres. L’aspect « cube » du bâtiment privilégie ainsi cette clôture entre la médiathèque et le conservatoire, qui donne un ton à leur relation, plutôt tourné vers le voisinage que le partenariat actif et continu. L’escalier qui était prévu au départ pour marquer le rassemblement des lieux aurait sans doute pu aider à accélérer les rencontres.

Fort heureusement, les professeurs et les bibliothécaires ont su surmonter cette courte distance pour instaurer très vite des actions communes, et en premier lieu les membres d’équipes aux affinités naturelles, à savoir le secteur Musique, danse et cinéma de la médiathèque et certains professeurs-relais du conservatoire.

L’identité du Trente en tant que regroupement de structures ne fait pas l’objet d’un projet culturel commun, mais elle s’incarne sur le terrain par la ligne artistique d’animation suivie par la médiathèque, le conservatoire, le tout sous l’autorité du directeur des affaires culturelles de Vienne qui a installé ses bureaux au sein du nouveau bâtiment, ce qui, là aussi, est particulièrement signifiant. Cela permet de matérialiser l’importance donnée par la collectivité au lieu lui-même, au sein de services culturels historiquement portés en priorité vers le patrimoine, avec la présence de musées municipaux, d’un centre de restauration, d’archives, d’une archéologue et d’un service d’animation du patrimoine.

Voici maintenant plus en détail, et sans philosophie, les pratiques de travail en commun qui ont été menées depuis 2012.

Des collections et des animations co-construites

Les projets culturels et scientifiques d’établissements préparant l’ouverture du bâtiment ont tous les deux mis en avant l’intérêt et l’aspect stratégique d’un rapprochement entre les structures, et c’est avant tout par la création des collections, puis des animations, que le partenariat a réellement émergé.

Sylvain Lecour, le responsable du secteur Musique, danse, cinéma de la médiathèque avait réalisé dès 2006, à l’annonce d’un bâtiment commun aux deux structures, un stage au sein du conservatoire pour recueillir l’avis des professeurs, leurs idées et leurs attentes sur cette collaboration à venir.

Ces premières bases ont abouti à un travail touchant à l’acquisition d’une collection de 200 méthodes d’apprentissage et de 1 000 partitions pour la médiathèque. Les partitions font écho au cursus des élèves autant qu’au parcours des abonnés de la médiathèque, avec un accent mis sur la découverte et les bases de chaque instrument comme sur celles du solfège.

Les professeurs ont aussi été consultés pour la mise au point de l’offre de CD (10 000 documents en 2014), surtout sur la partie « musique classique » des collections. Celles-ci sont valorisées en liaison avec le programme culturel de la médiathèque et du conservatoire (année Franck Zappa en 2013 par exemple), et, depuis 2014, les bibliothécaires mettent au point une sélection d’une trentaine de documents, tous genres mêlés, qui sont proposés directement au conservatoire, dans l’Atrium, où attendent les élèves et leurs parents entre les cours.

L’intégration de documents très spécialisés à vocation pédagogique sur la danse et la musique dans les collections « grand public » de la médiathèque reste toutefois source d’interrogation pour les bibliothécaires. Leur mise en avant peut ainsi parfois empêcher un accès aisé aux disciplines pour les lecteurs, qui empruntent déjà peu ces ressources au quotidien. À l’inverse, la consultation des ouvrages sur site par les élèves du conservatoire, bien qu’encore peu développée, suffit à légitimer ces choix de politique documentaire.

Verbatim – Odile Notot, bibliothécaire au secteur Musique, danse et cinéma de la médiathèque

« Pour mon secteur, le partenariat entre la médiathèque et le conservatoire de musique et de danse est précieux à la fois dans la constitution des collections, mais aussi dans la mise en valeur de ces dernières grâce à des animations communes.

Les professeurs du conservatoire nous apportent leur regard d’expert et sont de fait référents des politiques d’acquisition dans certains domaines comme la danse, la musique classique, le jazz et les partitions.

Mais sans mise en valeur, ces collections restent réservées aux élèves du conservatoire. D’où la nécessité pour la médiathèque d’impulser une dynamique d’animations avec les professeurs pour faire découvrir ces collections au grand public : conférences, cours d’éveil, découverte d’instruments, cours de MAO…

Grâce à notre complémentarité et à la mutualisation des moyens, chacune de ces actions culturelles représente l’occasion de mélanger des publics et de rendre la musique et la danse dites “savantes” un peu plus accessibles.

Si les possibilités de coopération sont riches et variées, les principales difficultés résident dans notre capacité à nous rencontrer, à prendre le temps de formaliser nos projets afin d’assurer cette complémentarité entre les compétences pédagogiques des professeurs et celles d’accompagnement des bibliothécaires. »

    Le partage d’expérience et de conseils sur les collections a mené à la construction d’animations récurrentes qui font désormais partie des programmes mensuels et semestriels des deux structures. Les animations centrées sur ce partenariat prennent d’abord la forme de conférences musicales ou de conférences « danse » selon le sujet ou l’intervenant choisi.

    Deux fois par trimestre, la conférence musicale se propose par exemple de mettre en avant une période (la musique contemporaine, le piano au XXe siècle), un genre (la musique klezmer, le tango), une œuvre (Roméo et Juliette, Tosca), ou un compositeur (Bernard Herrmann, Leonard Bernstein), pour un moment de découverte et d’échange avec les publics, composés autant d’élèves du conservatoire que de lecteurs de la médiathèque. Le choix des thématiques se fait conjointement et les séances sont préparées et animées le plus souvent depuis 2012 par un professeur de piano et de culture musicale du conservatoire, Max Forte.

    Verbatim – Max Forte, professeur de piano et de culture musicale au conservatoire Musique et Danse

    « Une série de conférences musicales, déclinaisons du cours de culture musicale dispensé au conservatoire, a débuté il y a maintenant deux ans. Ces conférences ne pourraient pas se dérouler de manière aussi satisfaisante sans une collaboration étroite avec la médiathèque. Les fonds documentaires de celle-ci me sont d’une aide précieuse (enregistrements audios et vidéos, livres, images…) mais l’aide logistique qu’elle me propose n’est pas moins importante (gestion du matériel audio et vidéo, conception de l’affichage et communication…).

    Lorsque des documents sont manquants, la médiathèque se les procure aussi vite que possible, enrichissant ainsi le contenu de la conférence et ses collections.

    Des propositions d’écoutes et de lectures en lien avec ces conférences sont proposées et mises en évidence pendant quelques semaines, permettant au public d’approfondir les sujets présentés. Un feuillet est distribué, informant de tous les documents relatifs à la conférence disponibles à la médiathèque.

    Certes, il nous faut réfléchir à certaines évolutions afin d’améliorer encore ce dispositif car si le public est en général plutôt satisfait, il n’est pas encore très nombreux et les personnes présentes sont souvent des habitués, ce qui est positif et montre une certaine fidélisation du public. Une meilleure communication, une articulation renforcée avec les élèves du conservatoire, une mise en valeur des sélections sur le site web pourraient ainsi être envisagées. »

      De nombreuses actions sont aussi travaillées en direction du jeune public. Il faut citer en priorité les rencontres « En avant la musique ! », chaque second mercredi du mois pour deux séances de 30 minutes dans la salle Heure du conte de la médiathèque. Elles s’adressent aux 0-6 ans ainsi qu’à leurs parents et permettent une découverte de l’édition musicale jeunesse ou un contact direct avec un artiste musicien/danseur, le tout encadré par une bibliothécaire du secteur musique de la médiathèque.

      Différents intervenants sont invités à ce temps musical en fonction de la thématique : des parents pour des comptines bilingues, un élève du conservatoire pour accompagner des chansons, la chorale des classes CHAM pour un conte musical ou les professeurs d’éveil musical et d’éveil à la danse pour présenter la démarche des disciplines enseignées au conservatoire.

      Plus récemment, l’animation « Interlude » donne la possibilité aux lecteurs d’assister aux coulisses d’un cours de musique, présenté par un professeur du conservatoire et un groupe d’élèves (trompette, guitare, violoncelle…). Conçue au départ par les bibliothécaires du secteur Musique pour mettre en avant un instrument et les collections associées, cette action commune a rapidement intéressé les professeurs du conservatoire : motivation des élèves pour travailler leurs cours collectifs, culture musicale élargie des élèves à l’aide des sélections discographiques, mise en avant d’instruments moins pratiqués comme le basson ou le hautbois pour attirer de nouveaux élèves.

      Il arrive par ailleurs que des bibliothécaires d’autres secteurs travaillent aussi en liaison avec le conservatoire, mais de manière plus ponctuelle, ce fut notamment le cas en 2013 pour le secteur Jeunesse de la médiathèque qui a créé une lecture d’un conte d’Afanassiev avec l’accompagnement musical des élèves de la section Cordes.

      D’autres collaborations sont en cours (voir page suivante la partie consacrée à la salle MAO) ou restent à creuser tant les possibilités sont vastes, de porter en commun des actions qui ont le souci de donner accès à tous aux savoirs et aux pratiques artistiques, que ce soit par le biais des collections de la médiathèque ou de l’expérience, en parole ou en gestes, des professeurs.

      Le conservatoire s’appuie de son côté sur les services proposés par la médiathèque pour étoffer les parcours pédagogiques qu’il propose à ses élèves, se basant déjà sur une offre importante de sorties culturelles. Un parcours « spectateur » pourrait ainsi voir le jour au conservatoire, mêlant conférences musicales, sorties et accompagnement commun conservatoire/médiathèque pour une éducation des élèves aux images, aux sons, aux ensembles.

      Avec le recul, l’articulation entre les personnalités des porteurs de projet reste bien évidemment une donnée essentielle de la longévité et du succès de l’action menée en concertation, plus que la réalité ou la taille des espaces partagés. Des procédures plus concrètes de partage d’informations, des temps de rencontre entre les deux structures autour de la coordination des projets et une anticipation renforcée viennent cependant parfois à manquer pour que chacun puisse valoriser et accompagner le travail de l’autre avec efficacité.

      Quels publics, quels partenaires ?

      Les publics qui fréquentent la médiathèque se rendent rarement au conservatoire, qui est réservé aux cours et au suivi des élèves inscrits à l’année dans l’établissement. Dès lors, c’est la médiathèque qui bénéficie le plus d’un transfert des publics puisque de nombreux élèves, professeurs et parents qui gravitent autour de l’institution peuvent s’y rendre. Ce transfert est difficile à évaluer, notamment faute d’outil statistique fiable, mais il correspond surtout aux parents qui attendent leur enfant après l’avoir déposé à un cours et aux élèves qui doivent eux-mêmes patienter dans le lieu.

      L’atrium du conservatoire est très hospitalier, mais il offre moins de services que la médiathèque dès qu’il doit accueillir des publics sur une longue durée. On retrouve ainsi régulièrement les élèves et leurs familles à la Cyber-base de la médiathèque, quinze postes informatiques en accès libre indépendamment de l’inscription à la bibliothèque. Ou dans les espaces du secteur Musique, danse, cinéma qui permet de consulter de nombreux documents sonores et vidéos sur place.

      C’est grâce au conservatoire que la médiathèque a pu par ailleurs mettre au point un accueil de groupes scolaires dédié à la musique, par le biais d’une étroite collaboration entre les bibliothécaires et trois intervenantes en milieu scolaire directement rattachées à l’établissement pédagogique, ce qui est assez rare.

      Pour les bibliothécaires, cet échange professionnel s’est installé comme une évidence et permet de concevoir des accueils structurés, qui se déroulent en résonance avec les projets éducatifs des structures directement au sein des classes touchées par le dispositif.

      Cet accueil des scolaires par le secteur Musique, danse et cinéma de la médiathèque s’articule autour de plusieurs temps. Dans le cadre de l’action la plus récente, une sensibilisation autour du blues en mars 2014, les intervenantes musique ont préparé les élèves en amont avec les enseignants. Ensuite, les élèves (cinq classes de primaire du CE1 à CM2) ont visité la médiathèque pour découvrir des documents touchant à cette thématique (dont un focus sur l’histoire de l’esclavage).

      Ils ont choisi lors de cette visite un CD représentatif de la thématique blues ainsi qu’un CD de leur choix et les ont ramenés en classe pour les écouter, toujours en lien avec leurs encadrants pédagogiques. Ils ont enfin assisté dans l’auditorium du Trente à un concert de blues donné par un groupe participant au projet « Scène locale » de la médiathèque, en lien avec une radio locale et une association de musiques actuelles.

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      L'auditorium du Trente. © Romain Picard

      Le conservatoire et la médiathèque partagent aussi des publics grâce à leur partenaire commun, le festival « Jazz à Vienne ». Cette manifestation majeure du territoire irrigue naturellement l’action culturelle de terrain puisqu’elle se déroule désormais toute l’année dans de nombreux lieux et non plus uniquement l’été, au théâtre antique de Vienne. Le conservatoire reçoit à ce titre une Académie du jazz pendant le festival d’été, où des artistes investissent les studios de danse et de musique pour mener des master class autour de la figure d’un parrain ou d’une marraine en résidence (Tigran Hamasyan, Cecile McLorin Salvant ou Youn Sun Nah pour les dernières éditions).

      La médiathèque valorise ses collections jazz et mène des acquisitions en relation avec la programmation annuelle du festival. Elle accueille aussi des show-cases au sein même de l’espace Musique de l’établissement (l’harmoniciste Greg Zlap cette année) et une exposition annuelle dédiée au genre musical (les pochettes de vinyle de la collection personnelle de Jean-Paul Boutellier, fondateur de « Jazz à Vienne », en 2013 par exemple). Elle peut aussi programmer des dates de jazz dans l’auditorium, ce qu’elle avait fait en 2012 en recevant le vainqueur du tremplin REZZO, organisé par « Jazz à Vienne ».

      Cette coloration jazz est amplifiée par la création du pôle métropolitain G4 en région Rhône-Alpes puisque le Pays Viennois, qui constitue un de ses pôles, est référencé sur ce genre musical, en résonance avec la biennale de design de Saint-Étienne, la biennale de cirque à la CAPI (Porte de l’Isère) et avec les biennales de la danse et d’art contemporain de Lyon. La médiathèque et le conservatoire de Vienne travaillent enfin depuis peu à une résonance avec la biennale de danse lyonnaise comprenant un défilé et des conférences « danse » intégrées à la programmation des deux établissements.

      La salle MAO, lieu-passerelle ?

      La salle de 28 mètres carrés dédiée à la pratique et à l’apprentissage de la musique sur ordinateur est peut-être le symbole le plus innovant de la rencontre entre la médiathèque et le conservatoire. Située dans l’espace des collections Musique de la médiathèque, elle est utilisée dans le cadre de trois actions principales : l’organisation de 3 heures de cours hebdomadaires pour les élèves du cursus MAO du conservatoire, des ateliers gratuits hebdomadaires pour tous les publics, musiciens ou non musiciens, et un accès en autonomie qui se fait individuellement pendant les heures d’ouverture aux publics de la médiathèque (pour les personnes ayant déjà participé à un atelier).

      Les ateliers sont menés soit par un professeur du conservatoire, soit par un intervenant d’une association de musiques actuelles. Ils sont ouverts à tous, musiciens ou débutants, et sont gratuits sur inscription, pour quatre personnes maximum. Les cours forment des cycles de trois à quatre séances de 2 heures, chaque mercredi, pendant la période scolaire.

      La salle MAO est équipée de cinq postes informatiques comprenant des cartes sons, des casques, des claviers midi et des logiciels variés (Ableton Live, Komplete, Pro-Tools, Sibelius, Garageband). Des micros, d’autres instruments et périphériques sont disponibles pour l’enregistrement (batterie électronique, rack d’effets, disques durs). Ils permettent d’explorer de nombreux thèmes en ateliers, comme la compréhension de la chaîne du son, le mixage d’un projet musical, la construction d’un rythme, d’une base mélodique ou d’un morceau (avec le rôle des instruments). D’autres thèmes sont en cours de préparation comme l’édition de partition.

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      La salle de MAO (musique assistée par ordinateur). DR – Médiathèque Le Trente

      L’emplacement de la salle dans le bâtiment a donné lieu à de nombreux débats, au sein même de l’équipe des bibliothécaires, notamment autour de sa liaison avec la Cyber-base de la médiathèque ou des différents services qui allaient être directement mis à disposition en accès libre. Après deux ans d’ouverture, la salle MAO constitue sans doute un lieu stratégique encore sous-exploité compte tenu des possibilités qu’elle laisse entrevoir. Si sa visibilité s’est améliorée, il reste encore du travail pour qu’elle devienne un lieu de référence pour les publics, multi-usage par définition, et animé par plus de bibliothécaires et de professeurs, ce qui semble toutefois difficile avec l’activité soutenue et les effectifs actuels.

      Seule pièce véritablement axée sur la pratique individuelle ou en tout petits groupes, elle devra de plus en plus être mise à disposition d’associations et d’institutions spécialisées (ce qui sera notamment le cas avec un institut médico-éducatif dans les semaines à venir) et placées sous le signe du multimédia (traitement du son et de la vidéo, ateliers tournés vers la voix, les remix, la création de jingles et de sonneries) pour que chacun puisse développer ses projets, à son rythme et en lien avec des professionnels des deux structures.

      Le partenariat entre médiathèque et conservatoire au Trente aura donc dû attendre l’ouverture du bâtiment et quelques mois de fonctionnement pour trouver son souffle et ses repères avec l’aide du travail en continu des équipes et le soutien hiérarchique nécessaire à l’éclosion des projets. Portés par deux projets d’établissement, il est sans doute imaginable à l’avenir de fonder une seule parole artistique dès l’entrée du bâtiment, qui s’adresse aux passants et aux visiteurs.

      En période de crises multiples, un front culturel semble en effet indispensable pour faire le tour des besoins des populations d’un territoire et accompagner au maximum les citoyens dans un quotidien parfois difficile à saisir et, souvent, à supporter. Cette perspective d’époque, cette distance culturelle, cette évasion, cette envie de formation et d’intégration, les ressources et les « mondes » proposés par une médiathèque et un conservatoire aujourd’hui semblent pourtant capables de les rendre possibles tant ces lieux sont au demeurant complémentaires, travaillant sans cesse le rapport à l’autre, les voix, les corps et les sentiments.