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De l’accumulation des connaissances à l’intelligence des connaissances

La stratégie de contenu de la British Library, 2013-2015

Lucie Burgess

La British Library

La British Library est la bibliothèque nationale du Royaume-Uni et l’une des plus grandes bibliothèques au monde. Notre mission est de rendre accessible à tous notre patrimoine intellectuel, à des fins de recherche, d’inspiration ou de loisir. Nous sommes en charge de la collecte, du traitement et de la conservation de toutes les publications britanniques, imprimées ou électroniques. Cette collection, ainsi que notre expertise, est à la disposition des chercheurs de toute discipline, et nous contribuons au développement des entreprises en leur fournissant un accès à l’information et au conseil. Nous suscitons l’intérêt du public en le conviant à des expériences culturelles enrichissantes et plaisantes. Nous encourageons les adolescents à explorer nos collections et à développer leur esprit critique. Notre action est de dimension internationale, car nous participons à la diffusion des connaissances à l’échelle de la planète et nous fondons des partenariats qui permettent de relier les gens aux informations, où qu’elles soient  1.

On pourrait avancer que la dimension internationale des fonds de la British Library est sans égale. Cette collection – d’environ 150 millions de documents  2 – ne connaît aucune restriction de sujet, de format, de couverture géographique ou linguistique. Elle comprend certains des objets les plus rares et précieux connus au monde (comme les Évangiles de Lindisfarne ou le Sûtra du Diamant), mais aussi 14,5 millions de livres imprimés, plus de 800 000 titres de périodiques, 59 000 titres de la presse britannique et étrangère, des partitions, des pièces de théâtre, des timbres, des brevets, des gravures et des dessins, des cartes, des enregistrements sonores et visuels. Tous les supports sont représentés, depuis l’os de bœuf, le vélin et le parchemin jusqu’au tout dernier format numérique. La responsabilité primordiale de la British Library est celle d’organiser le dépôt légal – prérogative s’étendant à tout le territoire britannique – et qui consiste en la collecte, pour les générations futures, de l’ensemble des publications d’une des nations les plus prolifiques au monde en matière d’édition.

La British Library a été créée en 1972 par une loi du Parlement, et a ouvert les portes de son bâtiment principal à Saint-Pancras en 1997. Même si, en tant que successeur des établissements ayant précédemment conservé les collections royales, elle a déjà une longue et distinguée histoire, la British Library est une jeune institution qui vient juste de fêter ses 40 ans. Elle est donc contemporaine de Microsoft et d’Apple : une institution à l’aise avec le numérique. Notre stratégie de contenu résulte à la fois de nos liens avec le passé et de notre perception dynamique de l’avenir, favorisée peut-être par notre jeunesse.

Développer notre stratégie de contenu afin de répondre à des questions fondamentales

Il a été décidé en 2012 de réexaminer notre stratégie de développement des collections, que nous avons redéfinie en stratégie « de contenu ». Nous utilisons le terme de contenu de préférence à celui de collections afin de souligner que notre mission est à la fois de collecter et, de plus en plus, de connecter à du contenu dans un monde de plus en plus numérique et ouvert. Nous mettons ainsi l’accent sur le fait que la collecte de contenu, quoiqu’au cœur des activités de la British Library, ne constitue pas l’intégralité de son action. Tout en continuant à enrichir ses collections par la collecte des documents du Royaume-Uni et d’ailleurs, la British Library va développer ses activités de « connexion », en se liant à des contenus qu’elle ne souhaite pas conserver dans ses propres fonds. Un exemple classique de connexion est l’achat de licences de périodiques électroniques sans droit d’accès perpétuel ; ou bien encore les liens vers des ressources en libre accès sur le web.

Nous avons travaillé près d’un an sur la stratégie From stored knowledge to smart knowledge (« De l’accumulation des connaissances à l’intelligence des connaissances »). Le conseil de la British Library l’a validée en septembre 2012. Sa méthodologie est fondée sur des recherches documentaires et une analyse de l’environnement externe, ainsi que de facteurs internes tels que le périmètre et l’exploitation des collections, un examen en profondeur du budget d’acquisition par thèmes, par supports et par types de documents, des études sur l’usage et la perception des collections par les lecteurs, ainsi que sur leur utilité pour leurs recherches ; enfin, un travail de comparaison des politiques d’acquisition de la British Library et d’autres grandes bibliothèques nationales et de recherche. Nous avons mené des entretiens de fond avec le personnel, le Conseil de la Bibliothèque et le Conseil consultatif, et organisé plusieurs séminaires et débats afin d’aboutir à un consensus sur les orientations futures de l’établissement. Nous avons également développé plusieurs scénarios radicaux fondés sur des postulats particuliers de développement, afin de stimuler notre capacité à adapter notre réflexion. Par exemple, qu’est-ce qui pourrait se passer si nous arrêtions complètement notre activité de collecte, ou si nous ne collections plus que des contenus numériques, ou si nous concentrions cette collecte uniquement sur les documents britanniques ? Même si ces scénarios ne consistaient pas des options réalistes, ils ont néanmoins contribué à l’élaboration de notre réflexion.

En définitive, développer une stratégie revient à faire des choix dans un monde aux ressources limitées, et où la justification de l’utilité de la dépense publique est essentielle. Nous voulions que notre stratégie de contenu puisse répondre aux questions suivantes :

  • De quelle manière nos collections contribuent-elles à la recherche dans les disciplines majeures (arts et sciences humaines, sciences sociales, sciences et techniques, médecine), et quelle part de ressources doit être consacrée à chaque discipline ?
  • Quelle part du budget doit être consacrée aux acquisitions ?
  • Quel est l’équilibre entre acquisitions britanniques et acquisitions étrangères ?
  • Quel doit être le rythme de transition d’une collecte physique à une collecte numérique des documents ?
  • Quelles nouvelles opportunités et innovations peuvent nous être utiles ?
  • Quel est l’équilibre entre la collecte à long terme pour les besoins des générations futures d’usagers, et une collecte plus immédiate pour fournir des services aux usagers d’aujourd’hui ?
  • Quelle place pour les acquisitions patrimoniales dans une bibliothèque nationale ?
  • Que devrions-nous changer, faire différemment ou tout simplement arrêter de faire ?

Même si nous n’avons pas pu apporter des réponses définitives à chacune de ces questions, nous avons néanmoins développé un ensemble de principes directeurs qui régissent désormais les activités quotidiennes de chaque membre du personnel en charge du développement des collections et de la gestion des contenus. Autre point important : cette stratégie nous permet également de mieux faire comprendre à tous nos partenaires à quel point nos collections constituent le cœur de la British Library et en quoi notre rôle est vital pour la recherche, la croissance économique, l’éducation et la culture britanniques.

La stratégie de contenu explique pourquoi la Bibliothèque sélectionne ce qu’elle sélectionne et établit les principes qui guideront dorénavant cette activité de sélection. From stored knowledge to smart knowledge est le cadre fixant le périmètre de chaque flux d’acquisition de la Bibliothèque – le dépôt légal, les acquisitions onéreuses, les dépôts volontaires (par exemple pour les enregistrements sonores) et les dons. Son but est de faire comprendre clairement à toutes les parties concernées – usagers, bailleurs de fonds, partenaires et personnel – quelles sont les évolutions qui vont modifier notre politique de développement des collections.

La place des contenus à la British Library

Les contenus sont au cœur des missions de la British Library, en tant que support de la recherche, des services d’accès à l’information, des activités d’interprétation et de conservation, d’enseignement et de « public engagement ». Au-delà du dépôt légal britannique, des dépôts volontaires de taille importante (par exemple, la pop music britannique) et des dons (par exemple, la cession de certaines archives patrimoniales), la Bibliothèque consacre chaque année une part conséquente de son budget à des acquisitions onéreuses (14,9 millions de livres sterling en 2012-2013) 3. Elle procède à des appels de fonds pour l’achat de documents particuliers, comme le remarquable évangile de saint Cuthbert (l’ouvrage relié encore intact le plus ancien en Europe, qui a apparemment reposé plus de quatre cents ans dans le cercueil du saint, et a été acheté en 2010 pour 9 millions de livres sterling grâce aux fonds collectés auprès du Heritage Lottery Fund, du Art Fund et d’autres généreux donateurs). L’analyse des données comparatives indique que le budget d’acquisition de la Bibliothèque, quoique réduit ces dernières années par les restrictions budgétaires, reste l’un des plus élevés au sein des bibliothèques internationales de recherche  4.

La Grande-Bretagne est l’un des acteurs majeurs de la publication de niveau recherche, soit environ 6 % de la production mondiale d’articles de recherche  5. Une étude récente commanditée par le ministère des Affaires, de l’Innovation et du Savoir-faire insiste sur l’excellence de la recherche britannique : elle est très efficace, ses publications sont de très haute qualité et recouvrent la plupart des champs disciplinaires existants  6. De par ses contenus, la British Library participe à l’excellence de la recherche et de l’enseignement supérieur britanniques, et permet aux bibliothèques de recherche de réaliser des économies, en se chargeant de l’acquisition de documents uniques et en promouvant des initiatives comme le UK Research Reserve (Fonds de recherche du Royaume-Uni  7). Elle aide ainsi la recherche britannique à rester compétitive sur le plan international.

En ce qui concerne les contenus, la British Library a comme responsabilité :

  • D’archiver les publications britanniques : la British Library s’est vue confier la charge de collecter le patrimoine intellectuel et culturel du Royaume-Uni. Il s’agit d’une obligation légale  8, conférant à la Bibliothèque le mandat de collecter un exemplaire de chaque document publié au Royaume-Uni, à la fois sous forme imprimée et numérique (le dépôt légal britannique est présenté plus en détail dans la suite de l’article).
  • D’être un appui à la recherche britannique en lui fournissant l’accès à une information actualisée de niveau recherche. La Bibliothèque répond aux besoins en informations des chercheurs britanniques, quelle que soit la motivation de la demande (académique, commerciale, dans un but de service public ou personnel). Nous y répondons par la collecte et la connexion à une information actualisée de niveau recherche, provenant tant du Royaume-Uni que de l’étranger.
  • D’être un appui au développement de la recherche et de la culture en constituant des collections de sources uniques au monde. La Bibliothèque joue un rôle crucial de collecte de documents primaires revêtant une importance particulière pour le patrimoine britannique et mondial. Cette action s’exerce principalement par le biais d’acquisitions onéreuses, mais est également complétée par des dons et d’autres formes de donations.

Le monde de l’information est en pleine révolution

Pour les bibliothécaires et autres professionnels de l’information, il semble évident que le monde de l’information connaît des évolutions sans précédent : l’innovation technologique suscite de nouveaux types de contenus et de services, et les attentes des usagers ne cessent en conséquence d’augmenter. D’immenses quantités de données numériques sont hébergées « dans les nuages », disponibles à la demande, et alimentent de nouveaux services en streaming comme Netflix (site de films), et Bloom.fm (application musicale sous abonnement). La masse de contenus numériques et de données disponibles augmente de manière exponentielle. Le concept d’open access (libre accès) – le principe selon lequel les données de la recherche subventionnée par des fonds publics devraient être rendues bien plus accessibles et gratuites d’exploitation – peut transformer le paysage de la recherche mondiale. De façon plus générale, les usagers s’attendent de plus en plus à ce que les bibliothèques leur fournissent des contenus sans avoir à se déplacer dans les locaux mêmes de la bibliothèque. Les éditeurs privilégient de plus en plus les formats numériques pour leurs publications, parfois en maintenant en parallèle une version papier, mais plus souvent en s’affranchissant du support imprimé. D’ici 2020, la British Library estime que 70 % des publications mondiales se feront sous format numérique  9.

Les usagers veulent des bibliothèques qui ressemblent à Google ou Amazon. L’innovation technologique galopante (incarnée par l’achat en ligne, les accessoires de consommation comme les tablettes et les smartphones ou encore les médias sociaux) a modifié leurs attentes. Ils attendent des bibliothèques de recherche qu’elles procurent des services « n’importe où et n’importe quand », sans contrainte d’équipement, et, malheureusement, les bibliothèques ne répondent que rarement à ces attentes. La capacité à accéder à des ressources documentaires varie considérablement suivant le type d’usager et le sujet de sa recherche. À l’inverse, l’accès en ligne sans contrainte aux ressources numériques sous licence via la bibliothèque universitaire est devenu la norme de l’enseignement supérieur. Google Scholar et Microsoft Academic Research rendent aisément accessible du contenu de niveau recherche, distinguant clairement par une signalétique adaptée ce qui est payant de ce qui est libre d’accès. Des modèles de location d’e-book commencent à apparaître pour les particuliers utilisant des services comme OverDrive ou NetLibrary. Plus récemment encore, il est devenu possible de s’abonner à ce type de service ou de recourir à des modèles en streaming comme Scribd 10. Les bibliothèques nationales ont peut-être, de par la nature unique de leurs collections, été épargnées par la frénésie de toutes ces évolutions, mais pour combien de temps encore dans un monde numérique où le savoir est désormais en ligne ?

Les contenus deviennent numériques. Il ne s’agit en rien d’une surprise, mais bien de la poursuite d’une tendance amorcée dans les années 1980 par la révolution de l’informatique personnelle. Les chercheurs préfèrent, et de loin, les documents qui peuvent être consultés de leur propre bureau. Tous les grands éditeurs britanniques fournissent des contenus numériques. Il existe pour la plupart des sujets des bases bibliographiques et de résumés, nombre d’entre elles fournissant également l’accès plein texte. L’édition de livres électroniques se développe rapidement dans toutes les disciplines, et les titres dans les domaines universitaires et professionnels représentent près de 75 % des ventes de livres numériques au Royaume-Uni  11. L’éditeur STM Publishing ne publie presque plus qu’en numérique, alors que le support imprimé reste encore vivace dans les domaines des arts et sciences humaines. Le passage au numérique varie aussi considérablement d’un pays à l’autre. Les contenus numériques présentent de grands avantages : de nouvelles formes de recherche exploitant les technologies de l’information telles que le text mining (fouille de texte) et le data mining (exploration de données), un accès sans contrainte et des possibilités de recherche innovantes. Mais ils compliquent la donne pour les bibliothèques, à la fois sur le plan des capacités techniques requises et des moyens nécessaires à leur gestion. L’expérience à la British Library tend à prouver que l’offre d’un accès au contenu numérisé stimule en parallèle la demande des exemplaires physiques – c’est le cas par exemple de nos collections de presse qui sont numérisées de manière systématique dans le cadre de notre partenariat avec brightsolid 12.

Les contenus deviennent de plus en plus complexes et dynamiques. Les enquêtes d’usages menées par la British Library  13 montrent que les livres et les journaux sont généralement cités comme les ressources les plus consultées, mais qu’ils sont utilisés en conjonction avec d’autres types de documents. Ces autres catégories de contenu utiles aux chercheurs existent aussi bien sous support physique que dématérialisé, et comprennent les archives et les manuscrits, les sites web, les médias d’information, les contenus audiovisuels, les actes de congrès, les thèses, les publications « officielles » gouvernementales et non gouvernementales, les cartes et les données géospatiales, les compilations de données statistiques et de recherche, et les contenus générés par des usagers ou des médias sociaux comme les blogs et les tweets sous forme écrite ou audiovisuelle. L’utilisation de ces différents supports varie suivant les disciplines et les sujets. Par exemple, les usagers lançant ou gérant une entreprise peuvent recourir à des études de marché et des données sur les sociétés alors que des chercheurs en sociolinguistique se tourneront vers des enregistrements sonores à portée linguistique. Les contenus numériques présentent une grande variété de formats et de métadonnées. Les possibilités ouvertes par le caractère dynamique de l’édition numérique, par l’intégration de jeux de données externes, de vidéos et d’enregistrements sonores, de liens dynamiques et d’outils de modification des données, signifient que le principe d’un article statique localisé dans un numéro précis d’une revue donnée ne peut plus être appliqué à l’environnement numérique. Les bibliothèques ont su éviter d’adopter une attitude préférentielle envers un type de média et ont ainsi pu suivre, et même gérer activement, la complexité technique actuelle.

Le libre accès bouleverse la communication scientifique

La tendance est de plus en plus à l’édition en libre accès : de nombreux éditeurs traditionnels publient des revues en libre accès et nombre de bailleurs de fonds britanniques, européens et américains en font une condition de la diffusion des résultats de la recherche. Au Royaume-Uni, l’influent rapport Finch  14 prônait le libre accès comme d’intérêt public pour la publication dans des revues académiques des résultats des recherches financées par l’argent public, recommandation mise en œuvre par les Research Councils UK  15. Le Higher Education Funding Council for England (Conseil de financement de l’Enseignement supérieur en Angleterre  16) a lancé une consultation sur le futur (déploiement après 2014) système d’évaluation Research excellence framework et la possibilité qu’il recommande l’usage du libre accès. Les éditeurs de revues britanniques développent des options de libre accès. Les éditeurs et les bibliothèques sont également en cours d’expérimentation de nouveaux modèles pour les monographies, comme Knowledge Unlatched et Springer Open.

La British Library s’est inspirée de cette tendance et y a aussi participé : nous avons joué un rôle prépondérant dans le développement d’Europe PubMed Central 17, un réservoir d’articles de revues de biomédecine en libre accès, et nous donnons déjà accès à quelques revues et bases de données en libre accès. Bien qu’un document en libre accès soit gratuit pour l’usager, il induit d’importants coûts du cycle de vie pour les bibliothèques en charge de sa sélection, de sa conservation, de sa gestion, de son signalement et de sa mise en accessibilité.

Les données de la recherche sont conservées et réutilisées. Donner les moyens de découvrir, d’accéder à et de réutiliser des données de la recherche est une problématique qui intéresse de plus en plus les bailleurs de fonds de la recherche, les tutelles et les gouvernements. Les UK Research Councils ont développé une politique de réutilisation et de partage des données, conforme à leur objectif de rendre les résultats de la recherche financée sur fonds publics aussi libres d’accès que possible  18. Les universités britanniques commencent à installer des réservoirs de données dans une optique de conservation et de consultation. De nombreux éditeurs rendent désormais possibles les liens depuis un article vers les données de la recherche qui le nourrissent.

Une vision, une stratégie et un changement organisationnel pour la British Library

Au-delà des évolutions majeures du monde extérieur, la British Library devait tenir compte dans sa stratégie de contenu des changements significatifs déployés dans la Bibliothèque même. En 2010, la British Library a publié son 2020 Vision (« Vision pour 2020 ») qui annonçait notre ambition d’être « un axe majeur du réseau mondial de l’information, faisant progresser le savoir grâce à nos collections, notre expertise et nos partenariats, au bénéfice de l’économie et de la société et pour l’enrichissement de notre vie culturelle 19 ». Cette vision était bâtie sur cinq thèmes essentiels :

  • Assurer l’accès aux générations futures.
  • Permettre l’accès à tous ceux qui souhaitent faire des recherches.
  • Soutenir les communautés de chercheurs dans les domaines stratégiques pour le progrès social et économique.
  • Enrichir la vie culturelle de la nation.
  • Impulser et être partenaire du développement de la base mondiale de connaissances.

La politique documentaire s’inscrit dans chacun de ces axes stratégiques. Par exemple, « Enrichir la vie culturelle de la nation » est un message très net de soutien à la collecte des documents importants pour la culture et le patrimoine britanniques. Cette ambitieuse vision préparait le terrain pour notre 2011-15 Corporate Strategy : Growing Knowledge (« Stratégie d’établissement 2011-2015 : Développement de la connaissance  20 »). Mais en octobre 2010, le gouvernement britannique, parmi les mesures prises pour réduire les dépenses publiques, annonçait une baisse de 15 % du budget de fonctionnement de la British Library et de 50 % de son budget d’investissement. Des réductions supplémentaires de subventions de 1 à 2 % ont depuis eu lieu chaque année et, en juin 2013, l’examen des dépenses du gouvernement prévoyait une nouvelle baisse de 5 %. Il était dès lors évident qu’il fallait élaborer une stratégie de contenu qui soit avant tout efficace et rentable.

Le changement était suscité également par d’autres motivations. Le département des Collections avait été réorganisé en 2010, surtout au niveau des disciplines (par exemple les Arts et Sciences humaines), des sujets (par exemple les Études germaniques) et des supports (par exemple les cartes). Le service de fourniture de document de la Bibliothèque, qui procurait un accès à distance pour des contenus contemporains par un service de numérisation à la demande, source non négligeable de revenus pour la Bibliothèque, était en train d’évoluer vers un modèle plus flexible. Le développement de nouvelles infrastructures a permis de créer aisément des liens vers des contenus numériques produits par des éditeurs, permettant à la Bibliothèque de donner accès à ce contenu sous licence sans avoir besoin de le collecter. Des partenariats de numérisation en masse aboutissent à la création d’immenses collections numériques qui seront accessibles en ligne à la fois selon des modèles gratuits et payants. Citons comme exemples le partenariat avec Google en vue de numériser 400 000 livres européens libres de droit, l’accord avec l’éditeur commercial brightsolid pour numériser 40 millions de pages de journaux, et le projet avec la Fondation du Qatar qui vise à numériser des milliers de documents sur l’histoire du Golfe et sur la science arabe.

Les changements profonds au sein du monde de l’information et les évolutions majeures de la British Library, replacés dans le contexte de nos missions, ont formé la base de notre stratégie de contenu. Je vais maintenant en expliquer les principes majeurs et montrer comment nous les appliquons.

De l’accumulation des connaissances à l’intelligence des connaissances : notre stratégie de contenu et notre action pour la mettre en œuvre

La Bibliothèque développera ses collections principalement en termes de disciplines et de sujets, et proposera des services innovants pour certains de ces sujets.

La Bibliothèque développera principalement ses collections en termes de disciplines et de sujets. Nous pensons que c’est la meilleure manière de répondre aux besoins des communautés de chercheurs que nous desservons. Arts et sciences humaines, Sciences sociales, Sciences, technologie et médecine sont les trois grands champs disciplinaires dans lesquels la gestion des contenus sera organisée. Des sujets préciseront encore cette partition (par exemple, au sein des Arts et sciences humaines, des thématiques comme les Études européennes ou Langue et littérature anglaises). La priorité relative accordée au développement de contenus pour certains sujets est fonction des priorités des bailleurs de fonds de la recherche britannique, des besoins, usages et demandes des usagers, et du cadre des dispositions nationales en la matière.

Nous avons comme objectif de rester cohérents dans chaque discipline, en collectant autant que possible dans tous les domaines clés, mais en accordant la priorité à certains sujets et en reconnaissant que l’exhaustivité est une approche qui n’est ni économiquement durable ni adaptée aux besoins de nos usagers. Nous accordons la priorité aux contenus uniques, qu’il soit sous forme physique ou dématérialisée.

Nous avons développé une stratégie de contenu pour les Arts et sciences humaines, les Sciences sociales et les Sciences, technologie et médecine  21. Nous sommes en cours d’élaboration de nouvelles politiques documentaires pour chaque sujet et chaque support de document que nous collectons. Elles décriront le périmètre et les points forts des collections, les besoins et les demandes des usagers, les recommandations nationales, les principes directeurs pour le développement de services de collecte et de collecte/connexion sur le long terme, dans une logique de mise en œuvre des principes généraux précédemment énoncés.

Notre stratégie de contenu répond aux nécessités à la fois de notre politique de collecte à long terme pour les générations futures et de notre système d’acquisitions et de connexions pour fournir des services d’information utiles aux chercheurs actuels. Nous proposons aux chercheurs de certaines « niches » spécialisées des contenus et des services plus étoffés. Pour prendre un exemple dans les sciences sociales, le Management and Business Studies Portal (Portail des études en management et en sciences de l’entreprise  22) propose ainsi le texte de rapports de recherche dont les droits ont été cédés, des résumés, des documents de travail et des articles exclusifs de chercheurs et de consultants à la pointe de la recherche britannique en sciences du management. Nous comptons revoir nos priorités de sujets en 2015 et les ajuster suivant les évolutions de notre environnement.

Cependant, la recherche universitaire est souvent interdisciplinaire, avec des sujets innovants et complexes qui rentrent difficilement dans les cases d’une simple classification. Les supports de documents peuvent aussi constituer des champs d’étude à part entière, et présentent leurs propres modes d’interrogation, ce qui explique que nous continuons à développer des fonds spécifiques par support. Nous traitons ainsi à part les archives du web, les archives patrimoniales et les manuscrits, les cartes, la documentation sur la propriété intellectuelle, les publications officielles, la presse, les enregistrements sonores et audiovisuels. Par exemple, nous avons collecté par le biais de la UK Web Archive 23 (Archives du web britannique) 14 000 sites web qui publient des résultats de recherche et qui sont autant le reflet de la diversité des vies, des centres d’intérêts et des activités au sein du Royaume-Uni, que de l’innovation sur le web. En janvier 2013, nous lançons un nouveau service multimédia, Broadcast News (« Diffusion des nouvelles »), qui permet aux usagers en salle de lecture d’accéder aux bulletins d’information télédiffusés et radiodiffusés depuis mai 2010 par 15 diffuseurs différents. Et afin de promouvoir l’usage interdisciplinaire de nos collections, nous sommes en cours de développement de meilleures matrices de travail entre les conservateurs en charge d’un sujet et les experts d’un format – par exemple, entre les spécialistes de la science politique et les experts des archives du web.

Le patrimoine intellectuel et culturel du Royaume-Uni tient une place centrale dans la stratégie de contenu de la British Library, mais nous allons continuer à collecter à l’étranger des documents intéressant la recherche.

À la British Library, la culture et le patrimoine britanniques sont au cœur du développement de nos collections. La British Library a collecté un exemplaire de chaque livre, journal, revue et autres publications imprimées parus au cours des trois derniers siècles. Le 6 avril 2013, une nouvelle loi a été promulguée qui confie à la British Library et à cinq autres bibliothèques du Royaume-Uni et d’Irlande la responsabilité du moissonnage du web et de la collecte des publications numériques éditées au Royaume-Uni, renouvelant de la sorte un système séculaire conçu à l’origine pour le support imprimé.

Cette nouvelle législation nous amène à collecter une quantité inouïe et très riche de documents numériques et à les conserver pour toujours. La ressource documentaire ainsi créée sera unique de par sa taille et de par sa portée. Nous avons déjà collecté 80 000 articles de revues en ligne et nous commençons à intensifier la collecte des e-books. Nous avons réalisé des captures de l’intégralité du web britannique – quelque 4,8 millions de sites web du domaine .uk, représentant plus d’un milliard de pages. Notre but est d’être exhaustif : nous allons collecter tout ce qui est publié au Royaume-Uni, depuis les sites web de communautés locales jusqu’à ceux des plus grandes entreprises. À l’avenir, nous projetons de collecter le contenu du web mobile, les « documents » insérés dans des pages web tels que des rapports ou des actes de conférence, le contenu accessible derrière des paywalls (mécanismes de péage) ou des réseaux sociaux – les tweets publics ou les pages Facebook publiques par exemple. Nous menons aussi des crawls sur des thèmes d’intérêt national – par exemple, nous collectons les contenus traitant de la réforme controversée du système de santé public, de la mort le 8 avril 2013 de la baronne Thatcher, Première ministre britannique entre 1979 et 1990, et de la création du Parlement écossais.

Pourquoi est-ce si important pour la British Library ? Nous voulons conserver pour les générations futures de chercheurs l’image la plus complète et la plus fidèle possible de ce qu’était la vie au Royaume-Uni en 2013, afin qu’ils puissent s’intéresser à la manière dont nous vivions, dont nous travaillions et ce que nous ressentions. Internet constitue une part essentielle de notre culture et de notre patrimoine, mais nous estimons à à peine 75 jours la durée de vie moyenne d’une page web. C’est une mission capitale de préservation de notre mémoire culturelle que de s’assurer que ces éphémères documents en ligne ne soient pas perdus à jamais dans le trou noir numérique du XXIe siècle.

Dans un souci d’équilibre entre la mission de préservation des documents publiés sur le sol britannique et le devoir de respecter les droits d’auteur, l’accès aux contenus collectés par le biais du dépôt légal est restreint aux sites mêmes de la British Library et des cinq bibliothèques partenaires  24. Il est interdit de constituer à partir de ce dépôt légal du web une collection de contenus audiovisuels, et nous continuons donc à développer nos propres fonds par des acquisitions onéreuses et des dons (par exemple la pop music britannique).

À chaque sujet donné, nous enrichirons le fonds constitué par dépôt légal par des dépôts volontaires et des dons, et par des acquisitions onéreuses de documentation contemporaine, aussi bien britannique qu’étrangère. Notre stratégie de constitution n’est pas fondée sur la géographie, mais bien sur les sujets. Notre couverture de thématiques comme les Études européennes, les Études asiatiques et africaines et les Études australiennes et américaines illustre pleinement la dimension mondiale de notre perspective et la nature des relations entre le Royaume-Uni et le reste de la planète.

Grâce au programme d’acquisitions patrimoniales, nous collectons activement les documents d’importance significative pour l’histoire du Royaume-Uni et de ses relations avec le reste du monde. On peut citer comme exemples récents les remarquables évangiles de saint Cuthbert du VIIe siècle, ou le brouillon du fort apprécié The Young Person’s Guide to the Orchestra de Benjamin Britten. Les archives littéraires et politiques constituent une priorité. De plus en plus, nous collectons aussi bien des documents numériques que des livres ou d’anciens manuscrits. Par exemple, nous avons récemment acquis les 40 000 e-mails des archives numériques du poète Wendy Cope, ainsi que les images, les textes et les données numériques des archives du biologiste évolutionniste William Donald Hamilton. Nous poursuivrons notre politique d’appel à des fonds externes pour l’acquisition d’objets patrimoniaux exceptionnels, au prix d’achat élevé.

Nous allons acquérir plus de contenus numériques afin de suivre les tendances de l’édition.

Afin d’adapter notre stratégie aux changements de l’environnement informationnel, nous allons désormais, dès que possible, accorder la priorité aux contenus numériques (acquisitions et connexions) par rapport au support imprimé. Les recherches menées par Outsell, commanditées par la British Library dans le cadre de l’élaboration de 2020 Vision, indiquent que d’ici 2020, 75 % de la masse des publications mondiales ne sera disponible que sous forme électronique ou sous un format hybride imprimé/numérique.

Nous accélérons la transition entre les formats imprimé et numérique pour nos propres collections, en particulier pour les revues. Nous allons arrêter de collecter un document imprimé dès que nous pouvons récupérer son équivalent numérique. Nous continuons toutefois à collecter les versions imprimées pour les collections patrimoniales britanniques, comme par exemple pour la littérature de fiction. En d’autres termes, pendant cette période transitoire de passage progressif au numérique, nous continuons à collecter des documents imprimés en tant que réserve de sécurité, et en tant que collection-témoin de leurs derniers jours.

Nous allons poursuivre notre action d’achat de licences et d’abonnements à des contenus numériques afin de rendre un service optimal à nos usagers tant dans les espaces physiques de la Bibliothèque qu’à distance sur le web. Par exemple, nous sommes abonnés à plus de 800 ressources en ligne, qui complètent l’offre de nos services tels que le Business and IP Centre (Centre de l’entreprise et de la propriété intellectuelle). Dans les salles de lecture de la section Sciences, l’accès aux livres électroniques sous licence offre l’avantage d’une recherche sur de grandes masses de contenu agrégées. Pour les générations futures, nous collectons les contenus numériques exclus des dispositions du dépôt légal : par exemple, la récupération par notre service Diffusion des nouvelles, lancé en janvier 2013, des milliers d’heures de bulletins d’information télé- et radiodiffusés.

L’échelle de ces projets de collectes et de connexions à des contenus numériques nécessite d’importantes améliorations de notre infrastructure informatique, de l’étape de l’acquisition à celle de la conservation ou de la mise en accès. Par exemple, nous développons de nouveaux workflows hautement automatisés pour obtenir directement des éditeurs leurs contenus électroniques, les intégrer à notre système de bibliothèque numérique et les rendre interrogeables sur notre moteur de recherche « Explore the British Library ».

Nous allons multiplier les connexions aux contenus numériques et adopter pleinement le libre accès.

L’environnement numérique rend possibles les connexions qui permettent aux bibliothèques de ne pas avoir à forcément détenir un contenu pour pouvoir donner accès. Il est vital de rendre nos contenus accessibles en ligne si nous voulons rester pertinents. Pour ce faire, la British Library a recours aux abonnements et achats de licences avec droits d’accès perpétuels dans certains cas ; mais aussi à de nouveaux modèles de licences qui autorisent la livraison immédiate à l’usager depuis le site web de l’éditeur (dans le cas de contenus que la Bibliothèque ne souhaite pas posséder), au système de liens vers les ressources en libre accès et aux services de numérisation à la demande.

Ainsi qu’il a été dit précédemment, la British Library s’est déjà engagée dans le libre accès et soutient pleinement ce principe. Outre Europe PubMed Central, nous hébergeons le service EThOS  25, plate-forme en pleine expansion de plus de 300 000 thèses britanniques disponibles en ligne en libre accès, soit en version numérique native soit sous forme de numérisation à la demande. Nous fournissons une recherche intégrée par le biais de notre catalogue en ligne sur un corpus de sélections d’articles de revues et d’ensembles de données en libre accès dans les disciplines des sciences, technologie et médecine (essayez, par exemple, une recherche « eau » qui aboutira à plusieurs sets de données en libre accès). De plus en plus, la British Library projette de se lier autant qu’elle le pourra à du contenu en ligne en libre accès – comme par exemple en créant des liens vers des articles de revues publiés sous licence Creative Commons dans les réservoirs universitaires ou sur les sites des éditeurs.

Nous allons poursuivre la numérisation de nos propres exemplaires, financée par des partenariats commerciaux et des dons philanthropiques. Par exemple, nous sommes en train de numériser, en partenariat avec Google, 4 00 000 de livres européens libres de droit publiés entre les XVe et XVIIe siècles ; nous avons déjà numérisé 7 millions de pages d’articles de presse sur un total de 40 millions avec le soutien de l’éditeur commercial brightsolid ; et nous sommes en cours de numérisation de 200 000 ouvrages, manuscrits, photographies, journaux de tranchée et autres documents d’un très grand intérêt, dans le cadre du projet Europeana 1914-1918. À chaque fois qu’il l’a été possible, nous avons rendu ces contenus accessibles par le biais de licences ouvertes. Par exemple, nous avons rendu les copies numérisées de 60 000 livres du XIXe siècle librement accessibles en tant que contenu relevant du domaine public. Nous rendons nos contenus numériques créés sous licence Creative Commons disponibles pour d’autres plates-formes, comme Wikimedia pour notre projet Picturing Canada ou Early Music Online pour les images de 22 000 manuscrits de partitions. À l’avenir, nous souhaiterions fournir des liens vers des livres numériques libres d’accès dont nous ne détenons qu’un exemplaire imprimé, en passant par des services comme le Hathi Trust, le Projet Gutenberg et Google Books.

Nous tendons également à rendre nos données, à l’instar de nos contenus, aussi libres que possible afin que les chercheurs puissent exploiter de manière innovante nos extraordinaires collections numériques. Le jeu de données de la Bibliographie nationale britannique est accessible selon les principes du web des données ouvert sous licence Creative Commons Zero (CC0). Un million de notices extraites de nos Archives intégrées et de notre Catalogue des manuscrits est également disponible sous licence CC0 (mais pas encore en tant que web des données), et notre catalogue numérisé de 9 500 manuscrits enluminés a récemment été mis en ligne en tant que contenu appartenant au domaine public.

Nous allons ajouter de la valeur à ces contenus par curation et en encourageant nos usagers à les enrichir par le biais de leurs communautés.

Nous voulons inciter nos chercheurs, nos étudiants et nos visiteurs à s’engager pour compléter notre expertise curatoriale et, ce faisant, ajouter de la valeur à nos contenus. Par le biais du projet UK Soundmap 26, lancé en juillet 2010, nous avons demandé aux gens d’enregistrer les sons de leur environnement, que ce soit leur domicile, leur travail ou le lieu de leurs loisirs. Depuis, plus de 2 000 enregistrements ont été transmis par plus de 350 contributeurs. Également, la carte interactive « Your accents » affiche une collection d’enregistrements créés entre novembre 2010 et avril 2011, produit de l’exposition de la British Library, « Evolving English : One Language, Many Voices » (Évolution de l’anglais : une langue, de nombreuses voix). Au cours de cette exposition, des visiteurs de toutes les nationalités ont été encouragés à enregistrer leur voix afin d’aider la Bibliothèque à restituer les accents anglais contemporains.

Le projet de la British Library Geo-referencer 27 a permis le géoréférencement par crowdsourcing en moins d’un mois de 2 400 cartes numérisées de l’Angleterre et du Pays de Galles datant du XVIIe au XIXe siècle. Aussi bien des experts que des amateurs enthousiastes ont indexé des cartes historiques avec des coordonnées modernes, et ces données géospatiales additionnelles font désormais partie intégrante de la collection numérique de la Bibliothèque.

L’expertise du personnel de la Bibliothèque joue un rôle capital dans le développement de nos collections. Les 200 conservateurs et professionnels de la documentation de la Bibliothèque sont issus de toutes les formations disciplinaires et sont des experts dans leur domaine de recherche. Ce personnel qualifié mène des recherches sur nos collections et les exploite, et est à même d’apprécier leur provenance et d’en expliciter le contexte. Ces agents sont autant de scientifiques des données, d’historiens, de gestionnaires de projet, de diplomates et de ponts entre la tradition et la modernité. Ils se meuvent dans un monde complexe de droits d’auteur et de libre accès, de payant et de gratuit, de physique et de numérisé, de relations intégrées ou distribuées, et collaborent avec des groupes multidisciplinaires sur des projets spécialisés.

Tout en nous appuyant sur les compétences de nos spécialistes, nous souhaitons trouver de meilleurs moyens de partager avec nos usagers, d’établir une relation significative et durable. Nous voulons mieux appréhender, dans un procédé analogue au crowdsourcing, la riche expertise des diverses communautés de nos usagers. L’association des ressources disponibles en interne et dans ces communautés débouchera sur un processus catalytique à grande échelle d’enrichissement de nos contenus. Les usagers ont la possibilité de tagger et de partager du contenu via notre catalogue en ligne, mais cet usage est aujourd’hui peu répandu. Nous devons proposer un environnement en ligne plus convivial afin d’encourager nos usagers à interagir avec nos agents (et vice versa) et de travailler à favoriser de meilleurs rapports.

Conclusion

La stratégie From stored knowledge to smart knowledge marque une évolution plutôt qu’une révolution du développement des collections de la British Library. Mais l’ampleur des défis qui nous attendent est considérable et la période qui mène à 2015 n’est qu’une étape dans notre voyage vers un futur numérique. En particulier, nous projetons d’augmenter la masse de contenus numériques directement transmis aux chercheurs. Voilà qui requiert de l’ingéniosité et de la capacité à innover, ainsi que des investissements en infrastructure alors que les budgets sont extrêmement contraints. Pour 2020 et au-delà, nous anticipons encore plus de changements dynamiques ; peut-être par un développement accéléré des collections d’applications, des jeux de données dynamiques, des contenus mobiles, des médias sociaux, audio et vidéo. Mais il existera des continuités aussi bien que des mutations. Le temps aidant, dès que la législation et le droit le permettront, nous espérons que les usagers pourront avoir accès à une part bien plus importante du contenu des collections, d’une richesse extraordinaire, de la Bibliothèque, afin de participer au développement de la recherche, de l’innovation, de la culture et de l’inspiration.

Les bibliothèques ont toujours constitué dans leur identité même un profond paradoxe : il s’agit de lieux physiques que les êtres humains fréquentent afin d’en retirer les choses les plus immatérielles qui soient – les idées, le plaisir, l’inspiration – et qui redéfinissent de la sorte les notions de constitution sur lesquelles les bibliothèques ont été fondées. La British Library est en passe de devenir un nouveau type de bibliothèque en sachant rester fidèle aux principes des bibliothèques traditionnelles dans cet étourdissant âge du numérique  28. •

Article traduit de l’anglais par Emmanuel Jaslier.

Octobre 2013