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Congrès Liber 2013

Cécile Swiatek

Liber – Ligue des bibliothèques européenne de recherche – a tenu son congrès 2013 à Munich (Allemagne) du 26 au 29 juin sur le thème « Research Information Infrastructures and the Future Role of Libraries  1 ». Le congrès proprement dit était précédé du « Leadership Seminar », un programme de formation sur deux ans qui existe depuis 2011, destiné aux cadres intermédiaires et futurs directeurs de bibliothèque, organisé par le groupe Leadership du comité Reshaping the Research Library sous la houlette de Julien Roche, directeur du SCD Lille 1.

La thématique 2013 a emmené les congressistes de Liber vers une découverte et un partage d’expériences centrées sur l’évolution des bibliothèques et leur positionnement dans leurs environnements politique, académique et technologique. Communications et posters se sont penchés sur la question du Research Data Management (RDM), la gestion des données de la recherche, qu’il s’agisse de production, de préservation, de conservation, de numérisation ou d’open édition par les universités et organismes des données sur lesquelles se fonde la recherche. La question de la formation des usagers et notamment des doctorants a bien entendu été présente sur ces questions, pour sensibiliser les étudiants et les chercheurs, mais également pour inciter les bibliothécaires à l’usage direct de l’Open Access avec des dispositifs comme OpenCourseWare et MOOCs. Les actions de crowdsourcing, qui impliquent directement l’usager dans la construction des données, ont également été présentées.

Focus sur l’Open Research Data

Liber 2013 a dressé l’état des lieux des opérations et débats en cours. La bibliothèque comme appui à la recherche rencontre aujourd’hui un défi essentiel à relever : apporter et mener le débat sur l’Open Access au niveau de chaque université, et décliner les questions de savoir libre (Open Knowledge) en termes d’enseignement et de recherche (Open Scholarship).

La séance plénière de Liber 2013 traitait de la révolution dans l’Open Science et s’est concentrée sur l’articulation entre l’Open Data et le rôle des bibliothèques. Geoffrey Boulton de la Royal Society, auteur de Science as an Open Enterprise, est intervenu afin de dresser un état des lieux des enjeux et difficultés que rencontrent les bibliothèques  2.

Selon les disciplines et les institutions, les positionnements des bibliothèques sont assez différents face aux données de la recherche. Dans les universités de science et de technologie, le rôle des bibliothèques s’oriente plutôt vers de l’advocacy afin de promouvoir l’échange et la réutilisation des données et des métadonnées descriptives : les bibliothèques ne gèrent pas directement les données de sciences dures, mais ont plutôt pour objectif de présenter aux chercheurs les schémas de gestion de données existants et de les conseiller dans leurs choix de modèle et d’usage de données. Elles soutiennent les enseignants-chercheurs dans la création de leurs plans de gestion de données (Data Management Plans – DMP). En lettres et sciences humaines et sociales, les bibliothèques ont un rôle plus concret à prendre dans la politique et la mise en place de ces opérations : elles peuvent œuvrer directement à la conservation et à la préservation des données de tout type, y compris images, sons, vidéo, et s’assurer de la préservation des données produites par des individus ou de très petits groupes de recherche.

Quel métier pour ces missions ? Concrètement, qui gère la masse de données ? La bibliothèque, ou l’université selon les cas, commence à s’orienter vers un nouveau type de recrutement pour faire face à ces défis.

En sciences et technologie, c’est un RIM – Ressource Information Manager – ou un Data Scientist qui est chargé de ces opérations. Il s’agit généralement d’un agent issu du milieu de la recherche ou de l’édition scientifique universitaire, qui se positionne à cheval entre les groupes de recherche de l’institution et la bibliothèque devenue éditeur universitaire. Il a pour mission de gérer la masse de données à publier. Cela ne se limite(ra) pas aux articles, mais peut également englober les données sources de la recherche – notes et tapuscrits du chercheur, données brutes sur lesquelles s’appuie la publication scientifique, données de contexte, etc.

En lettres et sciences humaines et sociales, c’est la bibliothèque qui est toute désignée pour être le service responsable. Mais dans les deux cas, la bibliothèque fournit le cadre de travail et tient un rôle d’initiateur, de formateur et de lien entre les unités de recherche et le service gérant la politique de gestion des données. La bibliothèque a donc une place active à tenir dans les débats sur l’Open Access. Elle n’est plus un collecteur passif des matériaux et de leur description, mais s’oriente vers un futur qui peut sembler un peu effrayant mais qui s’annonce riche en possibilités : rejoindre de nouveau les processus de recherche, et agir comme ressource clé dans le soutien des missions universitaires de recueil et de diffusion des connaissances. La collaboration entre Liber, la LERU  3 et la Commission européenne prend ici tout son sens.

La bibliothèque de University College, éditeur de données

La Grande-Bretagne, outre la promotion de l’Open Access avec la mise en place très attendue de la base de connaissance publique et ouverte pour les ressources électroniques GOkB qui sera diffusée à tous fin 2013 début 2014, a mis en place des programmes de soutien à l’Open Data dans le secteur public. Dans le sillage du G8, elle promeut l’« open by default », et diverses universités se sont lancées avec leurs bibliothèques dans la mise en place de programmes de gestion des données de la recherche. University College  4 de Londres dispose ainsi d’un programme avancé en la matière grâce à sa bibliothèque : la mise en place de la structure, l’ouverture du service de publication de revues et l’impression des monographies a coûté à l’université trois millions de livres sterling hors frais de personnel, supportés par la bibliothèque. Résultat ? La bibliothèque est désormais réintégrée au cœur du circuit de publication dont elle était absente depuis plusieurs années, et même davantage – la bibliothèque a un statut d’éditeur puisqu’elle gère une presse OpenAccess au niveau de l’université (revues de l’Université, réservoir en Open Access, édition de revues OJS – Open Journal Systems). Elle entretient un partenariat avec les divers départements de l’université sur les questions de publication pour lesquelles elle fournit le support et assure la conservation, l’accessibilité et la pérennité des données. Ceci permet, de plus, à l’université d’inclure les articles d’étudiants avancés et de fournir à ses jeunes et futurs chercheurs une première expérience de la publication et de l’édition scientifique.

Cet exemple renvoie bien au déluge de données auquel les universités et organismes de recherche font face aujourd’hui. Comment gérer cette masse de données ? Comment les organiser ? les archiver ? les conserver ? permettre et faciliter leur consultation ?

Liber, la Commission européenne et l’Open Science pour le XXIe siècle

Le programme « Riding the Wave » de la Commission européenne a permis de publier des recommandations européennes sur l’accès et la préservation des informations scientifiques  5. H2020 WP (Horizon 2020 Working Programme) 6 vise, dans la poursuite de « Riding the Wave », à s’assurer que la Commission européenne possède des infrastructures de recherche de haut niveau sur le plan mondial. Les universités recevront les premiers appels H2020 en 2014. Les bibliothèques n’en sentiront pas les effets immédiatement, mais accompagneront activement les universités et organismes dans leurs évolutions en termes d’organisation de la collecte des données dans la décennie à venir.

Liber entretient des relations régulières avec la Commission européenne, prend position sur divers sujets et en particulier actuellement sur le classement européen U-Multirank. Liber participe à des programmes européens  7 comme Europeana Cloud, Europeana Newspapers, le projet de recommandations pour le partage des données scientifiques ReCODE et ses « 10 étapes » à l’horizon 2020, ou le MoU (Memorandum of Understanding) sur la numérisation des œuvres épuisées, le projet ENUMERATE, etc.

Quel que soit le niveau ou l’angle d’approche de l’OpenAccess Research Data retenu, la discussion est désormais ouverte avec CARL, CERL, CNI, EBLIDA, LERU et SPARCEurope sur la gestion des données de la recherche (RDM – Research Data Management) et sur le rôle des bibliothèques dans le cadre H2020 de la Commission européenne. Une table de discussion publique a réuni l’ensemble de ces intervenants lors du congrès Liber 2013.

Bientôt, le bibliothécaire sera-t-il de retour dans le laboratoire ?

Les interventions 2013 étaient placées sous le signe de l’avenir des collections, des services, des métiers. Et il ressort de ce congrès, de manière encore plus marquée que lors des deux années précédentes, que l’avenir des bibliothèques se pose en termes de fonction : quelle va être la fonction de la bibliothèque au sein de son institution ? Comment nous préparer sans aller trop vite, mais sans trop attendre et risquer d’être surpris ?

Deux trains sont en marche : celui des compétences en matière de gestion de données alors que le déluge des métadonnées nous guette à très court terme, et celui des relations aux publics – formations pour les publics étudiants et jeunes chercheurs ; impulsion, accompagnement, archivage et diffusion des données de la recherche pour les chercheurs ; confiance et ouverture envers les publics motivés pour les opérations de crowdsourcing ; questions d’accessibilité et de diffusion de l’information ; acquisitions électroniques effectuées par le public…

Et pour assister au prochain congrès Liber, rendez-vous du 2 au 5 juillet 2014 à Riga  8 (Lettonie), capitale européenne de la culture 2014, et lieu de l’exposition « Book 1514-2014 ». Quand au rendez-vous bisannuel du Liber Architecture Group, il aura lieu du 6 au 9 mai 2014 à Helsinki (Finlande). •