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Ressources documentaires en musée

Rôle, place et prospective

Sophie Bernillon

L’ADBS Nord Picardie organisait le 21 mars 2013 une journée d’étude au Centre de ressources du Louvre Lens  1, quatre mois après l’ouverture du musée. Choix fort judicieux d’un musée qui a fait la part belle à son centre de ressources, afin d’échanger entre professionnels autour des missions des services de documentation en musée, des enjeux de la présence des ressources numériques en ligne et enfin de l’identité, des réseaux et de la formation des documentalistes en musée.

Documentaliste en musée ?

Maryse Rizza, chef de projet en gestion documentaire (université de Lille 3), a introduit la journée en présentant ses travaux autour de la dématérialisation du dossier d’œuvre. Ce dossier, constitué par les documentalistes de musée, peut contenir jusqu’à 65 critères renseignés. Il est au confluent de plusieurs disciplines, et à la croisée de plusieurs domaines législatifs à prendre en compte dans le cadre d’une numérisation. L’un des principaux enjeux de la diffusion numérique du dossier d’œuvre est le déplacement de la connaissance des corps scientifiques des institutions muséales vers d’autres corps de métier en interne puis plus largement encore, ce qui provoque parfois certaines résistances.

La table ronde qui a suivi a permis de prolonger la réflexion et les échanges autour de l’identité professionnelle du documentaliste en musée, de sa formation et de ses réseaux. Bruno Richardot, président de l’ADBS Nord Pas-de-Calais, a présenté à une assistance en majorité composée de documentalistes de musée le groupe qu’il préside et les activités du secteur culture de l’ADBS.

La bibliothèque du LaM (Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut ), représentée par sa responsable Corinne Brabant, est un pôle documentaire d’excellence sur l’art brut qui travaille essentiellement en réseau. Elle est ainsi insérée à plusieurs niveaux dans des réseaux, internes et externes : Videomuseum  2 (réseau de musées et d’organismes gérant des collections d’art moderne et contemporain) ; le réseau interne avec le service de conservation pour les archives du musée et le service éducatif qui gère la programmation de l’auditorium ; le réseau des écoles d’art dans le Nord Pas-de-Calais, des partenariats avec la bibliothèque municipale de Lille pour toucher le grand public, ainsi qu’une insertion dans les catalogues et bases bibliographiques du Sudoc, de l’INHA, de l’ABM  3, et même un partenariat avec le Grand-Hornu en Belgique. Tout ceci dans le but d’assurer une visibilité à cette documentation auprès des chercheurs et du public.

Isabelle Gaétan, responsable de la documentation du musée d’Orsay, a présenté le centre de documentation du musée d’Orsay, son histoire, ses missions et ses activités principales autour de la constitution des dossiers d’œuvre et de leur diffusion, les projets de service liés à leur numérisation, ainsi que la composition de l’équipe du centre et la formation de ses membres.

Clotilde Vaissaire-Agard, consultante formatrice en ingénierie documentaire (société de conseil CF2ID) a enfin posé une des questions fondamentales de cette journée : qu’est-ce qu’un documentaliste de musée ? Certains documentalistes de musée sont très spécialisés, ce qui leur pose parfois un problème de positionnement par rapport aux conservateurs du musée. L’œuvre est-elle un objet documentaire ? Les documentalistes de musée ont bien souvent une triple compétence : en documentation, en histoire ou en histoire de l’art, et en gestion des œuvres et des collections (récolement, photos, tenue des réserves, parfois régisseur, suivi des restaurations). À une exception près (un DUT, une licence et un master pro à l’université du Havre), il n’existe aucune formation spécifique de documentaliste de musée en France. Clotilde Vaissaire-Agard a été chargée de mener une expérience dès 2007 au Louvre avec la constitution d’un groupe de travail de 15 documentalistes issus de tous les départements du musée, animé par Corinne Jouys-Barbelin, documentaliste au Louvre. L’objectif de cette mission était de dresser un état des lieux des ressources documentaires du musée, de mener une réflexion sur l’élaboration de fiches pratiques pour une mise en cohérence des pratiques et de professionnaliser dans un premier temps ces 15 documentalistes en vue d’élaborer un plan de formation, mis en place en 2010-2011 pour tous les documentalistes du musée.

Les nombreux échanges avec la salle ont clôturé la matinée, ont montré combien l’intitulé de la journée était pertinent, et comment la question du rôle et de la place des centres de ressources documentaires en musée était d’actualité.

Ressources numériques et patrimoine public

La partie prospective était abordée l’après-midi avec le numérique comme clé pour transmettre le patrimoine public.

Emmanuelle Bermès, chef de projet au service multimédia du Centre Georges Pompidou est venue présenter le Centre Pompidou virtuel, ouvert en octobre 2012, et l’apport du web sémantique pour la diffusion de ressources numériques culturelles. Le Centre Pompidou a fait le choix de mettre en avant sur son site web des informations documentaires. C’est une approche originale dans le monde des bibliothèques, qui semble plus perturber les professionnels que le public. C’est l’idée de la visite, avec sa dimension de hasard, qui a prévalu dans ce projet. Le Centre Pompidou ne dispose pas encore de données statistiques sur l’utilisation du site par le public. Emmanuelle Bermès trouverait intéressant d’avoir une politique d’open data pour mettre à disposition des ressources en ligne, et pouvoir proposer parfois un accès à d’autres données que celles du Centre Pompidou pour enrichir les résultats.

Rémi Mathis, conservateur au département des Estampes de la BnF, et président de Wikimedia France, a fait état du manque de visibilité des ressources patrimoniales françaises sur le web. Wikipedia étant le sixième site français en termes de consultation, et le premier site culturel, Wikimedia France propose aux institutions culturelles d’être là où se trouve le public. Différentes expériences de co-construction de contenu avec des wikipédiens dans les institutions culturelles ont ainsi été menées avec succès au muséum de Toulouse, au musée de Cluny, et au musée de Champlitte en Haute-Saône. Fournir et partager ses métadonnées est une opportunité pour ces institutions d’être présentes sur le web et de toucher un nouveau public.

Le Centre de ressources du Louvre Lens

La journée s’est terminée avec la présentation du Centre de ressources du Louvre Lens par sa directrice, Anne Lamalle.

Ce centre de 800 m², situé dans le hall d’accueil du musée, face à la librairie-boutique, a été conçu dans le projet scientifique et culturel de l’EPCC Louvre Lens comme un lieu de transmission et de partage des savoirs, une boîte à outils et un mode d’emploi du musée. Pour ce partage, un fonds documentaire de 5 000 ouvrages a été constitué, auquel s’ajoutent des collections audiovisuelles, et toutes ces ressources seront prochainement accessibles sur un portail documentaire. Le centre propose également un accès aux collections et aux métiers du musée, ainsi que des ressources sur les œuvres présentées pour tous les types de public, jusqu’aux néophytes.

Anne Lamalle a rappelé le cadre du projet du Louvre Lens, « Le Louvre autrement » : il s’agissait de tester un questionnement sur le Louvre, de déplacer les points de vue sur l’institution, de se réinterroger sur le service. Un effort important est consacré aux actions de médiation, de démocratisation de l’accès au musée, avec un accent sur la dimension numérique dans l’ensemble du musée. Le projet phare consistait à redéployer les collections du Louvre en décloisonnant les départements et les disciplines à travers l’approche universelle de la chronologie. Le centre de ressources est un lieu intermédiaire entre le service de conservation du musée et les services aux publics, avec une mission de partage. Le portail documentaire, qui ouvrira dans les prochains mois, a pour objectif de se rapprocher de celui du Centre Pompidou, en co-construction avec les publics. Ce musée se veut un laboratoire.

Quatre mois après son ouverture, le centre de ressources a trouvé son public, de 5 à 10 % de la fréquentation du musée en moyenne. Il y a déjà un public d’habitués (public de proximité). Le centre est conçu comme un lieu de lecture publique, ouvert 6 jours sur 7 aux horaires d’ouverture du musée, et propose une programmation culturelle grâce à ses espaces de projection et de conférence.

Cette présentation s’est conclue par une visite du centre de ressources et des réserves du musée. Un parcours apprécié par l’assistance visiblement enthousiasmée par ce beau projet et passionnée par les nombreuses questions abordées dans la journée. •