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Vente de livres déclassés

Christine Carrier

La bibliothèque municipale de Grenoble organise depuis de nombreuses années une vente de documents dits « déclassés » tous les ans au mois de janvier. Plus de 5 000 documents sont ainsi proposés à la vente. L’objectif est de donner une seconde vie à des documents de lecture publique retirés des collections du réseau des 14 bibliothèques de Grenoble en créant un événement annuel et festif. Elle répond également à un objectif moins direct qui consiste à sensibiliser nos élus au fonctionnement des bibliothèques, notamment la nécessité de renouveler les documents proposés et donc de voter des crédits d’acquisition annuels.

Cette vente est réalisée après un désherbage des collections afin de faire de la place dans les rayons des bibliothèques et d’offrir ainsi de nouveaux documents plus récents, adaptés et neufs à nos 40 228 abonnés.

La préparation

Une vente annuelle ne s’improvise pas. Des étapes sont à respecter afin de lui garantir le succès nécessaire et l’adhésion des personnels qui auront envie de la porter et d’y participer.

Le désherbage est réalisé tout au long de l’année avec un temps fort pendant l’été. Tous les documents sont concernés : des revues en passant par les livres adultes et jeunesse mais également les CD musicaux. Seuls les films sont absents de cette vente. Au-delà des problèmes juridiques liés à une revente éventuelle, les fonds ne sont pas encore suffisants pour répondre à la demande très forte sur le réseau et les supports deviennent vite inutilisables car usés. Bien sûr, aucun document ancien à valeur patrimoniale n’est concerné par cette vente.

Un travail est alors réalisé sur ces collections désherbées afin qu’une partie vienne rejoindre « le fonds commun » du réseau. Il s’agit en effet de conserver au moins un exemplaire des documents retirés des prêts dans une réserve particulière appelée « fonds commun » afin de permettre à des livres à rotation lente de continuer à être à disposition sur le réseau tout en libérant de l’espace dans les collections en accès direct. Il est installé physiquement dans les magasins de la bibliothèque d’étude et d’information, en accès indirect, sur demande des lecteurs du réseau. Ce fonds viendra à terme enrichir les collections anciennes. Il permet également de faire circuler des livres devenus indisponibles car épuisés alors même qu’ils gardent un intérêt documentaire, historique ou littéraire.

Ce travail d’enrichissement du fonds commun terminé, les collections désherbées sont alors supprimées du catalogue informatique, les pages de titre sont tamponnées afin de signifier que les documents ont été retirés des collections de la bibliothèque de Grenoble, et mises en carton avec un signalement de leur contenu pour permettre de les disposer à la vente de manière cohérente. Toute une organisation spécifique est mise en place afin de collecter les cartons ainsi préparés dans les 14 bibliothèques sous forme de tournées régulières prévues dans un planning précis. Un stockage doit ensuite avoir lieu afin d’entreposer les cartons à l’abri de l’humidité et de la poussière pour une conservation optimale jusqu’à la vente. Ce lieu de stockage doit être accessible facilement en terme d’horaires, de proximité, d’espace afin que les chargements et déchargements successifs soient facilités pour le personnel de la bibliothèque.

En amont de la vente, la préparation de l’événement nécessite, là encore, une logistique particulière car il s’agit de manipuler en peu de temps tous les cartons entreposés afin de les amener sur le site de la vente. Camion avec hayon, diables et renforts sont les bienvenus afin d’aider l’équipe technique de la bibliothèque. Depuis plusieurs années, des personnes en travail d’intérêt général sont ainsi embauchées pendant toute la durée de la vente et encadrées par l’équipe technique.

La vente

La vente est organisée dans une salle communale prêtée par un équipement culturel de quartier, « La Chaufferie », à la jonction des quartiers Teisseire et Abbaye. Il est important pour nous que cette vente ait lieu en quartier, dans des lieux géographiques où il n’y a pas de librairie et dans des espaces fréquentés par les habitants du quartier dans leur quotidien ; une salle communale qui sert à la fois aux mariages ou aux événements familiaux festifs est symboliquement importante ainsi que le partenariat avec l’équipement culturel qui nous accueille. La vente a également eu lieu plusieurs années de suite dans l’espace socioculturel du Patio à la Villeneuve, autre quartier dit difficile de Grenoble.

L’événement se déroule sur deux jours : vendredi après-midi et samedi toute la journée. Il nécessite la présence en nombre de personnels volontaires des bibliothèques afin de tenir les caisses, répondre aux questions, orienter le public et regarnir les tables avec des nouveaux documents à la vente. En effet, les documents sont placés sur des tables et présentés de face dans les cartons découpés à cet effet. Très régulièrement au fur et à mesure de la vente, il s’agit de mettre de nouveaux documents à disposition du public selon une organisation de l’espace qui permette au public de se repérer entre les documents jeunesse (eux-mêmes classés en albums, romans, documentaires), les revues, les BD, les romans adultes, les biographies, un grand espace dédié aux documentaires adultes et, enfin, un espace musique avec CD et parfois partitions musicales. Le « stock » est placé sous les tables et l’ouverture des cartons nécessite un peu d’espace de manipulation pour le personnel badgé, alors même que le public se presse en grand nombre devant les tables de présentation.

Les plannings comprennent des créneaux de deux heures et sont à remplir en janvier pour les personnels volontaires. Afin d’être suffisamment nombreux, entre six et huit personnes doivent être présentes en même temps par créneau horaire le vendredi toute la journée (préparation le matin et ouverture l’après-midi) ainsi que le samedi. Les collègues récupèrent, s’ils ne travaillent pas les jours concernés, 1 heure 15 pour une heure travaillée.

Les caisses enregistreuses sont louées pour les deux jours de la vente et le régisseur de recettes des bibliothèques en supervise le bon déroulement, vérifie et transporte les recettes.

Le samedi en fin d’après-midi, les documents non vendus sont remis en carton afin d’être pilonnés. Dès le lundi matin, ils sont transportés à la déchèterie par l’équipe technique qui range les tables et remet la salle en l’état.

Il peut arriver que quelques cartons de documents soient conservés pour l’année suivante, notamment des romans jeunesse ou livres en langue étrangère. Nous accédons également régulièrement à des demandes d’associations caritatives qui nous sollicitent en amont ou en aval de la vente afin de récupérer certains documents.

Les acheteurs

Aucune étude des publics n’a été réalisée mais l’on constate au fil des années que de nombreux habitués attendent cette vente, que des étudiants sont présents ainsi que des familles, et que le public du quartier où a lieu la vente vient également s’approvisionner. Il faut dire que la file d’attente qui se constitue dans la rue à l’ouverture le vendredi après-midi est impressionnante et doit susciter la curiosité.

Les recettes varient d’une année sur l’autre entre 6 000 et 10 500 euros avec des tarifs allant de 20 centimes d’euros pour les revues et les petits albums à 5 euros pour les beaux livres illustrés. Les tarifs sont fixés par délibération du conseil municipal et donnent l’occasion de discuter avec les élus de l’utilité de cette vente.

Le produit de la vente est réaffecté aux budgets des bibliothèques en cours d’année et sert depuis six ans à améliorer l’accueil des usagers dans le réseau des bibliothèques, après avoir longtemps été donné à des associations de coopération internationale qui intervenaient dans le domaine du livre et de la lecture dans les pays en voie de développement.

En résumé, si l’investissement et la mobilisation des personnels sont très importants dans l’organisation et la réussite de la manifestation, c’est aussi un moment très attendu par le public et pour lequel les retours presse sont nombreux. •

Mai 2013