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Marine Aubinais

Les bibliothèques de rue

Montrouge, Bayard, 2010, 168 p., 15 cm
ISBN 978-2-227-48229-6 : 10 €

par Louis Burle

Toucher les non-lecteurs, les publics éloignés de la lecture, les personnes en grande précarité dont le nombre ne cesse d’augmenter, apporter la lecture à tous, là où les institutions ont échoué ou ne sont jamais allées, voici ce que fut et ce qu’est toujours l’expérience des bibliothèques de rue conduite par l’association caritative ATD Quart Monde. L’auteur, Marine Aubinais, journaliste, décrit la genèse de cette initiative salutaire initiée en région parisienne en 1968, donne des exemples précis et la parole à des porteurs d’initiatives. L’ouvrage est d’un grand intérêt à plus d’un titre, il propose une méthode explicite pour construire un projet et le mener : comment monter un projet, aborder un public et surtout l’intriguer et le captiver, poursuivre l’action quelles que soient les conditions extérieures et environnementales – comment fermer une bibliothèque de rue également.

Née dans le bidonville de Noisy-le-Grand en 1968, cette initiative portée par le fondateur d’ATD Quart Monde, l’aumônier Joseph Wresinski, a connu un vif succès comme outil de diffusion culturelle. Le principe en est simple, mais difficile à mettre en œuvre : porter des livres – justement choisis – à des publics éloignés de la lecture, et le plus souvent dans un immense dénuement. Monter une bibliothèque de rue, c’est d’abord travailler en plein air et être soumis aux aléas climatiques. C’est aller chercher les gens – enfants et parents – chez eux, car préserver les liens de parentalité est essentiel. Il en va de même pour le lieu : une bibliothèque de rue ne fonctionne que si les bénévoles se déplacent, cherchent le meilleur emplacement, celui que fréquentent les publics recherchés. Il reste à fidéliser le public. Là aussi, le rythme est essentiel ; il faut revenir avec régularité et ponctualité, selon un espacement temporel suffisant. Marine Aubinais, qui a monté des bibliothèques de rue auprès de l’association, donne également des conseils pour choisir les livres et documents, pour approcher les lecteurs récalcitrants, les adolescents, sur la conduite à tenir face au public. La violence apparaît parfois : il faut alors agir, rester présent et surtout compter sur le temps, la durée, qui ont un effet pacificateur.

Ouvrir une bibliothèque de rue constitue déjà un moment de bonheur pour son public, particulièrement pour les enfants ; c’est un fait qu’il ne faut pas négliger. Parfois, bien sûr, cela ne fonctionne pas. La plupart du temps, les résultats sont très variables : l’émergence de pratiques de solidarité, l’apprentissage de la lecture et du goût de lire, etc. Cet outil permet au moins d’être en contact avec le livre, avec un outil de connaissance. Il peut faire tâche d’huile : l’auteur rapporte quelques expériences en ce sens.