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Bibliothèques et chercheurs en sciences humaines et sociales

Adèle Spieser

Une cinquantaine de professionnels s’est déplacée à Pessac le 14 juin dernier pour assister à une journée d’étude portant sur les « Bibliothèques et les chercheurs en sciences humaines et sociales (SHS) » organisée conjointement par l’Urfist (unité régionale de formation à l’information scientifique et technique) de Bordeaux et Médiaquitaine.

À l’instar des sciences dures, la recherche en SHS se détache de plus en plus de l’imprimé – et se pratique désormais au numérique. Pour les bibliothèques, cette mutation vers l’écran constitue une opportunité en termes d’offre et de valorisation des productions – encore faut-il connaître les usages des universitaires et réussir à les toucher sur ce terrain-là. Tout au long de la journée, différents intervenants se sont succédé pour proposer des éléments de réflexion et des exemples de réalisations.

Avant d’entendre des points de vue de bibliothécaires, la parole a été laissée, en guise d’introduction, à un chercheur, Vincent Hoffmann-Martinot, directeur de Sciences-po Bordeaux. Se définissant lui-même comme un « universitaire passionné par les enjeux des bibliothèques », il est revenu sur son propre cheminement bibliothéconomique, oscillant entre recherche et documentation. En filigrane dans son discours, la nécessité pour les bibliothèques d’exister au-delà du lieu physique.

Comme l’a souligné Benjamin Caraco  1 lors de son intervention, les chercheurs en SHS attendent moins des espaces de travail que des accès aux ressources (un accès qui soit direct, rapide, intégral) : « La recherche en sciences humaines et sociales est de plus en plus inséparable des outils développés par les nouvelles technologies. » Cette mutation des pratiques s’accompagne d’une transformation des disciplines – comme dans le monde de la recherche, on se prend à parler anglais, et les SHS se font Digital Humanities. À charge pour les BU de promouvoir archives ouvertes et d’accompagner les chercheurs dans la valorisation en ligne de leurs travaux.

Pour mieux connaître les pratiques informationnelles des chercheurs, une étude a été menée il y a quelques mois par l’Urfist de Nice  2 – les résultats font l’objet d’un chapitre spécifique dans l’ouvrage collectif Pratiques documentaires numériques à l’université 3, dont Annaïg Mahé (Urfist de Paris) a présenté une synthèse. Soulignant l’utilisation croissante de Google par les chercheurs, elle a pointé le déficit de relations chronique entre universitaires et professionnels de la documentation et des bibliothèques.

À ce propos, Caroline Abéla s’est appuyée sur son expérience de documentaliste dans une unité mixte de recherche du CNRS  4 pour dresser un panorama des services de l’information scientifique et technique (IST) susceptibles d’être proposés aux équipes de laboratoires. Elle a identifié trois types de besoins pour les chercheurs : (1) une accessibilité en ligne rapide de la documentation ; (2) être lu, cité et bien évalué ; (3) monter des projets de recherche sur des temps relativement courts. À cela, elle propose trois types de réponse : (1) permettre l’accès à une documentation en ligne ; (2) la valorisation des publications (dépôt en archives ouvertes) ; (3) l’accompagnement des projets de recherche. Sur ce dernier point, par exemple, les documentalistes du centre de documentation Regards proposent la mise en ligne des carnets de recherche sur le site Hypotheses.org  5 et guident les chercheurs dans cette démarche.

Tout au long de la rencontre, la question de la formation des chercheurs est revenue de manière récurrente. Marie-Laure Malingre (Urfist de Rennes) et Christophe Berthelot (SCD Rennes 2), ont présenté, en clôture de cette journée, un dispositif de formation innovant mis en place à Rennes, à destination des chercheurs en SHS. Intitulé « La Minute numérique du chercheur », ce projet est le fruit d’un travail conjoint entre l’Urfist et le SCD, soucieux de proposer une offre commune, la plus adaptée possible aux besoins des universitaires. Le dispositif se veut léger, souple et « sur-mesure ». Différentes formules complémentaires ont été mises en place :

  • Le café électronique – objectif : échanger. Connaître les thèmes et les pratiques informationnelles des chercheurs, recueillir les besoins en ressources, en services et en formation. Ce moment d’échange, autour d’un café, a lieu dans les laboratoires de recherche.
  • Le point sur... – objectif : informer. Sensibiliser les équipes aux outils, aux ressources et aux thématiques de l’IST (durée : 1 h 30).
  • Pratique de… – objectif : former. Faire manipuler les outils par les chercheurs lors d’un atelier pratique, à l’Urfist. (durée : 3 heures)

Plus globalement, le but est d’inciter les personnels universitaires à s’inscrire dans une démarche de formation qui soit adaptée aux besoins de leur recherche.

En bref : on continue souvent d’imaginer les chercheurs dans leur tour d’ivoire – qu’on se le dise, cette tour est désormais équipée de wifi. •