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Anne Bertier

Mercredi

Paris, MeMo, 2010, 44 p., 22 cm
ISBN 978-2-3528-9093-5 : 15 €

par Céline Meyer

Mercredi est l’album choisi par le ministère de la Culture et la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf) pour être offert dans le cadre de l’opération « Premières pages  1 ». Initiée en 2009 à titre expérimental, cette opération invite chacune des familles ayant accueilli un enfant en 2010 dans les départements participants à retirer, dans les bibliothèques et lieux d’accueil de la petite enfance, un lot constitué d’un album illustré, de conseils de lecture et d’un petit guide  2 à destination des parents.

L’album d’Anne Bertier a été sélectionné par un comité d’experts composé de représentants du ministère de la Culture et de la Cnaf, de bibliothécaires et libraires jeunesse, de professionnels de la petite enfance et de spécialistes en arts plastiques : un très bon choix puisque les qualités littéraires, artistiques et pédagogiques de Mercredi sont indéniables !

Mercredi, c’est l’histoire de deux amis, Petit Rond et Grand Carré, qui aiment plus que tout jouer au jeu de figures (assez proche du tangram). Un jour, une dispute éclate, séparant les deux compères dans une bouderie, chacun dans leur coin. Mais bien vite, voilà le jeu qui reprend le dessus avec une règle nouvelle : mélanger leurs deux formes pour construire ensemble des figures plus divertissantes et aux possibilités infinies (un bateau, un pâtissier, un bouquet…). Disparues les différences petit/grand, rond/carré, car les deux amis ont compris qu’ils ont besoin l’un de l’autre pour réussir.

Anne Bertier est connue pour son goût prononcé pour la recherche formelle, le jeu des oppositions sur les couleurs, sur le vide et le plein : Le balcon, Mon loup, Un amour de triangle… et son appétence pour les lettres et les chiffres : Chiffres en tête, Jeu Chiffres cache-cache, Rêve-moi une lettre… Née en 1956 en Côte-d’Or, elle s’est tournée vers l’illustration et l’écriture pour la jeunesse dans les années 1990. Ses études de lettres et sa formation de mime auront beaucoup influencé son trait de crayon et la symbolique de ses illustrations. Elle avoue aimer « jouer avec les formes, ce qu’elles évoquent ou disent », « la beauté d’un tracé, avec tout ce qu’il contient ».

Dans Mercredi, Anne Bertier s’amuse justement avec la combinaison de deux formes symboliques, le doux du rond et l’anguleux du carré, associées à deux couleurs pas tout à fait complémentaires, la couleur orange pour le rond et le bleu pour le carré. La simplicité de ces formes colorées réussit merveilleusement à capter l’attention visuelle des lecteurs et à les emporter dans un univers ludique et joyeux. Et c’est peut-être avec un peu de nostalgie que les plus âgés d’entre eux se remémoreront ces « mercredis » de leur jeunesse (ou pour les encore plus âgés ces « jeudis »), employés à inventer des jeux et des aventures imaginaires, comme savent si bien le faire les petits enfants.

Les gracieuses géométries et le style épuré de Mercredi vont vous rappeler les radieux Petit-Bleu et Petit-Jaune  3 qui, comme Petit Rond et Grand Carré, ont une telle connivence qu’ils ne font plus qu’un, au sens propre comme au sens figuré. Mêmes formes abstraites et colorées, mêmes histoires simples et bien rythmées, même questionnement sur la place de l’individu dans une communauté chez Jérôme Ruillier avec Petit Carré et les Petits Ronds  4. Anne Bertier rend également hommage dans sa dédicace à Nathalie Parain, artiste russe des années 1920 influencée par le constructivisme d’avant-garde, à découvrir notamment dans Ronds et carrés 5 – très bel album contenant des figures géométriques à découper pour couvrir les illustrations.

Véritable trésor visuel, Mercredi fonctionne très bien avec les jeunes enfants, tant pour l’histoire d’amitié et de dispute que pour les formes géométriques facilement identifiables. Peut-être seront-ils tentés de reproduire ou de créer eux-mêmes des figures de plus en plus élaborées… Comme il est très accessible, Mercredi est un album à mettre entre toutes les mains, y compris dans les familles qui ne maîtrisent pas bien l’usage du français. L’opération « Premières pages » concerne 60 000 familles sur sept départements. Elle s’inspire du programme anglais Bookstart  6 qui vise à encourager les parents à partager des livres avec leurs enfants dès le plus jeune âge.