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Daniel Kaplan

Informatique, libertés, identités

Paris, Fyp, 2010, 142 p., 19 cm
Coll. La fabrique des possibles
ISBN 978-2-916571-32-4 : 12,90 €

par Louis Burle

L’identité numérique

L’attitude des citoyens vis-à-vis des données personnelles qu’ils diffusent sur internet est très paradoxale. La multiplication des moyens de communication pousse à s’exposer, à se « théâtraliser », se mettre en scène ; cela nous conduit à divulguer de nombreuses informations et données personnelles. Celles-ci peuvent être collectées, utilisées à des fins de marketing, voire monnayées par les entreprises ou organismes qui les collectent.

Les individus s’exposent, mais ils ne sont pas prêts à assumer les risques que cela implique. Ils reportent sur l’État et la collectivité la nécessaire protection de leur vie privée.

Les données personnelles sont désormais disponibles partout, tout le temps et de toutes parts. L’identité numérique ainsi constituée et sans cesse augmentée tend à se rapprocher des normes sociales en vigueur. Si les individus s’exposent, ils le font souvent sciemment et dans le but de se construire une identité qui soit la plus proche possible des normes sociales en vigueur.

L’un des dangers tient dans ce qu’ils sont souvent dépassés par les informations qu’ils dispersent. L’agrégation des multiples données personnelles peut conduire à forger un portrait numérique très éloigné de la construction opérée par les individus. Ainsi en va-t-il de l’utilisation de Google pour connaître le parcours d’une personne (les recruteurs « googlent » désormais les candidats afin d’avoir une image claire de la personne qu’ils vont embaucher).

La construction d’une identité numérique n’est pas un simple exercice. C’est une réelle gageure. Il ne s’agit plus de protéger strictement ses données mais de se forger une identité qui est une réelle projection numérique de soi, maîtrisée certes, mais absolument nécessaire.

Apporter des réponses à cette gageure

L’auteur propose de changer de paradigme ; la protection de la vie privée comme « un village fortifié » ne doit plus être considérée comme un principe infrangible. L’identité numérique construite doit devenir une compétence. Il s’agit désormais du prolongement naturel de l’individu. Le « je » devient une marque qu’il s’agit d’exploiter à bon escient. Certes, il convient d’éduquer aux médias, d’organiser l’hétéronymat ; mais il faut également exploiter pleinement les capacités d’analyse qu’offre l’informatique afin que l’individu en tire le plus grand parti possible.

Si la loi doit continuer d’organiser la protection de l’individu, les échanges de données personnelles sont tels qu’il n’est plus possible d’y contrevenir. Il reste seulement à faire bon usage dans le cadre de la loi de ces données, un usage raisonné pour que le profit tiré soit partagé entre les individus et les organisations qui utilisent et exploitent les données personnelles.

Si le droit à l’oubli est une nécessité et est permis par les outils informatiques, la loi doit le garantir. Toutefois, la projection de soi organisée est devenue la règle.

Cette lecture roborative amène à se poser de nombreuses questions et donne des pistes de réflexion pour poser un cadre législatif et organisationnel plus clair. Elle pose un principe : celui d’outiller correctement l’individu face aux bouleversements introduits par internet lorsqu’il s’expose.