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Histoire de la santé et contenus électroniques

La bibliothèque numérique de la BIUM (Paris)

Guy Cobolet

Inauguré en 2001 et constamment enrichi depuis, le portail patrimonial de la Bibliothèque interuniversitaire de médecine (BIUM)  * a l’ambition de répondre à plusieurs objectifs :

  • proposer un accès sur le web à des ressources intéressant l’histoire de la médecine et de l’odontologie, dans un domaine (la santé) où l’information en ligne est devenue, depuis une bonne quinzaine d’années, un instrument banal et d’usage quotidien ;
  • desservir des publics qui ne se déplacent plus guère physiquement, et de nouveaux publics, en France comme à l’étranger où les chercheurs connaissent nos fonds ou leur existence, et y recourent ;
  • valoriser les collections de la bibliothèque et les services qu’elle propose ;
  • créer un portail francophone sur le web, complémentaire des sites existants qui, pour la plupart, demeurent anglophones ;
  • mais aussi, et peut-être surtout, positionner la bibliothèque non plus dans son (unique ?) rôle traditionnel de diffuseur d’information secondaire (de type signalétique ou bibliographique), mais plutôt dans celui d’un producteur de contenus originaux. En faire un réservoir de ressources primaires, scientifiques, un réservoir où l’on va puiser parce que les données sont là et nulle part ailleurs.

Des prérequis indispensables

Naturellement, une telle ambition suppose l’existence de prérequis indispensables :

  • une collection de qualité, un fonds, comme on dit du fonds d’un libraire. Celui de la BIUM, à cet égard, offre des garanties et passe pour être, avec ceux de la National Library of Medicine (États-Unis) et de la Wellcome Library (Grande-Bretagne) parmi les plus pertinents du monde ;
  • un public : 1 000 lecteurs fréquentent chaque année la Réserve de la bibliothèque, venus de tous les horizons disciplinaires (médecine, histoire, philologie, économie, droit, journalisme, etc.), pour ne pas citer les usagers potentiels à distance, qui sont au demeurant bien plus nombreux (en Amérique du Nord et en Europe notamment). Principalement des chercheurs, des doctorants, des universitaires, mais aussi des amateurs éclairés, voire le grand public des curieux ;
  • des compétences locales : scientifiques bien sûr, mais aussi informatiques et techniques. Certaines préexistaient au projet ; d’autres ont été acquises au fil des ans, au fur et à mesure que le projet se développait. Acquises par toutes les catégories de personnel concernées, puisque participent aux travaux des conservateurs, mais aussi des bibliothécaires et des magasiniers (qui se reconvertissent à des fonctions nouvelles) ;
  • enfin, une ambition intellectuelle, et une volonté qui définit une autre politique documentaire et s’en donne les moyens (financements, ressources humaines), qui autorise la nouveauté sans délaisser les fondamentaux traditionnels de l’institution. Bref, le changement dans une continuité revue et corrigée.

Une relation rénovée entre bibliothécaires et usagers

Fondamentalement, le projet repose sur une relation rénovée entre bibliothécaires et usagers, et ne fonctionne que grâce au partenariat avec les « spécialistes » qui fréquentent le fonds sur place ou à distance, qui le connaissent parfois mieux que les bibliothécaires, qui le situent parfaitement par rapport aux autres fonds existants, qui savent ce que leurs pairs ou étudiants font, recherchent, utilisent et désirent, et qui sont enfin tout disposés à partager leur savoir et leur temps.

C’est pourquoi, autant que faire se peut, nous œuvrons avec les lecteurs dans un rapport où chacun apporte sa contribution : le spécialiste valide l’intérêt d’un projet, suggère par exemple des documents à numériser (des titres, des éditions) ou valide notre sélection, rédige des présentations (nombre de dossiers de Medic@ sont accompagnés de présentations par des auteurs reconnus ; le site web héberge par ailleurs une dizaine de sites de sociétés savantes, où les membres versent des matériaux inédits) et assure ensuite la promotion du produit (corpus, exposition virtuelle, informations) au sein de sa communauté ; en échange, la bibliothèque offre d’abord ses ressources, ses compétences et sa logistique, ensuite un accompagnement personnalisé, des contacts, une diffusion, un suivi, etc. Relation d’estime, de confiance, sur un pied d’égalité, où chaque partie complète l’autre pour élaborer ensemble un objet collectif et original.

Avant de présenter brièvement quelques-unes des ressources produites, signalons un autre point important qui caractérise l’économie globale du projet : les ressources sont concaténées, se complètent et rebondissent entre elles.

Ainsi, un document numérisé une fois (dans Medic@, ou dans la banque d’images, ou dans une exposition virtuelle) pourra faire l’objet de plusieurs exploitations ultérieures, au gré des besoins, selon les sujets abordés (et les sujets se recoupent souvent au cours de recherches pluridisciplinaires : l’histoire de la santé est par nature une discipline ouverte, à l’intersection des sciences et des humanités). Il s’agit donc bien là de produire un document premier, qui sera ensuite décliné et réemployé de diverses manières, comme le font les grands producteurs d’information (Bowker, Elsevier) qui, à partir d’un corpus de base, déclinent leurs produits à l’infini.

De même, l’internaute pourra aisément voyager d’un produit à l’autre, en passant d’une exposition à un corpus ou à un texte mis en ligne dans un autre module, ou à une série d’images figurant dans la banque, etc., selon un processus de circumnavigation virtuelle et fluide où les espaces se répondent et s’enrichissent mutuellement.

Des exemples de contenus

Des exemples de contenus ? Citons en quelques-uns brièvement.

  • Medic@ : 8 000 documents en ligne, organisés en corpus où figurent les sources majeures d’une thématique, destinés en priorité à des niches d’usagers, accompagnés le plus souvent possible d’une introduction où un chercheur présente le dossier, met en perspective les documents et l’intérêt des textes (introduction maintenant plus substantielle que naguère, apparentée à un véritable article) (http://www.bium.univ-paris5.fr/histmed/medica.htm).
  • Banque d’images : 80 000 illustrations, dans une discipline où abondent les banques spécialisées (anatomie, pathologies) mais où les réalisations patrimoniales demeurent rares, regroupant des collections de la BIUM et celles d’organismes partenaires qui jouent ici le même rôle que les chercheurs pour Medic@ (Académie de médecine, Musée de l’Assitance publique – Hôpitaux de Paris, Musée des moulages de l’hôpital Saint-Louis, Musée Fragonard de l’École vétérinaire d’Alfort) (http://www.bium.parisdescartes.fr/histmed/images.htm).
  • Expositions virtuelles : sans doute les produits les plus aboutis en termes de production de contenus, qui allient une démonstration (sous la responsabilité d’un commissaire scientifique), des images et des textes numérisés qui sont aussi accessibles en d’autres endroits du site web. Parfois destinées à mettre en valeur un document remarquable qui a servi de point de départ et de prétexte (une planche de photographies de Gueules cassées, un herbier, un journal de voyage), parfois contenant de véritables corpus iconographiques (600 représentations de monstres dans la littérature médicale des XVIe-XVIIe siècles, 500 plaques de verre de Marey), toutes développent un discours scientifique sur un sujet, en jouant des possibilités offertes par la technologie moderne qui permet de regarder, feuilleter, lire, approfondir, zapper, zoomer, etc.

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Page d’accueil de l’exposition virtuelle « Les Monstres de la Renaissance à l’âge classique ». © BIUM

  • Des actes de congrès : ceux de la Société française d’histoire de l’art dentaire, mis en ligne depuis 1995 (http://www.bium.parisdescartes.fr/sfhad/actes_deb.htm), ou ceux de l’association Guerre et médecine, qui opère aux marges de l’histoire, de l’anthropologie et de la médecine de guerre (http://www.bium.parisdescartes.fr/histmed/guerre).
  • Une base biobibliographique de médecins : comportant plus de 18 000 entrées, elle donne directement accès à leur notice, à leurs portraits numérisés, au catalogue de leurs écrits (http://web2.bium.univ-paris5.fr/bio/bio_rech.htm).
  • Des sites web partenaires, alimentés par des sociétés savantes, qui ne disposent pas de moyens logistiques (la BIUM met à leur disposition informaticien et serveur), mais recèlent en leur sein des compétences scientifiques et des auteurs, adhèrent à notre politique éditoriale et complètent valablement notre offre (Association de sauvegarde du patrimoine dentaire, Société botanique de France, Académie nationale de chirurgie qui combine aspect patrimonial et médecine actuelle en publiant avec la BIUM ses « e-Mémoires de chirurgie », et al.).

Une démarche multifacette et globale

Un dernier point, pour conclure : la démarche suivie pour développer ce portail et ces contenus est multifacette et globale. Elle combine le numérique et le virtuel avec l’imprimé et le présentiel, l’ancien et le moderne, et c’est le tout qui fait sens. Un exemple ? En 2001, nous avons commencé par lancer un corpus électronique des médecins de l’Antiquité, en collaboration avec une unité mixte Paris 4–Sorbonne/CNRS et l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Ce corpus compte aujourd’hui plusieurs centaines de textes (les éditions majeures du XVIe au XIXe siècle, de la Renaissance à la grande philologie allemande), que tous les antiquisants et les philologues du monde entier consultent. Cette première réalisation nous a conduits à organiser ensuite des colloques, avec les mêmes chercheurs (« Lire les médecins grecs à la Renaissance », 2003 ; « Femmes en médecine », 2006 ; « René Chartier éditeur des œuvres d’Hippocrate et de Galien », 2010), publiés chez de Boccard, dans la forme la plus traditionnelle de l’édition académique. Tout cela pour rebondir récemment sur un nouveau produit électronique, Medicina : un produit hybride, qui conjugue base de données bibliographique, textes en ligne, annonces de congrès et liste de discussion (http://web2.bium.univ-paris5.fr/medicina).

Décembre 2010

  1.  (retour)↑  http://www.bium.parisdescartes.fr/histmed