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Centre de créations pour l’enfance

Manifeste du droit à être dans la Lune

Tinqueux, Centre de Créations pour l’Enfance, 2010, 191 p., 22 cm
Hors série de la revue Dans la Lune
ISSN 1772-3558 : 19 €

par François Rouyer-Gayette

Explorer les arts plastiques et la poésie

Le Centre culturel de créations pour l’enfance de Tinqueux  1 (Marne) effectue depuis de nombreuses années des actions de sensibilisation à l’éducation artistique et culturelle auprès des enfants de 3 à 12 ans. Il leur propose, grâce à des ateliers, expositions, rencontres avec des créateurs, de découvrir et d’explorer les arts plastiques et la poésie, afin de développer leur imaginaire.

Au fil d’une cinquantaine d’années, le Centre, tout en élargissant ses missions de développement et de diffusion culturelle, s’est également engagé dans la production artistique (commande d’œuvres, construction d’expositions, accueil d’artistes en résidence) ainsi que dans l’édition par le biais, entre autres, de la revue trimestrielle Dans la lune 2.

Cette atypique publication de poésie contemporaine pour les jeunes, non pas de 7 à 77 ans comme une collection bien connue de bande dessinée, mais de 5 à 117 ans, propose de faire dialoguer poètes et artistes plasticiens, en un jeu stimulant d’images et de mots, laissant à chaque lecteur toute liberté pour s’attarder, feuilleter ou abandonner cet objet de tous les possibles. L’effet en est même garanti à cent pour cent puisqu’il est « décarêmélisé » !!!

Une vingtaine d’inédits : poèmes, photos, dessins, textes, interrogation philosophique

Pour fêter son demi-siècle passé et imaginer peut-être celui à venir, le Centre de créations pour l’enfance a souhaité réunir autour d’un « manifeste  3 » une vingtaine d’artistes : auteurs, poètes, photographes, illustrateurs, plasticiens pour célébrer et revendiquer un droit à être dans la lune dans une société qui a érigé la performance et la productivité en modèle absolu de réussite.

Ainsi, des écrivains venus d’horizons variés comme Valérie Rouzeau  4, poète et auteure de chansons pour le groupe Indochine, Patrick Dubost  5 mais aussi Jean Miniac ou Fabienne Swiatly  6 ; des « faiseurs d’images » comme Katy Couprie  7, Paul Cox, Anne Herbauts  8, ou bien Fanette Mellier  9, se sont emparés de l’expression « être dans la lune » et se sont amusés à l’interpréter et à la recréer dans leur propre univers.

En introduction de ce hors-série de la revue, les initiateurs de ce projet ont demandé à Fabrice Bourlez  10, universitaire, un texte fondateur comme pour donner une caution scientifique à ce qui pourrait ressembler à une pochade artistique. S’appuyant sur quatre expressions couramment usitées : « Demander la lune ? », « Objective lune », « Voyage au bout de la lune », « Décrocher la lune », le philosophe se meut dans une langue qui tangue entre définitions scientifiques (Mircea Eliade, Friedrich Nietzsche, etc.) et propositions poétiques (Georges Méliès, Charles Trenet, etc.) pour nous rappeler à « notre insouciance enfantine » et à notre devoir « d’apnée de la raison marchande » afin que nous parvienne le « souffle libérateur » de la lune.

Et c’est bien ce message qui a été entendu par les auteurs de ce manifeste qui ont fait preuve d’une grande liberté de création pour composer ces vingt-huit quarts de lune. Tout à la fois nostalgiques, étranges, poétiques, drôles, convenues et loufoques, ces pastilles artistiques sont autant de points de rencontres et de fuite entre nos entrailles et notre inconscient étoilé. Alors, point n’est besoin de tout lire, de tout comprendre. Prenons la proposition pour ce qu’elle est : juste un voyage et plus précisément des voyages. Laissons ce livre rose aux couleurs changeantes comme nos humeurs nous porter dans un autre calendrier : celui de la pleine lune et de ses orages, de la lune gibbeuse à la douce lumière d’argent, de la lune rousse d’après Pâques qui fait roussir la vie alors naissante.

Ouvrage de partage, de rencontres, d’émotions et de silence, le Manifeste du droit à être dans la Lune porte en lui la beauté de l’homme comme un petit bonheur-du-jour qu’on oublierait sur le quai de la gare du Boréal-Express 11 afin qu’il poursuive son chemin : libre.