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Les angoumoisins attendent leur bibliothèque du XXIe siècle

Françoise Raynaud

Mathilde Servet

Le futur projet d’Angoulême s’inscrit pleinement dans le sillon des bibliothèques troisième lieu et participe d’un renouveau à la française. Pensée comme une médiathèque du vingt et unième siècle, en prise avec son temps et avec la dématérialisation des supports, elle veut répondre aux nouveaux besoins de communication, opérer comme un hyperlien vers le monde, tout en offrant aux usagers un repère urbain, un lieu de vie, d’échange, accueillant, accessible, ouvert. À l’instar des nouveaux établissements du nord de l’Europe, elle se définit comme « living-room de la cité », s’entend comme un médiateur culturel, élargit l’éventail de ses missions et propose, à la façon d’un couteau suisse, différents usages à la carte : espace de culture, d’information, de formation, d’apprentissage, de détente, de loisir, de sociabilité, de débat, de cocréation avec les usagers. Elle ambitionne de devenir un axe fort de la vie des Angoumoisins.

Des mondes aux atmosphères différentes

Située à proximité de la gare, elle sera l’élément moteur d’un nouveau quartier en devenir. Le parti architectural retenu matérialise le lien étroit de la médiathèque avec son environnement. Le bâtiment conçu comme un empilement de passerelles et de ponts habités pointe à la fois vers les futurs quartiers urbains, le centre-ville ancien et la gare TGV qui tourne la ville vers le reste du pays. La médiathèque abritera plusieurs « mondes » aux atmosphères distinctes, dont les containers colorés constituent les écrins, mêlant silence et bruit, espaces collectifs et zones plus intimes.

Les mondes sont reliés entre eux et desservis par un territoire commun baptisé d’« un monde à l’autre ». On pourra probablement accéder à la médiathèque par une passerelle raccordant la gare et le dernier étage de l’établissement ou par un hall débouchant sur un jardin intérieur et extérieur – en contrebas –, aire de flânerie, d’échange ou encore de lecture.

Un environnement ludique, calme et vivant

Au rez-de-jardin, le monde « Imaginer » déroule un univers de courbes et de sensualité, dont les matériaux précieux (cuir, tissu incrusté de fil d’or, etc.) évoquent l’élégance et la délicatesse de la littérature à laquelle il est consacré. Ces atolls feutrés et douillets invitent à plonger dans la lecture, au calme, tandis que l’espace dédié à la petite enfance, ponctué de poufs, boules en mousse, grands coussins, tables transparentes et rayonnages en tourniquet, opère comme un territoire d’exploration, ludique et flexible. Lieu vivant et gai, il ménagera toutefois des opportunités d’activités plus paisibles (heure du conte, ateliers de lecture et d’écriture, etc.) qui pourront prendre place dans une bulle en verre isolée acoustiquement. Une garderie bénéficiant d’un personnel attitré complète cet espace et permettra aux parents de profiter de la médiathèque à leur guise. En face de ce monde se trouve une grande salle de conférence.

Un univers branché et décontracté

Une passerelle mène vers le niveau supérieur où se situe le monde « Créer », univers vibrant de couleurs, inattendu et branché, voué aux arts et loisirs ainsi qu’aux activités liées au numérique. Un nuancier de couleurs habille sol, murs et plafonds, parcourant toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Des grappes de places, non figées, favorisent au gré des envies des activités individuelles ou collectives : lire, discuter, consulter un document à plusieurs… Les éléments de mobilier de l’îlot BD permettent d’opter pour des postures variées et privilégiées par les jeunes – assis par terre ou en hauteur, allongé au sol, etc. – qui se marient de surcroît parfaitement à l’univers décalé et décontracté de la bande dessinée.

Au même niveau, une passerelle horizontale dessert également le monde « Comprendre », studieux, tranquille, lumineux, dont les aménagements sobres et traditionnels contrastent avec l’ambiance originale et tapageuse du monde précédent. Ce vaste plateau contient le fonds documentaire et le fonds patrimonial et favorise les pratiques liées à l’étude et la recherche. Sa tablée centrale est destinée à un usage collectif, tandis que les quinze alcôves individuelles permettent de s’isoler pour travailler. Au cœur de cet univers, des boîtes de verre accueillent des salles de travail.

Le dernier niveau offre une vue privilégiée sur la ville, et renferme le café où l’on peut consulter journaux et magazines. À l’image des autres espaces, son agencement est modulable et évolutif. Il se décline en espaces d’animation culturelle. Concerts, expositions, rencontres artistiques y prennent place. Ce monde agit comme un poumon de sociabilité et témoigne du passage de la bibliothèque à un autre concept d’équipement culturel polymorphe.

Avril 2010